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01.04.2008

Les polémiques n'engagent que ceux qui y croient

Je viens d'entendre M. Ayrault, au nom du Parti Socialiste, Radical et Citoyen, attirer l'attention de l'hémicycle sur le revirement entre M. Sarkozy, s'exprimant au cours des dernières semaines de la campagne des Présidentielles sur l'Afghanistan, au cours d'un journal télévisé, pour affirmer, clairement, "que la France n'avait pas vocation à rester dans ce pays" et le Sarkozy qui renforce le dispositif par l'envoi de troupes supplémentaires.

C'est vrai, je m'en souviens et quand il a prononcé cette phrase je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'elle parlait aux Talibans mais surtout qu'elle "regardait", cette phrase, la vie de deux de nos compatriotes.
Je me souviens, sans me rappeler si c'était avant ou après l'intervention de celui qui allait être élu chef de l'Etat, que des reportages réguliers nous rappelaient le sort de plusieurs otages, dont deux Français, Céline et Eric, sur lesquels pesait un odieux chantage.

J'imagine, car je ne peux pas faire autre chose que l'imaginer, que la parole publique de Nicolas Sarkozy, ce jour-là, était déjà calibrée, peut-être, en fonction de cet enjeu humain.
J'essaie donc, tout bonnement, de ne pas perdre de vue ces éléments parce que, quand je me rappelle d'eux, de Céline et Eric, de Terre d'Enfance, je me rappelle d'un Afghan - j'ai oublié son prénom, voyez comme on est démuni - qui était aussi auprès d'eux, et qui a eu la tête coupée.
Par les Talibans, puisque nous parlons d'Afghanistan.

Ceci étant, il faut s'en accommoder, les polémiques sont un peu comme les promesses, elles n'engagent que ceux qui y croient.
J'ai envie de conclure : "De la manière dont on engage son propos....". Et ce faisant, j'ai une pensée, un regard, pour Ingrid Betancourt, dont la situation est si désespérée.

Mourir pour l'Afghanistan? Non.

Le fait, en tant qu'individu, d'être favorable ou pas au renforcement du rôle de la France en Afghanistan, n'a, à dire vrai, que peu d'importance. La question est de savoir si la France - et, désormais, l'Europe - ont vocation à assumer une responsabilité de sécurité plus concrète et directe qu'elle ne l'a été jusqu'à présent.
Je suis désolé d'avoir à le dire, mais ce qui force le respect, au delà des critiques qui n'ont pas toujours été infondées au moins sur les conditions de la mise en oeuvre de la guerre d'Irak, c'est que les Américains n'abandonnent pas le front et sauf à demeurer autiste, la lente – et sans doute fragile - affirmation d'un état irakien, auquel le chef de l'Armée du Mahdi, Moqtada Sadr s'est rallié lui-même, en dénonçant comme hors-la-loi toute attaque contre les institutions de son pays, aura peut-être pour conséquence, de montrer que les sacrifices humains n'ont pas tout à fait été vains.
Je ne leur souhaite pas, aux Américains, ni en Irak ni en Afghanistan, un "bourbier".
Je dis cela, car, parcourant les forums, écoutant ce qui se dit, il me semble parfois que la seule ambition qui anime un certain nombre d'intervenants, consisterait à établir, justement, que tout cela est vain dans un monde lui-même vain. Messieurs Al-Zawahiri et Ben Laden y auraient, lors, toute leur place, voire toute leur légitimité.
Mais de Kaboul à Islamabad, de Bagdad à Damas, de Paris à New-York, de Pékin à New-Delhi, de Moscou à Téhéran, il convient de réfuter, cordialement, ce à quoi nous convie un tel état d'esprit quand bien même, il nous procurerait, ici ou là, quelques avantages.

Oui, il y a toujours un front, quelque part, et ce n'est peut-être pas tout à fait superfétatoire d'affirmer qu'un engagement, militaire quand il y a lieu qu'il le soit, a un sens.
Alors 4 000 Gi's tués - bilan hélas aggravé - en Irak, plusieurs dizaines de milliers de blessés. Un nombre important, quoique heureusement inférieur, de pertes américaines en Afghanistan où les Américains ont assumé le risque tandis que nous nous cantonnions hors de portée du feu, dans des régions peu exposées.
L'histoire, en définitive, parce qu'elle n'a pas l'esprit confus, retiendra aussi cela.
Je déplore qu'une partie de mon pays ne distingue pas l'enjeu de tout cela. Car la France, de surcroît, n'a pas déclaré la guerre, elle exécute un mandat de l'ONU – si je ne me trompe pas – avec des forces qui sont celles de l'OTAN.
Mais il y a bien, à l'origine, un mandat de l'ONU qui a été délivré, à l'unanimité me semble-t-il.
J'en conviens, il peut y avoir un débat intéressant d'ailleurs sur cette articulation entre l'ONU et l'Otan, leurs chartes respectives, mais qu'il ne n'égare personne même si, de fait, de la solidarité aux Etats-Unis agressé par un acte terroriste, nous en sommes aujourd'hui au soutien d'un Etat, celui dirigé par Hamid Karzaï, dont il faut reconnaître qu'il n'est pas membre de l'Otan.

Ce qui distingue encore les nations, je veux bien croire que c'est encore non seulement l'idée qu'elles se font du devoir qui leur incombe mais la nature concrète de leur engagement. Sans quoi, elles aboutiraient à l'indifférence.
Alors, si aujourd'hui face à un régime – celui des Talibans – qui a abrité et abrite encore les ordonnateurs d'Al-Qaïda responsables du 11 septembre 2001, mais aussi de tant d'autres disséminations terroristes à la gare d'Atocha en Espagne, sur le réseau métropolitain de Londres, en Inde, au Pakistan probablement aussi, alors si, aujourd'hui, l'Assemblée Nationale s'empare de la question de l'engagement français en Afghanistan pour la réduire à la querelle qui se profile, l'Assemblée nationale n'en sortira pas grandie et manquerait, même si un sondage du jour témoigne de la réticence de nos compatriotes à voir notre pays s'engager davantage qu'il ne l'a fait, à son premier devoir.

On peut chercher à voir ou l'avancée ou la défaite de la démocratie dans le marc de café On peut aussi le voir là tel qu'il s'affiche. Ce n'est pas une question de pédagogie politique, mais de fondamentaux: comment deux tiers des Français peuvent-ils se dérober à un devoir qui est le leur parce qu'il a un forte dimension d'affirmation continentale.
Les valeurs, celles dont le peuple, la nation à laquelle j'appartiens, se réclame ne vont pas sans le consentement d'un engagement ferme et lucide.
Certes, j'en suis conscient, cela expose nos soldats à des risques plus réels qu'ils ne pouvaient l'être avant. Plusieurs de nos soldats, déjà, ont payé de leur vie le fait d'assurer la mission qui leur a été confiée. Je n'aurais pas l'indécence de dire que ce sont les risques du métier qui est le leur.
J'exprime, car il n'y a rien d'autre que je puisse faire, mon respect profond.
Dire que l'armée française est désormais une armée de métier n'enlève rien à ce qu'un tel risque représente en effet pour chacun de nos militaires. Mais je les ai vu à l'oeuvre, leur professionnalisme, leur discipline, leur abnégation et leur courage. Et, il n'est pas impossible, à mes yeux tout au moins, que par leur comportement, leur solidarité au combat si cela doit advenir, leur dignité de soldats, ils ne répondent pas finalement au cas de conscience qui se pose à certains de nos compatriotes.
Le tout, pour eux, pour nous, est de savoir, quand les situations le commandent, ne pas se montrer chétifs.
Faut-il mourir pour l'Afghanistan? Non.
Il faut faire le pari de le vie, de l'état de droit, de la prospérité, pour lui et ainsi assurer notre propre sécurité.
Comme beaucoup de mes compatriotes, j'écouterais donc avec une attention soutenue le débat qui va s'ouvrir au Parlement.
Il est légitime.