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02.04.2008

Les nuages ne changent pas la couleur du ciel

Des combats ont repris dans l'est du Tchad. C'est ce dont nous informe ce matin l'AFP dans une récente dépêche, qui fait état de l'appel lancé à la France par l'Alliance Nationale, principale organisation rebelle tchadienne, à "s'abstenir de tout soutien" au président Idriss Deby Itno, notamment en cessant "tout survol" de ses positions par un avion.
Cet « appel » est assorti d'"une mise en garde à la France et aux autres (alliés de N'Djamena) à s'abstenir de tout soutien au dictateur".
Je vais dire une évidence: tout n'est que stratégie.
On voit bien comment est tissée celle des rebelles dont il faut admettre, après une cuisante défaite, qu'ils se sont vraisemblablement réarmés et réaffirment une mise en garde, qui, dans le principe même, est difficilement concevable, il me semble, à leur seule et propre échelle.
Il faut être assuré d'un soutien, d'un invisible jeu d'influences tout au moins, pour tenir un discours aussi martial.

L'explication peut-elle être circonstanciée au Tchad, au Darfour, au Soudan? Ou s'inscrit-elle au-delà, dans un autre bras de fer et son petit mais néanmoins inquiétant jeu d'intimidation?
Quand on discerne un « levier » à l'oeuvre, ce qui est le cas, il n'est pas inintéressant d'essayer de comprendre qui le saisit et pourquoi, et qui, au delà, possède un intérêt à ce que ce levier, à cet instant, soit manipulé, avec une dialectique précise. Mais M. Deby, qui n'est probablement pas le mètre étalon de ce qui peut se faire de mieux en démocratie, n'est pas un dictateur parce qu'une alliance armée le décrète, en faisant fonctionner des réflexes anti-coloniaux.

Personnellement, je ne veux pas être dupe de cela et me laisser conduire par des atmosphères et des tensions. Les nuages ne changent pas la couleur du ciel. Ils empêchent de le voir.
Je pense que la France n'a pas à se laisser abuser, ici pas plus qu'ailleurs, par de subtiles manoeuvres. Si elle «conserve» quelque chose, à N'Djaména, c'est aussi la protection d'une légitimité, en vertu de laquelle elle est co-contractante d'un accord de coopération militaire, d'ailleurs, et le principe selon lequel on ne fait pas progresser une démocratie par un coup de force armée quand la voie des urnes est disponible, dans le cadre constitutionnel. Je n'ignore pas, les dénonciations qui sont faites d'atteintes au droit de la presse, par exemple, perpétrés par le gouvernement d'Idriss Deby.

Ceci est avant tout une affaire tchadienne. C'est vrai. Les rebelles, eux-mêmes, n'ont pas tort de le rappeler et nous devons sans doute attendre d'eux qu'en conséquence, ils respectent, au minimum, leur état de droit, l'esprit de leurs institutions, et le calendrier électoral. Il incombe sans doute aussi, à M. Idriss Deby, le cas échéant, de mettre son mandat en jeu car le peuple tchadien n'a probablement rien à gagner, lui qui seul compte en définitive, d'un pourrissement de la situation. Que peut faire la communauté internationale, alors? Garantir, le moment venu qui peut-être anticipé, de sa seule initiative, par M. Deby, la bonne tenue des élections et, le cas échéant, dénoncer, de manière impartiale, comme l'ont fait ses observateurs au Zimbabwe, les manquements à l'équité démocratique.
Mais comment assimiler des coups de force à l'accomplissement de la démocratie? Il faut se méfier des gens qui exaltent la démocratie en pointant le bout de leurs lances-roquettes. Cela fait un drôle d'équipage.

Ceci est aussi une affaire africaine. Il y a donc pour l'Union Africaine une responsabilité et une autorité morale et politique à assumer. Probablement, même, une indépendance. Laissera-t-elle se perpétrer des coup d'Etats qui sont, pour partie, la plaie d'un continent qui possède des ressources humaines, stratégiques et économiques et qui a connu une croissance de près de 6% en 2007. Le Tchad, avec les réserves pétrolières qu'il s'est découvert, exacerbe probablement des appétits.

C'est aussi, enfin, une question qui intéresse, de manière aiguë, le conseil de sécurité de l'ONU. Il aura sans doute à délibérer sur ce sujet et à approfondir certaines questions qui ne sont pas absolument négligeables. Tous ses membres, en qualité de nations, sont qualifiés pour le faire: veiller à la régularité de l'ordre mondial.

Si vous voulez que nous jouions, nous jouerons. Je ne quitte pas, à la place qui m'est dévolue, l'échiquier de yeux.

On va chez le coiffeur et au bordel

Impossible d'échapper à l'information dévoilée par Le Canard Enchaîné selon laquelle pour permettre au président de la République d'exercer son devoir de citoyen, l'Elysée aurait prit quelque liberté avec le code électoral. J'en ai, comme beaucoup, les poils qui se hérissent. Trop c'est trop! Il faut avoir le courage de le dire.
C'est incontestable : friser le ridicule devrait devenir une épreuve obligatoire au CAP de coiffure. Comme couper les cheveux en quatre. Il faut donc soutenir les préconisations du rapport Attali sur l'ouverture de cette profession. Il y aura beaucoup de candidats.
Cela me rappelle un livre d'Emile Ajar, "La vie devant soi", où la grosse prostituée juive, Madame Rosa, qui a recueilli l'enfant Mohamed chipote un peu sur l'expression et reprend Mohamed: "On va chez le coiffeur et au bordel".
Les deux, en même temps, c'est désormais possible.
En fait, je me demande, si dans le livre elle est décrite comme grosse.
Cependant, on la devine, comment dire, imposante, la Rosa.

J'ai, parcourant des sites et des forums, des procureurs évoquer les peines encourues par la chef de l'Etat au titre ou tel article du code électoral. Redoutable passion que celle de la justice, autant il est vrai que cette année est celle du 250e anniversaire de la naissance de Robespierre, ce saint homme, que certains voudraient voir commémoré.
Les démonstrations juridiques sont parfois un éclairage, et je les apprécie, j'essaye de les comprendre, mais, là, la situation me fait surtout songer, je ne sais pas pourquoi, à ce si grand moment de cinéma, dans le "Schpountz", quand Fernandel déclame dans tous les registres: "Tout condamné à mort aura la tête tranchée...".
A mourir de rire.

Valoir ce que de droit

Le fait que, pour finaliser le transfert des Arches de Zoé en France, le garde des Sceaux ait garanti à la justice tchadienne le versement de la sanction financière doit faire, assurément, impérativement, beaucoup de bruit.
Alors si cette nouvelle "révélation" doit faire du bruit, plutôt que des vociférations et vaines palabres, qu'elle fasse un peu de musique, dont il est dit à son propos, et ce n'est pas par hasard, qu'elle représente le plus coûteux des bruits. Une sorte d'équivalent silence puisqu'on dit qu'il est d'or.
Je suggère qu'un disque dédié aux enfants du Darfour soit enregistré et que ses bénéfices soient intégralement versés au Tchad, lui même ayant à assurer la répartition des dommages et intérêts aux ayant-droits, ceci pour honorer l'intégralité de l'exequatur, c'est à dire la conversion d'un jugement d'un droit à un autre.
Baliser un chemin par le droit induit qu'on ne s'en écarte pas trop.
Compte tenu de la sympathie, proportionnelle à l'antipathie, bien sûr, qu'ont suscité les membres de l'Arche, nos compatriotes auraient ainsi, librement, faculté de contribuer au règlement définitif de cette affaire sans appeler la garantie de l'Etat et de ses contribuables.
Moi-même, si une telle opération était lancée, et bien que l'initiative des animateurs de l'Arche m'ait semblé dès son origine hasardeuse, j'apporterais volontiers mon écot.
Ceci dit, je ne vois pas en quoi cette lettre mériterait une exploitation tendancieuse.
Elle ne dit qu'une chose, ma foi rassurante, chacun, dans sa dignité, fait valoir ce que de droit.

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