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31.01.2007

Analogies « Darfour » 2007

On compte sur cette planète des forces de gouvernement distinctes ou d'autres qui ne le sont pas, leur alliance objective délibérée ou pas, qui promettent « des cadavres à leurs chiens ».
Il y en a d'autres, pire encore dans l'échelle où je me place, qui par les famines auxquelles ils condamnent les leurs, leur donnent à dévorer leurs propres vivants qui sont les nôtres.
Les chiens n'appartiennent à personne.
Il suffit d'observer un vagabond, d'observer son chien, pour le vérifier.
Ils n'appartiennent qu'à leur fidélité, soit qu'ils protègent leurs maîtres, soit qu'ils se retournent contre eux?
Je veille aussi sur eux.
L'usage des armes de destruction massive est prohibée.
J'en appelle, à leur profit exclusif, au déploiement des armes de protection massive.
Chacune pouvant avoir les attraits de l'autre et réciproquement, comment les distinguer?
A l'évidence seule de ce que sont les unes et les autres.
L'évidence serait-elle devenue à ce point inaccessible?
A l'évidence, la matière doit être re-scolarisée.

30.01.2007

France fiction 2007

Monsieur François Bayrou pointe désormais dans le paysage politique français à la place qu'il mérite. Il est actuellement crédité d'un taux de sympathie qui en fait, selon les observateurs, le troisième homme de l'élection présidentielle à venir. Cette percée est méritée compte tenu des efforts qu'il a consacré pour émanciper l'UDF de l'hégémonique l'UMP pour affirmer l'indépendance du Centre.
Toutes les émancipations méritent respect. Surtout les plus utiles.
Si je distingue bien pourtant la manière dont les différentes forces en oeuvre évoluent et compte tenu des insuffisances qui à mes yeux sont celles de la candidate socialiste et de la gauche dévissante, et si celle-ci se confirme, il est possible qu'il soit le deuxième homme de cette élection ce qui va probablement le combler.
Il aura réussi ce à quoi nous rêvions tous une recomposition durable et en profondeur de ce paysage, avec un ligne de partage des eaux Démocrate passant par la ligne qu'il a lui même fixé. Ligne de partage qui sera son triomphe éphémère, la nature de la politique étant ce qu'elle est qu'elle a besoin d'une bipolarisation pour fonctionner.
Il aura réussi à rendre plus intelligente la gauche de son notre pays et, enfin,enfin,enfin, au moins nous aura-t-il permis, à tous, de parler Français, entre nous, toutes couches sociales et générationnelles confondues.
Il fallait un homme avisé et d'un caractère assez affirmé pour réussir ce tour de force.
Je ne saurais dire comment, combien, nous allons lui en serions alors reconnaisssants.
Cela ne constitue qu'une vue de l'esprit, un instantané de celui-ci, je l'admets, mais il en faut peut-être, de temps en temps.
Reparlons Français, vite!
Si cela devait sur-venir, cela me ferait dire - violence irréparable – que nous ne sommes à dessein que des instruments dans une partition qui n'a pour conscience que sa seule musique.
Celle dont nous avons besoin.
Voilà, j'ai écrit une version compilée de l'histoire de France dans une histoire du Monde.
Je ne demande qu'une chose: que le Suffrage Universel en fît autant. Ou plus.
(...)
Oui, c'est ainsi que nous allons enfin, puisque nous en mourrons tous d'envie, pouvoir le mieux accabler Monsieur Nicolas Sarkozy, l'accabler de toutes nos ambitions.
Là, je n'aimerais pas être à sa place.
Là, aucun d'entre nous ne l'aimerait cette place.
Je crois, et c'est là ma conclusion, que s'ouvre l'ère du Mouvement Populaire tandis que se ferme, au profit de la Social-Démocratie, le temps d'un vieux socialisme.
L'alternance viendra en son tempo et, c'est mon côté manutentionnaire, je la place sous le strict régime de notre nécessité.
(...)
Il n'est pas bienvenu d'en faire une théorie: il n'est utile de s'appesantir – une forme de recueillement en soi – que sur ce qui le mérite.
De ce point de vue, si j'avais été parmi les élèves studieux et enthousiastes de l'Institut des Hautes Etudes Politiques, je me demanderais si le point initial de la fiction à laquelle je nous soumets, par égard pour ce que nous sommes, n'est pas à voir, du point de vue des droites que l'on peut tracer de point pertinent à point pertinent, à voir, y compris pour le devenir de l'UDF, au référendum érotique de 1969.
(....)

Reboot.

(Bzzz, Bzzz, Bzzzzz)
Du coq à l'âne. Connaissez-vous la théorie des Nombre-Univers. J'ai appris leur existence telle que supputent les mathématiciens il y a quelques jours dans un livre de vulgarisation relatif aux nombres.
Il est possible de s'amuser en manipulant son concept en terme de contenu de séquences numériques, c'est-à-dire aptes, sur le papier, à se contenir eux-mêmes indéfiniment.
Je suppose qu'il y a donc tout, en terme de chiffrement, à l'intérieur de ce type de nombre.
Comment en saisir ce dont nous pouvons en avoir besoin?
En imaginant l'avenir de nos connaissance progresser de sorte que nous pourrions compter sur quelques enfants y parviennent serait bonheur. Mais quelle fête ce serait si tous y parvenaient, ne serait-ce que pour la part d'eux-mêmes qu'ils doivent et méritent d'y trouver.
Là s'entend le concordat républicain:

Liberté, Egalité, Fraternité

Pour revenir, par incidence, au Nombre-Univers susmentionné et clore ce chapître, l'interrogation élémentaire qui me vient à l'esprit est la suivante:
Quelle opération de base et dans quelle dimension – à l'image de celle qui, par la mesure et le pas de quelque Egyptien, approxima le nombre Pi – est susceptible de produire ce nombre.
Sans avérer cette opération, ce nombre-univers est une fantaisie.
Je voudrais espérer qu'il en soit autrement.
Ma compétence finit là. Mon incompétence comme là.
Vite! Des ordinateurs quantiques. Etc.

29.01.2007

Travail de naissance

Et si le problème de la France, depuis des années, ce n'était pas les six "E" énoncés par François Bayrou, le grand "E" de l'Etat, le grand "E" de l'Europe ou de l'€. Et si le problème de la France, j'avance en marchant sur des oeufs, c'était nous, notre repli constant sur nos croyances et notre désenchantement.
Qu'avons-nous laissé faire de la France, chacun avec sa responsabilité?
Les prochaines semaines, je le pense, vont être extrêmement excitantes. Peut-être bouleverseront-elles notre manière collective d'aborder le sens de la nation d'elle à elle, d'elle à l'Europe et de l'Europe au monde.
Je crois que la garde Républicaine, partout en France, peut encore être là pour réunir les pièces d'un idéal qui, normalement, aurait dû demeurer un et indivisible, mais que nous avons laissé se disperser, tous, sans mesurer combien cet éparpillement nous met en souffrance.
Alors je ne crois toujours pas aux fausses clés pour ouvrir de vraies portes. Je suis ainsi.

Il y aura un juge de paix. Non, il y en aura, au bout du chemin, deux.
Le peuple, souverain par définition. La porte, ensuite.
Je ne sais lequel est le plus important.
Je vois la clef de M. Bayrou. Est-ce qu'il me plaît de voir son ascension dans les sondages. Je la suis. Elle ne m'étonne pas. Ne sommes-nous pas dans un système de vase communicants à contenu constant, ce qui entraîne nécessairement que les fluctuiations dans l'un se traduise pas des fluctuations dans l'autres.
Mais je pense que nous sommes un petit peu plus que les fluctuations qui peuvent ressortir de notre hésitation.
Alors, je me place du point de vue de l'ensemble du contenu, de sa cohérence. Et je regarde M. Bayrou avec sa clef.
Elle est de nature à ouvrir ou à contribuer à ouvrir quelque chose. Il est résolu à former un gouvernement d'union nationale. Qui s'en plaindrait. L'idée est séduisante. Si elle séduit d'ailleurs c'est qu'un grand nombre d'entre nous sont las d'un état de "guerre" dont ils ne saisissent plus l'enjeu et je les comprend. Oui, je les comprend. L'enjeu nous échappe, c'est donc qu'il n'y a pas en assez grand nombre de personnes pour le rendre intelligible, rappeler comme il peut être vivifiant.
Mais je crois que ce qui importe, avant de rejeter la "guerre", c'est l'enjeu de celle-ci, essayer de s'en resaisir. La citoyenneté tient à ce qui mérite d'engager la jeunesse de son corps et de son esprit. Elle n'est pas la paix des las.
Elle est ce que l'on obtient par sa résolution.
M. François Bayrou, installé dans la posture d'arbitre qu'il a choisi, mu par les principes de victimisation de l'empire médiatique par lesquels il s'est présenté et élevé jusqu'à nous, nous promet, c'est ce que je déduis, personnellement de son invite, un avenir à base d'irrésolution qui prend pour base ce que nous pouvons tenir pour un hiatus de l'expression de suffrage universel. La cohabitation en France et, modèle auquel il nous invite, celui du gouvernement de coalition d'Angela Merkel.
Il est inconcevable de construire un projet politique qui simule, pour fonctionner, des accidents ou des aberrations de la démocratie.
Je pense que, même son un joli emballage, cela reste au minimum une fausse bonne idée de l'ingénu.
(...)
Et s'il fallait faire nécessairement un travail de deuil pour réaliser le travail de renaissance. Et si ce que méritent les Français, mes compatriotes, nos compatriotes au moment où vous me lisez, c'était cela. Uniquement cela.
Et si, aussi, au delà des figures imposées, cette Présidentielle, ce printemps 2007 qui nous fixe rendez-vous, c'était cette belle et prometteuse échéance à nous même.
Merci de m'avoir lu.
Elle ne mérite pas d'être flétrie.

28.01.2007

Appropriation

Non, Madame Ségolène Royal, non Parti Socialiste, non forces de gauches, non forces du Progrès Social ou de la Société Civile, je ne vous laisserai pas instiller dans l'esprit de tous le doute, au delà de ce qu'une démocratie vivante l'autorise et le réclame, sur l'intégrité de l'Etat et la probité de ses serviteurs. Je ne le laisserai pas faire car ce n'est dans l'intérêt d'aucun.
Non, Madame Royal, je vous laisserai pas diffuser sur notre pays, sur ces habitants, le chant incertain et brumeux des sirènes pour l'amener à votre rive, maintenir et accentuer sur le peuple le charme douteux de la démocratie à laquelle vous aspirez.
Chaque jour qui nous rapproche de l'élection présidentielle montre à quel point le moteur sur lequel vous fondez votre crédibilité a besoin pour assurer son fonctionnement de consommer l'honneur de ceux et celles, voire des institutions entières, qui sont sur le passage de votre idéologie.
Je crains, et ce qui vient d'advenir à M. Georges Frêche, à Montpellier, n'est pas là pour me rassurer, que vous ne vous embarrassiez pas de trop de scrupules pour assurer ce train.
Vous appelez, d'une tribune de l'Outre-Mer, qui nous est si cher, car il est une composante de notre histoire et de notre géographie, à ce que mes compatriotes utilisent leur suffrage pour éviter une « appropriation clanique» de l'Etat par vos adversaires. Quelle est ce registre? Nommez-le!
Ou demandez à M. Jean-Luc Mélanchon, sénateur de son état, qui a introduit dans cette chambre que l'on espérait protégée des excès par le sentiment que chaque membre qui y siège se fait de la dignité de la réprésentation nationale le spectacle d'une diatribe sur le supposé machiavélisme de l'Etat et de votre adversaire de l'UMP.Compte tenu de l'expression corporelle qui a été la sienne au cours de cet épisode turbulent, je le crois en mesure de vous le dire.
Je voterai pour le candidat de l'Union pour un Mouvement Populaire. Voyez, j'accepte de pouvoir être considéré comme un partisan.
Un libre partisan.
Je lui apporte le soutien de ma voix pour la même raison que je vous vous l'enlève. Etre d'un camp ou d'un autre n'est pas nécessairement un exercice alternatif inconséquent.
Comme vous et ceux qui se reconnaissent en vous, vous vous employez à une chose quand je m'emploie, et je crois que nous pouvons être assez nombreux, à une autre.

Lorsque vous et vos amis, en 2001-2002, avez engagé une violente polémique mettant en cause l'honnêteté du chef de l'Etat, je lui a écrit pour l'assurer que je ne laisserai pas s'instaurer cela.
Je songe avec tendresse à la personne que j'étais alors, en me disant, encore, fallait-il être fou et j'éprouve, au fond, une certaine fierté, une fierté inquiète, à l'avoir été.
Mon pas, aujourd'hui, est plus assuré. C'est à vous que je le dis, à travers vous à ceux qui vous soutiennent, car l'on n'est rien par soi. Vous comme l'ensemble des autres candidats à la fonction présidentielle n'êtes tenue que par les bras qui consentent à vous porter, aussi haut que possible si telle est leur volonté et si elle demeure, pour vous permettre de nous parler.
Il n'y a rien de plus solide et rien, pourtant, de plus friable.

Je ne veux faire aucun effet sinon celui de la recherche de la vérité la plus stricte, car c'est elle qui doit nourrir une nation. Cela a été, est et sera toujours son meilleur aliment.
Je ne me maintiens que par les bras que je m'invente. Ce sont des fantômes et des silhouettes qui me portent au bout de leur bras. Ce sont des multitudes d'inconnus, des enfants, des adultes croisés au coin de la rue, dans un commerce, dans les allées d'un marché. Des gens dont j'écoute les voix, les remarques, la désillusion ancrée si profondément en eux que je me demande quel outil désormais pourrait l'en extirper.
J'entends toutes ces sonorités distinctes et indistinctes qui font le bruit de fond de la France et c'est leur voix à tous qui me permet de réaliser ma parole personnelle, celle que je vous adresse, ici.

Votre parti, depuis un temps certain, par degré successifs, a sa part dans le désenchantement car le désenchantement est son fonds de commerce, la manière la plus efficace, la plus simplifiée, qu'il s'est trouvée afin d'assurer sa longévité.
C'est ainsi qu'il a vieilli. De n'avoir pas su renaître. C'est la pire des vieillesses.
Je vous en veux d'avoir contribué au désenchantement européen et de laisser mes compatriotes dans cet état attristant vis çà vis des dix-neuf nations réunies il y a peu à Madrid. Je me suis senti blessé lorsque nos voisins, comme se penchant sur un malade, nous adressaient leurs voeux de prompt rétablissement,marquant la volonté de nous retrouver le plus vite possible parmi eux et allant jusqu'à nous concéder la prise en compte, puisque nous y tenons à y tenir tant, de l' « Europe sociale ».
Est-ce cela le plan B de M. Laurent Fabius? Dans la tribune destinée à marquer l'anniversaire du « Non français au référendum », publiée dans le quotidien éponyme, il se dit favorable à une remise en route de la construction européenne en insistant, dans un espèce de contrition à peine voilée, réitérant – son point d'inflexibilité - qu'il faudra que cette dimension sociale – alpha et oméga de notre liberté d'adhésion au projet d'Europe - soit prise en compte. Sans quoi... Sans quoi, quoi?
Plan B? Comme bêtifiant?
Vous, je crois vous avoir entendu le dire, fixeriez une échéance à 2009-2010.
Moi, j'ai envie de nous la fixer à demain matin. Je ne m'en prive pas. Telle est ma liberté.

La question me taraude un peu: pourquoi la gauche nous a-t-elle rendu malades?
Peut-être pour nous soigner, nous donner à ses acteurs sociaux, à ses psychologues, à ses psychiatres, à son idéologie centrale et à son axiome décentralisé? Le synonyme à tout cela peut s'appeler fatras.
Elle s'est théorisée en dispensaire. Mme Royal, vous venez à nous comme l'institutrice et l'infirmière.
J'ose encore et toujours espérer que le meilleur remède au « malade imaginaire » demeure en sa propre vitalité et son propre discernement.

Je me suis insurgé, il y a quelques jours, de l'épuration politique à laquelle M. Georges Frêche était voué. Je constate que la Commission des Conflits du Parti Socialiste a prononcé à l'unanimité, pendant votre déplacement en Martinique, son exclusion.
Je n'aime pas l'injustice. Cela fait partie de ma conscience politique. C'est l'idée que je me fais après que Jean Jaurès, Blum, Zola, un certain nombre de figures tutélaires de la gauche historique, sans que cela soit leur exclusive, ont parlé.
Ce que le Parti Socialiste a commis à l'égard du président du Conseil Régional du Languedoc-Roussillon, ancien maire de Montpellier, président de la Région Languedoc-Roussillon, est une aberration politique, et le signe, un de plus s'ajoutant aux autres, d'un totalitarisme policé qui ne dit pas son nom, mais qui commence aux commodités d'une épuration, aux facilités dialectiques de la mise en cause des hommes, qui prend toutes les formes d'une machine à concasser de la réalité pour construire son édifice.
Je crains fort que cet édifice soit en définitive un mausolée quelque peu baroque, avec son culte routinier et systématique.
Ce n'est en aucun cas le siège d'une République vivante, forte, et bien ordonnée.
La décision d'exclusion que vous avez pris à l'encontre de M. Frêche est une faute à l'encontre de l'exigence des hommes que je viens de citer. Au delà de la sympathie que j'éprouve pour lui compte tenu de l'opprobe injustifiée qui s'abat sur lui, elle n'a qu'un intérêt: elle vous montre tels que vous êtes devenus. Si cela a une incidence sur le peuple, nul n'est sensé demeurer muet.

Permettez-moi de parler de Jaurès. Il est une figure centrale de la gauche Républicaine.
J'entends la prétention de certains, certaines, à interdire qu'on puisse se référer à lui sans leur blanc-seing.
Je veux avancer l'idée que l'intégration de son héritage, hors d'un huis-clos partisan, n'est pas peut-être une trahison, peut-être pas une imposture.
Elle n'est pas, en tout cas, une sclérose.
Savez-vous à quoi cette attitude sectaire – même sous forme ironique, car nul ne sait qui se retourne dans une tombe ni pourquoi - correspond le plus?
A des ministres d'un culte qui demeureraient prisonniers de leur dogme.
La parole de Jean Jaurès méritait d'avoir la portée qu'elle a eu. Comme celle de De Gaulle. Comme celle de tant d'autres qui au cours de l'histoire ont fait retentir un « la » auquel l'idéal d'hommes et de femmes de leur temps pouvait se re-accorder, se refaire des forces. Je ne crois pas, sauf à l'entretenir dans un pur sacerdoce ce qui suppose des sacrifices auxquels tous n'ont pas accès, qu'un « la » donné à un moment précis de l'histoire demeure indéfiniment juste et qu'on doive s'obliger ou obliger les autres à l'entendre indéfiniment pour ce qu'on pense avoir été sa tonalité.
Ce qui est juste à jamais dans Jaurès, qui l'est aussi dans De Gaulle, qui l'est de la part de tant d'autres esprits, c'est la qualité de l'origine du « la », le ressort profond auquel il se rapporte.
Cela, oui, est infini.
Le « la » d'aujourd'hui se donne dans le monde d'aujourd'hui, dans sa vérité pleine et entière, pas dans ses artefacts, ses mensonges, son référent idéologique.Il faut savoir s'en remettre à l'oreille interne.

L'histoire si complexe de notre Pays ne mérite pas d'être livrée à un procès moral tel que celui auquel vous vous prêtez directement.
Cela n'est pas participer à l'édification publique, c'est asservir l'intelligence de tous, la préparer aux diètes de l'esprit qui produisent les vrais misérables et produisent, dans ce cycle, les castes dirigeantes qui leurs ressemblent puisque, dans cette unité de réprobations fabriquées à dessein, chacun se reconnaît et se rassure de pouvoir ainsi se reconnaître.
J'ai l'impression d'avoir connu d'autres ambitions au génie politique, philosophique et littéraire français.
Laissez sa liberté à l'Histoire. Laissez-là en paix. C'est la principale justice à faire à la dignité des hommes et des femmes qui l'ont faite, qui l'ont vécue et supportée, et qui, aujourd'hui, ne sont plus.
La pire des pensées uniques, cela devrait tomber sous le sens, est la plus pauvre.
Je parle beaucoup du passé, n'est-ce pas?
Je n'ai pas trouvé moyen plus fulgurant de parler du futur.

Au fond de moi,veille une certitude: l'histoire n'aime pas ça, la France n'aime pas ça, parce que les hommes sont ainsi faits que, dans ce pays, ils aiment ou doivent aimer la France pour davantage qu'une perpétuelle renégociation de son pacte social, qu'une introspection ininterrompue de ses fautes et délits, qu'une expiation de ses insuffisances.
Il fut un temps où les Révolutionnaires, au moins, se montraient imaginatifs. Lorsqu'ils prirent la tête de Madame De Sévigné pour en étudier l'intérieur. Ils n'y ont trouvé aucune Lettre, bien qu'elle en écrivit tant. Au moins étaient-ils mus par le sentiment qu'il y a un mystère à sonder dans l'individu, dans sa Liberté, dans son a-propos.
Je ne sais pas quand il faut arrêter un mouvement social de contestation, comme par exemple celui lié aux revendications liées au droit au logement opposable. Je ne dispose pas de l'expertise suffisante. Cependant, pour ma part, au moment où je franchissais un pont qui enjambe une voie ferrée, près de l'endroit où j'habite, un convoi comprenant un nombre de wagon de briques, monobloc à ce que j'ai pu en voir, est passé. Ce moment n'est peut-être pas le plus mal choisi.
Je ne sais pas si la France a besoin d'une gauche. Longtemps, elle s'en est passé ce qui ne le pas empêché d'être et de s'affirmer. J'espère, et veux le croire, que la démocratie, aujourd'hui, en a encore besoin. Voyez donc jusqu'où va mon affection.

Madame Angela Merkel est à mes yeux digne de représenter son pays. Elle est ma présidente pour six mois et j'en suis heureux. Il émane d'elle une vérité de son pays que j'ai du mal à voir en vous.
J'en suis triste car, bien avant que l'idée fasse ainsi qu'elle l'a fait son chemin, j'ai pris la précaution d'envisager que la présidence de la République puisse incomber à un homme ou une femme.
Je pensais nettement à vous.
Il y a quelques jours, dans son discours d'introduction de la présidence Allemande, Madame Angela Merkel a su dire son dessein pour l'Europe et convaincre. Elle est une femme de l'avenir de l'Europe même si elle a consenti à entamer son discours d'introduction en citant un homme du passé, Benjamin Franklin.
Avant de connaître le rôle qu'il avait joué dans la création de la nation américaine, j'ai longtemps tenu cet homme pour n'être que l'inventeur du para-tonnerre. (...) Ce qu'il est.
Je suis conscient que je ne suis que ce que je suis et que mon raisonnement, mon propos, est ce qu'il est. Je vois son défaut: n'importe qui, un enfant, un « pauvre », un expert en communication, en économie, peut à tout moment, selon son loisir, le démonter. Je vois sa qualité: n'importe qui, un enfant, un « pauvre », un expert en communication, en économie, peut le reconstruire.

En l'espèce, je suis inélégant. Je clos donc ce chapitre en présentant mes excuses à Johnny Halliday. Je m'y sens obligé car, bien que cela fut mentionné assez discrètement il y a quelques années, bien qu'il ait l'élégance de ne pas se défendre d'un procès idéologique en objectant de ce qu'il a fait, je pense qu'un certain nombre de personnes qui peuvent contempler, regarder, un tableau de Quentin De La Tour, le lui doivent en partie sans le savoir. Et cela n'est pas le fait de la prescription fiscale.
Je voudrais m'excuser auprès de Sigourney Weaver aussi. Elle est drôlement féminine.
Et son gâteau de neige me semble, ma foi, "bien bon".

Je ne sais pas ce qui se passe et l'importance de ce qui s'y passe dans le paysde nos rêves. Je ne rêve pas tant que ça ou alors comme j'imagine que le fait une pierre. Mais j'ai fait un rêve, il y a quelques années duquel je me suis éveillé trempé de sueur. J'en ai fait deux ces derniers jours. Le premier, de portée entomologiste, me voyait envahit de créatures microscopiques, assez effrayantes, comme des insectes, et l'arrivée inopinée d'une autre armée d'insectes, sortes de fourmis, qui ne possédaient que de petites pattes, mais étaient dotés à la tête d'un outil sectionneur. Dans ce qui n'est qu'un rêve, elles faisaient des ravages en coupant les pattes des autres insectes, laissées sur place.
Ce n'est pas un rêve agréable.
Cette nuit, un rêve encore. Je suis dans un lieu et je vois un jeune homme encagoulé qui m'attend et je sais qu'il veut ma mort et, la peur au ventre, j'avance quand même. Après, je ne sais pas...
Je me suis réveillé normalement et j'ai bu un café.

26.01.2007

Poétique du patriotisme

22/01/2007
Courrier adressé une section de l'UMP:


Je me permets de présenter devant vous une requête consistant à me permettre, au sein de votre permanence si vous disposiez d'une connection internet, de mettre en ligne mes deux dernières contributions au blog que je soutiens à l'adresse suivante:
http://france.midiblogs.com/
C'est une demande tout à fait exceptionnelle. Je suis embarrassé de devoir la faire. En fait, j'avais prévu de le faire sur le compte internet que je possède dans un cybercafé, mais mon crédit, auquel il ne restait que 3 minutes que je croyais suffisantes, s'est épuisé avant que je puisse valider l'enregistrement. Je vous assure que, si vous acceptez de me rendre ce service, la mise en ligne ne prendra que quelques minutes, au terme desquelles je libèrerai votre poste.
Cela aura pour avantage, aussi, de nous avoir permis de faire connaissance.
Je ne savais pas vers qui me tourner pour me permettre de publier mes deux dernières interventions quand j'ai pensé, compte tenu de ce que j'exprime, que je pouvais m'adresser à vous comme à une sorte de famille.
Je tiens à ce que j'écris et je tiens à dire ce que j'ai à dire en tâchant de le faire le mieux possible. C'est ce que je cultive depuis un certain nombre d'années déjà.
Je ne puis me présenter comme un militant de votre mouvement. Si je devais me qualifier, je me qualifierai plutôt comme un artisan tenace du renouveau de mon pays et de ce point de vue, je me sens tout à fait proche de la famille politique UMP et de son candidat, Nicolas Sarkozy que je soutiens librement et selon les termes qui sont les miens.
Sur mon blog, un des vos militant, récemment, m'a félicité du post sur le discours d'investiture et s'est dit heureux de voir que je le rejoignais. (Ndr: je me suis abstenu de lui répondre) Après avoir entendu le discours de M. Sarkozy à la Porte de Versailles, je pense, toute immodestie mise à part, qu'il a rejoint le voeu que je porte pour mon pays.
En 2002, pour servir par mon écriture la candidature de M. Chirac, et servir mes compatriotes, j'avais écrit, comme une mise en garde, ceci. Les tentations françaises étant demeurées ce qu'elles sont, cela reste profondément d'actualité.
«

le 20 janvier 2002: Je diffuse le message suivant:

Le mérite d'un peuple est faible lorsqu'il n'embrasse pas les défis que lui présente son propre avenir
au motif que l'illusion des acquis présents le dispenserait de son devoir à l'égard des besoins de sa propre histoire.
C'est pourtant d'elle que nous venons, et non pas d'un processus linéaire.
Ce ne sont que les ruptures qui dégagent et ouvrent les voies nouvelles.
En général, elles sont précédées par des périodes de lente décadence.
Il est utile de revenir de plain pied dans notre histoire pour permettre à nos enfants,
à ceux qui nous suivent, de pouvoir dire d'elle qu'elle est ce fruit magnifique
qui va de naissance en renaissance.
On en revient toujours à ce fléau qui court : les idées arrêtées.

Il y a des époques dont on pressent qu'elles vont avoir beaucoup de choses à dire, de secrets à livrer. C'est inscrit dans les besoins cycliques de l'humanité. C'est comme s'il y avait une activité dans l'inconscient du monde. Comme si l'inquiétude sourde, la décadence morale, la fatigue, déclenchaient leur propres signaux pour réveiller un nouvel élan, une regénération lesquels viennent s'imposer dans les sciences de l'esprit, par la percée de la nouveauté, par le ravivement de la culture, au sens le plus large du terme, par un renversement de la vision du monde.
Ne sommes nous pas entrés en décadence?
L'homme meurt sous les étoiles. Les dieux paraissent dormir. Le citoyen consomme ses droits sans considération des devoirs par lesquels il doit les nourrir.
Tout s'épuise lentement.

Nous entrons dans cette époque. Nous entrons en Renaissance. On avait prophétisé sa fin, mais l'histoire recommence. Qui peut s'en plaindre? Préparons-nous, au contraire, du mieux que nous pouvons, à la nourrir, à construire les conditions qui permettront au plus grand nombre, à tous, dans la société à donner et à jouir de ce qu'il apporte au monde.
On a beaucoup à faire pour le rendre humain. Beaucoup à faire pour le rendre prospère à tous. Beaucoup à faire pour le rendre sûr, et pour le rendre sûr, beaucoup à réussir pour le rendre juste.
Cela représente une tâche immense.
»


Cela, par d'autres mots, par d'autres références, je l'ai entendu dans la bouche de M. Sarkozy.
Je pense donc qu'il a l'étoffe pour diriger ce pays, maintenir et valoriser sa place dans le monde, et qu'il trouvera sa mesure, peut-être même celle qu'il ne se soupçonne pas lui-même, s'il est élu, dans le cadre des institutions actuelles. Je crois qu'il étonnera, y compris dans son propre camp. Je partage son aspiration à reféconder la République. C'est un projet enthousiasmant. Le seul auquel je donne, sans les compter, mes forces.
Je forme le voeu pour le mouvement auquel vous appartenez, mouvement dont j'ai suivi l'évolution et la mutation, qu'il saura se rassembler, ce qu'il a manqué de faire avec l'actuel président de la République, autour de Nicolas Sarkozy, s'il est élu, quand il devra assumer les choix qu'il devra assumer, au dessus des partis, même alors que ses membres pourront ne pas comprendra autant qu'il le faut.
Ces quelques mots pour vous donner une idée de l'importance que représente à mes yeux, même si beaucoup peuvent à loisir considérer que c'est puéril, la liberté de pouvoir livrer le meilleur de moi-même à mon pays: ce que je pense de lui, ce que j'espère pour lui. Cette expression est ma seule richesse et elle m'est infiniment précieuse, même si elle n'a valeur que pour moi.
Je serai là, autant que je le peux et où je le peux, pour supporter le mouvement que nous espérons tous.
Peut-être croisez-vous parfois ma silhouette dans les rues de cette ville que j'arpente parfois.
Je porte sur mes épaules, parce qu'il m'est tombé dessus un jour, le poids de ce voeu. Il est lourd, encombrant. C'est un vrai fardeau qui oblige à saisir ou à essayer de saisir au delà de ce que vous pensiez être votre limite, avec les doutes, les peines, la solitude, qui peuvent alors vous étreindre et vous affecter.
C'est pourtant un de ceux qui permettent en toutes circonstances de marcher droit. L'amour de son pays, c'est bien le seul poids dont la contrainte a pour effet imprévisible est de se sentir, quelque fois, plus léger que si on ne l'avait pas sur soi.
J'ai eu, bien que les apparences pourraient aux yeux de beaucoup l'infirmer, cette chance dans ma vie.
Ne connaissant pas les heures d'ouverture de votre permanence, et n'ayant, pour cause, aucune coordonnée à vous présenter vous permettant de me joindre, je me présenterai mardi à 15h à cette permanence.
Je vous remercie de votre attention et vous prie de croire en l'assurance de mes meilleurs sentiments.
Je ne puis cependant terminer cette lettre sans rendre hommage, comprendra qui pourra, au président de la République, Monsieur Jacques Chirac à qui j'ai tant écrit de choses dont j'espère que certaines pouvaient mériter son attention alors que d'autres, j'en fais l'aveu, ne la méritaient pas mais dont j'ai l'inexplicable mais intime conviction, qui se suffit à elle-même, qu'il a cru en moi.
Aux jours les plus sombres et le plus froids de mon cheminement, cela fut un viatique essentiel.

Banque centrale européenne

23/01/2007
L'euro fort et la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne suscitent encore, en France, de nombreuses critiques et cristallisent doutes et tentations. Je ne possède aucune expertise en la matière. Dans ces conditions, mon expression sur le sujet se limitera à quelques principes dictés par le souci de bon sens.
D'abord, j'ai toujours été, par instinct, du côté de l'orthodoxie en la matière, car elle est le moyen le plus sûr de ne pas s'engager dans des voies hasardeuses. N'ayant jamais eu de goût pour cette solution de facilité en laquelle je tiens le rabaissement de la monnaie, qui demeure l'expression de notre force et de notre dynamisme économique commun, je pense que dévaluer une monnaie pour gagner en compétitivité constitue, à mes yeux, un pis-aller qu'il s'il doit être pris sanctionne nos fautes. Dans le cas où l'état de notre économie était tel qu'il devrait y obliger celui ou celle qui a pour mission de veiller sur cette orthodoxie de dévaluer, il faut être sûr et conscient que ce ne serait jamais une victoire.
La politique du serpent monétaire mise en place en 1972 en Europe pour mettre un terme aux dévaluations compétitives à laquelles nous et nos voisins – à l'exception notable, je l'avance sans en être sûr, de l'Allemagne et de l'Angleterre - a permis la stabilité économique du continent, elle a fourni les moyens de sa pacification. Elle a permis l'Euro qui permet l'Europe.
Un euro à 1,30 dollar peut certes faire débat.
J'ai l'impression que la politique monétaire doit être un sanctuaire. Tout autant que l'école dont on peut regretter, parenthèse rapide, qu'elle ne permette pas, alors que chacun d'entre nous vit, même s'il n'en est pas conscient, par les contraintes et les solutions de l'économie et des finances, à autant d'entre nous qu'il le faudrait d'assimiler, au delà de ce qu'on peut entendre de Marx et Engels, du rapport entre capital et travail, ce que représente la science économique.
Je rêve du gosse banal qui viendra m'expliquer pourquoi une inflation excessive est dangeureuse et je lui demanderai, parce que je me pose la question, si une inflation à 0 est possible, en quoi elle constituerait une vertu ou pas. Cela ferait un drôle de sujet du bac, n'est-ce pas M. Aschierri?
Il me semble que chacun d'entre nous, comme il sait ou doit savoir que deux et deux font quatre, devrait savoir cela, s'efforcer de l'élucider un petit peu plutôt que de le rendre plus confus.
Cela rassurerait. Au lieu de quoi, nous avons, dans ce pays plus que dans tout autre il me semble, choisi les malentendus autour de l'argent et de l'économie, plutôt que de nous attacher à ce qu'ils contiennent et expriment de plus sûr et constructif.


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Lors du krack en Asie qui nous a menacé il y a quelques années, ce sont quelques grands argentiers, de ceux qui comptent, qui ont évité – parce qu'ils ont appris quelques chose du krack de 1927 - sa propagation à l'ensemble de l'économie mondiale.
Qu'ils en soient loués.
J'ai toujours été adepte du franc fort. Je ne saurais dire pourquoi. Lorsque M. Pierre Bérégovoy, ministre de l'économie et des finances, face à ses propres amis, a défendu ce principe lequel restait le postulat de la Banque de France, en disant qu'une dévaluation frapperait d'abord les plus faibles, j'ai pensé qu'il était dans le vrai.
La seconde raison pour laquelle toucher à cette orthodoxie me semble peut conforme à notre intérêt, c'est que notre tradition est celle de la séparation des pouvoirs.
Nous devons bien sûr y être attaché dans des contextes qui nous y prédisposent.
Nous devons l'être plus encore lorsque les circonstances ne nous y disposent pas.
L'affirmation de ce principe fut la force – son génie le plus marquant peut-être - de notre droit constitutionnel. La monnaie, même si c'est difficile à définir, est une institution qui n'est pas à l'égale des autres en ce qu'elle forme une quintessence de ce qu'on obtient et réalise par les autres, notre forme la plus abstraite dans un des plus concrètes matérialisations.
La question relative à la politique monétaire pourrait se poser donc davantage, selon ce que j'en entends, en terme d'indépendance et de séparation des pouvoirs qu'en terme, ce à quoi tous les candidats heureusement n'aboutissent pas, de perte de souveraineté nationale.
Quand M. Alan Greenspan, qui a longtemps dirigé la réserve fédérale américaine, faiseur en quelque sorte de pluie et de beau temps, il l'a fait, j'en ai le sentiment et je l'espère, en toute indépendance. Chacun est à même de le savoir dans sa propre existence et son rapport aux autres, la stabilité est la condition du crédit.
Le gouverneur de la Banque Centrale Européenne, dont il faut souligner que c'est actuellement un Français, M. Trichet, mais qui pourrait être, sans que cela affecte je l'espère l'impartialité du mandat, d'une autre nationalité, a les instruments d'appréciation et doit disposer des garanties d'indépendance pour dicter la politique monétaire, au profit des nations qui ont fait le choix de se lier entre elles par une monnaie et un destin unique, et arbitrer cela comme il se doit.
Il demeure naturel, par ailleurs, qu'un pays ou un autre, confrontés à des difficultés, aujourd'hui nous, demain un autre, puisse appeler à des inflexions.
Quoi de plus légitime et, finalement, de plus alerte qu'un débat et des arguments.

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Plus j'ai avancé dans ma vie, plus je me suis vu - plus je me vois - ignorant et plus l'ignorance m'est insupportable, et je la tiens pour être la plus vile de toutes les brutalités faites à un individu celle qui le rend brutal et inhumain, et qui le rend parfois tragiquement heureux du mal fait aux autres.
Un nuit de janvier 2002, alors que j'errais dans les rues du quartier Latin, marchant pour lutter contre le froid, j'ai croisé des personnes couchées au pied de la Sorbonne, non loin de la statue de Montesquieu. Je suis passé à leur côté, empli d'une colère contenue. L'un d'eux m'a demandé de l'argent. Je n'en avais pas. Je me suis penché sur lui pour lui dire, particulièrement là où il était, que je regrettais de ne pouvoir lui donner quelque pièce en ajoutant que ce qu'il devait mendier, c'était du savoir.
C'est pénible de dire cela. On se sent monstrueux quand au fond on sait, en espérant ne pas se tromper, ne pas l'être.
Il croyait en la vie éternelle, alors, dans cette hypothèse, à travers le temps, pour rendre hommage à l'action de l'abbé Pierre, je lui adresse cet aparté. J'espère que, là où il est, cela peut constituer réconfort.
La première propriété du pauvre est le sentiment que les démocraties, que la République, que tous doivent éveiller en lui. Il est riche.
Ce droit à la propriété, fondamentalement, sienne, est inaliénable. Comme les autres. Il permet, fonde, rend éclattant et supportable, le droit des autres.

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La France entendue de l'extérieur. Cela peut-être quelques mots empruntés à notre langue et chantés « en français dans le texte » dans quelques chansons de rien. Comme « rendez-vous ». Comme « Déjà-vu ». Comme « Mademoiselle ». Le fils d'immigrés italo-espagnol que je suis aime bien un chanteur italien hélas décédé qui s'appelle Lucio Battisti. J'ai beaucoup écouté ses chansons et je m'avise tout à coup, tout en parlant et en écoutant de la musique, qu'il a emprunté deux seuls mots à notre langue dans ses chansons.
Lucio Battisti me dit combien la langue française est utile au monde.
Il n'a fait qu'accentuer son chant en prononçant « Liberté » dans « Il mio canto libero » et puis dans une autre, dont le titre m'échappe, il dit la rage à un moment du « ver de terre » que l'on doit peut-être à Racine ou Corneille, aux racines de la littérature classique française assurément.
Ces deux mots, ces deux « moments » d'apparition de la pensée française à elle-même, doivent nous rester chers.
Je fais un peu la publicité de Lucio Battisti, mais ce n'est pas de l'exercice illégal dela médecine. Quand je l'entends, mieux peut-être que ne pourrait le faire un cocktail de molécules, il me rend à mes quatorze ans.

Ma tribune

Nul ne peut imaginer une seconde le contenu et l'intensité de ce que j'ai vécu au cours de ces dernières années. Vous ne pouvez pas le faire car vous n'êtes pas à ma place, n'avez pas fait le choix que j'ai fait, subi les doutes qui furent les miens parfois, touché à ce à quoi j'ai touché et vous n'avez pas non plus écorché votre âme comme je l'ai fait pour extraire la vérité qui me semblait être celle que je devais extraire pour la déposer, car il n'y a pas d'autre démarche que celle de la déposer, devant vous.
Cela me donne le droit d'affirmer, sans que je puisse en donner une explication satisfaisante du point de vue commun, que je suis. C'est une affirmation pénible à supporter et qui est tout aussi difficile à étayer.
Vous ne pouvez concevoir l'étendu du désarroi dans lequel ce sentiment me met chaque fois qu'il vient à moi.
Mais on ne choisit pas. On porte ce qu'on doit porter.
Lu ou pas ne m'importe pas. La seule chose qui compte à mes yeux et peut me procurer le sentiment d'avoir accompli ma tâche, c'est de la rendre disponible aux autres et de dire qu'elle est.

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Peu m'importe l'audience que mon propos peut avoir. Je regarde parfois le trafic que suscite mon blog, et constate que vous êtes parfois une dizaine, parfois une vingtaine. Cela m'honore.
Je le dis en toute sincérité parce que l'écoute d'un seul homme, d'une seule femme, constitue parfois l'écoute de tous, autant que la parole d'un seul homme peut parfois être la parole de tous. Elle peut en effet être forgée là, dans son seul esprit, et elle forme alors un éclairage.
Il n'y a rien qui soit de la providence là, simplement un loi naturelle.
J'aime mon pays.
Est-ce que je l'aime mieux ou plus que d'autres? Non.
Je l'aime, à mes yeux, à mes yeux seuls, pour des raisons vitales. Dirais-je qu'elles sont meilleures? En ais-je le droit? Non.
En quoi sont-elles et pourraient-elles être vitales? Elles le sont car la France a quelque chose à accomplir dans l'histoire et que ce qu'elle a accomplir va au delà de son propre destin, du propre destin de ceux et celles qui sont ses habitants du jour.
Devrais-je expurger mon propos de ce qui l'emplit pour complaire au temps, cela quand je ne l'affirme pas pour flatter quiconque. De toute façon, convenez-en, un tel propos, aujourd'hui comme hier,a plus de chance de valoir à celui qui s'y risque brûlure que de lui valoir merci.
Je l'ai dit à tant de reprise déjà que j'en suis comme usé : j'ai entrepris ce chemin incertain en 1996 lorsque mes compatriotes saisis de fièvre ont exploité les ressources que leur confère la démocratie pour renverser le gouvernement Juppé, aurait-il été d'un autre qu'ils l'auraient fait pareillement, au motif que ce gouvernement, comme tout gouvernement digne de ce nom, souhaitait engager des réformes, en matière de santé, de retraites, pour ne citer qu'elles, si indispensables qu'elles sont pour parties devant nous encore et qu'à ne pas les faire, rien ne s'oppose, en tout cas pas la morale, à ce que l'ensemble des personnes âgées que nous formerons demain ne suscitent la haine de la génération à laquelle ils auront laissé un si écrasant facture jointe à une telle vacuité.

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Je nomme cela une éclipse de la democratie et une éclipse de la démocratie, fut-elle le lieu joyeux de roulements de tambours et de l'exaltation, a davantage pour parenté le crépuscule que l'aube.
La démocratie n'est pas que la prévalence du nombre, n'est pas le règne de majorités aussi hâtivement construites qu'elles sont hâtivement démontées. Elle n'est pas le siège de l'inconséquence, ni le résultat de ce qui s'obtient par le seul désir de gagner en désir. Elle est le lieu de la réalisation et de la responsabilité personnelle et collective, celui qui recense et sanctionne, dans sa diversité, le scrupule de chacun.
Mettre en évidence une majorité n'est pas difficile. Il peut s'en construire à tout propos.
En voulez-vous, vous êtes libres d'en faire. Certaines sans danger. Certaines insouciantes. Certaines attentives. Certaines désabusées. Certaines nocives, inquiétantes. Renversantes même.
J'imagine que nous pouvons avoir un accord collectif, scellé je ne sais où, je ne sais quand, pour affirmer que nous ne laisserons pas déborder, jamais, par le nombre, par le précipice, par la tourmente de nos agrégations.
J'imagine que nous l'avons déjà.

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Mes maîtres d'école ont ancré, au cours de leurs leçons, quelque chose en moi.
Je leur sais gré que l'enseignement qu'ils m'ont donné résiste.
Anticonstitutionnellement est le mot le plus long de la langue française.
Constitutionnellement est le mot le plus sûr.

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On nous a remis le couvert du soupçon sur des nominations « politiques », nous sommes invités à nous mettre à table. La nomination de M. Boyon est dénoncée par certains, plus encore celle de M. Debré qui a eu pour mérite au perchoir de tenir – ce qui fait unanimité - une véhémente assemblée, d'y avoir été impartial, de modérer la boulimie et la profusion législative.
Comment peut-on présumer du déshonneur des hommes, les jetter en patûre à la suspiçion gratuite.Cela appartient à l'esprit de désolation. Qu'il le garde.

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J'ai entendu deux constitutionnalistes:
Monsieur Guy Carcassonne dit bien non seulement en quoi les nominations par le président de la République de quelques unes de plus hautes autorités de l'Etat n'est pas scandaleuse ni susceptible de soulever le tollé auquel certains veulent les promettre, mais comment cette prérogative garantit plus objectivement que ne pourrait l'être leur nomination par quelque alchimie et jeux de coulisses parlementaires l'indépendance des personnes.
J'ai entendu une autre constitutionnaliste, ravissante de surcroît ce qui explique peut-être que j'ai pu oublier son nom. Elle a participé à la rédaction de l'article de loi portant sur l'introduction d'une possible destitution du président de la République dans la Constitution de la Ve République et qui est venue s'en expliquer dans un débat télévisé.
Cette révision, nous l'avons voulue. Nous l'avons exigée. Certains l'auraient voulue aussi sommaire que leur jugement et déplorent que nous ne versions pas allègrement dans un totalitarisme expéditif.
Toujours au cours de ce débat, M. Reynes, professeur à Science Po, exprima ses réserves sur le progrès présumé de cette révision et les dangers qu'elle pourrait, dans des contextes qui nous sont inconnus, forcément inconnus, receler.
Peut-être regarde-t-il, sans considérer de quelque manière que ce soit de l'éventualité de la culpabilité ou de l'innocence de quiconque, ce qui se passe en Israël en projetant les divers scénaris – les meilleurs, mais les pires aussi pour une nation - qui peuvent découler de cela.
C'est dans « Un temps pour tout ». Ou dans « l'Ecclesiaste ». C'est dire combien cette référence nous rajeunit. L'auteur, dans son style, dit combien est insensé celui qui accepte des failles au mur de sa demeure.
Je n'ai que cette opinion.
Je n'énumère pas les arguments adverses. Ils sont déjà, chose naturelle, chez nous comme chez eux.
Pour m'autoriser une parenthèse à propos des constitutionnalistes, je veux dire que ce sont là des personnes dont la parole manquerait au chapitre si elles n'étaient pas là.
S'il y a quelque chose à espérer, c'est de voir la République ne pas cesser d'en produire et que nous soyons toujours soit assez nombreux soit assez armés en conviction, avec autour d'eux le nombre suffisant pour les protéger, pour en apprécier la valeur. Elle n'est certainement pas à jeter au feu.

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Je ne sais pas l'idée que chacun se fait d'un prince, qu'il soit d'Orient ou d'ailleurs. Je ne sais pas s'il en est un même si les principes que je crois connaître du gouvernement du royaume d'Arabie Saoudite m'amènent à penser que c'est peut-être le cas. Ce dont je suis sûr, ayant lu ce matin, 24 janvier 2007, l'interview accordée au Figaro par Monsieur le Ministre des Affaires Etrangères d'Arabie Saoudite, c'est que son propos et son raisonnement sur la situation au Moyen-Orient, sur ces enjeux et ses clés, pour la part qui le regarde, sont d'un tel rang.
Je mesure ce que nous devons au royaume gardien des lieux saints de l'Islam. Je mesure le danger qu'il court et a couru pour protéger l'équilibre de l'approvisionnement en pétrole de nos pays et, chaque fois, l'équilibre des cours. Al-Qaida veut s'appuyer sur tous les concours que la démocratie, chez lui, autour de chez lui ou encore chez nous, peut lui apporter pour l'affaiblir et le renverser.
Je n'ai qu'un voeu à faire : que cette démocratie-là se dérobe sous ses pieds.

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Si Dieu entendait répondre à la partie d'échec qu'Al-Qaida - la force qui agit sous ce nom aujourd'hui et qui agira encore longtemps sous d'autres - a engagé, il trouverait sans doute quelque parade. Je pense à ce discret film américain qui s'intitule « A la recherche de Bobby Fisher ». C'est un beau film.
Moi, je ne suis, ce que je fais lorsque je suis en manque d'inspiration au cours de cette écriture, qu'un tireur de réussites.

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Je n'ai aucun mal pour mesurer la fidélité de ce royaume à ce que nous sommes, avec lui.
C'est de ce fait déjà un grand royaume qui me fait dire que le désert n'engendre pas que le désert.
Il a été assez avisé, en outre, pour avoir su garantir, par le placement d'une partie des recettes de son économie pétrolière, à hauteur de milliers de milliards de dollars, l'avenir de ses enfants.
La manne pétrolière, en effet, n'est pas éternelle.
Il faut espérer que l'Iran, il faut espérer que l'Irak, surtout, que l'ensemble des nations qui concourent ou continuent de le faire, par leurs gisements, à la sécurité énergétique globale, ne perdent pas trop de temps.
Certes, le temps est inoffensif. Vrai, il ne sait faire qu'une chose: passer.
Pas davantage que pour celle d'un prince, je ne sais pas l'idée que chacun se fait d'un président. Il en est un à la tête de la République Pétrolière Socialiste Bolivarienne du Vénézuela. Il en est un. Oui. Un qui en reçoit un autre.
Quant à savoir quelle idée il est possible de se faire d'un dictateur, je ne doute pas que quiconque a pris le temps de suivre ce dimanche 21 janvier dernier le reportage diffusé sur M6 sur la Corée du Nord, en a une idée précise.
Qu'une règle toujours les fasse tomber.
Qu'une règle fasse toujours se lever ceux qu'ils oppriment, dans la nuit de leurs frontières et qu'elle nous inspire pour les aider à se délivrer.

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Mme Royal, ici et aujourd'hui en France longtemps dite fille aînée de l'Eglise, dit qu'elle ne croit pas dans l'homme providentiel. Elle n'est pas la seule.
Je pense comme elle. Je pense comme eux.
Je ne crois pas en l'homme ou la femme providentiel. Je crois en en eux pour l'évidence par laquelle, ici, ailleurs, partout, ils ont cru en un peuple providentiel qui méritait, mérite, méritera d'être révélé à lui-même.
Il n'y a rien d'autre, ramené à une seule, à un seul, qui puisse mériter de relever de la providence.
Tel est mon affranchissement.


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Passons à un autre sujet.
Je me tente à l'oxymore:
Connaissance, douceur amère, amère douceur.

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Il serait douteux et inapproprié de ma part de multipler les hommages. J'en accorde un à Jean-François Deniau, homme qui caressa le tempérament de la mer et fut ermite à sa façon lorsqu'il habitait dans sa maison construite quelque part dans le golfe arabo-persique, peut-être au Yemen.
Auteur aussi, parmi tant d'autres choses, d'une biographie de La Motte-Picquet.
Homme libre, toujours tu chériras la mer...

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J'ai suivi, ce jeudi 26 janvier 2007 avant la séance au Sénat des questions au gouvernement, avec intérêt l'audition de M. François Hérin, directeur général d'un organisme de statistique public, devant la commission « Informatique et Liberté ». Cet homme a clairement exposé les enjeux d'une statistique performante concourant à l'élaboration et à l'éclairage des politiques publiques à engager pour réaliser une égalité des chances meilleure qu'elle ne l'est.
Jai écouté son exposé et la qualité de l'écoute que lui ont consacrée les membres composant la dite commission.
Osmose de l'élu et du praticien.
Je retiens, parmi tout ce que M. Héran, qui n'est pas un politique, a énoncé, une toute petite correction lexicale qu'il a suggéré, indiquant que de son point de vue, il était plus approprié de parler de « remembrement » que de « recensement » de la population.
Sans que nulle part un panneau manié par quelque régie m'y invite, j'applaudis.
Aux sources tumultueuses de la République, il y avait il me semble cette foi follement irrévérencieuse en l'Etre Suprême, foi en définitive en vous et moi.
Si bien que nous serions sa chute
Si bien qu'il serait notre élévation

Se pourrait-il, en définitive, qu'il n'y ait qu'un seul et même texte à ciseler?
Ha, monsieur...

L'allégorie de l'ordre juste

23/01/2007
Je n'ai jamais voté pour Georges Frêche, l'actuel président de la Région Languedoc-Roussillon. Je ne goûte guère à son socialisme. Mais je le respecte. Et je suis un peu triste de voir comment, faut-il qu'il soit friable, le parti socialiste parisien le traite. Je désapprouve et tient pour indigne de lui les propos qu'il avait tenu sur les Harkis. Mais cet homme-là n'est pas raciste. Il a été maladroit, aveuglé aussi par son aversion du Gaullisme. Plus récemment, il a laissé échapper hors de son contrôle sa parole publique lorsqu'il a tenu les propos sur la composition de l'Equipe de France de football qui lui valent d'être mis au ban du PS, avant d'en être probablement, compte tenu de l'intervention faîte par Mme Royal à quelques jours de la réunion de la commission des conflits, exclu. Moi, elle me plaît cette équipe.
Jusqu'à 1995, je me situais plutôt comme un sympathisant de la gauche. J'ai plus souvent voté à gauche que pour ce que l'on nommait, pour la stigmatiser, la droite. Je me suis nourri dans l'espérance de Jaurès, de Blum, dans la certitude de Gambetta, celle de De Gaulle, celle de Montesquieu, Montaigne, etc, toutes ces figures politiques ou pas qui ne peuvent pas n'être que mirages. Peut-être parce que chacune d'entre elles avait la force de dire quelque chose qui les dépassait et que c'est en définitive, toujours, le respect envers nous que nous attendons d'eux.
Mme Ségolène Royal est célébrée comme « madonne des sondages » et ne s'en est jamais offusquée. C'est pleinement à ce titre qu'elle vient en quelque sorte donner le coup de grâce au vieux lion qu'est M. Frêche, quelques jours après seulement qu'un sondage eût mis en évidence que 54 % - je le rapporte de mémoire – des habitants du Languedoc-Roussillon condamnaient les propos de l'intéressé.
En quittant imprudemment sa réserve pour affirmer qu'elle attend son exclusion du PS, elle rend pathétique l'allégorie de l'ordre juste qu'elle entend incarner et qui, en l'espèce, relève presque d'une ridicule épuration politique.
M. Frêche avait eu quelque élégance, devant le tollé suscité, de se mettre en congé.
Chacun ne pouvant jouer que le rôle qui lui est dévolu, la politique est un jeu cruel des uns aux autres, avec ses chausse-trapes et son instrumentation. Mais il n'empêche d'être lucide parfois sur l'origine, parfois, de cette cruauté. Même le plus farouche de ses adversaires, je ne le suis pas tant que ça, devrait opposer à l'exercice de l' « ordre » juste celui de la simple estime.
Je le fais.

Critique de la méthode Royal

20/01/2007
Peut-être ne suis-je pas finalement aussi objectif que j'entends l'être, mais son attitude de candidate me laisse de plus en plus dubitatif.
Ségolène Royal candidate à la présidence de la République s'est donc rendue au « Ministère de la crise du logement », ce samedi 20 janvier 2007, pour y dire qu'elle prendrait, si elle est élue, une décision amenant l'Etat à vendre ses biens fonciers aux communes pour moitié de leur valeur.
J'exprime mes réserves sur cette initiative tant sur la forme que sur le fond.
D'abord, la forme, parce que la dignité de l'Etat, n'est pas encore quelque chose avec laquelle on peut accepter de voir jouer et que la France, ce n'est pas encore la somme de ses régions, superposée à la somme de ses départements, superposée à la somme de ses communes, le tout multiplié par le nombre d'associations et de mouvements citoyens, le tout adoubé par des ONG, dans laquelle la moindre des dignités serait dévolue à l'Etat.
En effet, quelqu'un qui aspire à incarner la première institution du pays, dans quelques semaines, institution dont il faut rappeler, quitte à passer pour un fâcheux, qu'elle garantit les autres, peut-il se rendre sans altérer quelque chose dans la dignité de la fonction suprême dans un immeuble squatté illégalement, face à la Bourse ce qui n'est aucunement neutre, et intitulé « Ministère de la crise du logement » par quelques associations dont il n'est pas sûr qu'elles sont toutes irréprochables quant à leur désintéressement idéologique?

Je ne le crois pas. Il y a déjà assez de trouble et de confusion institutionnelle pour qu'il soit possible d'admettre qu'un candidat à la magistrature suprême alimente et cautionne par sa présence ce phénomène.
Quant au projet politique, consistant à vendre le patrimoine de l'Etat à la moitié de son prix, il me laisse perplexe même si l'intention, elle, est louable et semble répondre à des carences concrètes en matière de foncier.
Mais on a suffisamment critiqué les privatisations qui ont permis à l'Etat de vendre ses participations dans des entreprises publiques au meilleur prix du marché pour l'affecter soit au remboursement de la dette soit aux investissements, pour que l'idée d'une vente à moitié prix du patrimoine de l'Etat, même à des communes, ne puisse pas m'inspirer le sentiment qu'on ne brade pas là, dans une telle annonce publique, que des biens fonciers.
Rien n'interdit et n'a jamais interdit par ailleurs à des préfets, à des ministères, sous tous les gouvernements, d'entrer, sur des projets immobiliers précis, dans des négociations.

Par ailleurs, la réponse faite à une femme battue qui l'a interpelée au cours d'une réunion participative était, pour reprendre les termes dans lesquels certains dans la presse en ont rendu compte, « poignant ». Il n'est pas sûr que cela soit forcément très spontané, mais soit, c'était poignant.
Il n'est pas inutile de rappeler que les pouvoirs publics s'en sont saisis déjà et en ont fait une cause nationale à laquelle, sans être le seul puisque la justice de mon pays le fait aussi, je souscris.
Mme Royal a répondu à l'intéressée qu'elle s'engageait, dans pour tout cas de maltraitance, à ce que ce soit le mari – où plutôt le conjoint brutal - qui quitte le logement conjugal.
Si l'intention au premier abord est telle que, dans le contexte où elle est présentée, la proposition de Mme Royal semble s'imposer, un examen en profondeur oblige à plus de retenue. D'abord parce qu'il y a une question de séparation des pouvoirs, de propriété des biens conjugaux et de leur jouissance, qui fait normalement du juge, soit au matrimonial soit au pénal – en cas de violence - celui qui statue. Ensuite, parce que quelque soit l'empathie que l'on peut éprouver et la détestation en laquelle on doit tenir la violence conjugale, introduire dans la loi que l'homme – ou plutôt le conjoint violent - perd tous ses droits au logement, me semble une vue sommaire dont découle une justice sommaire qui pourrait avoir des effets pervers aussi détestables que ce que l'on prétend combattre. Contraire selon moi à la justice que l'on doit viser et rendre pour assurer, dans des conditions équitables, la paix des ménages et la sécurité juridique de ceux qui le forment.
Mais en matière de justice comme dans d'autres domaines, je crois Mme Royal un peu approximative. Sa proposition, pendant les travaux de la commission dite d'Outreau, consistant à prôner la mise en place de jurys populaires pour statuer – à coté du JD? Au dessus de lui? - du placement en détention provisoire l'était assez pour émouvoir un certain nombre de magistrats. Ceux-là soulignaient que cela revenait à donner accès, afin qu'ils puissent se prononcer, à des tiers à l'enquête, des élements couverts par le secret de l'instruction.
Mais peut-être leur faut-il payer ce tribut à une justice qui serait, elle aussi, belle magie, promise à une onction « participative ».

Heureusement, il y a l'INA pour conserver ces moments de démocratie participative qui met en scène le public, selon les règles qui ne sont pas éloignées de certaines émissions de télé-réalités abhorrées naturellement par l'intelligentsia de gauche. On y expose pourtant sans scrupule la détresse et la souffrance de gens pour assurer une sorte d'incarnation iconographique du rapprochement avec le peuple.
Cette méthode porte atteinte à la dignité de ces personnes et ne contribue aucunement à réhabiliter la politique.
Le pouvoir, la responsabilité dans le pouvoir, c'est la distance et c'est la pénétration des vrais problèmes et des enjeux authentiques, choses dont on a tort de considérer et de laisser considérer au delà de toute raison qu'ils sont par définition signe d'indifférence et d'inaction.
Le faire et le faisser faire, c'est un signe de décadence.
Dans une nation politique idéale au service d'une République irréprochable, il devrait suffire de lui souffler dessus pour voir s'effondrer un tel stratagème de communication.

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Sur ce, je prends congé de vous dans l'attente de quelque crédit internet qui me permettra de poursuivre notre con-versation.
Bien à vous

Intelligence

20/01/2007
Je tiens à affirmer au préalable de ce qui suit que je me situe dans l'espace laïc, que c'est de celui-ci que je m'adresse, car il est celui de tous.
Du « Aimez-vous les uns les autres » au « N'ayez pas peur » en passant par « Eureka », quelques injonctions interpellent l'humanité entière. Benoît XVI, en raison de sa formation intellectuelle et de la profondeur de sa pensée, semble apte à en prononcer une nouvelle qui se diffuserait au sud et au nord, à l'orient et à l'occident, au riche comme au pauvre. J'imagine que son injonction personnelle pourrait être à son image et exhorter l'humanité à exploiter pleinement le génie qui lui est prêtée. « Soyez intelligents ». Son pontificat, il me semble, avec une douce économie qui le distingue de son prédécesseur, est déjà placé sous ce signe.
Je vois cet espace de propos devant lui.
Son rapport à l'Islam et l'interlocution qu'il a engagé avec ses autorités et fidèles s'inscrit dans une volonté de conciliation autour du postulat de la raison éclairée. Une telle franchise, en ce temps où barbarie et fanatisme prospèrent dangereusement, obérent le discernement de tant d'hommes et de femmes, est importante.
Benoît XVI affirme que l'Islam n'est pas inapte à la raison éclairée – celle qui prédispose, notamment, à des démocraties fructueuses - et se déclare, par petites touches, selon cette conviction.
Cela se passe dans un temps qui n'est pas celui du politique et de ses agitations temporelles, dans un temps qui n'est pas un écoulement mais une permanence. Même si dans les sociétés d'aujourd'hui, nous avons tendance à occulter voire renier cette dimension, elle n'en est pas moins réelle et consubstantielle à ce que nous sommes individuellement, plus encore à ce que formons collectivement.
Cette dimension, que nous ayons choisi de la désigner d'une manière ou d'une autre, nous regarde tous. Chacun l'accepte, est libre de le faire, ou pas.
Cependant, l'histoire montre qu'il n'y a rien de plus difficile que d'accorder des hommes et des femmes, qui ne semblent jamais y consentir que contre leur gré, à ce qui représente leur intérêt le mieux entendu, dans toutes ses composantes desquelles n'est pas exclu l'intérêt de son prochain dans l'espace et dans le temps. Beaucoup de choses dont il est impératif d'être conscient, tout au moins d'essayer de l'être, tant de sentiments contradictoires, de pulsions mêlées, de tentations et d'argumentations illusoires, agissent pour les en distraire qu'il faut ardement aspirer à la clarté et à l'intelligibilité des actions.
C'est le noeud de toutes nos tragédies passées, présentes et à venir qu'il faudra à ceux qui nous succèderont, qu'il nous faudra, car elles sont toutes nôtres, surmonter.
Il faudra parvenir à le dénouer si nous voulons à l'aube de ce nouveau millénaire le faire celui du triomphe de l'Homme, ou tout au moins celui de quelques victoires significatives, sur sa part de ténèbres. Cela constitue les termes d'une délibération acceptable à laquelle toutes les nations, ceux qui les gouvernent comme ceux qui les composent, sont d'ores et déjà – et le seront de plus en plus explicitement – tenus.
Dire que j'ai mis deux heures à écrire ces quelques lignes. Non, j'ai mis dix ans. Non elles m'ont pris l'âge que j'ai...
Cela impose une injonction supplémentaire qui s'ajoute à celles précédemment énoncées.
Non, après tout, ce n'est pas injonction: c'est un petit éclat de rire de rien qui, de temps en temps, doit retentir, se propager, se mêler je l'espère aux cantates de Bach ou aux Allegro de Mozart.
J'espère qu'il y en aura de plus en plus.

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Une correction indispensable. Ecrit dans l'urgence, j'ai repris l'orthographe du nom du journaliste Turc Hrant Dink auquel j'ai voulu rendre hommage dans ma précédente contribution en le reprenant dans le bandeau défilant d'une chaîne d'information: j'ai commis une faute d'orthographe lors de sa transcription. Cela affecte l'hommage que j'ai voulu lui rendre. Je m'en excuse.

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