jeudi, 12 juillet 2007
Motocyclettes...
Avant de pouvoir se payer une voiture d’occasion, mon père possédait une moto, une Terrot ou une Peugeot, je ne sais plus, pas bien grosse certainement, mais que la loupe de mes yeux d’enfant a fait grossir dans ma mémoire. Je le revois, l’hiver, bourrer sa chemise de papier journal avant d’enfiler son pull et sa canadienne, je nous revois, mon frère et moi, à califourchon sur le réservoir du métallique et pétaradant pur sang, hilares, oreilles au vent, heureux et fiers d’atteindre au moins les cinquante kilomètres heure.
Plus tard j’ai regardé avec envie les belles Japonaises déferler sur la Côte Vermeille, quelques Anglaises aussi, des Norton ou des Triumph. Rarement des Américaines.
C’est adolescent, à Nîmes, et par le cinéma, que je les ai vraiment découvertes, les grosses cylindrées américaines, les Harley-Davidson bien sûr. J’avais lu en cachette La Motocyclette, d’André Pieyre de Mandiargues, poète et écrivain sublime, d’origine nîmoise qui plus est, et lorsque j’ai pu voir enfin le film que Jack Cardiff en avait fait en 1968, avec Marianne Faithfull chevauchant une magnifique Harley-Davidson Electra Glide et Alain Delon, chevauchant les deux – comment le dire autrement ? – j’ai pris une sacrée dose de trouble, d’émois que Sigmund Freud, Foucault et Lacan réunis expliqueraient facilement, sans doute, et tout à fait uniment.
À la même époque, Denis Hopper et Peter Fonda, avec Easy Rider traversaient sur leurs choppers Harley une Amérique ankylosée comme on traverse un banquet assoupi en renversant la nappe et la vaisselle.
Très récemment enfin je me suis laissé « embarquer » sur la Poderosa, Belle Norton 500 – une Anglaise, cette fois – du Che Guevara dans les Carnets de voyage (The Motorcycle Diaries) de Walter Salles.
Je n’évoque ici que trois films que j’ai beaucoup aimés pour diverses raisons, mais combien d’autres scenarii ont fait de la moto un personnage à part entière ?
C’est que la moto a toute sa place dans la mythologie moderne. Elle dit la solitude, l’individualisme mais aussi le groupe, la bande voire la horde sauvage, la liberté, la rébellion, la transgression mais aussi la loi et ceux qui la représentent, l’amour, l’érotisme, la violence et la passion… Elle est en somme un mythe commode, nécessaire après le déclin du cheval dont elle est devenue le moderne substitut, dont elle assume désormais l’héritage fantasmatique, symbolique et stéréotypique.
Qui la remplacera demain ? Star Wars, avec le Barc speeder, revisitait le mythe. De submersibles chevaliers sillonnent désormais les vagues de l’été sur des jet-skis cacophoniques…
Ce qui est sûr c’est que l’homme et la femme auront certainement besoin encore et pour longtemps d’un engin, d’un instrument, d’une prothèse mécanique, biomécanique, concrète, numérique et/ou virtuelle pour incarner et exprimer intensément cette part d’ombre trouble qui est en eux mais qui est un signe plein de leur humanité.
12:45 Publié dans Auto/Moto | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


