samedi, 15 mars 2008
C'est graph, docteur ?

Dans son article d’aujourd’hui, Olivier Clerc, le médiateur du Midi-Libre, rend compte de la réaction courroucée d’un lecteur suite à la diffusion par le quotidien d’une photo de mon blog sur les graphs, note intitulée « Photo Graph », du 26 février.
Ce lecteur exige même des excuses du Midi-Libre, coupable à ses yeux d’avoir publié —et donc cautionné— un acte de vandalisme… « Avez-vous pensé à ce qu’ont pu ressentir les propriétaires de l’immeuble vandalisé ? » s’indigne-t-il…
Olivier Clerc a parfaitement répondu à cette missive et j’apprécie son argumentation.
Dommage que ce lecteur n’ait pas eu l’occasion d’aller visiter dans mon blog le « corps du délit ». Il y aurait lu très clairement que les immeubles « vandalisés », comme il l’écrit, étaient « […] à l’abandon, manifestement voués au grignotage, au dynamitage, aux pinces, aux broyeurs, aux grappins, aux bulldozers, aux pelleteuses des démolisseurs pour faire place nette avant je ne sais quels très juteux projets immobiliers… ».
J’ajoute que ces immeubles abandonnés sont assez récents et auraient pu servir bien longtemps encore ; alors, les « sentiments » des promoteurs (oxymore) dans cette affaire ne sont pas vraiment à mettre au premier plan.
S’approprier l’espace d’autrui, y faire ce que l’on veut est condamnable, c’est tellement évident ! Sont condamnables donc certains grapheurs, tagueurs ou bétonneurs du littoral qui obéissent à la même logique de colonisation des espaces publics ou privés…
Mais les grapheurs que j’ai rencontrés profitaient de l’aubaine de bâtiments à l’abandon pour s’exercer à leur art. Point de vandalisme, donc et… point final !
Et pour clore cette note, je renvoie notre lecteur vindicatif à une autre note de mon blog, agrémentée d’un album, intitulée « Par moy, Jaque ROBBE, dit Bourguignon » , du 08.09.2007 et dans laquelle je publie d’autres photos de graphs et même de tags, dont celle-ci, avec cette date : 1751…

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mardi, 26 février 2008
Photo Graff
Promenade sur la plage du Boucanet, au Grau du Roi. Belle journée de fin février. Peu de monde malgré le soleil qui tiédit le sable fin. Je photographie les reflets de l’eau sur les bords de la grève, les rides de sable mouillé qu’inlassablement redessinent les risées d’un vent frais de la mer, écritures changeantes au gré du flux et du reflux des vaguelettes. Je prends aussi des traces, des empreintes : semelles des promeneurs, pattes de mouettes, de goélands, sculptures en creux de pneumatiques. Ici la mer et le vent rebattent les cartes en permanence, les signes de notre présence ne sont qu’éphémères, on passe et tout s’efface.
Je médite, face aux quatre éléments : la mer, le vent, le sable et le soleil, petit philosophe de congés payés. Mais c’est curieusement le monde urbain qui vient ici me tirer de mes songes : à main droite, juste après le long et vieux bâtiment du centre de rééducation — qui est une annexe du CHU de Nîmes — d’autres bâtiments, propriété également du CHU sont à l’abandon, manifestement voués au grignotage, au dynamitage, aux pinces, aux broyeurs, aux grappins, aux bulldozers, aux pelleteuses des démolisseurs pour faire place nette avant je ne sais quels très juteux projets immobiliers…
En attendant, ces bâtiments, ces blocs en friche — bien qu’assez modernes — sont devenus de véritables « résidences » d’artistes graffeurs, ou grapheurs, les deux s’écrivent, et ce sont les couleurs vives des façades bombées qui ont attiré mon regard, depuis la plage qui les borde.
Alors j’ai enjambé des ganivelles, une clôture effondrée, j’ai regardé et j’ai photographié. Je vous invite à parcourir l’album photo qui correspond à cette note. Des ombres mouvantes derrière une fenêtre aux vitres brisées m’ont indiqué une présence. Je suis entré dans un des blocs ouvert aux quatre vents, j’ai pris un escalier et me voilà dans une pièce, très éclairée, que trois graffeurs sont occupés à décorer. On discute. Deux sont lycéens, seconde et terminale, le troisième n’est plus scolarisé. Muni d’un rouleau fiché sur un manche, un des trois intervenants passe une couche de blanc sur un mur de la pièce. Son camarade, armé dune bombe aérosol, esquisse les contours de son graff. Le troisième me pose des questions, me demande ce que je pense des graffs que j’ai vus. Je les trouve réussis, dynamiques, spontanés, ils rendent hommage aux lettres qui ne sont d’habitude que les esclaves des mots, et c’est parce que tout cela va bientôt s’effacer (comme nos traces sur la plage, décidément ! ) que j’ai envie de témoigner de leur vie éphémère.
Je laisse ces trois jeunes à leurs murales pages blanches, je parcours toutes les pièces des blocs à l’abandon, profitant au maximum de la lumière qui faiblit. L’odeur enivrante des bombes de peinture envahit tout l’espace. Pas une pièce qui n’ait été prise d’assaut par les graffeurs. Il y a de simples surimpressions de tags, bien sûr, on sent qu’il y a quelques rivalités, du narcissisme aussi, mais il y a surtout, partout, des graffs très élaborés, des frises, des fresques murales qui forcent le respect. Certains graffs se reconnaissent rapidement, pseudonymes autant sonores que visuels : Olek , Save , Gaze , Anis … Toute la trans-culture urbaine est là, les pieds dans le sable du Golfe du Lion ! « Sous les pavés la plage », disait un mur de mai 68. Mais elle est là, la plage, juste derrière ces murs recouverts de signes entremêlés, modernes palimpsestes énigmatiques pour nous mais qui nous parlent d’une jeunesse pour qui le monde des adultes n’est pas encore un modèle idéal, sans doute, d’une jeunesse qui s’invente des codes, des langages, des règles à suivre hors de nos sentiers rebattus avant de prendre sa place —ou d’essayer de la prendre — dans le train-train trop formaté de notre quotidien.
Je ne connais pas cette culture, ses codes, son lexique, je ne sais pas au fond ce qui se trame derrière ces écrans pariétaux, je ne sais pas si j’ai croisé les Jean-Michel Basquiat, les Keith Haring de demain. J’ai simplement été touché par le fait qu’eux dans les blocs qu’ils ont investis, moi dans mon blog et vous sans doute aussi, nous tous sommes mus par ce même désir qui est de laisser une trace, avec le vain espoir que le temps, le vent, la mer ou les équarrisseurs immobiliers ne l'effacent pas trop vite.
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