dimanche, 27 avril 2008
Jardins d'iris

Dans les Jardins de la Fontaine, en ce moment, fleurissent des iris multicolores. En voici quelques-uns photographiquement cueillis ce dimanche : leur délicat parfum « numirisé » doit déjà j’en suis sûr embaumer le fond de votre écran…
Quand on évoque l’iris, vaste est son champ sémantique, à l’image de ses rhizomes prolifiques : écharpe arc-en-ciel de la messagère des dieux, parfum de la Médicis, emblème royal, palettes magiques de Monet ou de Van Gogh…
Pour moi l’iris, les iris, cela évoque les mazets bien nîmois de beaucoup de familles.
Je revois les iris éclaboussant de couleurs vives les bords des allées qui conduisent au mazet dominical, faisant de ces chemins poussiéreux de triomphantes avenues.
Je revois les enfants excités cassant d’un coup sec leurs tiges longues et suintantes pour composer de magnifiques brassées que les mamans admiratives feront tremper dans de vieux vases ébréchés avant de rapporter le soir à la maison ces trésors odorants.
Je revois et j’entends les parties de pétanque animées sur l’allée mal damée. L'impitoyable carreau de l’oncle Jean propulse la boule de Robert dans les fourrés. Il faut écarter les feuilles des iris larges comme des épées pour retrouver la boule honteusement exclue du jeu…
Les iris qui fleurissent dans mes souvenirs sont un peu maltraités, je l’avoue, arrachés, piétinés, bousculés, mais fidèles à chaque printemps, sans aucun soin d’aucun jardinier du dimanche, marqueurs du temps qui passe, encre bleu, encre verte, encre à l’odeur du bonheur qu’on n’a pas toujours su laisser tremper dans l’eau des vieux vases ébréchés.








23:50 Publié dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
lundi, 07 avril 2008
La marque jaune
Promenade dominicale autour du château de Tornac, près d’Anduze.
Des pins, des arbres de Judée, des chênes verts, des arbousiers, du thym fleuri , de la bruyère sur les bancels dépierrés, des ruines envahies par la végétation, des rus chantant et les montagnes cévenoles à l’horizon.
L’appareil photo déclenche sans cesse, le ciel est bleu, limpide, un vrai festin d’images…
Et je me dis que c’est à ces marques jaunes qui balisent ce parcours magnifique que nous devons ce plaisir de la promenade.
Hommage soit donc rendu à ces Blake et Mortimer anonymes qui patiemment, consciencieusement, opiniâtrement ont peint ces jaunes pointilllés, pour que nous, randonneurs du dimanche, puissions nous prendre pour des aventuriers de terrae cognitae , emprunter sans sextant ni boussole ces sentiers peu battus…
Alors, de ma promenade enchantée, ce sont ces quelques images qu’ici je laisse à voir, comme une trace des traces jaunes et j’invite mes camarades photographes à constituer avec moi un vaste album des balisages des sentiers, PR, GE, GPR, nous leur devons bien ça…




01:20 Publié dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Randonnées
dimanche, 02 mars 2008
Alors, ce printemps, il vient ?

A la font de Nimes
I’a un amelié
Que fai de flour blanco
Au mes de janvié
Bon, il y était l’amandier, en fleur aussi, pas vraiment en janvier, en février surtout… comme quoi, le réchauffement climatique était déjà en germe dans cette chanson que connaissent tous les Nîmois.
L’hiver s’épuise dans les Jardins. Les arbres nus dégagent encore la vue mais les pins, les cèdres, les oliviers, les chênes ont gardé leurs robes quatre saisons comme pour nous faire patienter en attendant la frondaison nouvelle …
Il y a des jours de grand soleil, de grand ciel bleu dans cet hiver peu hivernal. Les arbres dépouillés semblent alors anachroniques et l’on se dit qu’il est temps que le temps se mette au diapason méridional. D’autres jours nous remettent à l’heure d’hiver : le ciel est bas, la pluie froide glace les os, les Jardins sont désertés, mais cela ne dure pas. Il faut s’y faire, l’hiver ici reste étranger, il prend très mal l’accent nîmois.
Alors vite, dernières images d’une saison qui s’en va. Depuis trois ou quatre jours, déjà, aidés par le mistral, les amandiers s’ébrouent de leurs fleurs blanches et se parent de vert. Lorsque je reviendrai, bientôt, l’hiver sera vaincu et tout bourgeonnera. Dans les Jardins de la Fontaine, l’année commencera vraiment.

















19:50 Publié dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : La Fontaine, Nîmes
jeudi, 04 octobre 2007
Un certain 3 octobre 1988
Nous n’avons pas souffert lors des inondations du 3 octobre 1988.
Seul notre garage a été inondé. Il contenait hélas tous mes classeurs de négatifs, mes boîtes de diapositives, mes livres, mes revues et de très vieux appareils photographiques, tout cela entreposé dans des cartons, le temps d’installer une nouvelle bibliothèque et de bricoler des étagères…
Bien à l’abri dans notre appartement au cinquième étage d’un immeuble donnant sur le Cadereau, pardon, − l’avenue Georges Pompidou – ma femme, mes jeunes enfants et moi avons assisté en spectateurs incrédules à la violente et soudaine transformation notre avenue en lit de fleuve impétueux. Le débit fut, paraît-il, à l’égal de celui de la Seine à Paris…
Trois anecdotes me reviennent à l’esprit, qui me paraissent significatives :
À l’opposé de notre immeuble, sur notre gauche, nous avons vu un pauvre quidam qui s’était abrité à l’entrée d’une banque au rez-de-chaussée d’une maison, au « rez-de-fleuve » plus exactement…
L’homme qui s’était réfugié là était en grand danger d’être emporté par la violence des flots dont le niveau montait à vue d’œil. Nous avons appelé les pompiers qui étaient « débordés » si l’on peut dire… L’eau atteignait le rebord des vitrines de la banque et l’homme faisait de grands signes désespérés. Nous avons vu enfin quelqu’un sur le toit de la banque, progressant prudemment sur les tuiles, venant malgré les risques évidents se mettre au niveau de l’homme et lui lancer une corde dont il se saisit alors que l’eau lui arrivait au haut des cuisses.
L’homme s’est sommairement harnaché avec la corde et celui qui était sur le toit hurlait des ordres que le grondement du Cadereau nous empêchait d’entendre. Il a fini par se lâcher car il n’avait pas d’autre solution, il a été happé par le « fleuve » mais nous avons vu la corde se tendre, et celui d’en haut a pu en la fixant à l’angle du toit le maintenir à flot jusqu’à ce que d’autres téméraires sauveteurs, plus à l’abri au coin de la façade d’un immeuble jouxtant la banque, le récupèrent et le dégagent enfin.
Il était sauvé ! Nous avons applaudi, nous avons crié de joie pour lui.
L’après midi, la décru nous permettant de mettre le nez dehors, je suis allé au bord du Cadereau qui avait perdu comme par miracle une grande partie de ses eaux torrentielles du matin. J’ai entendu des badauds expliquer à d’autres la scène dont nous avions été témoins. J’ai tendu l’oreille, prêt à participer à cet échange, c’est fou ce qu’on avait besoin de parler après ces heures épouvantables.
« Et alors, le type, il s’est lâché, il a été pris par l’eau et la corde a cassé, il a disparu d’un coup, là, devant nous… »
Voilà, la rumeur nîmoise commençait à gangréner les esprits de tous ceux qui, comme traumatisés par l’ampleur du sinistre, n’admettaient pas qu’il y eût « si peu » de morts !
Le soir, l’eau s’était complètement retirée, restaient les plaies béantes du désastre, l’avenue défoncée, les autos encastrées, enchevêtrées, les bâtiments éventrés, la désolation partout. J’étais choqué, comme tout le monde ici, incrédule, abasourdi, désemparé. Je suis passé devant un camion de la Croix Rouge à l’arrêt, chargé de palettes d’eau minérale. Ça tombait bien, l’épicier miraculeusement peu touché était cependant dévalisé et attendait d’être livré. Avec le « déluge », plus d’eau, bien sûr ! Un secouriste m’a tendu deux bouteilles avec un sourire compatissant. J’ai pris les bouteilles et j’ai voulu payer. Refus catégorique ! J’ai alors pris conscience que j’étais pour lui ce qu’on appelle un sinistré, non plus un homme tout à fait normal, un quelconque client qui a des besoins à satisfaire, mais un sinistré, un sujet désigné pour son action humanitaire. Ma condition d’homme à travers son regard, son sourire et ce don venait de basculer !
Le lendemain, en « vrai » client, je suis allé chez mon épicier. Deux vieilles dames chargeaient du sucre, de la farine et de l’huile dans de grands cabas. Les rayons se vidaient à vue d’œil. J’ai souri en pensant qu’elles avaient certainement connu d’autres temps difficiles, les disettes, la privation, le marché noir, peut-être... J’ai essayé de trouver un sens à cette insensée razzia. Mais lorsque je les ai entendues éructer, vomir leur bile et leur colère à propos du désastre qui nous accablait, je suis resté stupéfait, interdit, choqué. Me restent en mémoire ces bribes de leur fureur :
« − C’est le doigt de Dieu ! Tout ça, c’est le doigt de Dieu, je vous le dis, c’est le Doigt de Dieu !
− Oui, c’est les jeunes, c’est la faute des jeunes ! C’est la faute à la jeunesse ! Ça devait bien arriver ! »
Ces pauvres dames ne sont peut-être plus de ce monde aujourd’hui. La catastrophe qu’elles avaient vécue, une de plus pour elles, peut-être, avait quelque chose « d’extra-ordinaire », de « surnaturel » ; on a parlé de « déluge », «d’apocalypse », elles n’étaient alors − je le gage − pas les seules à « dé-raisonner » ainsi.
Je leur dédie bien volontiers, près de vingt ans plus tard, à elles et à tous ceux qui ont embouché ces trompettes fêlées, ces quelques propos sur la jeunesse, propos qui témoignent d’une très grande constance dans les jugements des hommes, à défaut d’une très grande intelligence :
− Les jeunes d'aujourd'hui aiment le luxe, ils sont mal élevés, méprisent l'autorité, n'ont aucun respect pour leurs aînés et bavardent au lieu de travailler.
Socrate. 470-399 av. J-C
− Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être très loin.
Prêtre égyptien. 2000 av. J-C
− Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du cœur. Les jeunes sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d'aujourd'hui ne seront pas capables de maintenir notre culture.
Inscription babylonienne. Plus de 3000 av. J-C
Alors, en vérité, je vous le dis, si les jeunes d’aujourd’hui sont pires que ceux d’il y a cinq mille ans qui étaient déjà pires que leurs aînés, courons sans plus tarder faire provision de sucre, de farine, d’huile et bien sûr d’imperméables, de bottes et de parapluies !



On distingue de loin la corde tendue, l'homme sur le toit et ceux qui attendent le "naufragé".

La même vue, agrandie.




C'est la tournée du docteur !
La première photo de cette note a déjà été publiée par le Midi-Libre, en poster, et exposée à Paris comme une des photos de l'année par le magazine Photo. Celle du médecin a été également publiée par le Midi-Libre.
08:10 Publié dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note



