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mardi, 31 juillet 2007

ANNEES DE PLOMB

Portraits, traits pour traits. Portraits tirés à l'issue de leur plein gré. Images partagées. Clichés glanés. Jamais imposés. Toujours offerts et échangés. Clin d'oeil "clignotés", bafouillés au gré d'une rencontre par-ci ; d'une discussion par-là ou d'un regard croisé à la volée. Mais jamais volé !
Retour sur une alchimie naissante. Celle de l'entrelacement des sels d'argent et de l'empâtement des bavures lino...atypiques aux reflets noirs et blancs !


© J.-L B

Il disait s"appeler Federico. Il était arrivé bien avant l'heure sur cette petite place de Santiago, où avait été fixé le lieu de rendez-vous de formation du cortège, découvert la veille sur un tract déposé dans la boîte aux lettres de son quartier. Après les traditionnelles prises de parole et un concert de ska-andin donné par un groupe alter-mondialiste en vogue cet automne là au Chili, la manif envisageait de prendre la direction du Palais de la Moneda, situé non loin de là. C'était à la veille de l''élection présidentielle de 2005 et les groupuscules de gauche de la capitale chilienne n'avaient pas l'intention de rester aphone après toutes ces années de plomb. Seul dans son coin, engoncé dans un costume un peu élimé aux entournures, Federico serait sur sa poitrine une pancarte sur laquelle figurait un portrait de sinistre mémoire. A la simple évocation du nom du général-dictateur, le visage de Federico se figea. Traits tendus, gorge nouée, il avait du mal a exprimer ses émotions. Quelques sous-entendus plus tard lâchés pudiquement du bout des lèvre, on comprit alors qu'il avait quelques bonnes raisons à rechigner d'exhumer ainsi publiquement le passé. Les traces de cicatrices de tortures, même des années plus tard, ne s'effacent pas, comme ça, du jour au lendemain, en brandissant un drapeau ou une pancarte dans la rue...

22:20 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Chili, Palais de la Mondea, pinochet, allende, santiago du chili, armée, militaire

VIEUX DEMONS

© J.-L B

Bizarre comme des lieux chargés d'histoire persistent à hanter nos mémoires même des années plus tard.
Automne 2005. Santiago du Chili.
Des galonnés moustachus, casquettés et lunettés arpentent d'un pas pressé les abords piétonniers du ministère des armées. Sensation de malaise et de déjà vu.
Vite ! Discrètement : immortaliser la scène. Par besoin de témoigner. Par désir de saisir ces raccourcis accélérés en forme de pied de nez à l'échelle du temps.
Trente deux ans déjà de ça. Souvenirs d'un florilège d'images iconographiées depuis lors dans les encyclopédies.
Septembre 1973. Des chars prennent position autour du Palais de la Moneda. Assiégé, Salvador Allende prononce l'un de ses derniers discours à la radio avant de se suicider. La capitale chilienne sombre alors dans le chaos au son du bruit des bottes cadencées et orchestrées, au pas de l'oie, par un certain Augusto Pinochet. Voilà la patrie de Neruda brutalement écrasée d'un coup sec du talon, vouée à basculer dans le sang, la torture, les exécutions et l'exil. Sinistre destin, dont le Chili, même des années plus tard, eut la pire des difficultés à s'en dépêtrer.
Jusqu'à ce qu'à l'automne 2006, Michelle Bachelet accède à la présidence de la République Chilienne.
Automne 2005. Santiago du Chili
C'était la veille du premier tour des élections présidentielles. Et tandis qu'aux abords de la Moneda paradaient toujours ces militaires galonnés, casquettés et lunettés, à deux pas de là, des hommes et des femmes réclamaient justice pour leurs proches disparus, un jour, à l'entrée d'un stade de football.

01:15 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Chili, Palais de la Mondea, pinochet, allende, santiago du chili, armée, militaire

mercredi, 25 juillet 2007

SOURCE DE VIE

© J.-L B

Un hameau karen, lové autour des circonvolutions d'un torrent encore "gaillard" à l'orée de l'automne thaï.
Il avait plu, une semaine durant.
Le cours d'eau, sillonnant la forêt tropicale du nord-ouest de Chiang-Maï, irriguait généreusement les maigres rizières potagères de ce coin de montagne à deux jours de marche des premières voies asphaltées.
Bricolé autour d'un réseau ingénieux de canalisations en bambou, l'eau, ce jour-là, coulait à flot.
A la fontaine du village, le fils de Sunti lavait consciencieusement la vaisselle du repas du jour.
Aux "glouglous" d'un robinet chuintant à gros bouillons dans cette bassine d'émail, il enchaîna par une sourde mélopée reprenant le refrain d'une ancestrale comptine familiale louant les bienfaits oubliés d'un vrai bonheur.
Celui de puiser sa force et son énergie aux sources de la vie !...

23:50 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Thaïlande, Chiang Maï, Karen, enfant, eau, robinet, source

mardi, 24 juillet 2007

TRIANGLE D'OR

© J.-L B

Nord-est de Chiang Maï, au bout de l'excroissance septentrionale de la Thaïlande, à deux pas de la Birmanie, dans ces montagnes verdoyantes situées aux confins du Triangle d'or...
Là-bas, au sein de ces ethnies de plus en plus "touristico-colonisées" par des agences européennes de trek à prix cassés, subsistent encore quelques authentiques Karen pas vraiment prêts à jouer aux figurants !...
(...)
Il disait s'appeler Sunti. Un prénom Thaï. Qui signifie "Paix".
Etait-ce vraiment le sien ? Mais après tout, hein.... !
Aujourd'hui, Sunti était officiellement cornac.
Cornac de touristes.
Touristes qu'il trimbalait à dos d'éléphants dans les villages de son enfance.
A l'occasion, il ne rechignait pas, pour quelques bahts à donner la main aux guides accompagnants de Chiang-Maï pour construire des rafts en bambou qui leur servirait ensuite à descende le torrent du village vers des cieux plus "civilisés".
Malgré son jeune âge présumé, Sunti confiait en aparté faire partie des militants Karen.
De ceux qui depuis 300 ans, depuis leur exil du Myanmar voisin, se battent pour la création d'un état indépendant.
Difficile à vérifier. Mais après tout !
Et après tout pourquoi pas ? Même si ce jour-là, il l'avait sans doute un petit peu enjolivé, la réalité !
Et même si on lui avait fait croire, nous aussi - et ce fameux jour-là ! - qu'on feignait de le croire.
Personne n'était à vrai dire vraiment dupe.
Mais chacun avait, l'espace d'un instant, bigrement envie de faire semblant l'être.
Alors !
Alors : n'était-ce pas là, après tout, le principal ???!

00:20 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Thaïlande, Chiang MaÏ, Karen, cornac, voyage, Birmanie, portrait

mardi, 17 juillet 2007

GOOD BYE MAO, WELCOME ALLAH !

© J.-L B

Une mosquée en bord de route émergeant au milieu d'une succession de temples bouddhistes et taoïstes.
Un bout d'asphalte précaire serpentant aux confins du Yunnan, province du sud de la Chine bordée par les excroissances septentrionales du Vietnam, du Laos et de la Birmanie.
Là : là-donc, entre une étoile rouge singulièrement décatie et un croissant d'or flamboyant, nous apparut soudain aux détours d'un virage un minaret d'opérette.
Première surprise. Premier contact avec la communauté musulmane chinoise des environs de Kumning.
Premier choc, ensuite, dans la cour d'une madrassa érigée par de riches commerçants Hui, aux alentours du XIIIè siècle. Image aujourd'hui surannée, mais autrefois surréaliste, d'une communauté, contrainte des années durant, de lire d'une main le petit livre rouge et de déclamer de l'autre - et à tue-tête - les versets du Coran.
Good-Bye Mao !
Welcome Allah !

01:30 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Chine, voyage, Yunan, religion, islam, musulmans, Hui

vendredi, 13 juillet 2007

LE VIEIL HOMME ET LE MOINE

© J.-L B

Ils étaient là à deviser, assis par terre, sur les hauteurs de Xiàhé (province chinoise du Gansù) à deux pas du monastère de Labrang. Le soleil achevait sa course céleste. La lumière du soir réchauffait les couleurs d'une manière apaisante. Une douce sérénité émanait des lieux. Le vieil homme au visage buriné, dans sa tunique Mao, écoutait le jeune moine lui parler. Ils avaient l'air heureux de se rencontrer. De discuter. De prendre des nouvelles.
Sur la pointe des pieds, je me suis approché. Discrètement. Il aurait été indécent de leur "voler" ce moment d'intimité partagé. Ils m'ont vu. M'ont souri. Je leur ai fait comprendre que je voulais immortaliser leur rencontre. J'ai tendu l'appareil photo dans leur direction en hochant la tête d'un mouvement interrogateur. Ils ont éclaté de rire. Me donnant ainsi leur bénédiction. Je leur ai souri. Effectué la mise au point. Ils ont pris la pose. Fiers d'être tous deux réunis sur la même photo.
J'ai alors su que le vieil homme et le moine étaient père et fils. Ils ne s'étaient pas vus depuis plusieurs années. Le vieil homme était venu de loin pour rendre visite à son moine de fils. Et que c'était sans doute là la dernière fois qu'ils se voyaient.

23:45 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Chine, voyage, gansù, moine, tibétain, boudhisme, religion

dimanche, 08 juillet 2007

CAVALCADE

© J.-L B

Cahuita, petite bourgade assoupie dans une douce torpeur sur la côte costaricienne de la mer de Caraïbes.
Playa Negra au lever du soleil.
Lorsque soudain, surgis de nulle part, sortis d'une cocoteraie ombrageuse, ils sont arrivés au grand galop. Tous deux fougueux et intrépides. Tous deux cherchant à en imposer à l'autre. A mâter l'autre !
Rebelle, la bête fouettait l'air de sa longue crinière blanche. Son oeil de braise foudroyant l'alentours.
Sa course folle, ses ruades répétées, manquaient parfois de désarçonner le cavalier. Mais jamais elles ne parvinrent à le prendre en défaut. Le duel entre l'homme et l'équidé était de toute beauté. Dans la lumière rasante, ils se sont ainsi défiés de longues minutes durant.
Jusqu'à ce que sans doute lassés de leurs orgueils mal placés, ils décidèrent de faire cause commune. Enfin apaisés, redoublant de galop, ils ont filé droit sur les flots. Fendant les vagues venant s'échouer sur la grève, l'homme et le cheval ont poursuivi leur folle cavalcade, avant de replonger, tout aussi brusquement, sous la frondaison des longilignes cocotier toisant l'horizon.!

13:10 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Costa-Rica, amérique du sud, voyage, cheval, cavalier

jeudi, 05 juillet 2007

L'APPEL DU LARGE

© J.-L B

Golfito !
Comme son nom l'indique, un golfe. Une anse lovée autour de la péninsule d'Osa sur la côte pacifique du Costa-Rica, à une encablure du Panama.
Golfito !
Comme son nom ne l'indique pas forcément, un port. Une ville. Une ville et un port autrefois grouillant d'activité. Des quais encombrés de cargos. Des docks embouteillés jusqu'à la gueule d'énormes porte-containers.
Jusqu'au coeur des années 80, c'est ici que battait le pouls du trafic bananier sud américain trusté par la United Fruit company. Et puis !
Et puis, la tentaculaire holding us est allée jeter l'ancre ailleurs. Vers d'autres horizons plus rentables. Alors, les entrepôts, un à un ont fermé. Les embarcadères n'ont plus rien embarqué ni débarqué. Les navires se contentaient de croiser au large. Et peu à peu, la ville s'est assoupie. Dans la lourde moiteur tropicale, les façades des demeures coloniales ont commencé à se lézarder et s'écailler.
Manolo, lui vit dans l'une de ces petites maison en bois du secteur du muelleicito. Son père était docker. Il est aujourd'hui pêcheur. Tous les matins à l'aube, Ricardo s'embarque sur ces rafiots de fortune qui par flottilles entière s'en vont traquer la daurade coryphène pour la coopérative de Golfito. Et tous les jours, Manolo vient guetter leur retour. Pas peu fier de donner un coup de main. Pour quelques centavos, Manolo décharge les cales de leur cargaison de poissons. Manolo est à son aise. Sur le pont il se faufile partout avec entrain. Des palangriers, il en connaît déjà les moindres recoins. Manolo sait qu'il lui faudra encore patienter quelques années. Mais il sait, qu'un jour, ça sera son tour.
Qu'un jour bientôt il prendra le large. Et mettra cap sur l'horizon. Là, où le soleil embrase l'infini. Là où les baleines, les soirs de pleine lune, se donnent des ailes avant de faire l'amour !!!

12:15 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Costa-Rica, Golfito, daurade coryphène, pêcheur, amérique du sud, voyage, port

lundi, 02 juillet 2007

CORAIL FORESTIER

© J.-L B

Un village ?
Une communauté, plutôt !
Un regroupement familial en bordure de clairière.
Quelques cases en pleine forêt au beau milieu de la province cambodgienne du Ratanakiri.
Et là, au centre du cercle, au milieu du néant, quelques planches sur pilotis.
Là, dans un capharnaüm d'arbres abattus : un havre de vie. Un îlot dénudé préservé de l'avidité gloutonne des stock options, un atoll de corail cherchant à surnager dans le magma en fusion de la Mondialisation !
De ce cercle ouvert aux quatre vents, de ce rond point aux allures de carrefour, il est soudain apparu !
Jeune.
Digne.
Drapé dans son krama.
Enveloppé dans cette étoffe à carreaux dans laquelle il portait son dernier né.
Il donc est arrivé. Sur la pointe des pieds.
Puis, rasséréné, ils les a appelés.
Les siens.
Et un un à un, ils sont sortis de l'ombre.
Le fils aîné, d'abord. Mine chafouine sur le côté. Un brin intrigué.
Sa femme, ensuite. Un autre enfant à la hanche, elle est venue jeter un air faussement distrait.
Léger moment de flottement.
Sourires réciproques.
Sourires échangés.
Et moments rares partagés.
A tout jamais échangés !!!

22:40 Publié dans RENCONTRES | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : cambodge, voyage, ratanakiri, ethnie, forêt, famille, enfant

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