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12.06.2006

Forums [Parole livrée au fleuve]

Note préliminaire : J’ai tenu le « témoignage » qui suit au cours des mois qui ont précédé et ont coïncidé avec la campagne présidentielle à Paris. Je me suis décidé à le mettre en ligne ici car, après plusieurs mois d’inactivité « éditoriale » sur le web, mes dernières interventions m’ont rappelé à cet épisode de ma vie. L’ayant relu ces derniers jours, et considérant d’une part qu’il n’a pas mal vieilli et d’autre part que mes récentes interventions ici même s’y inscrivent, je le soumets à ceux qui le souhaitent.
Pour déstabilisante que fut sur le plan personnel cette « plongée », je la considère comme un réel enrichissement et je suis fier d’avoir vécu cela et d’avoir énoncé ce que j’ai énoncé. Quand je regarde en arrière, je vois des points briller qui coïncident avec quelques uns de mes gestes et quelques unes de mes paroles
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Deux avions s’enfoncent dans deux tours jumelles et je les ressens comme deux poignards s’enfonçant dans le cœur de dieu. S’il souffrait parfois de ce à quoi se livrent les hommes, sa douleur devrait ressembler à la mienne à ce moment-là.
Une douleur sévère. Une douleur glaive sortie du fourreau de l’âme pour armer le bras de je ne sais quel avenir.
Quelques minutes à peine suffirent.
Quelques minutes à peine suffirent pour que cet événement unique en tant que tel soit porté immédiatement à la connaissance d’une multitude d’humains où qu’ils soient sur la planète.
Les Twins Towers s’écroulent.
Je me mets à exister d’une manière inattendue.
Je romps mon silence dans le fracas assourdissant de la chute de ces deux tours emblématiques.
Internet est le média révélé de ce jour-là. Un média fulgurant, omnipotent. Il catalyse tout à coup toutes les haines, les frustrations et les ressentiments du monde. Une interconnexion infinie. Un espace de parole à la démesure de l’humanité.
Si la conscience du monde siégeait et s’agitait quelque part, ce serait sans doute là, dans cette capillarité immatérielle faite de milliards de puces, de processeurs et de réseaux, où se forment des communautés transitoires, des échanges furtifs, des catharsis rendues nécessaires par l’horreur, la souffrance et la haine.
Toutes les langues s’y parlent et s’y mêlent. Toutes les cultures s’y confrontent. Toute l’histoire de l’humanité s’y étale comme une mémoire de tout ce qui fait la complexité de notre monde.
Tout est là.
Même moi.

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Quelle colère m’envahit. Je voudrais avoir assez de force pour endiguer la haine qui se déverse, l’incompréhension qui se développe. Elle est là, surgie des décombres des Twins Towers où des sauveteurs épuisés s’acharnent à fouiller dans l’espoir de retrouver quelque survivant, puis longtemps après les corps ou les parties de corps qui permettront à des familles de réaliser leur deuil.
Même dans les catastrophes les plus effroyables, les hommes attendent qu’il y ait un miracle. Celui d’un être, un enfant, ayant survécu sous les amas. Un être dont on peut se dire qu’il aurait dû être terrassé et dont on constate qu’il ne l’est point.

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Je suis comme vous, je ne veux pas mourir.
En tout cas, pas de ce que l’on nous annonce.
L'idée d'un choc de civilisation, cette prophétie absurde et rebattue régulièrement, resurgit un peu partout avec vigueur. Une bataille de titans la précède. Nous y sommes déjà. Le 11 septembre 2001 en figurait les prémisses. Il y avait une guerre à déclarer... Mais laquelle? Contre qui? Contre quoi?
Il m'était apparu, dans une violente évidence, qu'il n'y avait qu'une civilisation. J’entendais tant d'hommes affirmer qu'il y en avait plusieurs et que chacune était menaçante à l'autre, que j’éprouvais le besoin de m’opposer à eux.
Je ne laisserais pas faire.
Je suis humain, donc je m’érige.
Je découvre ma liberté. Elle est semblable à celle de l’Homme du premier jour. J’entends une voix, mais c’est la mienne.
Se lever et s’opposer au Mal. Voilà ce qui compte.
J’ai honte de penser cela et, pourtant, je n’y peux rien.

Je me suis affirmé à moi-même que, à l'instar de la République, qui était une et indivisible dans les frontières que les hommes lui ont donné, la civilisation était, elle aussi, une et indivisible dans les frontières qui sont les siennes.
Ces frontières à elle sont infinies. Elles se nomment Humanité.

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Le spectacle des premiers jours d’après le 9-11, est chaotique, cacophonique. Le monde désemparé. Lentement, irrésistiblement entraînés par des forces ténébreuses, les engrenages du fatalisme, de l'incompréhension, de l'impuissance, toute cette grinçante et mortifère machinerie du fanatisme et des haines se met en branle.

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12 septembre 2001. Je suis allongé. Mon ordinateur est à un mètre. J'ai besoin d'écrire là-dessus. J'éprouve la nécessité de dire quelque chose. Mais je ne sais pourquoi je devrais le faire. Cela n'est et ne sera d'aucune utilité, me dis-je. Je ne serai pas entendu. On n'est jamais entendu...
Je sais, au fond de moi, que ce n'est qu'une mauvaise excuse.
J'ai toujours pensé que rien de ce que l'on dit ne se perd.
Il y a toujours quelque chose qui écoute.
Je crois que l'univers, pour petits que nous soyons, nous écoute, nous entend, nous appelle à déterminer notre propre voix.
On refuse simplement de s'y soumettre.
Il ne nous dit qu'une chose: parle.
Il le dit à chacun, en propre.
Je me suis levé. J'ai chassé les raisons qui m'empêchaient de me livrer, d'apporter le son ténu de ma propre voix à la grande cacophonie du monde. Mais il faut réaliser que, quelque dimension qu'elle puisse prendre, la cacophonie du monde, elle est toujours petite que la plus modeste des voix élevée, sûre et cohérente, à la face de ce monde-là.

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Il s’écoule toujours un temps de latence avant que je produise ma propre religion, c’est à dire ma manière de me relier aux autres.
Je cherche à lire en moi ce qu'il y a nécessairement d'écrit au sujet de ce monde. J'ai rédigé plusieurs feuillets. Cela m'a pris quatre heures. Ecriture lente. Attente de l'idée. Comme j'ignorais ce que j'allais écrire, ni comment l'amener, j'ai posé d'abord le titre. J'ai hésité de longues minutes. Aucun de ceux qui se formaient dans mon esprit ne me convenaient.
Puis, des mots sont simplement venus à mon esprit. De mes doigts, j'ai tapé sur le clavier : Dire ce qu'il faut.

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J'ai lentement rédigé mon premier texte. Celui de ma venue au monde.
Je n’avais jamais réellement écrit avant cela. Je n’avais jamais cherché vraiment à entrer dans une réalité aussi essentielle. Dire ce qu’il faut, cela suppose qu’il y a, pour une problématique particulière, quelque chose à dire qui l’embrasse entièrement et qui soit solution.
La parole vient à l’esprit.
Une fois mis le point final, j'étais satisfait de ce que j'avais produit. Je me suis assoupi une heure. Et je me suis relu, à haute voix. J'étais encore satisfait. Il y avait des imperfections puisque je me hissais au dessus de mon vocabulaire, peut-être au dessus de tout vocabulaire. Mais il y avait bien une voix. La mienne. Et j'aimais ce qu'elle disait. Je la trouvais singulière. Elle disait quelque chose que je n'entendais pas ailleurs.

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Il en ressort principalement une recommandation faite au monde et une sorte d'exhortation: "Revenir au droit, (...) éclaircir et renforcer la légitimité, dont celle de l'ONU, celle des institutions internationales" et puis, cette conviction, selon laquelle "il n'y aurait pas de solution au monde en dehors du droit". Et que le politique, à travers ses institutions, ses systèmes de représentation, est ce qui créé le droit, et même, lorsque celui-ci exprime une attente de l'humanité, il le proclame. Le terrorisme, réclamait surtout de la part de ceux qu'il attaquait, une leçon, la seule qui vaille: une leçon de civilisation. »

C'était l'énoncé d'un principe de cohérence. Le mien. Lent, peut-être. Sûr, j'en suis convaincu.

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Aussi une certitude absolue. Le monde ne sera plus jamais pareil. Le monde sera plus beau.
Je plante cette conviction, là, au milieu de ma pensée, sur les décombres toujours fûmants du Worl Trade Center.


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C'est ainsi, dans ces circonstances là, que je me suis fait parole et que j'ai pris place dans la démocratie. Je ne suis allé nulle part ailleurs que devant un ordinateur. Aucune porte d'une quelconque assemblée ne pouvait s'ouvrir pour moi. J'ai pensé qu'il n'y avait qu'un geste à faire, un geste d'éminente certitude : déposer ce texte au hasard sur un des forums ouverts sur internet, le placer au milieu de ce torrent d'invectives, de peurs, de larmes, et le laisser voguer, un peu comme le berceau de Moïse confié au eaux du Nil.

Bien aimée parole venue à mon coeur, que les eaux du fleuve te soient propices...

Il y avait une dernière chose à faire. Signer ce texte. Sans quoi, la parole n’existe pas. Elle est dérobée et inconséquente.
Sur le web, l’usage du pseudo est répandue. Derrière l’anonymat, on peut dire n’importe quoi.
A l’inverse de la plupart des internautes, j’opte pour signer de mon nom.
J’observe que plus l’auteur est outrancier, plus il dissimule son identité.
Ce qui ne se signe pas, se présente pas sans un masque, est rarement conséquent.
Je duplique parfois, cependant, sous un pseudo.


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Le web est un espace d'expression illimité. On y apprend et on peut s'y déployer. J'ai découvert, sur internet, le mot isegoria et compris le principe auquel il s'attachait. J'ai aimé ce mot. Je trouve que c'est un mot sauveur.
Il m'a obligé de me rappeler que la démocratie ne tient qu'à l'importance de ce qu'on dit, indépendamment de la place où on le dit, indépendamment du fait que l'on soit seul ou nombreux à le dire ou à la répéter.

Elle ne dit pas, et le proclame encore moins, que toutes les paroles sont égales, mais qu'il y a un droit égal pour chacun des membres de la société de dire ce qu'il a en son coeur, à elle de déterminer, en conscience et en responsabilité, le profit qu'elle a à tirer de celui ou celle qui se met en devoir de lui enseigner.

Il m'a semblé qu'on avait dérivé, par nos pratiques, bien loin de cela.
Qu'on avait réussi à se mettre hors de portée de la parole, hors de portée de l’essentiel.
S’étonne-t-on, ensuite, que cette démocratie soit malade.

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J'ai pensé que l'histoire d'un fils de charpentier est une histoire de démocratie universelle. On peut la situer là, même et surtout si elle n'est que rassemblement de parole. Quand je parle ainsi, j'ai peur de mon avenir. Idéalement, l'anonymat serait requis. Mais peu importe, je pourrais aussi bien dire que ce n'est pas moi qui parle.
Je ne suis que l'interprète.

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J'ai été atteint par cette conviction, inattendue, providentielle, d'être au monde. C'est un sentiment inouï. Je ne me suis pas tû et je ne me tais pas encore.
Il me semble avoir vécu toute ma vie dans l'attente de ce que j'avais à dire, que mon existence n'avait fait que me préparer à cela, que je ne pouvais être homme qu'à compter de ce instant-là.
Je comprends pourquoi je ne me suis jamais senti à l'aise dans des convictions et des satisfactions intermédiaires. Les circonstances ne cessent jamais de nous en fournir la facilité.
Il m'est arrivé que cela me blesse, alimente une révolte intérieure. Il est si facile de s'arrêter à sa propre révolte, à ce peu qu'elle nous donne à dire. Comme cela doit être réconfortant.
Faussement réconfortant.
Je préfère aller à l'autre chose.


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Un jour que je lui affirmais, comme un fait établi, que rien ne pouvait aller plus vite que la lumière, mon grand-père me surprit. Fièrement, je lui citais le chiffre : 300 000 kilomètres à la seconde. J'interrogeais sa stupéfaction, d'un "Tu te rends compte", auquel il me semblait qu'il ne devait pouvoir que se rallier.
Mon grand-père, qui n'était qu'un modeste vigneron, me répondit. "Tu te trompes, il y a quelque chose qui va plus vite que la lumière. C'est la pensée. Penses que tu es à l'autre bout de l'univers et tu y es déjà...".
Il possédait un trésor.
Il voulait voir l'an 2000 et ne l'a jamais vu. Parfois, il le voit par mes yeux. On contient ceux qu'on aime, ceux qu'on a aimé.
On est peut-être rempli aussi par l'intuition de ceux qu'on aimera ou de ceux dont nous aimerions être aimé.
Il faut sans doute apprendre à faire abstraction.
Comme on honore ses ancêtres, il est possible d'honorer ses descendants.


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Marcher, marcher encore sur le chemin que l'on devine en soi et qui s'ouvre au fur et à mesure de chacun des pas, pour se placer en définitive en dehors de la pauvre comédie des certitudes humaines, jusqu'à se placer hors d'atteinte de toutes ces contingences qui se font basses querelles, vaines polémiques, poison à la vie.

Je me bats contre l'esprit de banalité qui se saisit du monde, se l'approprie comme chose lui appartenant, comme sa conquête.

Pour y établir la justice, la liberté, donner plus de prospérité en partage, ce qui est l'essentiel de mon voeu, il faudra bien plus que ces piètres routines que l'on met en oeuvre aujourd'hui et qui me donnent à penser qu'on ne sait plus appeler autre chose, qu'on ne sait plus appeler le meilleur de l'homme.

Il faudra savoir appeler bien plus de cette chose magique qu'est la démocratie et dont je veux bien illustrer par le propos qu'elle anime en moi qu'elle a des pouvoirs considérables, peut-être même celui du miracle. Elle a beaucoup mieux à donner, et saura le faire, que le jeu stupide auquel on la réduit aujourd'hui.


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Quelle est l'issue? J'entends tout autour de moi comme une version de moi-même, de mon histoire, et de l'obligation qui m'est faite de l'atteindre.
Me reviennent à l'esprit l'essentiel des rencontres, l'essentiel des non-dits. Le silence de l'équation que l'on s'impose de résoudre et qui est là, toujours, posée en face vous. Enigmatique et mystérieuse. Profuse.
Je vais me lever et aller devant les dieux. Il y a bien un cénacle pour accueillir les hommes. Là, droit devant, je leur dirais : j’ai fait l’effort de cette parole là, elle s’élève dans l’intérêt des hommes.
Je me dis qu’il n’y a personne au monde. Le monde est vide. Il n’y a que des masses indistinctes, fatiguées et désarmées qui implorent pitié.
Il n’y a rien attendre d’elles sinon qu’elles piétinent celui ou celle qui prend le risque d’aller vers elles chargé d’un présent.

Je rêve que je suis vivant.
Mais ce n’est qu’une illusion.

J‘entends, dans mon âme comme un reproche.

-Pour qui te prends-tu ? Nous ne t’avons rien demandé ? Si tu acceptes de mourir pour cela, tu es le plus stupide des êtres.
Dans mon for intérieur, je m’entends répondre :
- Je me prends pour moi-même.
- Alors, dis-nous en plus ? Qui es-tu ?
- Je ne sais pas.

Est-ce qu’il y a de la vanité à penser pouvoir apporter quelque chose d’essentiel au monde ?
Faut-il encore s’accorder sur la notion de l’essentiel.

J’ai fait un rêve étrange au cours de mon adolescence. A l’intérieur de ce rêve, je parlais et ce que je disais était écouté et entendu.
Après mon réveil, je ne me souvenais pas par qui j ‘avais été entendu, et je ne me souvenais pas davantage de ce que j’avais dit.
Je savais que j’aurais eu envie de le dire.



*****

Comme on se jette dans l’inconnu, j'ai rejoint Paris. 1e janvier 2002.
Je songe à cette mythologie grecque selon laquelle un homme courageux s’il tombait à la mer et était perdu n’avait rien à craindre car des dauphins surgiraient pour le ramener sauf sur la rive.
J’espérais qu’ils seraient là.
J’ai rejoins Paris. Peut-être parce qu'elle est encore phare pour les esprits et qu'elle les attire, et qu'il faut se mêler aux forces permanentes qui la traversent, puiser aux flux d'énergie qui circulent en elle.
J'ai cédé à un sentiment d'urgence et à ma volonté de me projeter dans l’avenir.
Quelque chose m’inquiète dans ce monde. Je ne peux le laisser livré aux démons qui semblent s’en amuser.
On empoisonne, par le soupçon, la calomnie, l'amalgame, les sources et les puits comme certains généraux le faisaient pour soumettre leurs ennemis, en rendant leurs corps malades, en les privant d'eau.
Cela est fait en démocratie. Or la démocratie est à l'opposé de la guerre.
Honte à ceux qui en empoisonnent l'esprit.
Eux-mêmes ne pourront plus y boire.

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J'écris. Je pense à la France. J'écris en parlant d'elle, comme d'une amie, proche et familière, que nous aurions tous connue et que nous aurions perdue de vue.
Pour ce qu'elle a été pour les autres nations, elle devrait avoir une démocratie d'avance, la plus éclairée qui soit. Or, je la vois régresser, s'étioler, s’envenimer, se lasser d’elle-même.
Quant au débat, il est réduit à l'ensemble des routines qui le forment.
Ce autour de quoi il gravite, les mobiles auxquels il est ramené, me semble annonciateur d'une République frigide qui ne sait plus que tuer son rêve intérieur, refouler ce qui pourrait concourir à sa grandeur et marquer, car c'est sa vocation de toujours, son caractère profond.


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Les forums. Internet pourrait être le lieu d’une démocratie mondiale. On peut y répandre sa parole. On peut y semer les germes de raison. Ensuite, compter sur les réseaux de cuivre et les cœurs de silicium.
Je fréquente d’innombrables forums. Je dis ce que j’ai toujours à dire. J’ai l’impression de me battre contre une armée.

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J'ai posté une nouvelle réflexion. Je l'ai adressée au chef de l'Etat. J'exprime une pensée, une préoccupation, une ambition. J'annonce un espoir. J'en résume, perpétuellement, l'énoncé. J'essaie de la faire naître ailleurs qu'en moi, dans l'esprit où elle peut être utile.
Je déclare que "la politique a besoin de créateurs".
C'est invraisemblablement puéril.
J'en appelle à l'orgueil et la noblesse d'un peuple qui su se faire souverain. Je dis qu'il ne s'est pas fait peuple-roi pour devenir l'esclave docile et écervelé de temps qu'il concourt lui-même à rendre médiocres, pour s'en lamenter ensuite.

Je trouve que ce n'est pas peu dire.

J'affirme que la France, pour elle même, c'est à dire ni pour la droite ni pour la gauche, mérite d'autres convictions que celles qui l'animent. C'est à cela que mes compatriotes, que l'on distrait avec du vent, devraient s'attacher.
Ils le feront car l'histoire d'un peuple ne sait aller qu'ainsi.
Je n'en doute pas. Alors, je le dis.


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Cette République là est loin de celle qui déroule ses frasques et approximations sous nos yeux. Ils n'ont d'audience, ceux qui parlent d’elle dans les termes qui sont ceux qu’ils retiennent, que parce que nous ne savons plus de quoi d'autre parler. Nous nous divertissons de sorte de fuir nos responsabilités. Nous en avons grand nombre qui nous attendent et nous appelleront à l'intelligence, peut-être à des sacrifices, sans doute à oeuvrer davantage, à quitter cette douce société de la désinvolture à laquelle depuis, vingt ou trente ans, nous nous adonnons.
Elle nous nourrit de statistiques, de sondages. Nous la nourrissons de notre désenchantement.
Nous nous sentirions perdu si nous n'avions plus ces sondages qui viennent nous dire régulièrement qui nous sommes, ce que nous pensons, ce que nous devons penser puisque nous le pensons. Je trouve cette personnification aberrante.
On comble la profondeur du peuple par du vide.


*****

20 janvier 2002: Je diffuse le message suivant:

« Le mérite d'un peuple est faible
lorsqu'il n'embrasse pas les défis
que lui présente son propre avenir
au motif que l'illusion des acquis présents
le dispenserait de son devoir à l'égard
des besoins de sa propre histoire.
C'est pourtant d'elle que nous venons,
et non pas d'un processus linéaire.
Ce ne sont que les ruptures qui dégagent
et ouvrent les voies nouvelles.
En général, elles sont précédées
par des périodes de lente décadence.
Il est utile de revenir de plain pied
dans notre histoire pour permettre à nos enfants,
à ceux qui nous suivent, de pouvoir dire d'elle
qu'elle est ce fruit magnifique
qui va de naissance en renaissance.
On en revient toujours à ce fléau qui court :
les idées arrêtées. »


*****


Il n'y a pourtant là rien qui ressemble à la politique. Rien qui autorise de se réjouir.
La séduction des masses, si elle n'est que ça, n'est que séduction de rien. Avec de puissants aimants, on fait accomplir ce qu'on veut à la limaille de fer.

*****

Les Français ne rêvent pas assez d'eux-mêmes. C'est pour cela qu'ils sont si souvent las. Ils sont écrasés de se sentir absents à eux-mêmes, maintenus dans une existence non idéalisée.

La société américaine, éprise de liberté, patriotique et attachée comme nulle autre aux libertés individuelles, affirme en son coeur que tout est possible à qui veut, ce qui dit surtout, que la société est ouverte fondamentalement à qui lui apporte. Nation neuve, elle autorise et elle consacre le self made man, qui n'est rien d'autre que le sacre de l'auto-réalisation.
Elle réalise le vœu de la République.

La société qui a été construite en France l'a lentement nié. Elle pose, de temps en temps, un alibi médiatique au conservatisme social, sans retournement de culture. Où est désormais la part de rêve qui permet à des individus de se distinguer, de s'émanciper du groupe, de se transcender par leurs moyens propres et ceux fournis par la société?

C'est ainsi pourtant qu'ils affirmeront au mieux leur aptitude citoyenne et personnelle et inventeront bien souvent leur avenir et les richesses qui enrichiront notre pays.

La règle sociale est triste à pleurer dans ce pays. L'ensemble des processus sociaux sont régulés, placés sous diverses tutelles qui gouvernent aux destinées sociales, et, sans jamais cesser de s'attribuer la représentativité de tous, nient à l'individu ce qu'il est. Il est et doit redevenir la chance du groupe. Il faut une volonté émancipatrice pour s'arracher à la force gravitationnelle de cette masse idéologique indéfinie.

L'école devrait sans doute réveiller cela chez ceux que la République leur confie.
A quoi pourrions-nous rêver, sinon à des retrouvailles entières, prometteuses et énigmatiques avec la mystique de la République.


*****

Ma colonne vertébrale est le fourreau de mon épée. Depuis ce jour où, dans une cathédrale, observant une statue d'un chevalier portant épée, j'ai fait voeu de m'en saisir. C'était un voeu authentique. Au moment où je le forme, il soulève la question pratique : où vais-je la mettre. On ne se promène plus dans les rues avec une épée à la main, ni rangée à la taille. Il m'est venu l'idée de la mettre dans ma colonne vertébrale.
Je m'en suis saisi.
Depuis je marche droit.


*****

Il y a des mots, des appels, qui ne méritent pas d'être tenus pour anodins, ou pire encore, abaissés au rang de propos généraux alors qu'ils forment le premier degré de toute chose.
Je l'entends ce qui appelle à un réveil de notre pays. Celui-ci est dans son songe, encore. Bercé d'illusion sur lui-même.
La restauration de la dignité nationale m'a paru naturelle, souhaitable, indispensable.
Quiconque est ferme sur ce qui n'est pas acceptable mérite protection.
La République se fait, s'entend, se développe, ne sait être elle-même, qu'au nom de l'Homme.
C'est ainsi qu'elle est la plus difficile à proclamer.
C'est la lutte de tous mes instants. Je sais qu'il y en a beaucoup, autour de moi, qui n'aspirent qu'au même but. Ils croient en eux et ils croient dans les autres.
J'accomplis mon devoir à l'aune de cela.


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Comme un citoyen, je crois à mon rôle. J'y crois pleinement. Je me dis qu'il n'est pas exclu que le plus sûr vienne du plus invraisemblable. Il faut, de toutes façons, aller au monde tel qu'il est et non tel qu'il se montre, tel qu'on nous l'offre à voir. Je n'ai pas d'interlocuteur privilégié. Je parle à tous et au profit de tous. Je crois en l'espoir, non comme en un signe de résignation, mais comme la seule façon de demander. Je ne dirais rien de cela si je pensais qu'il y eût un seul homme qui ne le méritait pas.


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On collectionne les déçus, les désillusionnés, c'est un phénomène générationnel, ais-je lu quelque part. Soit. Cela confirme qu'on est bien dans l'époque de la consommation rapide. Celui qui est déçu, s'il est si vite retourné, n'avait sans doute que de biens fragiles, de bien futiles raisons, d'être acquis à une cause. Quelle qu'elle puisse être... Celui-là ne servira aucune cause, car les causes ne sont faites que de contradictions que l'on transcende.
Qui sont ces hommes qui n'ont pas de doute dans leur vie? Qui sont ces hommes qui n'ont pas de révélation ou, lorsqu'ils viennent à l'avoir, la répudient avant de s'être uni un tant soit peu à elle, ce pourquoi elle est venue à eux.

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En attendant la Renaissance. Ce texte a pleinement sa place dans la chronique. Cette attente représentée en est la pierre angulaire. Elle en est clef de voûte.

J'ai accompli mon devoir de citoyen d'une singulière manière. Un matin de janvier 2002, après avoir quitté ma ville, laissant dans mon dos mon métier, j'ai rejoint Paris. Vers cinq heures du matin, dans une aube froide et emplie de crachin, désargenté au point de ne pouvoir emprunter le métro, j'ai cheminé jusqu'au Palais de l'Elysée.
Là, j'ai franchi les postes de garde qui surveillent les abords du palais présidentiel, expliquant aux gendarmes de faction que je désirais laisser un courrier à l'intention du chef de l'Etat.

Après avoir été à deux reprises été contrôlé, j'ai pu remettre une lettre. Dans la lettre, je dis au président de la République que je rejoins Paris pour servir la France et m'engager en politique.
J’ai la conviction d’en faire, dans le moindre de mes actes, dans la moindre de mes pensées.
Je me crois en droit de la dire au président de la République et de prendre, d’une certaine manière, la République qu’il préside à témoin de ce qu’un homme, grandi par ce qu’il croit qu’elle est, peut vouloir accomplir.
Cela ne me semble pas constituer une usurpation.

Voilà ce que j'ai fait. Je me suis inventé comme une transfiguration dérisoire mais irrépressible, pleine d'espoir.

Je lui ai écrit cela :

(...).
Je n'ai pas fait de rêve comme Martin Luther King, mais accompli une longue marche.
Ce n'est pas le pays que je vois aujourd'hui que je veux pour mes enfants. Je ne veux pas que la société feigne de leur donner une chance, mais qu'ils aient eux la liberté de cultiver la leur et disposer, pour accomplir cela à leur profit et à celui de leur patrie, des conditions d'épanouissement et de mise en confiance nécessaire. Je crains que la France aujourd'hui construise les conditions contraires.
Il paraîtra invraisemblable que pendant un mois, je n'ai pas dormi. Je n'ai eu faculté qu'à m'assoupir quelques minutes. Et pourtant, c'est ce que j'ai fait car j'ai été porté par une force, celle de l'amour de mon pays.
C'est sans preuve et pourtant cela est."

*****

Les pratiques démocratiques en cours me semblent cruelles et cyniques. Si j'étais peintre, je donnerais à l'oeuvre le titre suivant: chute et morcellement de la représentation. Ce serait un portrait sévère et sans concession.

Le radicalisme, l'extrémisme, reviennent planer sur nous comme les vautours autour de l'animal qui erre, égaré, dans un désert dont la sécheresse accroît sans cesse les limites.
La créature continue cependant d'avancer. Elle offre sa résistance. Cette créature qui devient pitoyable au fur et à mesure qu'elle cède à son propre épuisement porte un nom: c'est l'honneur d'une nation.

On assiste à l'émergence de signes concrets, dans la manière de critiquer l'autorité, de se comporter, de manifester, de mettre en accusation, de faire tomber les dominos puérils des campagnes de communication, d'ajouter un signe supplémentaire à la guerre des signes, qui signalent le danger auquel nous courons collectivement.

Je ne me laisse pas entraîner par les courants ainsi formés.
Je suis mon propre pivot.

Un jour, au moment où l'emprise de cette idéologie s'étendait, j'ai simplement dit que je décochais ma flèche en direction de ceux qui portaient en eux le coeur noir du fascisme.
J'ai prononcé ces mots : La flèche progresse lentement, mais elle ira au coeur de la cible.
Seul le peuple, le vrai, peut conjurer ce phénomène et échapper à ce sortilège. Il le fera tranquillement. Pour signifier, au milieu de la guerre de signes à laquelle beaucoup l'ont livré, sa souveraineté et dire : je ne suis dupe de rien. Et surtout pas du pire.


*****

Dans l'adversité que m'imposent les circonstances, je reste droit.
Je ne baisse pas mes yeux. Je ne sais les baisser que devant les plus faibles.
Je m'incline devant eux. Je présume de leurs forces. Je présume qu'elle doit être supérieure à la mienne, à celle qui me fait avancer. Je la conjure de se manifester en eux, de me donner cette satisfaction-là.
Je ne suis pas là pour mendier quoi que ce soit, sauf peut-être audience.
Je suis là pour donner. Tout être humain doit avoir le droit de dissiper les malentendus.
A force de les accepter, de se prêter à leur accumulation, à se conformer à l'usage, on aboutit à une société du mensonge et du simulacre.
Abîmé par le dénuement auquel je suis réduit, marchant dans les rues froides pour combattre le froid, je me répète parfois ces mots :
"Ma dignité tient à ce que je fais. Pas à ce que je parais être".
Et je soutiens le regard de la rue, croisant, au passage furtif, celui de cet anonyme qui me dévisage.


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Une apparition. Je suis allongé sur un banc, boulevard Saint-Michel. Nuit de janvier. Le froid s'infiltre en moi. Mon esprit est engourdi. Elle se penche sur moi. Une voix douce m'interroge. C'est bien plus que sa voix qui est douce. C'est son regard. Son sourire. L'essence de ses gestes. Elle me demande si j'ai besoin de quelque chose. Elle me dit de faire attention à moi. Je la remercie. Je lui dit: "Ne vous inquiétez pas pour moi".

J'ai toujours pensé qu'il n'y avait pas à s'inquiéter pour moi et que je n'avais pas moi-même à m'inquiéter. Il y a des êtres qui bénéficient, je pense, de l'influence d'une bonne étoile, d'une bonne fée, d'un ange gardien.
J’ai toujours pensé que j’en faisais partie. Dieu me permette de le vérifier.

Je me lève. Je dois repartir. Je me retourne. Je la vois se diriger vers un homme qui entraîne un enfant derrière lui. Elle l'interpelle et lui demande ce qu'il fait avec un enfant à cette heure là. Je la trouve charismatique et d'une éternelle jeunesse, cette dame blonde.
J'aurais dû lui demander qui elle était.
Je regrette de ne pas l'avoir fait.
Je ne l'ai plus revue dans le quartier. Je ne suis pas sûr d’être en mesure de la reconnaître. On ne voit pas toujours les personnes vraiment.


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Comme chacun, j'entretiens mon dialogue. J'y apporte mon soin. Il s'interrompt. Un rien le fait renaître. Là où il s'est arrêté. Ne serions-nous qu'une somme de questionnements en suspend, un multiple d’une seule et infinie conversation?

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Je ne l’avais pas noté lorsque cela s’est produit car j’avais jugé cet épisode terrifiant. Aujourd’hui, je le restitue au récit car, il me semble, qu’il s’agissait, en la forme et en l’esprit, d’une déclaration urbi et orbi.

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Paris. Capitale. Une fin d’après-midi de janvier 2002, une sorte de défi s’impose, par des voies diverses, dans mon esprit. Il se forme en fait à travers l’extraction dans un flot de paroles dans la rue d’une chaîne de mots qui me dit, en quelque sorte, de former un message à partir des monuments de cette ville. J‘ajoute que le pire a été d’entendre, dans le même temps : « Il n’y arrivera pas ».

Je crois que dans cette géographie incertaine des signes de la capitale historique, j’ai d’abord cherché l’Assemblée Nationale. J’ai longtemps hésité à en faire le premier postulat de cette singulière démarche.

Mais c’est, si mes souvenirs sont bons, de là que je suis parti. De cet endroit, je me suis dirigé vers la Concorde. Et de la Concorde, je me suis rendu à la Tour Eiffel et, une fois-là, je me suis dit la chose suivante en mon for intérieur ce qui était une manière de dire ma conviction sans la garder pour moi.
Cette chose consistait en substance en ceci :
Pour un peuple, uni sur l’essentiel par l’esprit de concorde, il n‘est pas de cime qu’il ne puisse atteindre.
C’était une sorte d’axiome de rien dans un ensemble de signes historiques attestant de ce qu’avait pu être le génie d’un peuple, un ensemble de signes visibles de tous mais ignoré désormais de la plupart.
Et je l’ai prononcé là, sous un ciel étoilé qui m’avait semblé, tout à coup, plus pur et scintillant et qui, étrange sentiment, paraissait m’approuver.

Ayant dit le meilleur. Je dis le pire. Il est vanité.
J’eus à cet instant le sentiment d’avoir dit, ou redit, une vérité essentielle sans laquelle la France n’est pas la France.
En haillons, les pieds endoloris par une pénible marche dans le froid, privé de toit, j’ai pensé que je méritais quelques égards, au premier rang desquels un vrai repos.
Je me suis dirigé alors vers un palace parisien et j’ai déclaré qu’une chambre était sans doute réservée à mon intention.
Ce n’était bien sûr pas le cas et je fus pris de remords et de honte d’avoir altéré l’idéalisme qui m’avait mû par un sentiment de vanité aussi bas.
Je n’ai pas dormi et j’ai terminé ce périple, exténué, me demandant si mes pieds qui me semblaient avoir doublé de volume n’allaient pas être amputés, à l’Hôtel-Dieu.
Ils me portent encore.

Comme cela est. Je le dis.(1)


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"... Un Etat de droit... Oui, bien sûr, mais le droit lui-même a chuté de son socle pour tomber dans l'escarcelle du citoyen-consommateur. Il veut consommer du droit – et on lui propose de lui en vendre d'autres, de lui en fabriquer de nouveaux - comme il consomme tout le reste. Le droit lui-même est happé par le consumérisme. Il a été désacralisé, comme toutes les autres institutions. On les invoque parfois, quand elles seules nous paraissent utiles, mais on a perdu le goût de les alimenter par le respect qui leur est dû.(...) "

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Il y a une délectation de plus en plus grande à alimenter et patauger dans la confusion qui règne, à verser dans l'irrévérence. L'impertinence réjouit. Beaucoup l'exploitent à leur profit. C'est crépusculaire. J'entends dire que c'est la preuve que notre démocratie fonctionne à merveille. Il me semble qu'elle ne sait être que corrosive. Il n'est pas un homme qui y résisterait. C'est tout ce que je trouve à dire d'elle. Le reste, je suis obligé de l'inventer. Le reste, je suis obligé de l'exhumer.

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Le 29 janvier 2002: je dépose cette intervention.

"La vie d'un pays passe par de singulières alternances. Le peuple attend de se reconnaître dans l'enchevêtrement et la superposition de formulations et reformulations diverses qui définissent sans cesse ce qu'il est et accordent la manière de l'appréhender, plus ou moins bien selon le degré où l'on place son exigence démocratique.
Celle-ci s'est singulièrement abaissée ces dernières années, aboutissant à cet état désordonné, prosaïque et délié où se trouve la France.

Le peuple attend ce moment où il lui sera dit qui il est.

C'est ainsi, toujours dans l'histoire, qu'il se sauve des périls et de ce qui l'amène à sa propre décadence.
Ce n'est pas à un programme qu'il cherche à adhérer - l'énoncé d'un programme ce n'est que la figure imposée du politique -; non, ce que le peuple recherche, parfois dans la nonchalance, parfois dans une avide envie, c'est de s'identifier à celui ou celle qui vient se présenter au don de son suffrage.

La République procède d'une mystique et l'élection présidentielle en constitue, quand le miracle s'accomplit, le sacre ultime.

La France semble l'avoir oublié. Une démocratie émolliente est passée sur elle qui l'a progressivement détachée de son destin national pour l'asservir aux contingences du temps humain.
La nation, et par conséquent l'authentique désir de politique, s'apprécie à ce niveau mais le politique s'inscrit évidemment bien au delà.

La France aujourd'hui est prête à se réveiller, pour se délivrer d'un chant des sirènes qui l'aurait réduite trop longtemps à ne se croire que la moitié d'elle-même, la part sans âme et
sans grandeur, nourrie à l'illusion de la facilité, au mirage des conquêtes immobiles, aux réthoriques ennuyeuses et à l'ignorance auto-satisfaite.

(...) Sûr, je ne parle pas de politique selon l'usage. Je parle de politique comme un pays qui attend. Ainsi ce commentaire ne se veut pas inconséquent.

Le plus curieux est qu'il ait pu avoir été écrit."

Ces termes me valent quelques sarcasmes. Le ton que j'emploie, la manière de situer le commentaire paraissent à beaucoup sans lien par rapport à l'actualité du combat politique. Peut-être que je regarde la durée politique quand ils n'ont les yeux braqués que sur l'instant politicien et ses vanités.
Je ne combats pas. Je convaincs.


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Lu aujourd'hui dans le courrier des lecteurs d'un journal gratuit les propos d'un quidam. Il demande que le pape Jean-Paul II s'applique à lui même les préceptes d'attachement à la vie. Il demande que soit cessé ce qu'il représente comme un acharnement thérapeutique destiné à le maintenir en vie. Je ne parviens pas à imiter la tournure de son esprit. L'argumentation elle-même est méchanceté.
Cet homme là semble vivre comme une insulte à lui-même de voir cet autre être et s’obstiner amour.
On doit appeler la pratique à laquelle il s'adonne stigmatiser.


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Seizième jour que je marche. Je suis sur une sorte de crète. J'éprouve le regret de ne pas avoir tenu un vrai journal. Je trouve que les dates, l'heure à laquelle on consigne une observation, une pensée, c‘est ce qui la situe. L'espace-temps est une vérité. J'ai écrit et pensé des choses que je crois marquantes sur le génie démocratique. Sur la Constitution de la France. Sur la montée d'une force malsaine, intolérante et mystificatrice qui cherche à réduire la France. Les socialistes m'ennuient. Leur suffisance et le procès qu'ils instruisent contre le chef de l'Etat révèlent un état d'esprit déliquescent.
J'ai écrit à plusieurs reprises au chef de l'Etat pour lui dire que je ne laisserai pas s'instaurer cela.
Faut-il être fou !

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Je sais bien, je ne devrais pas faire ce que je fais. Il y a risque de se brûler, ou d'être mis sur un bûcher. Je ne fais rien, pourtant, que de croire des choses possibles, utiles, attendues, en démocratie. Je crois en elle telle qu'elle s'annonce au monde depuis des millénaires.
Je ne parviens pas à admettre qu'une telle tentative d'éclaircissement est vaine, qu'il puisse y avoir là quelque chose de coupable, dont je devrais me cacher ou avoir honte. Si c'est le cas, c'est que le monde est mal fait et que la démocratie s'est dévoyée.
En définitive, ma parole ne saurait être malvenue. Tout, parmi mes compatriotes, la réclame. Tout réclame que quelqu'un se lève. Il est de temps de rejaillir à notre propre innocence. C'est un voeu de clarté.

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Il n'y a là que manifestation de l'espoir démocratique, son fondement. Je me dois de le confesser. Je sais où est née la crainte que certains d'entre nous ont eu d'être foudroyé. Je me rappelle que les Romains couvraient leur héros rentrant de campagnes de laurier pour les prémunir contre la foudre des dieux.
Je me suis présenté devant un prêtre, à Notre-Dame de Paris.
C'était la première fois, dans ma vie, que je me sentais en devoir de confesser quelque chose. J'ai donc confessé cette vanité-là, en disant à ce Père que j'avais la conviction de pouvoir apporter quelque chose de plus grand que moi, d'apporter une lumière dans un monde qui s'assombrit. J'ai parlé droit. Il m'a écouté. Il n'a pas dit que j'avais commis un péché.
S'il l'avait fait, dans le secret de mon coeur, je l'aurais désapprouvé.
Je m'en serais remis à la musique, à la chanson, au cinéma, à tous les autres, innombrables et différents enchantements que la vie fait tinter dans l'oreille du temps.
Je m'en serais remis à la danse, cette invraisemblable occupation d'espace, à ce qu'il y a à comprendre et à dire d’elle.
Je m'en serais remis à la joie.
Je m'en serais remis au ressentir.

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J'ai vu les billets d'euro. A mes yeux, il leur manque une devise. Une devise sur un billet, ou pour une communauté, une ville, c'est frappant. Cela identifie les valeurs auxquelles se réfère un peuple et comment il se met en rapport avec la devise étrangère qui lui vient, au gré des échanges, entre les mains. La France a la sienne. L'Europe, telle qu'elle doit se former pour les générations à venir, en mérite une.
Je m'en fais l'écho, par nécessité.
Je transmets un mail à l'Elysée : Les Etats-Unis d'Amérique proclament "In god we trust". L'Europe ne devrait-elle pas dire qu'elle croit dans le meilleur qui viendra de ses citoyens?
Je pense à un devise par laquelle les Européens affirmeraient : « Nous croyons dans le meilleur de l’homme ».
Je termine mon intervention en signalant que l'on s'attache à ce que l'on grave. C'est ainsi qu'ont toujours fait les peuples.
Cela ne changera jamais.

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La pile du pont enjambant la Seine, entre Boulogne et Issy-les-Moulineaux, ait apparaître des ailes flamboyantes et chromées.Une petite plaque nous renseigne sur cette réalisation, ce dont elle se fait symbole. Il y est écrit : Habas semper alas (J‘ai toujours des ailes). Telle est la devise d’Issy-les-Moulineaux.

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Marcher, écrire, regarder. Se remettre en marche. Parler à des inconnus. Ecouter des inconnus. (...) Période vécue comme en dehors du temps, pour mieux le regarder. Mon refuge, au cours de cette période, a été un internet-café, ouvert au public 24 h sur 24, rue de La Harpe, dans le quartier Latin.

J'y ai passé mes nuits blanches à pianoter sur le clavier pour sauvegarder des impressions et à fréquenter de nombreux forums. Je m’engage dans la bataille des idées qui s’y livre en permanence. J'ai toujours peur qu'une pensée me traverse et m'échappe. Cela m'arrive souvent la nuit. Il y en a, les plus insaisissables, qui ne reviennent jamais. Elles ne laissent pas tout à fait rien. Elles laissent une interrogation et le désir de la poursuivre.

Je diffuse comme je le peux ma pensée. Elle se construit, me devient lisible, en même temps. Péniblement, je demande l'impossible au monde. Je me fais signe de se propre reconnaissance. Cela devient, peu à peu, la seule manière que j'ai de me conduire. Etre passage de ce que j'ai à dire.


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Je suis resté éveillé, parce qu'on m'a empêché de dormir. Dans les bistrots où j'ai passé mes nocturnes, dans les internet café de nuit, au forum des halles le jour. Partout, sitôt que vos paupières se ferment une main vous tape sur l'épaule : si vous dormez, allez dehors. Même à l'Hôtel-Dieu, une nuit où mes pieds ne me supportaient plus.
Je ne proteste pas. Je dois continuer à avancer.
Si je me rebelle, à ce moment-là, ce ne sera jamais que ma fatigue qui prendra ma voix. Je ne veux pas accepter qu'elle parle à ma place.


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Mais j'aimerai un lit, quand même. Un lit chaud. Je me demande si je connaîtrais le bonheur d'un bon lit chaud un jour. Les choses s'éloignent si vite. Elles parviennent à n'être que sarcasmes.


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Ma dignité vient de ce que je fais. Elle n'est pas dégradable. C'est mon décret personnel. Je me le répète, et fais face à mes ennemis. Je les trouve innombrables.
Au fond, je ne sais voir que mon but.
Mes forces s'amenuisent. Je m'assoupis facilement, même en restant debout.

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Je me suis promis de tout faire pour tout retenir. Je veux dire retenir le maximum de choses parmi celles qui me traversent. Des instants de révolte, de compassion, des instants critiques et d'autres qui sont ceux du calme et de l'observation. Il est difficile de tout retenir. La mémoire fuit de toutes parts. On s'attaque toujours à de l'ineffable.
Je persiste à me mêler à l'ordre intime des choses, de me laisser aller à lui. Je me mets au coeur de la machinerie du monde. J'ai la notoriété incertaine d'un soldat inconnu qui ne reposerait pas sous l'arc de triomphe.

Ma flamme est aussi vive en moi.

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Il pleut. Il fait froid. Je m'abrite sous un arrêt de bus. Il y a beaucoup de monde. Nous y sommes serrés. La plupart prendront le bus. Je resterai là.
Un homme vient. Il essaie de s'abriter lui aussi. Son visage est le plus émacié que j'ai vu. Il n'a que la peau sur les os et la chair de son visage a été dévorée par je ne sais quoi. Il n'a guère plus que quelques cheveux.
Il a sans doute été brûlé grièvement.
Il inspire autour de lui la peur et la pitié.
Je vois bien qu'il ne sait pas où se mettre. Qu'il aimerait ne pas être là, ne pas être sur cette terre.
Ses yeux tournent.
Il ne fixe rien, aucun visage.
Il semble condamné à ce que tous les visages soient miroirs de l'horreur, ou tout au moins de la répulsion, qu'il inspire.
Je cherche son regard pour l'amener à s'apaiser.
J'aimerai qu'il puisse l'être.
Nous ne sommes pas nombreux à lui offrir ce signe de salut.
En moi-même, je conjure tous les passants de cette sombre fin d'après-midi, qui s'apprêtent à entrer dans l'autobus de ligne. Je les conjure de ne pas avoir peur de lui.

N'ayez pas peur.

Rien n'y fait. Ils s'écartent comme si lui allait les dévorer. Comme s'il n'était qu'un germe de maladie, une contamination, la lèpre venant à eux.

Je n'ai pas vu homme plus laid. Je n'ai pas vu homme plus beau.

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Départ Saint-Michel: j'ai rendez-vous avec un archange.
Faut-il le croire ou ne faut-il pas le croire ?

Les lieux d'une ville sont des rendez-vous à soi-même. Je parcours le vieux Paris. Je suis un sillon invisible et j'ignore où il mène. Je ne crois pas avoir le choix. Je ne peux que me fier à mes pas. Places, rues, monuments, statues: la ville raconte une histoire, son histoire.

Elle a sa propre vie. Lorsque je marche, je suis dans l'évidence de ma vie la plus improbable. C'est pourtant à elle que je me rends. Elle n'est rien, sinon un fardeau. Le poids de moi-même à charrier le long des heures. Elles sont parfois interminables, usantes et froides.
Toujours, cependant, elles cessent de l'être. Ce n'est plus le poids de moi-même que je porte, c'est le poids du monde. Je le prends sur mes épaules. Le poids du monde ne s'apparente pas à une surcharge pondérale.

Je marche comme si je volais.

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Je n'ai pas dormi plus que quelques heures au cours des 17 ou 18 jours qui ont passé depuis mon arrivée ici. Je ne pensais pas qu'il était possible à un être humain de réaliser une telle marche forcée dans l'éveil. Je ne pensais pas, plus exactement, que cela pût m'arriver.
La réalité se présente sous un jour étrange. Est-elle plus vraie? Ou est-elle plus fausse? Je suis assis à la terrasse d'un café. Je n'ai pratiquement pas fermé l'oeil de la nuit et le matin se lève drainant avec lui le réveil de milliers de gens. La capitale se remplit d'hommes et de femmes, d'adolescent, d'enfants. Les bouches de métro exhalent les flux humains, semblables aux courants qui apparaissent en certaines résurgences naturelles. C'est un défilé rapide. Je regarde cette foule. Certains êtres paraissent se détacher. Est-ce une loi aléatoire qui provoque cela?
Ici, à quelques mètres devant moi, une jeune fille, elle fait de petits allers-retours. Comme si elle attendait dans le croisement de la foule que je la vois. Peut-être attend-elle quelqu'un? En la voyant, je trouve qu'elle a quelque chose à dire, sa création à apporter, un dessein à accomplir. Je me dis qu'elle est sûrement une artiste, qu'elle va apporter sa part de vie, sa part de grâce, à ce que nous sommes. Je l'adoube du regard. Elle me voit et je l'ai vue. Elle attend quelques secondes encore. Nul n'est venu la rejoindre. Ensuite, elle est partie.
Si ce n'était qu'un rêve, que le tour de magie de la fatigue, qu'une acclimatation de la perception, il serait plus beau que le réalisme puisqu'il m'a permis de ne pas l'ignorer et de tenir cette personne dans la foule pour ce qu'elle est dans un cas, pour ce qu'elle pourrait être dans l'autre.

Je vous ai vue et j'ai pensé cela de vous, c'est à l'opposé d'ignorer.


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Le mystère de la parole élevée tient à une question : qui parle? Je crois que le mystère de l'énergie qui aide à tenir debout relève de la même interrogation: qu'est ce qui soutient celui ou celle qui avance?

A supposer que nous ne soyons que passage... A supposer cela, la question devient elle-même clé aux questions que se pose l'homme depuis qu'il est.

Je mêle tout à la politique car la politique se mêle à tout, puisque c'est elle qui est en charge d'organiser nos rapports, d'assurer nos différents besoins, et de nous offrir le don de l'histoire et de la civilisation.

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C'est un sacrilège de manquer à sa parole, non pas celle que l'on exprime et qui se déverse à bâton rompu, mais celle qui contient nos actes et notre vie. La vie tient dans ce que l'on dit. Il est possible de placer dans la parole qu'on prononce toute l'espérance ressentie, toute la conscience du monde que l'on fait venir à soi.

Je parle comme si ma parole pouvait avoir des effets sur le monde. J'en suis, ou plutôt je m'en fais comptable. Je situe là ma responsabilité.

S'écarter de sa parole produit un désastre, au moins en soi-même, ce qui n'est pas moins grave. C'est trahir la réalité de son propre témoignage. Il n'en est pas qui ne mérite pas d'être sauvegardé, entretenu de toutes ses forces. Parfois, il faut avoir le courage de le pousser hors de soi.
Parfois, il faut avoir le courage de se présenter au monde.


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L'inquiétude m'assaille souvent.
Je n'ai pas envie de mourir à moi-même.
Mais que vais-je devenir?
Mais que vais-je devenir? Je suis déjà.

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Il y a des moments doux qui se déposent naturellement dans le spectacle qu'offre la vie. On grimpait sur les arbres pour cueillir les premières cerises. On le faisait aussi pour les amandes. Ce sont des gestes, des paroles, des visages d'enfants, d'adolescents ou un rien qui s'offre à vous, là. Des promesses qui se lisent, un peu partout. On doit s'attendre à ce que la plupart se rétractent.
Quel dommage.

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J'arpente Paris. Tard la nuit, tôt le matin.

Quand ne subsiste plus personne ou presque, la ville semble sortir d'elle-même dans la lumière surnaturelle de l'éclairage public et que viennent conquérir les lueurs de l'aube. Tout est pratiquement stabilisé. A peine quelques rares voitures circulent. Juste quelques passants.

La rencontre avec les monuments, les lieux marquants de la capitale, le regard que l'on jette sur l'avancée des flots de la Seine.

Combien de fois suis-je passé devant. Combien de fois suis-je passé dedans.

Voir la même chose mille fois et la voir mille fois différente, c'est la seule preuve que l'on marche. Peut-être la seule preuve que l'on vit.


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Noircir du papier. C'est ainsi que l'on accouche de son réel, par le passage de la pensée à l'écrit, de l'équivoque au sens commun.

L'âme est un paysage mystérieux. Elle ne peut que se dépeindre, mais ce n'est jamais que le paysage qui parle.


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Le monde n'est pas aussi lourd à soulever que la plupart des gens pourraient être amenés à le croire. Je pense à l'appel du vieux grec, Archimède, au temps où la philosophie était une dynamique, une science du saisissement du réel : "Donnez moi un levier et je soulèverai le monde".
Ainsi parla-t-il. Il n'y a rien de plus puissant que la parole. Sauf l'amour. Mais l'amour est lui-même parole. Peut-être certains jours, faut-il revenir aux simples apprentissages?


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Pensée secrète ou Illumination : je suis dans la réalisation d'une sorte de prodige. J'accomplis quelque chose qu'on est habitué à voir dans les contes & légendes. Je l'ai dans ma vie, c'est le voeu que je porte. Cela paraît à la fois minuscule et immense, et pourtant, une fois accompli, cela n'apportera qu'une gloire de rien qui ne se partage qu'avec le vent, l'eau, quelques sourires dans la multitude, quelques mots qui viennent se détacher des centaines de conversation qui m'entourent, qui nous entourent sans cesse. Je leur suis sensible.

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Je m'écarte et je reviens à ce que je fais. Ecrit plusieurs pages, d'un trait, à la table où je m'installe habituellement au Départ Saint-Michel. L'inspiration est là. Je la déposerais ensuite dans quelques forums. Elle y sera livrée au monde. Ou délivrée.

Je développe ma propre réflexion. J'en prends conscience. Je l'étends. Elle est éparse et désordonnée. Il me faudra la rassembler. A un moment ou à un autre.

Cette extraction n'est pas inutile. La mine est à la fois à ciel ouvert et souterraine. J'ai en tête le souvenir d'une scène. Des enfants des banlieues dites chaudes que l'on avait envoyé à la campagne. Une sorte de classe verte, où se succédaient des activités de loisirs. Un groupe important s'était formé autour d'une mare stagnante. De loin, je les voyais excités, pris dans une jubilation étrange.
Ils criaient, jetaient des pierres et se disputaient la meilleure place pour le faire.
Certains en cherchaient de plus grosses autour d'eux. Je m'approchais d'eux en me demandant ce qu'ils faisaient. Ils dominaient la mare. Celle-ci grouillait de centaines, peut-être de milliers de têtards, pris au piège de la sécheresse.
Je m'adressais à l'un de ces adolescents. Quatorze ans, peut-être. Je lui dis qu'il devrait regarder ce qu'il fait, se regarder le faire. Je lui demande d'observer qu'il est lui-même un têtard dans sa mare. Il n'a pas encore vu qu'on lui jette des pierres et ce sont parfois celles que lui même a jeté, en ce jour cruel et ridicule, et de mauvaise saison.

Ils sont un peu partout, ces gamins là. Ils ont grandi. Je vois sur eux tomber les pierres qu'ils avaient jetées cette année-là. C'est fou comme il pleut des pierres, en ce moment.


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J'ai dépensé tant d'énergie pour dire, ou plutôt pour redire, simplement, deux mots: "Démocratie" et "République". Cela pourrait sembler exorbitant. Cela ne l'est pas quand il s'agit de les faire revivre.
Je me surprends à me dire : je viens à vous avec humilité mais je ne manque pas d'autorité.
On interne sans doute des gens pour moins que ça.

Je vois les choses d'assez haut et, vues de là où se situe l'origine de mon regard, les intentions des uns et des autres m'apparaissent clairement. Les mobiles, pour utiliser un mot approprié, employés par certains m'apparaissent tels que je les décris.

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Je me suis encore adressé au président de la République. Un jour, le service en charge du courrier à la Présidence de la République m'a répondu que le président était sensible aux réflexions que lui soumettaient les citoyens.
Un mail, envoyé sur la messagerie de l'Elysée. Il se place dans ma continuité, dans la suite de mon propos, de mon alerte. Je ne prendrais pas le risque de dire que ma correspondance assidue est inutile, vaine, comme beaucoup le pensent, car c'est présumer de l'indignité des hommes et des institutions auxquels on s'adresse.

On ne peut se plaindre qu'elle le soient, qu'elles le deviennent, si on participe soi-même, complaisamment, à nourrir le scepticisme. Si je crois à mon propre honneur, je n'ai d'autre choix que de croire à celui des autres.

J'appelle le président de la République à prendre garde à ceux qui voudraient installer une démocratie hasardeuse et confuse, celle que je vois, progressivement, s'installer. De la démocratie, lui dis-je, il faut préférer toujours atteindre son point de netteté, là où s'apprécie le réel intérêt, l'authentique exigence, de la nation.

J'évoque la démocratie comme source de légitimité et je montre l'idée républicaine comme la fontaine à laquelle, certes, nous nous abreuvons, mais qui doit être celle aussi du jaillissement.

J'ai intitulé cela : Quelque chose pour France.

C'est le titre qui s'imposait. Il dit ce que j'essaie, de l'endroit où je suis, de ce drôle de cachot où la vie m'a placé de plus en plus quand j'ai voulu davantage la servir, apporter à mes contemporains, à mes compatriotes.

[La démocratie, comme source de légitimité, et l'idée Républicaine, comme construction politique, sont deux systèmes qui s'épousent si bien ensemble, qu'ils offrent, lorsqu'on leur accorde les conditions de s'épanouir, l'avantage de maintenir naturellement le Politique dans l'horizon des Hommes et les Hommes dans l'horizon du Politique.

La démocratie et la République restent modernes lorsqu'elles ne sont pas séparées de ce double fondement. C'est ce que je crois être leur point de crédibilité, au delà duquel, ce qui fait la performance ou, comme j'aime à le qualifier le génie de ce système, se retourne contre lui.

Ce génie, on peut le réputer pour assurer l'avenir d'une nation, celui d'un peuple à travers les générations qui le composent, son harmonie et l'intérêt de tous ceux qui sont nourris et protégés à travers lui.

Le système, tel qu'il s'est formé, n'a pas besoin d'être surhaussé par la prétention permanente, souvent artificielle, des hommes.

Il contient, dans sa forme, les meilleurs voeux qu'ils puissent espérer. Son dynamisme est là pour produire l'amélioration de la condition de chacun, ou sa protection, dans les circonstances historiques ou les difficultés de conjonctures qu'il est donné à un pays de connaître et de surmonter.

La démocratie, dans sa simplicité, assure au postulat Républicain de pouvoir développer son idéal, de le rendre authentifiable dans ses effets à tous les membres de la société.
Ce sont là, d'une certaine manière, les vertus antiques. Il lui suffit de la sincérité et de la confiance des citoyens dans leurs institutions pour que le système atteigne sa plénitude et réalise la promesse qu'il est destiné à atteindre.

En dessous de l'exigence démocratique, il ne peut produire qu'un horizon flou et un gâchis de ses ressources.
Que les uns et les autres y aient parfois intérêt, cela non seulement se conçoit mais cela se vérifie. Le jeu politique est ainsi fait.

Il n'en demeure pas moins que les facilités prises avec ce qui devrait rester un attachement scrupuleux à la dignité du débat, constitue une perversion du système et une diminution, délibérée parfois, de ses capacités.

Que la République et le système démocratique sur lequel elle repose offrent un théâtre ouvert à toutes les formes d'opinion, d'expression, de proposition est une chose ardemment souhaitable. C'est ce qui anime et vivifie la nation. Mais aucun système ou ordre idéologique ne saurait affecter de se soumettre à ces règles pour en fait les dénaturer et les contraindre au seul besoin qu'il en a pour assurer sa légitimité.

La gauche plurielle, pourtant, est en train d’effectuer cette opération et de mettre, sous prétexte de renforcer la citoyenneté et la participation, partout et nulle part dans la société, la démocratie au service de sa raison d’être.

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Dans la métro. Ligne vers Boulogne. Je suis assis sur le strapontin. En face moi, une jeune femme. Elle a un carnet. Un agenda. Elle écrit. J’imagine la pointe de son style aller et venir sur la feuille. Je la regarde réfléchir. Une pause. Ses yeux se lèvent, obliques, cherchant la suite de son idée. Elle doit être écrite au plafond, car c’est là qu’elle regarde. Je la trouve infiniment belle, là dans ce moment présent où elle poursuit son idée.
Je souris. Je prends moi-même mon bloc Je l’ouvre et j’écris. Je la regarde et je lui manifeste que je cherche aussi ce que j’ai à retenir de ce qu’elle m’offre. Je décris la scène, à la volée. L’hésitation de son écriture. La manière dont elle se fait tournure de son esprit.
C‘est un instant de complicité, apparue gênante parce que je vois bien qu’elle se demande si je ne suis pas en train d’écrire sur elle. L’esprit comme un obturateur : portrait de la jeune femme en train de réfléchir et d’écrire sur un carnet dans le train en marche.
C’est un instant confondant, surtout.
Cheveux châtains. J’écris qu’un instant elle m’apparaît comme la femme de ma vie. Que je sais qu’elle va disparaître, sous peu, se fondre dans la foule du métro, y être rendue à une autre existence que celle que j’ai discerné furtivement.
Je saisis l’or et les perles que je peux. J’en fais diadème et j’en coiffe son visage qui s’en va.

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Je m'oblige à dire que si nous ne nous parvenions pas à redevenir le grand peuple que nous formons, nous nous condamnerions à être la risée des temps à venir. Toutes les voix s'y placent. Pour cette raison, l'usage de la responsabilité n'est pas subsidiaire. Il est fondamental.
Toujours à son sujet, je lui ai encore écrit. J'attire son attention sur le fait que la République n'était pas l'espace de la miséricorde, mais celui de la réalisation. J'espère qu'il ne se méprend pas sur le sens que je donne à ces mots.


*****

C'est à de petits signes, aux plus petites distances, que l'on mesure peut-être comment on s'est éloigné les uns des autres.
Avant, il me semble que lorsqu'ils rendaient la monnaie, les commerçants la déposaient facilement dans la paume qu'on leur offrait. La plupart ne le font plus. Ont-ils peur de toucher?
Oui, on doit sans doute enjoliver le passé.


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Ne jamais s'oublier tel qu'on est venu au monde.
Il ne faudrait pas se contenter d'exaucer les dernières volontés d'un individu, mais commencer par les premières, la première par laquelle on vient au monde et l'on s'éveille. Il y a de la dignité à dépasser sa condition. De cela, ne jamais être las!

Je ne me mêle pas à la plainte, ni même à la revendication. Ou très rarement, quand elles me semblent correspondre à quelque chose de très juste. Quand elles ne sont plus que le moyen le plus facile d'obtenir, le seul par lequel on dit de plus en plus aux hommes qu'ils se grandissent.

On ne fait pas de force en cultivant cela. On réunit de la faiblesse.

On n'imprime pas à la société un mouvement en s'appuyant sur ce pouvoir-là, en bâtissant des révoltes de plus en plus artificielles, en jouant des opportunités, en orchestrant la réaction.

C'est l'homme qui dicte ce qu'il est à la sociologie. Et non le contraire. Il en crève sinon.

On peut appliquer à cette réalité toutes les théori

Commentaires

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Look at Memo "About me" 8)

Ecrit par : AlbertPort | 09.04.2007

Administracija sajta nsys.ws hochet poblagodarit' sozdatelej sajt za jetot zamechatel'nyj resurs!!!
Nadejus' sajt budet razvivat'sja i dal'she…
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C uvazheniem, Oleg.
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Ecrit par : ajohnsys | 13.02.2008

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С уважением, Олег
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Ecrit par : ajohnsys | 14.02.2008

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