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08.04.2008

Carrefour

Monsieur Moqtada Sadr a devant lui, aujourd'hui, deux chemins: l'un qui prolonge l'état de guerre dans son pays et ruine son avenir; l'autre qui l'écourte et permet d'envisager, certainement, sa reconstruction et, aussi définitivement qu'il se peut l'espérer, la paix.
Je comprends cependant la difficulté qui peut être la sienne, et celle des autorité religieuses auxquelles il est lié, à ce carrefour.
Et lui n'est qu'un homme, comme moi.
Communément aptes à l'obéissance et la désobéissance.
Que je dise quelle voie j'emprunterais n'a aucun sens, même si elle se devine forcément.
Je salue cependant la responsabilité de cet homme qui a renoncé à la grande manifestation qu'il avait appelé pour le 9 avril, au regard des risques auxquels elle exposerait la population et les manifestants.

Ce cher Monsieur Mahmoud Ahmadinejad, président de la République Islamique d'Iran, a, lui qualifié les attentats du 11-Septembre 2001, d'"incident", utilisé comme "prétexte" pour attaquer l'Afghanistan et l'Irak. Beaucoup, j'en suis certain, même ici, lui emboîteront le pas. Et iront probablement danser la gigue à la "Fête du Nucléaire" qu'il prétend instaurer.

Je doute profondément que ces deux hommes, que je viens de citer, puissent avoir quelque chose en commun.

Mais Dieu, comme Moqtadar serait grand s'il accomplissait ce qui se présente à lui.
Mais qui, parmi nous tous, choisirait une gloire éternelle au ciel plutôt qu'un pouvoir sur terre?

La doctrine et le dogme

J'ai écouté M. Dumas attentivement, sur la chaine France 24, car c'est un homme que je respecte. Cependant, dans un premier temps je ne suis aussi sûr que lui qu'il y ait des méandres psychologiques à inspecter pour comprendre que la position exprimée avant l'élection présidentielle par le candidat Nicolas Sarkozy ait pu être coordonnée au chantage exercé alors par les Talibans sur plusieurs otages français, dont Eric et Céline, de Terre d'Enfance et que la position, a fortiori après le passage d'un statut de candidat à celui de chef de l'Etat, puisse avoir mûri.
Je crois, que dans un tel contexte, M. Dumas aurait lui même été attentif à sa parole, mais je me fais - je ne le pense pas - peut-être des illusions.

En disant alors, en gros, que "la France n'avait pas vocation à rester indéfiniment en Afghanistan", je pense qu'il relâchait, aussi et surtout, la pression sur les Talibans détenant nos otages. Je n'en ai pas la certitude, mais j'en ai la conviction.
Pour le reste, j'entends qu'il s'agit incontestablement, aujourd'hui, d'une rupture avec la doctrine héritée de de Gaulle, mais une doctrine, si elle ne s'adapte pas aux réalités du monde, peut devenir un simple dogme, inapproprié et inutile.

Il me semble que s'opèrent, dans beaucoup de pays européens, et d'ensemble à ensemble géopolitique, un aggiornamento des politiques, des cohésions et des ambitions. Je considère, non pas à partir d'éléments particuliers, mais au niveau des mouvements généraux, que c'est le pendant naturel de la mondialisation économique que de voir s'opérer cette mise à jour.
Il faut bien en prendre acte.

S'agissant du discours de Westminster, il n'est pas coutumier en effet de voir un chef d'Etat français s'adresser devant un parlement étranger pour annoncer - confirmer - l'envoi d'un supplément de contingent en Afghanistan.
D'abord, il ne le peut pas devant l'Assemblée nationale, sauf par message.
Ensuite, ce discours, à mon avis, représente une sorte de discours de l'Union par anticipation.

Au fond, j'espère, à quelques mois de la Présidence française, qu'un "président" de l'Union Européenne puisse inaugurer sa présidence en se présentant devant d'autres parlement nationaux, y expliquer quelle est son optique.
Alors, il est vrai, on peut toujours l'examiner, la ressasser, à partir de ce que l'on considèrerait être une tradition, un référent d'indépendance nationale immuable, mais on peut aussi replacer la doctrine dans son environnement et la modifier en fonction des enjeux du jour.
Il me semble que c'est, précisément, ce que ce gouvernement fait.

Enfin, je ne crois pas qu'il faille faire de politique étrangère par rétroaction en considérant que, la France ayant rejoint le commandement intégré de l'OTAN, elle n'aurait pas pu tenir la position qui a été la sienne avant et pendant la deuxième intervention en Irak de 2003.
Ce n'est pas l'OTAN qui a été mobilisé, je crois, lors de ce conflit, mais une coalition volontaire autour des Etats-Unis.
Par ailleurs, le mandat de l'ONU représente l'assise juridique indispensable désormais - on voit ce qu'il en a coûté aux Américains de s'engager en Irak sur une très bancale doctrine de "défense préventive"- dans le cas d'un conflit.
Enfin, dans un monde plus mondialisé qu'il ne l'était dans les années 60, la posture de l'Indépendance telle qu'elle a été érigée par le général de Gaulle, avec son pôle de dissuasion nucléaire et ses vecteurs (Albion, sous-marins) peut soit dégénérer en une sorte de réclusion ou d'isolationnisme, soit - et c'est, je crois, le sens de la rupture sarkozienne dans ce domaine - en un "épanouissement" de l'idée que l'on se fait du rôle de notre pays au XXIe siècle.

Cette tentation d'isolationnisme, on l'a trop reprochée aux Américains, il fût un temps, pour y succomber nous-mêmes.

Une gauche chercheuse de poux

Au moment même où les députés français examinent la motion de censure déposée par le "Parti Socialiste, Radical et Citoyen" - moins elle a de choses à dire plus son intitulé, comme le nez de Pinocchio s'allonge - faisant référence notamment à la dérive atlantiste du président de la République, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero a souligné son désir de passer à un "nouveau chapitre" dans les relations entre l'Espagne et les Etats-Unis après quatre ans de froid lié au retrait des troupes espagnoles d'Irak.
Il a fait état de cette volonté lors de son discours d'investiture au parlement.
Avec les Etats-Unis, "nous voulons ouvrir un nouveau chapitre dans nos relations, en regardant vers l'avenir, en nous appuyant sur un respect mutuel pour affronter ensemble les défis communs et intensifier nos relations", a déclaré M. Zapatero.
Notre gauche française est vraiment unique en son genre.
Comme elle ne comprend pas son époque, elle lui cherche des poux sur la tête de toutes les manières qu'elle trouve: au passage d'une flamme comme à l'Assemblée Nationale.

Le prix Pullitzer décerné à Bob Dylan

Le prix Pullitzer, qui récompense traditionnellement les meilleurs travaux journalistiques, a été cette année décerné à Bob Dylan, le folk-singer américain, personnalité à qui, d'ailleurs, a été consacré le film kaléidoscopique "I'm not there", sorti en décembre 2007, avec notamment pour incarner la période la plus androgyne du personnage, Kate Blanchett.

"The answer of my friend is blowing in the wind
The answer is blowing in the wind"...

Toute exceptionnelle (*) que soit l'idée d'attribuer à ce poète-chanteur, né Robert Allen Zimmerman, un prix qui célèbre le journalisme, elle me semble a propos. Les chansons, toutes et bien sûr parmi elles celles d'auteurs particuliers, "photographient" ou "chansographient" la réalité mouvante de notre temps.
C'est un des seuls appareils, peut-être, à disposer d'un obturateur capable d'immortaliser l'immortalisable, à tout le moins de saisir l'insaisissable.
Si tant d'entre elles s'installent, par le refrain, une note, une intro, dans nos esprits, c'est qu'elles produisent bien quelque chose d'unique et de mystérieux.
"Men gave name to all the animals,
in that beginning,
in that beginning"
, chantait aussi celui qui se fait aussi appeler Zushe ben Avraham.

Ha qu'il est beau le débit de l'eau,
ha qu'il est laid le débit du lait,

répliquait, dans un autre quantum spacio-temporel, l'équilibriste facétieux Charles Trenet.

Ecrire des chansons, c'est donc, aussi, relater.
Après, aussi, il y a la grande musique, mais c'est déjà une autre histoire.
On ne pense pas la même chose en écoutant Bach, ou Mozart, ou Beethoven, qu'en écoutant rien.

(*) Deux autres musiciens, Thelonious Monk (2006) et John Coltrane (2007) ont reçu ce prix.

Catobléplas

Je me suis mêlé, ce matin, à la discussion ouverte par un brillant billet de Monsieur Philippe Bilger, http://www.philippebilger.com/blog/ , intitulé "Glaciation à Rispostes'. A son sujet, je notais hier que je reprenais volontiers la citation qu'il attribuait à je ne sais qui, selon laquelle "Depuis 1789, j'ai mal à la tête."
Mais, ce diagnostic étant établi, et considérant que le corps humain est considéré comme un incroyable laboratoire chimique, je fabrique ma propre aspirine.

J'ai soumis, dans le fil de cette conversation, cette succession d'interventions:

Votre écriture est tout aussi impeccable que votre raisonnement. J'ai cessé de regarder Ripostes. En fait, à l'exception de quelques blogs, dont le vôtre parfois, je ne m'ouvre que sur ma conversation personnelle, dont j'essaie d'entretenir, quelle vanité !, la richesse.
Le reste me fait penser à cet animal de légende : la catoblépas, qui regarde vers le bas, en grec. Sa figure m'est revenue là, parce que j'ai lu un jour ce mot, mais je pensais que l'animal en question était le serpent qui se mord la queue.
Ils ne sont peut-être pas si lointains.
Ce fut un rafraîchissement, surtout après la journée d'hier, de vous lire.


Rédigé par: daniel ciccia | le 08 avril 2008 à 09:24

Vous avez parfaitement raison au sujet de M. Finkielkraut. On le dirait le siège, constamment, d'une intense élaboration psychique. J'ai remarqué, mais il est probable qu'on me dise que je me trompe, qu'il a la tête sur les épaules.
D'autres l'ont ailleurs.

Rédigé par: daniel ciccia | le 08 avril 2008 à 09:26

Pardon de revenir sur cela, mais au sujet du Catoblépas, il me semblait bien qu'il y avait une question de queue. J'en ai trouvé la confirmation.
"La lenteur des réactions de leur système nerveux faisait qu'ils ne se rendaient compte que trop tard quand ils mordaient leur propre queue. On pense que cela a provoqué l'extinction de l'espèce."
Je n'en finis pas de me dire comme c'est étrange la mémoire, la mienne a réduit cet animal mythique à un serpent qui se mord la queue.


Rédigé par: daniel ciccia | le 08 avril 2008 à 09:29


Il ne serait pas, au fond, impossible que la démocratie médiatique, boursouflée comme elle est, soit un peu comme le catoblépas.
Je tenterai, les heures et les jours prochain, de l'établir.
Je ne m'assigne que des choses impossibles... Aïe Aïe aïe...


Rédigé par: daniel ciccia | le 08 avril 2008 à 11:56

Qu'il me soit permis, en conclusion, d'observer l'extraordinaire épopée de l'exploration généticienne attachée à comprendre et analyser l'invraisemblable diction de l'adn.

Je fais trois pas dehors, jusqu'au jardin de mes parents, et me vient cette pensée:
"Si elles ne l'organisent pas de par elles-mêmes, il convient d'organiser pour elles la débâcle des forces du mal...".
Pourquoi une telle pensée qui vient si clairement à soi est-elle si difficile à dire et inscrire?
J'en ferai, peut-être, le sujet d'une ultérieure réflexion.

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