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13.03.2008

Droit de mourir (bis)

Entendu et vu le reportage consacré à Chantal Sébire, ce soir sur France 3. On ne peut que compatir, on ne peut que s'incliner devant sa détermination, son combat pour la dignité qui rencontre les réticences des politiques, qu'elle dénonce, mais aussi, ce qui est loin d'être négligeable, d'une importante partie du corps médical et soignant.
Mais faire de cette question qui touche comme aucune autre à un fondement déontologique et éthique majeur une question que l'on pourrait soumettre à un référendum, ce à quoi elle aspire avec la certitude qu'une majorité de compatriotes soutiendrait l'euthanasie active, n'est pas la meilleure chose à souhaiter.

Le droit de mourir

La situation médicale et humaine de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans affectée par un cancer qui la défigure et la condamne sans espoir de rémission, nous touche tous. Sa détresse nous interpelle au plus intime de ce qu'est, sera ou serait, dans des conditions semblables, notre rapport personnel à la souffrance, à la maladie, à la mort.
Quelques mois après le combat médiatique de Mme Marie Humbert pour son fils, Vincent, qui a engendré un long débat en France et donné lieu à la loi Léonetti sur la fin de vie, Chantal Sébire relance la revendication controversée sur l'euthanasie active.
Elle veut se voir reconnaître, au stade de sa maladie et de sa souffrance, la légitimité légale d'un droit à mourir que chacun, dans des conditions strictes, pourrait invoquer pour lui-même et déléguer à un praticien ou une équipe médicale.
La loi de 2005, qui a failli s'appeler loi Humbert, si je me souviens bien, n'a pas défait le principe fondamental de vie pour se concentrer sur les dispositions d'accompagnement palliatif.
Par contre, le législateur a voulu maintenir et s'attacher à l'intangibilité d'un principe qui est celui du droit, comme de la médecine: la protection de la vie est sacrée, non pas du point de vue religieux, mais social, légal.
Concilier ce qu'il y a de relatif à ce qu'il y a d'absolu dans la vie de chacun dans le cadre d'une société, qui génère le droit, qui génère la culture, qui génère la tradition, qui fonde la nature d'une civilisation, n'est peut-être pas possible et encore moins souhaitable.
Ce débat reviendra sans doute souvent. Beaucoup de choses peuvent évoluer, mais pas l'affirmation fondamentale de ce qui constitue l'axe éthique et déontologique autour duquel s'organise notre vie en commun.
Il fonde le tropisme d'une civilisation.
C'est ce principe qui rend l'eugénisme inacceptable du point de vue de la morale et de l'éthique quels que puissent être, demain, dans un siècle, les tentations et les problèmes des futures générations, la charge que représentent ou pourront représenter la vieillesse ou la maladie dont on sait que, si elles peuvent être soulagées, elles ne seront jamais vaincues.
Elle est tournée et structurée autour d'un principe de vie. Et c'est ce que nous devons veiller à leur léguer et qu'eux mêmes devrons transmettre.
Le toucher serait le dégrader, si peu que ce soit, et nul ne peut mesurer, quelles que soient les protections, les serments d'aujourd'hui, les conséquences qui pourraient naître de cette altération.
Il reste et restera la compassion. Elle consubstantielle à l'humanité et aux droits de l'Homme.
Aucun droit ne peut la remplacer.

Euro fort

La manière dont on accable l'euro et la politique de la banque centrale européenne me semble injuste.
L'indépendance de la banque centrale est le gage de la qualité d'une démocratie fondée sur la séparation des pouvoirs. Le principe n'est pas acquis mais il devrait l'être.
Ce que l'on tient en effet pour naturel et profitable s'agissant des pouvoirs législatifs et judiciaires, pourquoi ne pas le tenir pour vertueux lorsqu'il s'agit du pouvoir monétaire?

Je remarque que Jean-Claude Trichet, punching-ball des politiques français depuis plusieurs années, a toujours considéré comme une priorité la lutte contre l'inflation.
Il y a encore quelques semaines, chacun, à droite comme à gauche, dans notre seul pays, considéraient cette prudence selon eux "obsessionnelle" comme superflue et l'invitaient à desserrer l'étreinte.
Dans le cas, où les politiques auraient eu main sur la politique monétaire, il est probable qu'en vertu de cette subjectivité politique, on aurait assisté à des décisions que nous regretterions aujourd'hui quand la tendance inflationniste, en Europe, refait surface.

Quant à la parité avantageuse de l'€/$, elle n'est pas qu'un inconvénient lorsqu'il s'agit de régler la facture énergétique. Elle n'a pas empêché Airbus de vendre ses ravitailleurs à l'armée us et à l'industrie allemande de continuer à se tailler la part du lion en terme de commerce international, dans le contexte mondialisé.
Une révision des taux, en France, donnerait l'impression que la pente devient moins raide, mais ce ne serait, il me semble, qu'une illusion d'optique perverse, car elle nous donnerait prétexte - ce à quoi les Français courent toujours avec avidité - à ne pas remettre en cause ce qui doit l'être.
Cette tendance s'appelle la recherche d'un bouc-émissaire.
Réduire la dette, fortement, en s'attaquant à ses causes structurelles, nous ramènerait à plus de compétitivité, de crédibilité et de dynamisme économiques.

Parmi les conséquences de la crise financière des "subprimes", la notation des créanciers s'agissant de la capacité de leurs débiteurs publics ou privés est plus pointue et scrupuleuse qu'avant. Conséquence, en zone euro, les taux d'intérêts liés à cette dette varient d'un pays à l'autre.
La France est jugée moins crédible par rapport à l'Allemagne, l'Espagne ou la Grande-Bretagne.
Elle a donc une prime de 0.5% de surcout de son crédit.
A l'échelle de ce qu'elle emprunte chaque année, cela fait plusieurs dizaines de millions d'€.
Le prix d'une certaine inconséquence.

Reste qu'il y a sans doute, au delà du débat sur la parité entre euro et dollar, un changement de la perspective mondiale ou de son centre de gravité. On quitte, lentement mais surement, un monde dominé et étalonné par l'économie américaine, pour un autre monde où l'Asie pèse de tout son poids sans d'ailleurs, pour la Chine, en tenir compte s'agissant de sa parité au dollar, sous-évaluée.

L'envolée du prix du pétrole, 110 $ le baril atteint en quelques jours, est un révélateur de ce changement de référence. L'OPEP, il y a quelques jours, a refusé de céder aux pressions, américaines notamment, en relevant ses niveaux de production pour détendre les cours.
On peut le déplorer. Mais dans l'explication fournie, on pouvait retenir le constat des pays producteurs de l'écroulement du dollar. Selon eux, l'envolée des cours en dollars résulterait moins d'une tension des marchés due à un différentiel exagéré entre l'offre et la demande que d'une compensation, selon eux légitime et inévitable, de ce phénomène: un dollar en baisse enrichit moins.
Cela nous ramène à l'usage fait par certaines pétro-républiques de la rente pétrolière et aux propos de Shimon Peres qui faisait l'objet de ma note d'hier.

12.03.2008

Prophétique

Il y a des jours, en entendant certaines personnes, on retrouve des identités communes.
Dimanche, dans l'émission "Revu et corrigé" de Paul Amar, Daniel Shek, ambassadeur d'Israël à Paris, et la représentante de l'Autorité palestinienne, dont je n'ai pu retrouver le nom, ont dialogué longuement, pacifiquement, intelligemment. Nous étions à des années-lumière de Gaza, du Hamas, de l'horreur des âmes qu'elles soient d'un camp ou de l'autre. Nous étions avec une humanité. C'était un dialogue touchant qui forçait le respect. Au point qu'il s'est déroulé librement et que sur le plateau comme derrière l'écran, nous avions l'impression d'être les témoins de quelque chose de précieux que rien ne devrait entraver.
Ce matin, c'est Shimon Peres, président d'Israël, qui a eu les mots juste, sur Europe 1.
"L'Iran essaie de prendre le contrôle du Proche-Orient. Il veut faire du colonialisme religieux; une hégémonie que les pays arabes n'aiment pas du tout", a souligné aujourd'hui le président israélien Shimon Pérès en dénonçant l'utilisation de l'argent du pétrole.
"Ces pays ont peur de l'Iran et du Hamas encore davantage que nous", a-t-il dit sur Europe-1 avant d'ajouter: "l'Iran a deux espèces de métastases, deux succursales: c'est le Hezbollah (libanais) et le Hamas. Téhéran veut prendre le contrôle de la Syrie".
"C'est là qu'ils investissent tout leur argent, l'argent qu'ils tirent du pétrole. En fait, le pétrole est le plus grand ennemi aujourd'hui. Outre la pollution, le pétrole finance le terrorisme, du Venezuela jusqu'à l'Iran", a estimé Shimon Pérès au troisième jour de sa visite d'Etat en France.
L'Etat hébreu, a-t-il ajouté dans une sorte de parabole, entend développer des énergies alternatives: "Nous avons le soleil. Et je préfère le soleil aux pays pétroliers. Le soleil est éternel et le soleil n'est pas membre de la Ligue arabe", a ironisé le président israélien.
En tout cas, ce pays n'a pas besoin de moulins à vent. Ni d'éoliennes pour brasser du vent.
Il est prophétique.
Sa vallée de la Paix, et de la prospérité, qu'il veut voir courir d'Israël à la Jordanie en passant par la Palestine, mérite de surgir.
Il paraît que des pousses d'oliviers sont même prêts pour y développer leurs rameaux.

Primes à la nuisance au tiers

Si on écoute François Bayrou, la volonté d'apaisement, le pragmatisme, seraient l'apanage du Modem. Cette volonté constituerait une telle révolution en France qu'elle se suffirait à elle même et permettrait de trouver des solutions à ses difficultés.
C'est une véritable posture.
Si on l'examine de près, on constate, paradoxalement, qu'elle emprunte, par son discours et sa théorie du pouvoir, quelque chose à la tentation du partie unique, omniscient à défaut d'être omnipotent.
Mais ce n'est pas un programme politique et, si l'on en juge par les accords du second tour qui se sont noués, encore moins une cohérence. Bien sûr, François Bayrou ne se détermine, à Toulouse, à Marseille, à Paris, à Pau, etc, partout où il le peut et même là où il ne le peut pas, que selon sa pesée de ce qu'est le bien public ici ou là.

Je ne pense pas que l'UMP veuille, par opposition à M. Bayrou, "un climat de guerre civile". Je ne suis pas sûr que, à gauche où réside toujours, hélas, un goût des insurrections, il y ait une unanimité sur ce point.
Si le Modem était cohérent, il reconnaîtrait à Nicolas Sarkozy une tentative de réaliser concrètement cette oeuvre de pacification idéologique et de pragmatisme, érigée en modèle par François Bayrou, grâce à l'"ouverture".
N'aurait-elle des vertus que pratiquée, conceptualisée, par un mousquetaire?

François Bayrou fait comme si cette ouverture n'existait pas. Comme si elle n'impliquait pas des personnalités diverses et pluralistes.... Il tient une critique qui tourne sur elle-même, sans tenir compte des faits d'ouverture du président Sarkozy.
Il faut dire que seule une société hyperclivée, au point d'être inopérationnelle, lui fournit les moyens d'exister sans avoir à assumer, clairement, une authentique pensée politique.

Le Modem occupe un espace politique comme le baromètre indique une tendance climatique. Il dit quelque chose de vrai sur ce qui préoccupe un certain nombre de citoyens, mais il n'est qu'un instrument de mesure.
Il bénéficie de la crise idéologique profonde qui affecte le parti socialiste et qui l'oblige encore à durcir le ton, à exacerber l'expression politique.
Lorsque que ce parti aura fait son aggiornamento, l'espace en question se réduira et la démocratie française connaîtra un progrès considérable, une clarification nécessaire.
L'apaisement passe par la simplification des débats et des enjeux autour de deux grandes forces.
Le pluralisme ne serait pas pour autant en danger. Les Espagnols ne sont pas plus bêtes que nos compatriotes, ni moins pragmatiques. Ils ont peut-être exprimé, lors des législatives qui viennent de s'y tenir, quelque chose d'essentiel, même si leur hymne national, faute de consensus, demeure muet, pour l'unité nationale.

L'Espagne connaît une tendance lourde: celle de la bipolarisation.
Seuls le PS et le PP sortent gagnant.
Les citoyens, quels qu'ils soient, ne peuvent pas exiger de la politique qu'elle résolve - se mette en position, comme on dit aujourd'hui, de le faire - leurs problèmes et brouiller la capacité de ces mêmes politiques à le faire en accordant des primes de nuisance aux tiers.
L'Espagne y a renoncé. Même si les Catalans, de manière paradoxale au mouvement démocratique auquel nous avons assisté, se trouvent en position de vendre ses sièges à Zapatero pour lui assurer une majorité stable.

10.03.2008

Le quinquennat et les élections intermédiaires

La réduction du mandat présidentiel à cinq ans et la synchronisation avec les législatives procurent incontestablement une respiration tout à fait différente et cohérente à la vie démocratique de notre pays. Désormais, les cohabitations auxquelles aussi bien François Mitterrand que Jacques Chirac ont dû faire face, favorisées par le décalage entre le mandat législatif et le mandat présidentiel, ne peuvent plus se reproduire qu'en cas de dissolution, justifiée par une crise politique grave.
Quel rapport peut avoir cette considération préliminaire avec les municipales?
Un étroit rapport, car il me semble que la logique institutionnelle établie par ce nouveau calendrier électoral, n'est pas assimilée dans les moeurs politiques. Ou si elle l'a été, l'opposition, en développant une stratégie que M. François Hollande a lui-même voulu voir être celle consistant à lever une «cohabitation territoriale», s'efforce de violer l'esprit de la Constitution.
Certains considèreront l'expression «violer» exagérée en considérant que le communication partisane peut bien s'accommoder de quelques excès, mais c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit.

Finalement, cette réforme qui a fait évoluer le septennat vers le quinquennat, lorsque Jacques Chirac l'a mise en place, me semblait une manière d'écorcher la Ve République.
A la réflexion, elle l'a rend plus cohérente, moderne et efficiente en déterminant le temps de chaque niveau de légitimité politique et surtout, en rendant le mandat plus supportable à la fois pour le pouvoir en place mais aussi pour l'opposition.
Cinq ans, ce ne sont pas sept ans.
C'est une respiration politique véritable, cohérente, équilibrée qui peut s'y développer.
François Mitterrand avait eu un mot excellent en assurant qu'«il fallait laisser le temps au temps», c'est-à-dire, peut-être, l'action à l'action.
La valeur et la portée des élections dites «intermédiaires» en terme de sanction nationale du pouvoir doit désormais être relativisée, sauf à vouloir déstructurer la démocratie et la précipiter dans l'abîme du populisme, avec ses bouffées d'émotion et ses exaltations successives.

Même s'il est indéniable qu'un certain nombre de citoyens se livrent assurément (un tiers des électeurs, d'après les sondages, ce qui n'est pas négligeable) à un vote sanction de la politique gouvernementale ou expriment le rejet de Nicolas Sarkozy, la légitimité du pouvoir n'est pas atteinte dans ce qui est sa perspective et sa chronologie.
C'est le peuple qui les lui ont procuré à partir d'une relation directe et unique qui ne saurait être remise en cause aussi facilement.
D'une manière diffuse, c'est cette aberration que je ressentais hier soir en écoutant les ténors de l'opposition à 20h et des poussières, évoquer soit un avertissement au pouvoir soit un vote sanction.
Une démocratie mâture fonctionne selon des règles constitutionnelle qu'elle se fixe.
Elle devrait s'interdire des confusions, sans doute compréhensibles du point de vue de l'intérêt politicien, mais préjudiciables fondamentalement.

08.03.2008

Le droit au pouvoir d'achat

Il ne se passe pas un jour sans que les médias auscultent le pouvoir d'achat des Français, qui est devenue leur première préoccupation et, à considérer la constance avec laquelle, le sujet est focalisé, doit le rester.
Chaque jour, presque, son témoignage, ses reportages dans les rayons de supermarchés, sur la "vie chère" le comble ayant été atteint par l'enquête publiée par 50 millions de consommateurs, qui a surenchéri, à tort d'après les enquêtes ordonnées par Bercy, sur la réalité des augmentations en publiant une enquête tonitruante.

Il faudra pourtant dépasser cette "obsession" médiatico-politique du pouvoir d'achat qui ramène la politique au discours commercial d'un Edouard Leclerc, qui sait se positionner à cette curieuse confluence, en protecteur des consommateurs.

La vie d'un pays ne tient pas à la seule légitimité des uns ou des autres à voir maintenu leur pouvoir d'achat, coûte que coûte, quitte à imaginer des retours à des politiques autoritaires de gel des prix ou encore à entretenir des procès nauséeux, parce que sommaires, sur "ceux qui s'en mettent plein les poches sur le dos des pauvres".
Il n'est certes pas illégitime pour un citoyen de considérer l'évolution de son niveau de vie et sa capacité de consommation, notamment en terme de besoins primaires. Mais il ne peut pas tout faire partir et tout ramener, en sautant toutes les cases qui le gênent, à cette dimension.

Le droit au pouvoir d'achat n'existe pas, ce n'est pas une raison, parce que nous vivons dans une sorte de campagne électorale permanente, de l'inventer.
Il se mérite collectivement par des choix et des réformes, constants dans le temps.
En quelques semaines, les Français, de droite comme de gauche, qui disaient ne pas craindre une fièvre inflationniste et reprochaient à la BCE une rigueur superflue dans ce domaine, sont confrontés à ce danger menaçant.
Il ne s'effacera pas par un coup de baguette magique.

07.03.2008

A propos du terrorisme

L'attentat meurtrier perpétré ce jeudi à Jerusalem dans une école talmudique et qui a causé la mort de huit jeunes étudiants israéliens, marque une escalade qui n'est pas celle de la violence aveugle, mais celle de la stratégie des Islamistes, développée à partir de Gaza.
Cet attentat intervient quelques jours à peine après l'opération de Tsahal « Hiver Chaud » qui avait tenté, en vain, de mettre fin aux tirs de Katouchias sur plusieurs villes proches de Gaza. Il replace, après quatre années au cours desquelles aucun attentat suicide n'avait pu être commis sur le territoire israélien, le terrorisme au coeur de l' Etat juif et provoque la suspiscion envers les arabes de Jérusalem Est.

Aujourd'hui, Israël comme l'autorité palestinienne de Mahmoud Abbas sont placés devant une situation de plus en plus précaire qu'un certain nombre de régimes arabes, au premier rang desquels figurent l'Iran et ses affidés, le Hezbollah, veulent voir dégénérer encore.
Il ne fait pas de doute que la situation de Gaza est au coeur d'une stratégie globale à laquelle le Hamas, le Hezbollah, l'Iran, participent à des niveaux certes différents, mais parfaitement convergents.
En faisant échouer, hier soir, le projet de résolution présenté au Conseil de Sécurité de l'ONU, condamnant l'attentat, la Lybie et deux autres Etats, qui n'ont pas été cités, participent à ce mouvement inquiétant en prenant le contre-pied de l'Autorité palestinienne qui, elle, a condamné fermement l'attentat.
J'évoquais, il y a à peine quelques jours, la déclaration de Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, incriminant le secrétaire général de l'ONU, et la partialité de cette organisation qui ne reconnaîtrait pas un «droit à la légitime défense» des combattants islamiques face à Israël, considéré lui-même comme un «état terroriste».
Cette remise en cause, à un moment où les tensions dans la région, que ce soit sur le dossier palestinien, sur celui du nucléaire iranien, entrent dans une phase extrême, est coordonnée et déterminée par un objectif politique global.

A des milliers de kilomètres de là, les Farcs, par d'autres moyens, tentent eux aussi, avec la bienveillance de Caracas, de passer d'un statut de terroristes, pratiquant le trafic de drogue et le kidnapping de masse, à celui de belligérants à qui serait reconnu le droit à de tels recours.
Les mécanismes de la pensée entre Nasrallah et tant d'autres dans la région et un Hugo Chavez qui récemment déclarait que la Colombie était un «Etat mafieux» au service et aux ordres «du plus terroriste des Etats du monde, l'Amérique» sont identiques.
Rien, ici, de Gaza à la jungle colombienne, n'est anodin et confirme l'impérieuse nécessité de parvenir à imposer, le plus rapidement possible, le plus strictement possible aussi, une définition de ce qu'est le terrorisme en dépit de l'émotion et de la subjectivité des opinions publiques, arabes ou pas.
Le drame qui s'est produit à Jérusalem, les scènes de joie indécente qu'il a fait naître au Liban et à Gaza, ne fait que rendre cette distinction plus urgente.

La confusion sur ce que sont le terrorisme et des actions légitimes a pour conséquence le chaos. On voit comment il règne déjà, par la négation de toute dignité humaine et l'aberration de tous les comportements. On voit les ravages qu'il engendre au nom de la légitimité qu'il s'octroie sur l'ordre et toutes les formes, sans doute perfectibles, de légalité nationale ou internationale, d'effort de paix et de reconstruction, comme en Irak quotidiennement ensanglanté selon ce même « droit » terroriste.
La thèse selon laquelle le terrorisme ne naît pas de lui-même mais de l'injustice faite à des populations et que c'est elle qu'il faut combattre en premier lieu a été imposée à l'ONU et elle paralyse, jusqu'à présente, l'ONU dans sa volonté d'imposer une définition « opérationnelle ».
Elle manque, du point de vue juridique et moral, à l'histoire du Monde, au modèle de civilisation qu'il doit promouvoir de manière tellement universelle qu'elle devrait faire unanimité à Bagdad comme à Ajaccio, où l'on s'est habitué à entendre un discours sur le terrorisme d'Etat, celui de la France.

Cette thèse, dite holistique, fait du terrorisme une réaction à une situation qui serait intenable de sorte qu'il puisse être considéré que, là où il y a du terrorisme, il y a une injustice qui le précède.
Mais qu'est ce que, alors, une injustice?
Le terrorisme prouve qu'il est capable d'être, par lui-même, une action au service d'une idéologie, d'une doctrine, qui ne poursuit pas d'autre fin que celle d'être dominatrice, quel que soit le verdict et la légitimité de ce que l'on nomme démocratie, état de droit et souveraineté, et, c'est la pratique du Hamas, le prix humain consenti dans la propre population dont il a la charge et qu'il sacrifie à l'intérêt supérieur de sa cause.
La France, je l'ai toujours pensé, devrait avoir une démocratie d'avance et porter, de surcroît si elle veut promouvoir une «politique de civilisation», une contribution essentielle et débarrassée de toutes les équivoques, pour parvenir à définir le terrorisme de sorte de le rendre condamnable devant l'histoire.
A défaut de voir la communauté internationale dépasser les ambiguïtés, il est à craindre, avec les perspectives démographiques qui sont celles attendues pour ce siècle, que le terrorisme prospère de manière exponentielle.
Au moment où je termine ce propos, j'apprends que l'Espagne vient de subir un nouveau attentat de la part de l'ETA qui a coûté la vie à un ancien élu socialiste abattu devant son domicile au Pays basque.
La campagne des législatives y est suspendue.

06.03.2008

Un nouveau parasite pour le blé

Au moment où les cultures OGM demeurent en France au centre de passions polémiques, l'alerte phyto-sanitaire lancée aujourd'hui par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'Agriculture, permet de mesurer l'importance des enjeux.
Un nouveau champignon virulent, la rouille des tiges du blé, s'est propagé de l'Afrique de l'est et du Yémen vers l'Iran, et menace les pays voisins qui sont producteurs de blé, a annoncé aujourd'hui la l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture.
Elle appelle les autorités à renforcer la surveillance.
« Les pays à l'est de l'Iran tels l'Afghanistan, l'Inde, le Pakistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan, tous grands producteurs de blé, sont les plus menacés par le parasite et doivent être en état d'alerte », a mis en garde l'agence dans un communiqué publié aujourd'hui à Rome.
Le champignon de la rouille du blé, baptisé Ug99 car apparu pour la première fois en Ouganda en 1999, se propage très rapidement avec les vents. La FAO estime que jusqu'à 80% des variétés de blé semées en Asie et en Afrique sont susceptibles d'en être victimes.
En 2007, il a été détecté au Yémen, sous une forme plus virulente que celle trouvée en Ouganda.
L'Éthiopie et le Kenya ont aussi été frappés par de « redoutables épidémies » qui ont causé de lourdes pertes, a indiqué l'agence.
Alors que les autorités de l'Iran ont informé la FAO que le champignon avait été détecté dans l'ouest du pays, les pays voisins comme l'Afghanistan, l'Inde, le Pakistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et le Kazakhstan doivent être en état d'alerte, a souligné l'agence qui encourage la mise en place de la Borlaug Global Rust Initiative(BGRI), qui vise à aider les pays à mettre au point des variétés résistantes, à produire des semences propres de qualité, à améliorer leurs services nationaux de protection des plantes et de sélection végétale et à élaborer des plans d'urgence.

05.03.2008

Il manque aux Palestiniens une révolution fondatrice

Sombre scénario: la situation se dégrade toujours à Gaza et le Hezbollah libanais, maintenant, vole à l'aide du Hamas.
Ce mouvement islamique, lié à Téhéran, a appelé aujourd'hui le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a récemment dénoncé les menaces proférées par le mouvement chiite libanais contre Israël, à être plus objectif et à tenir compte du droit à la "légitime défense". - source AFP

M. Ban s'était déclaré, le 14 février dernier, "préoccupé par les menaces de guerre ouverte lancée contre Israël" le 14 février par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.
Il a estimé qu'il s'agissait d'"une rhétorique qui allait à l'encontre de la résolution 1701 qui vise à obtenir un cessez-le-feu permanent".

Tout cela nous montre que nous sommes bien dans un champ de grandes manoeuvres et qu'il faut les prendre très au sérieux car la minuscule enclave de Gaza n'a pas d'autre vocation, pour les Islamistes, que de devenir l'oeil d'une tornade dont ils espèrent qu'elle emportera tout sur son passage.

Les tirs de Katouchias, instrumentalisées par le Hamas, participent à maintenir un haut niveau de tension sur Gaza afin de réunir les conditions propices à faire déborder le conflit et à catalyser, d'une certaine manière, toutes les forces et frustrations potentielles.
La colère, l'indignation, le sentiment de victimisation porté au paroxysme, sont des vecteurs puissants. Ils le sont d'autant plus lorsqu'ils sont portés par le lyrisme et l'apologie sinistre des martyrs et le rêve, réveillé par le Hezbollah, de "divines victoires" succédant à d'autres "divines victoires".

C'est cette stratégie que les Palestiniens doivent mettre en échec. S'ils forment un peuple, c'est à eux que cela revient. S'ils veulent devenir une nation - aspiration noble et légitime - ils ne peuvent pas éluder leur responsabilité historique.

La guerre inter-palestinienne a été évitée jusque là.
Mais le problème de fond subsiste.
Les Palestiniens ont déjà choisi entre deux destins puisqu'ils ont élu à leur tête le chef de l'autorité palestinienne et ses équipes.
Cela ne suffit pas. On peut déplorer les affrontements fratricides comme la honte des honte, ils sont pourtant, parfois, nécessaires.

L'heure approche, il me semble, où le peuple palestinien devra trancher entre deux régimes, deux manières de concevoir leur nation et l'exercice de leur souveraineté: celui passant par un état modéré ou celui passant par un état extrémiste.
Les deux sont incarnés à quelques kilomètres de distance, actuellement, par la président de l'autorité palestinienne, et par Ismaël Haniyeh, leader du Hamas.
Ils sont aussi dissemblables qu'incompatibles.

La tragédie palestinienne tient surtout à cette incompatibilité de plus en plus saillante.
Une nation qui tranche ce type de dilemme ne fait pas autre chose qu'une révolution fondatrice.
C'est elle qui manque cruellement aux Palestiniens.
Dans le cas contraire, Gaza, comme un trou noir, engloutira le destin de la Palestine et tous les processus de paix qui vont avec.

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