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24.02.2008
Désinhibitions
Le respect du président de la République en fonction est élémentaire. L'individu qui a hué hier le président à son arrivée au salon de l'Agriculture et refusé tout contact avec lui, comme si le chef de l'Etat était à ses yeux un pestiféré, a une conduite déplorable.
S'il a une telle aversion du président de la République, libre à lui de s'écarter du cortège ou de marquer son indifférence.
Or, il manifeste son hostilité et se situe, de plain-pied, comme son égal en représentation.
En tant qu'individu distingué par ses droits, il l'est. Mais cette égalité se limite là.
L'un est simple citoyen et l'autre est titulaire de la charge élective suprême.
Cela justifie une déférence républicaine minimale à son endroit.
La réponse du président de la République manque peut-être de distance et de détachement. Il réagit, à l'instant, selon sa personnalité, sans doute, mais selon celle de son interlocuteur.
La nature de la réaction de président n'est pas en cause.
Ce qui l'est, c'est qu'un individu, quel qu'il puisse être, refuse d'être touché par le premier personnage de l'Etat en disant distinctement et en public sa crainte d'"être sali" ou puisse, comme au Guilvinec, le traiter d'"enculé", quelles que soient ou puissent être les difficultés d'une corporation ou les convictions personnelles.
Le désinhibition, à différents degrés, fait rage dans la société française. Elle le fait aux dépens de la dignité républicaine.
Il y a quelques années, comment imaginer un quidam agissant ainsi face au président de la République! Question de respect démocratique et de décence. Peut-être même, s'il avait eu lieu, cet épisode aurait-il été censuré, c'est-à-dire considéré comme insignifiant.
Aujourd'hui, il devient phénomène médiatique et repasse en boucle.
Il est par conséquent chargé ou on lui prête une charge de sens.
Ce qu'il montre surtout, ce n'est pas le vif et rapide échange dont nous sommes témoins, c'est l'ensemble de la focalisation médiatique.
Entre la sacralisation absolue de la fonction et sa désacralisation, il y a un moyen terme à restaurer.
Quitte à interpeler et condamner les imbéciles qui se livrent de tels outrages...
14:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Salon de l'agriculture, Sarkozy insulté, Guilvinec
15.02.2008
Spirale infernale
Yves Jego, porte-parole de l'UMP, a raison de s'alarmer des mécanismes qui sont à l'oeuvre dans la chasse à Sarkozy qui sévit actuellement. Il a raison de dénonçer "une conjonction d'intérêts inédite sous la Ve République".
"C'est la première fois que l'on veut «abattre» avec tant de force un président de la République alors qu'il n'y a pas de crise politique et sociale, ni même de grèves massives.", dit-il.
Le contrat "social" serait-il à entendre désormais comme un contrat dans l'acception criminelle sur un individu? C'est cela, l'évolution démocratique française?
Jeudi, dans une émission tardive (Ce soir ou jamais) sur France 3, consacrée à la crise de confiance de la présidence Sarkozy, un psychiatre a produit une digression conclue par le constat qu'après l'avoir adoré, élu, il ne restait qu'à l'« assassiner », Sarkozy.
Comment, objectivement, et sur la base de quoi, des personnalités se laissent aller à ces dérives, les alimentent? De quoi sont-elles le jouet lorsqu'elles s'affranchissent de toute retenue, de toute pondération?
Cette tornade qui voit se mêler avec une force inquiétante des frustrations partisanes, idéologiques, des ressentiments, des haines multiples, enfin, des procès personnels, fonctionne pour le moment.
Peut-être à la faveur de l'approche des municipales? Peut-être pas?
Elle se déplace, presque impunément, charriant ses avatars démesurés et parfois obscènes, sur divers front.
Il ne s'agit pas de savoir si on "aime" ou pas Sarkozy. Pas davantage si l'on apprécie son style ou pas?
Il s'agit, aujourd'hui, de savoir comment on respecte la démocratie ou comment on se livre, en son nom, aux pires manoeuvres du point de vue de la psychologie des masses.
Car c'est bien à ce niveau là que se propage, actuellement, cette spirale infernale.
Elle trahit, chez ceux qui l'abreuvent, une conception dévoyée de la démocratie et des institutions, comme si le désamour et la désaffection qu'ils voudraient voir s'installer, et auxquels ils oeuvrent, leur procuraient la liberté d'attiser, sans craindre la moindre réprobation, ce phénomène.
Alain Duhamel, dans « A vous de juger », relevait s'agissant de l'ambiance médiatique défavorable, que les médias généralement selon lui, depuis le "Non" à la Constitution européenne, s'efforçaient désormais de devancer l'opinion et d'être en surphase avec elle.
Cela fait une belle République, bien solide sur ses fondements, n'est-ce pas?
20:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, démocratie, République
13.02.2008
Foisonnement
La France donne actuellement l'impression de vouloir former une nation par le foisonnement des critiques, des sentiments et des ressentiments.
C'est grotesque.
08:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09.02.2008
La montée d'un régime médiatique
Après la publication d'un sms sensé étayer la thèse de l'immaturité du président de la République, quelques mises au point me paraissent nécessaire.
M. Sarkozy n'est ni plus ni moins que dans son bon droit lorsqu'il entame une procédure contre le site en ligne du Nouvel Observateur poursuivi au pénal, ce qui est une première, pour faux, usage de faux et recel.
Il est temps pour la justice de rappeler quelques règle de droit qui ne s'appliquent pas moins au chef de l'Etat qu'à tout autre personne d'autant que l'objet du délit tel qu'il est apporté par l'organe de presse est le résultat d'un acte de piraterie informatique et d'un viol en matière de correspondance privée.
Le NouvelObs.com le revendique comme authentique, il revendique donc le recel.
Au delà de la question de l'authenticité du sms rapporté, qui accepterait, ne serait-ce qu'en principe, que les conversations, le courrier et aujourd'hui les messages électroniques privés puissent être piratés d'abord, utilisés ensuite, sans scrupule.
Il me semblait que la presse française, très à propos, s'était élevé contre les pratiques de la cellule occulte de l'Elysée de M. Mitterrand qui avait placé un certain nombre de personnalité et de journalistes sur écoute téléphonique.
Comment du point de vue de l'éthique mais aussi du point de vue intellectuel un des titres dont l'aura est réelle et qui comptait moralement dans le paysage médiatique français s'est exonéré de tout scrupule? Au service de quoi?
D'un buzz virulent propageant sur la bloglosphère l'écho du ressentiment et de la haine de certains de nos compatriotes, et lui donnant sa nourriture avariée.
Mais M. Sarkozy, s'il est un citoyen comme les autres s'agissant du droit général, n'est pas un citoyen comme les autres au niveau institutionnel. Je ne suis pas naïf au point d'ignorer combien nos concitoyens se sentent affranchis de plus en plus de l'attachement à cette dimension.
La plupart des derniers chefs d'Etat ont cru bon désacraliser certains des aspects de la fonction.
Mais, tout de même, nul ne peut, en démocratie plus que dans d'autres régimes, ignorer que la fonction éminente du chef de l'Etat, élu de surcroît au suffrage universel direct, est la clé de voute du système institutionnel.
Ceci est un fait. Il est discutable, mais la position du chef de l'Etat est consacrée comme telle.
Du coup, les campagnes médiatiques qui sont orchestrées, en usant et abusant de pratiques peu conformes à l'éthique, ne constituent pas qu'une violation de l'intimité, elles forment une tentative d'altération de l'image même du chef de l'Etat au titre de sa crédibilité dans son rôle institutionnel car c'est bien le but visé par l'article en question.
Il procède d'une intention démonstrative pour le moins nauséabonde.
Ce n'est pas une situation neutre. Car se met en place un régime médiatique inquiétant, ivre de sa légitimité. Que vaut la défense du NouvelObs récusant au président de la République le droit d'attaquer en justice puisque lui n'est pas attaquable?
Si nous devons nous offusquer de cette campagne, des coups bas pratiqués, de l'ambiance médiatique, des soupçons et rumeurs entretenus, c'est autant pour la violation du droit privé que pour la dérive que cela représente au titre de la moralité démocratique.
La fermeté s'impose aux juges.
La vigilance aux citoyens.
11:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
08.02.2008
La banlieue, espace de Renaissance
J'ai suivi le discours sur les annonces relatives au "plan Banlieues" du président de la République. Clairement, le président de la République est animé par une vaste ambition.
En effet, ce n'est pas là un énième discours, un énième plan.
Ce n'est pas un énième programme, même s'il est incontestatablement massif et cohérent.
Ce plan marque surtout la volonté de resaisissement national adressé à l'endroit où le gachis républicain est le plus tragique et symptomatique des erreurs du passé.
La banlieue, c'est là que le président de la République veut voir concentrés les efforts de la nation et ce n'est pas un hasard, parce qu'il n'y a pas meilleur endroit pour que notre nation se retrouve.
La banlieue est confirmée comme le lieu de la renaissance nationale.
Cela dépasse tout ce qu'on pouvait attendre du plan banlieue.
Ce qu'a dit Sarkozy sans le dire formellement c'est que la renaissance de notre pays commence non seulement là en terme de lieu, mais surtout "avec", en terme de personnes.
Le discours qu'il a tenu constitue un acte historique par les lignes de force qu'il dégage et le volontarisme qu'il imprime.
Au moment où certains dans le pays et dans la majorité remettent en cause l'ouverture, la confirmation de Fadela Amara, à qui le président de la république a redit sa confiance, les hommages appuyés à Rachida Dati et Rama Yade, montre la profondeur de l'attachement de Nicolas Sarkozy à la diversité.
Dans une France frileuse, qui l'a encore montré quand il ne s'agissait que de propositions sur la question des taxis, quelle meilleure nouvelle pourrions espérer qu'une banlieue se saisissant de manière exemplaire de ce que la République lui restitue.
Le discours du président de la République
12:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Plan Banlieues, citoyens, Nicolas Sarkozy, Etat, Seconde chance
07.02.2008
Plus qu'irréversible, imminent
Encore une fois, même si la paix semble effectivement plus proche que jamais en dépit de l'activisme du Hamas - ou sans doute grâce à cet activisme sanglant -, on ne peut que constater avec effarement, combien la polémique fait rage lorsqu'il s'agit d'Israel et des Palestiniens.
J'ai parcouru quelques forums et on y retrouve toujours les mêmes arguments favorables aux martyrs et aux extrêmistes, la légitimité de la lutte armée, la même haine d'Israël, des Etats-Unis, des régimes arabes modérés.
Pour beaucoup, le pire serait que la création de l'Etat palestinien survienne avant le départ de George Bush.
C'est dire l'enjeu.
Le processus d'Indianapolis n'apporte vraisemblablement pas toutes les solutions à tous les problèmes. Il intervient pourtant au moment où une conscience nationale est à même de se faire jour en Palestine. Une conscience nationale fondée sur la raison politique, sur la négociation, sur le rude chemin de la reconnaissance des intérêts mutuels qui donne son sens à la préalable reconnaissance mutuelle du droit à l'existence entre deux états cohabitant en paix dans cette région.
Cette conscience, si elle se consolide, est la seule chose qui manque au processus de paix. Car les Palestiniens, qu'il s'agisse de ceux de Cisjordanie ou de ceux de Gaza, sont las de cette guerre dont ils ont du mal à savoir qui elle oppose vraiment.
Ils n'aspirent qu'à pouvoir assister à l'avènement de leur nation, à l'acquisition de la souveraineté et de la dignité qu'elle leur confèrera.
Le Hamas, en radicalisant sa position, a rendu un service à la future nation palestinienne. Le sort de la population gaziote, avec ses familles et ses commerçants réels, ses enfants, ses vieillards, avec ses besoins vitaux, lui importe peu. Sa politique, entre la frontière avec l'Egypte et celle d'Israël, c'est celle du forcené entre ses quatre murs.
Son discours n'a pas perdu encore toute sa portée.
En effet, lui se voue à une nation imaginaire qu'il voit triompher d'Israël, repoussant ses habitants, leur histoire tout aussi légitime que celle des Palestiniens, à la mer.
Il tient un discours de la pureté de la terre d'Islam.
Celui-ci est à ce point incompatible avec la réalité qu'il faut à ce régime politique son lot de martyrs, prêts à se faire exploser sur commande, pour se donner l'illusion d'une prise concrète sur l'histoire.
Oui, l'histoire est tragique par nature, mais les islamistes et le Hamas en l'occurrence, veulent la rendre plus tragique que nécessaire. L'étourdir, par le sang et les prédications vindicatives.
Bien sûr, il est possible que chaque kamikaze qui se fait exploser soit remplacé par un autre.
C'est la promesse de la Terreur.
Mais une nation qui, disposant d'un autre mode pour accéder à la souveraineté, choisit d'abreuver sa terre par le sang de ses propres enfants n'est pas une nation: c'est une démence. Et les démences s'achèvent d'elles-mêmes parce qu'elles apparaissent un jour pour ce qu'elles sont.
L'autorité palestinienne, avec son président Mahmoud Abbas, est dans le temps de la reconquête. Sa conduite, son implication sérieuse dans le processus d'Indianapolis confine chaque jour un peu plus le Hamas.
Cela me semble plus qu'irréversible, imminent.
22:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Processus d'Indianapolis, Hamas, Mahmoud Abas, Gaza
La démocratie à l'épreuve
Après l'enthousiasme de la campagne présidentielle et de l'élection de Nicolas Sarkozy, les revers en terme de sondage, les polémiques et ressentiments qui couvent désormais, à tort ou à raison, dans l'opinion ont pour risque et effet principal de renvoyer notre pays dans ses travers.
Au delà des appréciations partisanes ou personnelles, cette humeur détériorée et surtout les mécanismes de défection qui la nourrissent, sont inquiétants par leur rapidité et leur violence.
Or, le redressement de notre pays passe par une chose: l'adhésion.
La chose la plus difficile à recueillir. La plus facile à détruire, aussi.
Il me semblait que l'élection du président de la République, acquise incontestablement sur un score net et un élan électoraliste puissant, constituait une bonne nouvelle, en terme de dynamique, pour notre démocratie.
La présidence Sarkozy est prise en grippe par une partie de l'opinion. Sauf à voir cette présidence parvenir à vaincre le signe indien, il est possible de craindre le pire, c'est-à-dire que l'histoire se répète, comme en 1996.
Je ne doute pas que certains y aient intérêt.
La politique n'a pas pour seul objet le pouvoir d'achat. Que cette dimension de «la vie réelle des gens» ait atteint la dimension qu'elle a atteint est une évolution assez pathétique et désolante de la démocratie.
Le pouvoir d'achat, s'il augmente, ce qui est à souhaiter, ne résultera que des choix et des efforts que nous aurons réalisés pour obtenir ce résultat.
Ne nous y trompons pas: c'est notre démocratie qui est mise à l'épreuve.
Qu'on le veuille ou non, notre pays ne peut pas se passer de réformes profondes. Il ne peut pas vivre sur le train de vie qui est le sien. Il ne peut pas se payer le luxe de maintenir le taux des prélèvements aussi hauts. Il ne peut pas continuer à voir la compétitivité des entreprises baisser.
Ségolène Royal estime, dans Le Monde, que "le choc de confiance promis a laissé place à un choc de défiance, qui dégénère aujourd'hui en vent de révolte". Il y a une part sans doute de désir pris pour des réalités dans cette dure sentence, mais elle est surtout révélatrice d'un état d'esprit auquel les Français, même ceux qui sont les plus tentés de souscrire à cette vue, devraient être attentifs et retenus car nous entrons, doucement mais surement, dans un moment extrêmement sérieux pour notre pays.
Ou celui-ci est capable de produire les changements nécessaires, ou alors, et c'est une responsabilité qui regarde chacun, nous acceptons, en tant que citoyens, de le dégrader au gré de notre mauvaise humeur et cela, il me semble, ne pourra pas être sans conséquence.
Deux indices confirment la dégradation de la situation: L'aggravation record de notre commerce extérieur et l'alerte de Bruxelles sur le déficit budgétaire qui pourrait excéder les 3%.
En d'autres temps, la France aurait dû dévaluer.
L'effort qu'on n'accomplit pas soi-même, qu'on n'est pas en mesure d'accomplir soi-même pour des raisons aussi diverses que variées alors que d'autres l'accomplissent ou l'ont accompli, n'est pas qu'une tare démocratique, c'est une disqualification.
16:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Quelque chose sur nous-mêmes
J'ai lu dans un quotidien national l'interview de M. Compte-Sponville sur la crise du Politique.
Je souscris pleinement à son analyse. Bien qu'attaché à la laïcité, j'adhère pleinement à son analyse quand il dit que la laïcité cela signifie que le lieu public est laïque, pas que les étudiants qui le fréquentent le sont.
Par ailleurs, son affirmation sur la laïcité des Etats-Unis, en dépit d'une rhétorique régulière qui prétend que la Constitution de cet pays est religieuse, m'a fait plaisir par sa fraicheur intellectuelle.
Le renforcement de la loi française sur les signes distinctifs, particulièrement relatif au voile, n'est pas contradictoire. Le port du voile à l'école, au moment où cela s'est produit, en France, porte une dimension prosélyte et politique à laquelle il convenait de répondre en revenant aux principes de base puisqu'ils étaient malmenés.
Dans une laïcité mûre et apaisée, qu'un individu affiche son appartenance à un culte, conformément à une tradition, appartient à sa liberté personnelle et ne devrait pas avoir un autre impact.
Nous n'en sommes pas là, encore.
La laîcité n'est pas une citadelle à défendre dont les agnostiques et les athées seraient les gardiens patentés.
La laïcité, c'est la qualité du rapport à l'autre. C'est en cela qu'elle doit être entretenue, pas en fonction des séquelles historiques.
Les manifestations contre la mesure du gouvernement d'Erdogan en Turquie interviennent à ce même moment.
Beaucoup ont vu les manifestations qui ont eu lieu dans les rues d'Istambul et parmi eux, certains estiment que cette mesure est un élément de plus contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.
Je note cependant qu'un pays où une importante proportion de femmes et jeunes filles renoncent à l'université en raison de l'interdiction du port du voile, n'est pas hors de son rôle en aménageant sa loi pour les encourager à poursuivre leurs études.
Dans cette affaire, quelle est la part de fantasme? Quelle est la part de lucidité? A chacun de les estimer.
Je saute du coq à l'âne. L'hymne français a été copieusement sifflé par le stade de Malaga, mercredi soir, avant l'entame du match Espagne-France. Ces sifflets m'ont navré, bien sûr, et je me demande si un Espagne-Angleterre, Espagne-Allemagne génère la même hostilité.
Peut-être, mais je suis loin d'en être sûr.
Nous étions un pays ouvert, moteur de l'Europe, porteur d'une tradition universaliste. Nous sommes aujourd'hui le pays qui a fragilisé le processus européen, celui où le degré d'acceptation "du monde tel qu'il est" pour reprendre une expression qui, même si elle est contestable, toute perspective l'étant, n'en demeure pas moins éloquente, est le plus faible; celui qui, tout en étant une puissance exportatrice (hélas sur le déclin) est tenté par l'isolationnisme; celui, les Espagnols ont dû le voir il y a quelques jours, où des agriculteurs organisés en commandos, dans la tradition de CAV, ont mis à sac des camions espagnols transportant du vin et des salades; celui qui a allumé, alors qu'elle ne soulevait jusqu'à lors qu'une objection marginale (revoir les sondages), la question de la légitimité de la Turquie à entrer dans l'Europe... Il vrai que nous eûmes droit à un débat parlementaire, réclamé à cors et à cri, d'une qualité patente.
Peut-être cet hymne sifflé nous renvoie-t-il, au plan de la psychologie des nations, quelque chose sur nous-mêmes.
Et nous devrions nous en préoccuper car faire surgir des avatars là où ils ne sont pas nécessaires, ce n'est pas un service que la démocratie se rend à elle-même.
14:20 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laïcité, turquie, hymne sifflé
06.02.2008
Lettre ouverte
Monsieur le président de la République,
Je viens de recevoir au nom du juge des tutelles du Tribunal d'Instance de Narbonne une convocation au cabinet du Juge des Tutelles, ce 10 mars prochain à 9h pour statuer sur la mesure de protection me concernant.
Je voudrais dire mon trouble et vous raconter une histoire.
En 1995-1996, j'étais adjoint du chef d'agence dans une rédaction locale d'un quotidien de la PQR.
Au cour de cette période, la France a connu des heures d'agitation sociale et de paralysie qui ont modifié ma perspective sur les choses.
Alors, poussé par une force qui jamais ne m'avait animé ainsi, lorsque mes compatriotes ont manifesté pour protéger leurs privilèges, leurs acquis sociaux, leurs niches fiscales – mes confrères n'ayant pas été les derniers à le faire – j'ai pris une décision dont je mesure encore aujourd'hui toutes les répercussions.
J'ai donné ma démission, fort d'un sentiment de pouvoir faire, fort d'un enthousiasme qui est demeuré vif longtemps. Je voulais inventer quelque chose, créer une activité qui m'aurait fait vivre et permis à d'autre d'en vivre et je me suis démené, au delà de toute raison, pour le faire, quitte à sembler poursuivre une utopie.
Ma première désillusion a été de constater l'incompréhension de mes proches et particulièrement mes parents. Je les comprends.
On n'accepte pas forcément de quelqu'un qu'on aime qu'il quitte, pour ce qui peut s'apparenter à des lubies, « sa place » mais tout à coup elle ne m'a pas semblée être ma propriété.
J'aurais voulu être en mesure d'apprendre tout ce qu'il était possible d'apprendre, d'avoir des idées pour ceux qui n'en avaient pas, d'avoir de la force et du courage pour ceux qui sont découragés et puis, dans l'adversité la plus totale, dans un dénuement considérable, dans une solitude fâcheuse, j'ai appris à considérer que mon sacrifice et ce qu'il portait en lui me donnaient un privilège que jamais je ne me serais accordé jusque là, celui de me tenir droit et de toute faire pour tenir et élever ma parole.
Pour un petit enfant issu d'un couple d'immigré, ressentir comme j'ai fini par le ressentir, que mon acte avait quelque chose de charnellement politique, c'était un sentiment extraordinaire.
Est ce que la passion pour ce pays qui m'a pris me vaudra l'humiliation que constitue un examen devant les tutelles?
J'ai traversé des moments dont je vous épargne la description.
Mais en dépit de tout ce qu'on peut penser de moi, il reste une forteresse dans mon coeur, dans mon âme, et dans cette forteresse, il subsiste l'amour que je porte à mon pays.
Il ne s'est pas – c'est un miracle, en quelque sorte - dénaturé.
Au fond, encore plus au fond, il y a ce constat terrible et contre lequel, fondamentalement, je continue, contre l'évidence de ma déchéance, à m'inscrire en faux, parce que l'enjeu – même s'il n'est qu'à ma mesure - dépasse l'individu: un homme tel que moi, animé par ce dont il était animé, n'aurait pas dû être échouer.
Je le dis sans vanité.
En conclusion, je veux bien admettre quelque chose mais je ne saurais dire si cela relève du psychiatrique, c'est la passion étrange que j'éprouve pour ce pays même si elle est ingrate de m'avoir donné l'élan sans le talent qui m'aurait permis de lui être utile et d'être reconnu.
Mais mon récit, au fond, contient quelque chose qui m'est précieux, quand il m'arrive de m'y replonger.
Je n'en renie rien.
Je ne sais pas si je me rendrais à la dite convocation. Je ne suis pas sûr de n'avoir à dire que des choses agréables car cette situation judiciaire est humiliante pour les raisons que je me suis efforcé d'énoncer.
Chacun prend ses responsabilités, mais il ne les prend jamais que là où il les situe.
Chacun est libre de les situer où il veut. Plus bas ou plus haut.
C'est une authentique liberté à laquelle chacun devrait s'attacher.
Veuillez croire, Monsieur le président de la République, en l'expression de mes sentiments les plus républicains.
18:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
05.02.2008
De la "vache folle" aux OGM
La peur de ce qu'on mange et de ce qu'on boit touche une grande partie de notre population. Cela a favorisé le développement d'une économie de niche très prospère pour l'agriculture biologique venant en opposition à l'agriculture intensive, ses méthodes, son modèle économique.
Cette opposition a souvent une forte composante idéologique. On y retrouve des marqueurs sur l'économie de marché, l'impérialisme, les lois du commerce, sans compter, bien sûr, sur le capitalisme américain incarné par Monsanto tenu, par principe, en haute détestation...
Les deux agricultures pourraient cohabiter pacifiquement. Chacune à sa place et chacune dans sa mission.
Force est de constater que ce n'est pas le cas. La guérilla des faucheurs menée contre des exploitants comme des semanciers relève d'un activisme inquiétant.
Il n'a pas dégénéré en un radicalisme tel que celui rencontré au Royaume-Uni sur la protection animale, mais je le crains, il est susceptible, sous couvert de "désobéissance civile" de le faire.
A cela, il faudra - et le renforcement des peines encourrues par les faucheurs va dans ce sens - prendre garde.
Le dans et le hors-la-loi doivent être clarifiés nettement.
C'est la définition même de l'état de droit.
L'agriculture biologique veut se voir reconnaître une légitimité morale supérieure à l'agriculture dite intensive. D'une certaine manière, le procès intenté sur la portée de la dissémination - les bios parlent de "contamination" - porte en lui ce germe.
La peur qui est entretenue et qui trouve toute son expression dans le débat sur les OGM est une peur de nantis amnésiques car il a fallu la mise en place d'une agriculture industrielle (et structurée comme telle, distinguant un secteur semencier) pour assurer dans un premier temps à notre pays une indépendance alimentaire, dans un second de devenir un puissant contributeur dans la balance commerciale de notre pays.
Cette mutation a totalement modifié le paysage agricole, les techniques de production et les habitudes alimentaires. Il faut établir un bilan entre ce que cette révolution agro-alimentaire a de positif et ce qu'elle a de négatif avant tout procès en hérésie.
Je voudrais considérer deux faits: l'augmentation de la durée de vie générale et l'augmentation de la taille des individus, qui sont directement liés à l'alimentation et à l'accès aux différents éléments indispensables à la croissance.
Les centenaires d'aujourd'hui si nous les prenons pour référence n'ont pas bénéficié du niveau de sécurité alimentaire - et même d'attention - que nous connaissons aujourd'hui et, pourtant, ils témoignent à la fois d'une autonomie et d'une longévité supérieures à celles qu'elle pouvaient être avant l'industrialisation de l'agriculture.
Combien, dans nos villes, ont mangé des poulets aux hormones dans les années 70 avant que des règlementations viennent mettre fin à des dérives?
Ceci, même de manière paradoxale, est un fait à mettre au crédit de l'agriculture intensive. Malgré quelques errements, elle a répondu et satisfait des besoins.
Depuis, la crise de la vache folle a allumé des peurs et des fantasmes.
La mortalité qui est imputable à la maladie de Creutzfeldt-Jacob est sans commune mesure avec celle que l'on peut imputer au tabac, mais elle a mis en évidence des pratiques touchant dans l'inconscient à des sortes de malédictions et de tabous (un herbivore soumis à un régime carnivore).
Le registre de manipulation du vivant s'est ouvert sur une page qui est, il est vrai, monstrueuse.
Cela explique, sans doute, l'extraordinaire sensibilité du grand public sur le sujet de l'agriculture transgénique et la facilité avec laquelle il est possible de fixer et développer les peurs, qui plus est dans une société aussi ancrée dans ses défiances que la nôtre.
Il faudra pourtant, c'est la maturité même d'une culture et d'une civilisation, dépasser cette réaction car nous entrons, nous sommes entrés, dans une autre révolution agricole. Elle tient, qu'on le veuille ou non, à la maîtrise du génie génétique.
Et celle-ci, pas moins que le précédente, n'existe, en relation avec et le marché et l'économie de production, de transformation, que pour répondre à des besoins qui sont déjà là.
Ils relèvent, plus que jamais, du stratégique.
Une grande nation, qui n'est pas que le différence entre ceux qui pensent une chose et ceux qui pensent son contraire, ne peut s'y soustraire.
15:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM, vache folle, faucheurs volontaires


