mercredi, 03 septembre 2008

La bagnole

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Dans son Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey m’apprend que "Bagnole" est un terme d’origine dialectal vivant dans le nord et le nord-ouest de la France et employé dans les Ardennes et en Normandie pour « mauvaise voiture ». Il est probablement formé, poursuit-il en caressant sa barbe blanche, sur le modèle de carriole à partir de banne « tombereau, voiture », variante de benne
Alain Rey est un puits de science lexicographique, on le sait, mais pour moi, « bagnole » n’est ni argotique ni péjoratif, il est simplement « affectueux ».

La « bagnole », c’est plus que la voiture ou l’automobile, c’est un objet sublimé, idéalisé par l’homme, mythifié, déifié. Georges Besse, le PDG de Renault assassiné en 1986 disait que si on avait fabriqué les voitures en fonction de leur seule utilité, il n’y aurait presque plus d’industrie automobile ! En 1954, Roland Barthes, dans un texte sur la DS Citroën n’écrit-il pas : Je crois que l'automobile est aujourd'hui l'équivalent assez exact des grandes cathédrales gothiques : je veux dire une grande création d'époque, conçue passionnément par des artistes inconnus, consommée dans son image, sinon dans son usage, par un peuple entier qui s'approprie en elle un objet parfaitement magique (Roland Barthes, Mythologies, au Seuil).

Alors, voici quelques « bagnoles » tirées de mes archives car mon appareil photo me fait une petite crise en ce moment, il m’a abandonné…
Cette absence m’a au moins permis de me rendre compte que j’ai beaucoup de « bagnoles » dans mes fichiers, j’en ferai donc bientôt un album. Derrière ces images il y a des amoureux de la mécanique, des passionnés de chromes, de tôles lustrées, de selleries exhalant malgré l’âge cette sempiternelle odeur du « neuf »… Je suis loin de partager cette passion mais j’ai aussi, en mes « maillots et enfances », passé des heures à quatre pattes à pousser des Norev ou des Dinky-Toys en plastique ou en zamac, j’ai pleuré de rage quand mon grand-père se moquait de la vieille Traction « cinquième main » de mon père en vantant les mérites de sa belle et presque neuve 203 Peugeot…
Bientôt, peut-être, la voiture, trop polluante, trop individualiste, trop meurtrière, trop «démodée» ne fera plus rêver personne. Difficile alors d’expliquer aux générations futures cette folie qui poussait les hommes à s’amuser toute leur vie avec les jouets de leur enfance.

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jeudi, 14 août 2008

Tango

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À Nîmes, le jeudi, c’est tango.

Il y a bal sur la superbe place du Chapitre récemment dégagée, réaménagée et dotée d’une fontaine cascadant sur trois niveaux. On y danse le tango argentin au son d’un moderne pick-up numérique. La place est belle sous les étoiles, l’air est doux, des chaises longues bordent la piste, des lés de tissus rayés de bleu flottent comme des voiles ou du linge étendu dans les venelles de Venise.

La musique est agréable car le tango s’écoute autant qu’il se danse. Mais ici point d’orchestre, la musique sortie d’un ordinateur branché sur des haut-parleurs s’adresse aux pieds avant tout. Les couples qui virevoltent sur la piste sont en majorité de bons voire de très bons danseurs.

Curieuse danse que le tango, qui a si bien résisté au temps. Il est passé du bordel au salon, des lupanars de Buenos-Aires aux parquets bien cirés des clubs de danse sociale. Qui se souvient que le tango a de son temps scandalisé les bonnes consciences bourgeoises et subi les foudres de l’église ? On peut sourire aussi lorsqu’on voit des femmes danser entre elles — jamais des hommes maintenant — alors qu’à l’origine cette danse machiste était surtout exécutée par des « hombres » !

Pour clore cette note dansante, je ne résiste pas au plaisir de citer quelques lignes du livre d’Antoine Prost, Histoire de la vie privée, paru au Seuil dans les années 80, qui analyse les trois âges successifs de la danse :

« L'évolution de la danse traduit bien cette nouveauté. Assurément, la danse implique toujours des partenaires, et la sensualité y est toujours présente de façon plus ou moins discrète. Mais les danses du début du siècle, la valse, le quadrille constituaient des rites sociaux complexes : danser, c'était exposer sa maîtrise de ces codes. Après la guerre de 1914, la danse lie les couples, et les moralistes dénoncent la lascivité du tango. Après la Seconde Guerre mondiale, le jazz qui, avec le charleston, n'avait touché jusque-là que des minorités, soutient de ses rythmes des danses populaires, boogie-woogie, be-bop, etc. Ce sont toujours des couples qui dansent mais ils s'écartent, se rapprochent, s'écartent encore. Le plaisir d'éprouver sa propre force, sa souplesse au gré des passes en accord avec un rythme, accompagne celui, plus sensuel, du partenaire que les slows donnent l'occasion d'étreindre sans les règles de figures et de pas du tango. Avec le jerk et le disco, voici que l'on danse seul, éventuellement sans partenaire. Au rite social a succédé un rite du couple, puis un rite du corps individuel. La maîtrise des usages, l'accord avec un partenaire, la célébration du corps : la danse a connu trois âges successifs.[…] »
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vendredi, 01 août 2008

Métro


La vie fourmille davantage sous la surface du sol qu'au-dessus, dit-on. Je veux bien le croire. Les taupes, les marmottes, quantité de vers et d’insectes de toutes sortes logent sous le plancher des vaches et s’y trouvent très bien. Mais depuis la moitié du dix-neuvième siècle environ, l’homme — londonien d’abord puis parisien — a aussi investi cet espace souterrain pour y vivre, pour y circuler et plus seulement pour y reposer d’un éternel sommeil.

Le métro n’est pas pour moi qu’un moyen pratique et rapide pour se déplacer en ville, c’est un lieu à part entière, un lieu de vie, vie de l’entre deux, forcément. Les gens qu’on y croise transitent entre deux univers, vie privée, vie sociale, entre deux stations car les lignes ne sont jamais bien sûr directes, métaphores de nos destinées… Gens pressés, la tête ailleurs, absente, projetée dans le monde vers lequel ils hâtent le pas, leur vrai monde.
Au début on les regarde, comme un entomologiste examinerait sous sa loupe son beau spécimen d’unicellulaire protozoaire… et puis, contaminé par l’ambiance suburbaine, nous voici à notre tour sous la loupe, nous trottinons entre deux stations, nous marchons au lieu de stationner sur les longs tapis roulants ou sur les escalators, nous concentrons notre regard sur les sorties, les noms, les numéros des lignes, à l’affût de la correspondance ; l’essentiel de la vie nous échappe, nous sommes désormais en transit, comme les autres, et le métro a repris sa fonction première qui est de faire de nous de parfaits métropolitains















mardi, 22 juillet 2008

TGV


Toujours en pause... mais entre deux villégiatures...
Entre deux villes, deux étapes, derrière la vitre d'un TGV aujourd'hui revenant de Paris à Très Grande Vitesse, si l'on en croit ses initiales. Mais l'appareil photo aussi dispose d'une très grande vitesse, alors, de temps en temps, je capture un petit bout de cette si belle campagne française. Difficile de saisir l'instant fugace, tout défile en accéléré comme une vie qui se déploie au moment même où elle va cesser. Cependant rien ne cesse ici, tout renaît et tout change en permanence. La France déroule à la va-vite son estival tapis pour des trains endiablés qui n'ont d'autre fonction que celle d'effacer le plus hâtivement possible ces grands pans de campagne pour rapprocher ces villes affamées d'hommes et de femmes et du temps qu'ils n'ont plus.

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mardi, 15 juillet 2008

Arènes en feu !

Un feu d'artifice pour une dernière petite note avant la pause estivale.
Les arènes ont "pris feu" pour rendre hommage à la Bastille de 1789... J'aurais plutôt cru qu'un nouveau Néron avait voulu faire des siennes dans notre Colisée nimois...

A bientôt donc, le temps de flâner de-ci de-là et de cueillir d'autres images.

Post-scriptum : Reçu d'un artiste photographe un lien vers son site que je communique avec plaisir. Jérôme Sevrette, c'est son nom, a travaillé sur le Belvédère de Cerbère et c'est à la suite du récent article du Midi-Libre sur ma note du 26 juin qu'il m'écrit pour me présenter un livre qu'il publie sur ce sujet. Je suis ravi mais non surpris que cet extraordinaire bâtiment inspire des artistes. Son livre peut être commandé à cette adresse.

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dimanche, 13 juillet 2008

Fête Nationale

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Promenade matinale et dominicale à moto dans la campagne gardoise.
Beau ciel d’un bleu profond traversé de gros nuages blancs. Pourtant, ici, aujourd’hui, ma fringale de couleurs ne sera pas comblée. Tout me semble insaturé, même les tournesols ont un peu tourné, l’été fane les jaunes, écrase les verts, bref, ma palette rêvée est carencée en chromatine…

Cependant je traverse de charmants petits villages comme Saint-Maurice-de-Cazevieille, Saint-Jean de-Ceyrargues, Euzet, Baron, Foissac, Serviers-et-Labaume… Certains font la grasse matinée, d’autres sont en pleine fête votive et préparent des lâchers de taureaux si j'en crois les barrières qui me barrent l'accès.

Ma cueillette d’images est bien mince aujourd’hui mais en cette veille de quatorze juillet, de Fête Nationale, ce sont des lettres gravées sur des façades qui m’interpellent, comme « République Française », « Mairie », « Écoles laïques » … À ces signes très chargés d’histoire, d’histoires, de culture, de lien, de contrat social — qu’il faudrait peut-être relire un peu — j’ajouterai la première image, prise à Pézenas lors d’une autre virée, on comprendra pourquoi. J’avais bien capturé notre devise « Liberté-Égalité-Fraternité », mais elle est floue, très floue… je me demande bien pourquoi.