21.01.2007
Itinéraires et Chroniques pour Temples romains du Liban. Bziza (09)
BZIZA
34° 16' 10 N
35° 49' 17 E
90 KM
Autoroute de Tripoli. Jbeil et Batroun. A Chekka, prendre direction Bcharré via Amioun et Kousba.Pour Bziza : à Amioun, tourner à droite et prendre direction Dar Baachtar. Il faut compter 7 Km pour arriver à Bziza. Le temple se trouve sur la route de gauche, derrière la station d'essence.
Temple prostyle.
Sur quatre colonnes du porche, trois supportent un chapiteau en bon état de conservation. A l'intérieur du temple, sur le mur du sud et au-dessus de l'ouverture de la porte, on note la présence d'une niche.
Depuis Jounieh qui reste en permanence plongée dans la brume, tout au long du parcours, la mer agitée se mêle aux nuages qui persistent à demeurer au-dessus d'un horizon si bas qu'on a l'impression que l’orage se prépare. L’autoroute de Tripoli semble interminable, et à part de rares courbes, s'étire paresseusement. Quelques poids lourds que l'on dépasse, tous, se dirigeant vers le Nord, vers de hautes cheminées, celles des cimenteries grises de Chekka.
Dressé sur un piton rocheux, un petit château fort, celui de Sailaha, qui date de l'époque des croisades. Le regard s'accroche à la muraille ocre qui reçoit une lumière toujours aussi pale mais plus intense, avec autour, immobile et comme pétrifié dans la pierre un troupeau de moutons à la robe marron foncé. Plus loin une large paroi rocheuse dominée par une église qui tend son clocher aigu attire soudain l'attention ; la falaise est percée d'une multitude de niches qui auraient dit-on servi de refuges aux moines et ermites des siècles derniers : c'est l'entrée d'Amioun.
De là, la route s'enfonce de plus en plus dans la verdure, se montre résolument campagnarde, semblant même prendre des airs de fête. De nouveau, une petite église apparaît au soleil couchant. Architecture apaisante qui se dresse au-dessus des champs denses et sombres d'oliviers dans le ciel rougeoyant. Juste derrière, au milieu d'une place, en face d'un petit autel fort modeste, le temple de Bziza.
L’œil ne voit d'abord que de longues canalisations métalliques grises et des tubulures vertes qui ceinturent de toutes parts ; ici et là des outils délaissés, la vie éteinte d'un chantier. Des voix lointaines : ce sont des dames âgées qui passent lentement sur le sentier d'en face. Elles traversent la place pour contempler à leurs pieds les tranchées et après avoir hoché la tête, elles finissent par s'éloigner. Le silence gagne la place. Peu à peu les colonnes se perdent dans la lumière qui faiblit. Mais soudain des aboiements sourds viennent déchirer l'espace : près du mur d'enceinte qui s'enfonce déjà dans le crépuscule, quelques brebis suivies d’un vieux chien, arrivent sans se presser, venant de nulle part, approchent des colonnes. Certaines vont jusqu'à y frotter lentement leur toison puis s'en vont comme à regret. Le piétinement des sabots sur l'herbe persiste quelques instants, s'estompe. Deux agneaux n'ont pas suivi, hésitant entre l'enceinte du temple et le chemin qui s'ouvre vide devant eux. Ils resteront un long moment à bêler faiblement et à gémir derrière les colonnes, broutant encore malgré tout l'herbe rare qui pousse entre les pierres de l'édifice, avant de se décider finalement à s'engouffrer dans le sentier perdu dans l'obscurité. Déjà, les étoiles envahissent le ciel immense au-dessus u clocher devenu presque invisible. D'une fenêtre, qu'on devine grande ouverte sur l'air de la campagne devenu plus vif, une radio laisse filer à voix basse les nouvelles de la journée.
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09.01.2007
Itinéraires et chroniques pour temples romains du Liban. (08) Bakka
BAKKA
33° 35' 30
35° 55' 11
85 Km
Chtaura. Route de Damas.
A la fourche d'Anjar direction Rachaïa –Marjayoun.
A 14 Km sur la droite le croisement de Aïn Arab et Kirbet Rouha.
Prendre la route de gauche qui traverse Aïn Arab pour atteindre 6 Km plus loin Bakka.
Bakka n’échappe pas à la règle !
Comme beaucoup de temples de la région, son podium (dont les quatre assises de blocs de granit sont toujours intactes actuellement) jouxte de très près les maisons du village. Leurs occupants ont naturellement usé de ses pierres.
L'âne trottait d'un pas nerveux, rendu plus rapide par les petits coups de roseau qu’assénait sans cesse l'enfant qui le montait. Il contourna les vieux murs et s'engouffra dans la ruelle au moment où la prière du muezzin s'élevait une fois de plus. La vieille femme qui était déjà rentrée et ressortie à deux reprises pour donner du grain à la volaille qui picorait devant sa porte, portait un lourd panier rempli de linge. Elle était aidée par un adolescent d'une quinzaine d'années.
L’air maussade, le garçon plaçait quelques vêtements sur un fil de fer.
- Je sais que ça ne lui plait pas à Tarek, il a quinze ans et il tu n’aime pas que ses amis le voient travailler comme une fille, même pour aider sa grand mère, dit-elle en s’avançant avec un charmant sourire, mais c'est son père qui a décidé. Moi je ne veux pas que mon petit- fils s'éloigne du village quand son père est absent poursuivit -elle en s’adressant à un public invisible. "Alors il faut obéir. Tarek, tu es un bon fils pour lui. . Ton père est dans l'armée, il a déjà perdu ta mère, une brave femme et trois de ses enfants à la guerre. Il ne reste plus que toi et ton frère. Que Dieu le bénisse, il ne nous oublie jamais celui-là, tous les mois il nous envoie de l'argent des Etats-Unis. La maison qui est collée au temple, c'est à nous. C'est un bon emplacement, très calme. Elle ne dérange personne, c’est interdit, mais ici, qui va venir ? La loi ? Quelle loi ! Bientôt, il y aura trois étages. Non, quatre. Quand ce sera fini, ton frère, mon autre petit fils, il reviendra et on pourra tous s’installer. Il y a de la place pour tout le monde et quand il va se marier, on fera la noce dans la cour du temple. C'est bien mieux comme ça".
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28.12.2006
(8)Itinéraires et Chroniques pour Temples romains du Liban. Akroum
AKROUM
34° 32' 34 N
36° 21' 26 E
165 Km
Route de Tripoli et d’Homs
Se diriger à l’est vers Kobeyat. Dépasser cette localité d’une trentaine de Km pour arriver à Akroum qui semble être le bout du monde. Ne pas hésiter à se renseigner pour atteindre le temple caché en plein cœur de la montagne.
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De nombreux fragments de moulures au sol, des murs avec arcades séparés par une arche, ce qui est peu fréquent, voire rare, une cella en forme d’alcôve, des corniches ouvragées assez bien conservées, enfin l’existence commune de trois temples prostyles qui côte à côte s’étendent face au lac d’Homs : l’ensemble de ces vestiges mérite le déplacement et la peine qu’on se donnera à gravir la forte pente de la colline pour accéder à ce site fort éloigné de la capitale
Seul le ronflement sourd du narguilé se percevait. Tous les trois, les genoux repliés sous eux, sur un tapis qui avait perdu depuis longtemps ses couleurs, ils se tenaient immobiles, les mains à quelques centimètres au-dessus du poêle. Un ancien poêle à bois, tout rouillé de l'extérieur et dont le conduit en fer blanc laissait passer par à coups un peu de fumée qui montait doucement en de petites volutes au dessus du groupe silencieux. La pièce était fort sombre : une lumière faible qui provenait de l'unique lampe à pétrole posée à même le sol. A l'origine blanche, la teinte des murs avait viré au gris, tandis qu'au niveau du plafond, là même où le tube étroit s'enfonçait, tout le pourtour était noir.
Celui qui fumait par petits coups le narguilé paraissait le plus âgé, mais il était difficile de se prononcer sur son âge. Le torse légèrement incliné, à voix très basse, d'une voix presque inaudible, il se présenta comme étant le cheikh. Posant le tube flexible qui n'avait jamais quitté sa bouche, d'un geste lent, il commença en silence, sans que ceux-ci aient relevé la tête, comme hypnotisés apparemment par la vision du poêle qui à vrai dire ne dispensait qu'une maigre chaleur, à dénouer le turban blanc qu'il portait, et tout en le déroulant avec un soin extrême, il prit à témoin la femme qui disposait aux pieds des hommes un minuscule plateau qui supportait une grande cafetière cabossée.
- Le temple romain, c'est comme s'il n'existe pas pour nous. On sait qu'il est là. Moi, ça fait bien six mois que je ne suis pas monté. Pour aller en haut, ça prend du temps. On nous a installé le téléphone cellulaire il y a une semaine, ici il ne fonctionne pas. Il n'y a qu'un endroit d'où on peut parler, c'est là-bas, il n'y a rien qui gêne.
Il se tut un long moment et son voisin lui tendit le narguilé. Il aspira longuement sans que rien ne vienne, puis des petites bulles finirent par monter avec un léger bruit dans le verre transparent. Un long silence remplissait à présent la pièce dont les contours disparaissaient dans la fumée qui avait envahi peu à peu chaque recoin. La femme qui s’était tenue immobile à l’écart du groupe se rapprocha du poêle comme pour se réchauffer, sans oser joindre ses mains à celles des hommes. Elle avait le regard fixé au sol et tenait encore la cafetière vide dans sa main. Elle l'agita deux ou trois fois et dit sans lever la tête :
- Aujourd'hui, il faut monter téléphoner pour avoir des nouvelles de ton petit -fils à l’hôpital , tu as juste le temps avant la nuit .
Alors l'homme sans paraître gêné par le tube de narguilé qui était resté en bouche, pour la première fois lança un regard vers ses amis et dit d'une voix ferme qui n'avait plus aucun rapport avec le ton qu'il avait utilisé auparavant :
- C’est d'accord, ma femme, tu as raison ! Je m’arrêterai avec le monsieur et je ferai une prière pour le petit de mon fils. Le dieu des Romains, c'est le mien aussi. Je vais en profiter pour voir comment se porte la montagne et notre temple d'Akroum. Avec les pluies cette année, je me demande ce qu’il en reste.
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(7)Itinéraires et Chroniques pour Temples romains du Liban. Amioun
AMIOUN
34° 15' 49 N
35° 46' 21 E
75 KM
Tripoli vers Bcharré.
Sortie de la capitale direction Amioun. A 10 Km de Tripoli, une route à droite conduit à Btourram, Bechmezzine, Amioun. L'église de Mar Jorios est en haut du village après avoir serpenté dans des ruelles très étroites. 2 ième itinéraire plus direct via Chékka et Kousba.
L’église St Georges en plein cœur du village a été bâtie sur les fondations du temple. L’entrée de l’église est agrémentée de quelques fûts de colonnes qui brisent l’austérité de l’édifice religieux.
Côté sud, l’assise parfaitement visible est constituée de blocs massifs.
En pénétrant à l’intérieur de l’église, on remarque les modifications qui ont été apportées au cours des siècles à l’édifice religieux, mais les ajouts successifs n’ont rien enlevé au charme qui se dégage de l’ensemble.
Vers le ciel trop clair, chauffé à blanc ce jour là, telles des excroissances sauvages greffées à la colline dénudée, elles dominaient Amioun, élevant à l'unisson leur minuscule clocher, se ressemblant comme des sœurs jumelles. Un telle profusion ne pouvait qu'engendrer la confusion et dans le village, après s'être maintes fois renseigné, on finissait par admettre qu'Amioun en possédait une bonne douzaine de ces petites églises. Treize en fait. De toute façon, celle-ci une fois de plus n'était pas la bonne, il fallait donc poursuivre le chemin et monter bien plus haut. Après un parcours sinueux dans des ruelles étroites, une grande vasque et un fût de colonne attestèrent enfin que c'était bien là le bon endroit. Devant le porche, des ouvriers travaillaient à remettre en état la façade.
- Faites attention au ciment, il est tout frais mais rentrez. Vous ne vous êtes pas trompés. C'est bien ici, chez nous dans cette église, il y a juste un an qu'eut lieu le miracle. D'abord, je vous montre le souterrain.
L'homme qui tenait ces propos se présenta : il avait vécu à Amioun une grande partie de sa jeunesse et la guerre l'avait forcé à quitter le pays. Depuis peu, il était rentré et une de ses premières préoccupations avait été de réparer l'église. Il était ingénieur.
Après avoir déplacé quelques bancs et soulevé avec peine un tapis usé par les milliers de pas, il fit basculer sur le côté une trappe en bois qui venait d'apparaître. Se penchant au-dessus du trou qui ressemblait à un puits, il fit décrire à la torche qu'il tenait en main de grands cercles autour de la paroi en pierres taillées qui s'enfonçait dans l'obscurité.
- L'année dernière, nous n'avons pas été plus loin. J'ai mesuré : neuf mètres. C’est un souterrain qui date de la période byzantine. Il faudrait poursuivre les travaux, mais nous savons déjà qu'il aboutit un kilomètre plus loin à l'autre église, celle de St John.
Il resta silencieux un long moment et finit comme à regret par refermer la trappe, car l'obscurité qui enveloppait l'orifice ne pouvait confirmer davantage ses propos, mais le tapis replacé, en se relevant, il poursuivit avec un certain engouement :
- Mais le plus important, ce sont nos icônes, les plus belles de toute la région.
En se rapprochant de l'autel, on pouvait apercevoir malgré l'obscurité qui régnait à cet endroit, des miniatures parfaitement alignées, illustrant la légende de St Georges terrassant le dragon, certaines représentant très naïvement le chemin de croix. Des dates plus ou moins lisibles apparaissaient : 1820, 1840 , 1844.
- Si vous vous amusez à les compter, dit l’ingénieur qui s’était rapproché en silence, contemplant les icônes comme s’il voyait pour la première fois , nous en avons soixante
- Tenez, celle-ci, c'est notre icône de la Vierge et grâce à elle, le 2 avril 1995, notre église est devenue célèbre. Sinon, vous ne seriez pas là, n'est-ce pas ! Ce jour là, tous les fidèles, et j'en faisais partie, c’était juste avant la fin de la messe, nous avons vu une grande lueur qui sortait de l'icône, celle qui était juste placée derrière le père qui officiait. Je vous assure, j'étais à trois mètres, je me suis précipité. De l'huile, oui Monsieur, croyez moi, j'ai vu de l'huile sainte qui suintait de la toile. Cela ne s’arrêtait plus et ne me dites pas que ce sont les pigments de la peinture qui tournaient à cause de la chaleur ou de la lumière. Ici, il fait toujours frais et nous n'avons que quelques cierges. Nous avons tout de suite compris que c'était un signe de Dieu. Nous nous sommes agenouillés à la place où vous vous tenez en ce moment et nous avons recueilli de cette huile. C'est à partir de ce moment que les miracles ont commencé dans notre région.
Il resta un moment silencieux puis s’avança vers l'entrée. Sur un pupitre, un grand livre était ouvert. Sur chaque page couraient des phrases en plusieurs langues, dans une écriture souvent maladroite.
- Approchez vous, il suffit de lire. Voilà, tout est écrit ici, tous ceux qui sont passés par notre église. Il y a les témoignages des médecins et surtout ceux des malades. Je suis ingénieur, je vous l'ai dit tout à l'heure et je ne crois qu’à ce que je vois ; j'ai vu de mes propres yeux et le même jour un malade marcher, un handicapé des deux jambes. Nous l'avions frictionné le matin avec un simple coton imbibé d'huile sainte. Attendez, ne souriez pas, dans la même semaine c’est une vieille dame aveugle qui a retrouvé la vue sur le champ . J'aurais aimé que notre prêtre vous en parle, il aurait pu vous fournir d'autres témoignages dignes de foi. Mais je regrette, il n'est pas là, il part en voyage chaque année quelque part et cette fois il est parti au Brésil pour informer la communauté de ce qui s'est passé. En fait, depuis le miracle, nous recevons des gens du monde entier, mais suivez - moi.
L'ingénieur était devenu silencieux, comme étourdi par ses propres paroles qui résonnaient sourdement dans le chœur. En regagnant la lumière, il regarda une dernière fois les icônes qu'il n'avait pratiquement pas quittées du regard, comme pour vérifier qu'elles resteraient à jamais là, dans la pénombre.
- J'ai oublié de vous dire, que ce temple sur lequel a été bâti l'église, notre chère église, était très connu dans l'antiquité. On l’avait surnommé " le Temple de l'Amour "!
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29.11.2006
(6)Itinéraires et choniques des temples romains du Liban. (6)
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AÏNTOURA
33° 53’ 06 N
35° 45’ 49 E
50 Km
Prendre la route Mrouj-Zahle via Bois de Boulogne. 1 km avant Aïntoura, tourner à droite (juste devant le transformateur couleur jaune en haut d’un poteau électrique en bois) pour prendre un sentier. Prévoir 20 Minutes de marche. Descendre jusqu’au ruisseau, le traverser et passer devant la bergerie. Le temple se trouve juste à proximité d’une maisonnette en pierres du pays
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Il avait fallu parlementer longtemps avec les villageois. Le groupe rencontré près de la petite place d’Aïntoura hésitait : difficile pour la plupart de se souvenir après tant d’années de l’emplacement exact du temple et de s’y rendre, car l’accès n’était pas aisé. Michel, lui venait juste de rentrer d’Afrique. A 65 ans, il voulait profiter pleinement de sa retraite. La marche lui était déconseillée à cause de ses rhumatismes. Wissam, de son côté, chauffeur de poids-lourds, la trentaine sportive, se souvenait vaguement de l’endroit où il jouait il y a fort longtemps. Il se décida finalement : repartir sur les traces de son enfance n’était pas pour lui déplaire mais il allait prendre sa carabine pour se protéger des serpents. Jusqu’au temple, la descente était scabreuse même en roulant très lentement. La pente était raide et il fallait éviter sans cesse les ornières sournoises. Mais avant de retourner sur le sentier qui menait aux ruines, Wissam tenait absolument à revoir une des deux bergeries dont il gardait souvenir de l’époque de son grand père. Il fallait donc laisser le temple derrière soi et remonter d’abord tout droit vers le soleil.
Pour escalader les restanques, les pieds devaient s’accrocher au sol sec qui s’effritait. La première bergerie apparut enfin : une seule pièce, sans toiture, à l’abandon. Mais un peu plus loin, d’autres murs montés à l’ancienne étaient visibles, protégés par un épais feuillage. A quelques mètres de l’habitation ouverte aux quatre vents, plusieurs fosses vides, toutes façonnées en pierres. Wissam tira en prenant tout son temps une cigarette de son paquet d’américaines pour raconter :
- C’est ici que se préparait le débés devant moi et mes frères . Ses souvenirs allaient être interrompus au même instant par l’arrivée d’un villageois, la soixantaine, le visage sec, cuit par le soleil, un bâton à la main et qui, sorti de nulle part, était suivi d’un chien jaune à la tête balafrée. La taille haute, le torse ceint d’une grande écharpe de couleur vive, le berger ne paraissait pas surpris par la présence de visiteurs sur ces lieux. Deux vaches aux flancs maigres arrivèrent aussi silencieusement que lui, se dirigeant sans hésiter vers l’une des grandes fosses où flottaient de grandes feuilles amenées par la brise.
- Depuis vingt ans, depuis la guerre, ce n’est plus un abri, dit l’homme qui ne s’était pas présenté et avait fait seulement un petit geste de la main en arrivant. Les miliciens à l’époque, c’est là qu’ils dormaient avant de repartir plus haut et quand ils étaient trop nombreux, ils restaient plus bas dans le temple romain. Tout le monde pouvait les voir de la vallée, ils allumaient un feu qui éclairait les pierres comme en plein jour. Tout ça c’est fini. Ici, c’est calme à présent.
Il avait commencé par sortir une vieille pipe de sa vareuse et poursuivit de la même voix basse :
- A quatre heures, je passe et je me repose un peu comme maintenant, comme hier et avant hier. Je pars avant la nuit avec mes bêtes vers Aïntoura, vers ma ferme. J’ai six enfants, mais aucun ne m’aide car il y a l’école.
Devenu soudain silencieux, il tourna son regard vers la vallée. Puis levant d’un geste lent son bâton, il le tendit vers la plaine et rebattant son foulard sur le visage, il commença au rythme de ses pas et de son temps à descendre lentement, suivi des deux vaches et de son grand chien jaune, posant fermement d’un geste précis le bâton sur la pente qui conduisait au temple et plus loin à sa ferme.
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20.11.2006
(5)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Ain Kfar Zaébad
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AIN KFAR ZABAD
70 Km
Route de Damas jusqu’à Chtaura et à l’embranchement de la caserne de Rayak. 6 km plus loin prendre la bifurcation de droite vers Kfar Zabad et emprunter le sentier qui mène à l’émetteur TV. 45 mn de marche, puisqu’il ne permet pas encore actuellement l’accès en voiture aux installations techniques et encore moins aux temples.
De chaque côté de la route s'étendaient les greniers éternels du Liban. Tels d'immenses damiers, les champs d'orge, les grands carrés de blé et de canne à sucre se déroulaient en une longue perspective panoramique qui se perdait au loin dans un voile transparent de chaleur. Depuis Zahleé les mêmes scènes s'offraient au regard. En venant de Beyrouth, il suffisait de descendre vers la vaste plaine de la Békaa, pour découvrir au loin des taches de couleurs écarlates, parfois animées, le plus souvent immobiles.
En approchant, on voyait que c'était des femmes, des enfants et des hommes de tout âge, courbés, certains avec de grands sacs sur les dos, d'autres de simples paniers à la main, ramassant, creusant, fouillant et fauchant, tous débordant d'activité. Mais ce qui frappait le plus, c'était le rythme monotone, répétitif, qui imprégnait les gestes. Etait-ce dû à la chaleur ? Dans cette économie de mouvements que l'on percevait, où se devinait le souci d'efficacité, peu de paroles et encore moins de chants ne s'élevaient dans l'air sec.
Parfois, un tracteur faisait rugir son moteur en arrivant à toute allure près d'un groupe. Il s'ensuivait une petite bousculade. C'était à celui qui en premier déchargerait le plus vite possible son sac dans la remorque et à ce moment on pouvait voir des gamins de huit à dix ans, dans leur précipitation en renverser à moitié le contenu sur le sol. Des rires fusaient de toutes parts et les mères en profitaient pour s'octroyer un peu de répit en resserrant autour de la taille leurs vêtements trop amples.
La route pour Kfar Zabad était encombrée par des motoculteurs qui roulaient en s'appropriant toute la chaussée ; il fallait donc se ranger suffisamment tôt par précaution, car les conducteurs roulaient vite. Le dernier d’une longue file se rangea sur le côté afin de laisser la chaussée libre :
- Kfar zabad ? ou Ain Kfar Zabad, attention, ce n'est pas la même chose ! s'exclama, le chauffeur dans un français approximatif, mais, c’est la bonne direction dit-il en se baissant sur le sol tout en relevant sur son front brûlé par le soleil son chapeau de paille.
Il commença à dessiner la route à grands traits sur le sol :
- J’y vais tous les après - midi. Je livre de l'eau à partir de six heures, j'arrête en principe à trois ou quatre heures. Je fais une dizaine de voyages avec ma citerne. Les gens ici, n'ont pas les moyens de s'offrir un puits, il faut creuser au moins cent mètres et ça coûte cher. Je ne sais pas si cette année le gouvernement va aider les habitants comme il nous a promis. Il y a bien un peu partout des sources, mais il faut poser les canalisations. Nous, les Libanais, les jeunes comme les vieux, on a appris qu'il ne faut jamais être pressés par le temps. Ici, ce n'est pas l'Europe, il faut être patient.
Cette philosophie de l’action allait pouvoir se vérifier avec le chemin qui se dirigeait vers le temple de Kfar Zabad. Il était long, pénible, la caillasse roulant toujours sous les semelles, et le paysage allait rester austère tout au long des quatre ou cinq kilomètres qui menaient aux ruines. Ce jour, je disposais de trois compagnons de route. En chaussures de ville bien cirées, ils avançaient avec nonchalance. Leur voiture était restée plus bas. Normalement, ils faisaient chaque semaine ce voyage pour grimper près du relais de télévision installé à côté des ruines.
- On dépend du Ministère des Ressources hydrauliques et il faut faire des rapports précisa Rabiah le plus causant des trois hommes et qui avait enlevé sa veste pour être plus à l'aise. Normalement, je travaille sur place, mais je dois voir la Direction au moins une ou deux fois à Beyrouth. Toute ma famille est là, j'ai une maison et neuf enfants et je n'aime pas m'absenter. Je reviens le soir même s'il y a de la neige ou du brouillard. Je préfère mon village. Beyrouth, c'est trop loin, et ce n'est pas calme !
Les ruines apparurent, elles étaient très dispersées, avec par ci, par là des linteaux brisés et quelques socles doriques.
- C'est vrai poursuivit Rabiad qui avait remis sa veste à cause des bourrasques du vent qui s'était levé : quand j'étais plus jeune et que je montais avec mes frères pour chasser les oiseaux, il y en avait des dizaines comme celui là, dit-il en tapant de la main le socle où il s’était assis. Il faut comprendre, avec le coût du ciment, chacun se sert comme il veut. Avec cette pierre par exemple, tiens, on peut faire une bonne table basse qui ne bougera pas pendant des années. J’ai la même chez moi.
Plus tard, en revenant directement par le flanc de la montagne, pour gagner du temps sur la nuit qui tombait vite, dans une maison où régnait déjà presque l'obscurité, une petite fille de deux ans entourée de ses trois frères et cinq sœurs, nous offrit son sourire. Le père après avoir allumé une lampe à gaz, s'empressa de déposer quelques tasses en plastique bleu sur un socle en pierre semblable à celui vu quelques heures plus tôt. Toute la famille s’était regroupée sur un vieux canapé élimé. Puis, en attendant qu’on ait fini de verser le café, les enfants redevenus silencieux sur un simple regard de sa part, Rabiad commença à parler une fois de plus du sujet qui lui tenait à cœur depuis notre rencontre : des pièces antiques avaient été découvertes la veille même, à moins de cent mètres de l'endroit où nous nous trouvions cet après – midi. Il fallait les voir à tout prix avant qu’elles ne partent pour Londres.
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18.11.2006
(4)Itinéraires et chroniques des temples romains du Liban. Ain Hircha
AIN HIRCHA
95 Km
Route de Damas. Avant le poste frontière, tourner vers Rachaya et passer par le village de Beit Lahia pour atteindre celui d’Ain Hircha. Le temple est seulement accessible par un sentier qui monte abrupt vers la montagne. 45 Minutes de marche permettent d’arriver aux ruines.
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Charbel n’avait que treize ans. Mais, depuis son père, depuis son grand-père, depuis toujours, il avait gardé l'habitude de la montagne et ses pieds nus, ne ressentaient même plus la dureté des pierres aigues et coupantes du sentier qui montait sans cesse en lacets. Il s'arrêta au sommet enfin après plus d'une demi – heure d'escalade et sans même prendre le temps de reprendre son souffle, il annonça de son air le plus sérieux possible :
- C'est le tombeau d'une reine. Elle est morte il y a très longtemps. Quand ? Je ne sais pas, mais tout le monde dit par ici que c’est ce serpent qui l’a tuée ! Elle était belle.
En bas du podium, un sarcophage en effet s'offrait au regard et la dalle qui le recouvrait à l'origine, intacte, sans même une cassure, était inclinée sur le côté. On y voyait le corps d'un long reptile dont les écailles brillaient à contre-jour, s'allongeant sur plus de deux mètres et s'achevant par un visage, celui d'une femme aux traits assez réguliers malgré le passage des siècles qui en avait estompé le contour. Elle contemplant de ses yeux vides, éteints, le ciel immense.
- Quand j'étais plus jeune, je venais au moins une fois par semaine avec mon frère pour regarder le serpent et on s'asseyait ici à l'entrée de cette grotte pour discuter avec notre ami, un vieux berger. Je me souviens de lui, il s'appelait Tony et on aimait bien se reposer ici avant de redescendre au village. On faisait un petit détour pour s'arrêter ici près du temple et pourtant pour lui, ce n’était pas intéressant de venir, il n'y a jamais assez d'herbes pour ses chèvres, mais il aimait nous retrouver. Voilà, c’est bien cette grotte où il allumait du feu pour cuire son pain..
Charbel s'était arrêté pensif à l'entrée de l'ouverture circulaire, le regard dirigé sur le sol où quelques vieilles boites de conserves rouillées traînaient. Puis après un assez long moment, tandis que le temple plongeait peu à peu dans l’ombre, il continua :
- Un jour, nous sommes montés ici mais on ne l'a pas vu. On l'a attendu longtemps puis on a fini par descendre au village. On est revenu plusieurs fois mais il n'était jamais là. Un jour, on m’a dit qu’il avait marché sur une mine que les intégristes avaient posée et qu’il avait perdu une jambe. Après, nous ne sommes plus montés au temple. C'est la première fois que je reviens à cet endroit depuis quatre ans, je croyais que Tony pouvait revenir, mais je me suis trompé, c’est trop haut par ici et un berger avec une jambe, il ne peut plus rien faire.
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11.11.2006
(3)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Aaqbe
Du temple d’Aaqbé, très peu d’informations visuelles subsistent. De nos jours, les pierres des édifices romains sont couramment utilisées par les habitants ou les paysans du coin.. Aaqbé n’échappe pas à cette règle. Heureusement quelques tambours de colonnes ainsi que plusieurs linteaux éparpillés à la ronde suffisent pour confirmer l’emplacement et l’existence de cet ancien temple à antes.
Toute la famille était groupée autour de la table dressée sous un auvent de fortune : une toile de tente de bédouin percée de partout et raccommodée avec de grands morceaux de plastique. Des parpaings étaient alignés à côté, attendant d'être montés un par un à la main pour former la nouvelle bâtisse. L'habitation serait achevée avant cet hiver. Il n'y aurait pas de chauffage, mais les conduites d'eau comme l'électricité d'ici là auraient été installées.
C’est ce qu’affirmait le chef de famille, un paysan massif, au regard inquisiteur posé sur son entourage. La femme, elle, restait silencieuse, déposant seulement devant chacun une assiette, ne regardant jamais son mari, mais hochant parfois vigoureusement la tête. Le fils, lui, était resté bien à l'écart, fumant, l'air absent.
Le temple, il n'est pas loin, dit l’homme, mais il vaut mieux par cette chaleur prendre la voiture. Mon fils va montrer le chemin, il n'a rien à faire aujourd'hui. Il m'aide de temps en temps avec le tracteur mais il n'aime pas la terre. Il m'a dit hier, qu'il voulait s'engager dans l'armée. Moi, je le laisse faire, il a dix huit ans. Il ne sait pas que les soldats, on les nourrit et on les paye seulement pour faire la guerre. Moi, je veux oublier cette guerre. Cette maison, une fois qu'elle est finie, j'en fais un restaurant. Ce sera le seul d'Aaqbe, bien placé pour tout le monde. L'année prochaine, je pense, et il faudra bien qu’un car de touristes s'arrête chez moi. Il y a trois mois, j'ai fait venir le bulldozer, pour mon champ, celui que je cultive à côté des ruines romaines.
- Il n'y avait que quelques pierres qu’il fallait enlever. Quand je roulais avec le tracteur, ça me gênait un peu. Je me disais toujours qu’il fallait le faire mais chaque année c’était la même chose, je trouvais une raison et les morts, on ne va pas les déranger pour un oui, pour un non et c’est plus de mon âge de me baisser. Cette fois là, je me suis décidé, mais avec le bull, ça n’a servi à rien. Mon fils, lui, il a creusé, avec une pelle. Il a de bons bras, on le sait tous ici et il ne refuse jamais d’aider les voisins même s’il dit que la terre, c’est plus sa partie. Lui, il a eu plus de chance que moi. Qu’est - ce qu’il a trouvé ? Pas grand chose mais c’est un bon début, quelques pièces. Un petit tas qui tenait dans une main. De l’argent romain. Il est descendu à Tripoli et il a tout vendu en une heure. Il n’a rien gardé comme souvenir. Tiens, je suis sûr qu'il y a encore quelque chose par ici. Un jour, le propriétaire est passé, il y a deux ou trois ans. On le voit rarement, il est de la ville et s’il passe et qu’il pleut il ne sort même pas de sa voiture. Il était venu avec des amis. Trois jours qu’ils sont restés en haut, même la nuit, ça travaillait. Puis ils sont partis et ils sont revenus deux jours après avec un pick-up. Qu’est-ce qu’ils ont trouvé, je sais pas. Je suis parti voir. Il y avait un trou de trois mètres au moins qui n'existait pas avant. Alors maintenant, je prends mes précautions, je dis toujours à ceux qui viennent par ici, si vous trouvez quelque chose, moitié pour vous, moitié pour moi, même si c'est une pierre, je vous la laisse, mais on discute d’abord. Si je trouve de l’argent romain, c’est pour ma sœur. Elle veut se marier et ici au Liban, ça coûte cher une noce.
L’air s’engouffrait par vagues chaudes dans le véhicule dont les vitres avaient disparu. Tant bien que mal, avec des hoquets et des soubresauts, on se dirigea lentement vers le grand champ de pierres blanches qui attendaient au soleil.
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06.11.2006
(2)Itinéraires et chroniques des Temples romains du Liban. Afqa
Une fois le véhicule arrêté, le silence retombant, de la haute falaise qui domine, un grondement extraordinaire qui ressemble étrangement aux clameurs de la foule des stades. éclate aux oreilles. Attiré par le tumulte, on avance vers le petit pont et en direction de la barrière perpendiculaire de rochers qui le surmonte. De là, levant la tête, la source d'Adonis déferle et se projette, jaillissant d'un immense trou noir en un large faisceau d'argent.
Suivant un tracé complexe de courbes, tourbillonnant de marche en marche, profitant de chaque roche pour rebondir, cette masse de blancheur, après s'être scindée en deux parties mouvantes, finit par s'étaler en une large nappe bleutée. Le spectacle est assez grandiose pour qu'on veuille s'y attarder de longs moments ; puis lassé par le cycle perpétuel de cette trombe qui se déverse sans cesse et assourdit finalement, le regard quitte la cascade et part à la recherche du temple.
On hésite. Nul pour vous renseigner et vous conseiller parmi le choix qui s'offre à vous. Faut-il poursuivre vers les hauteurs avec cette route qui monte sur la gauche ? Ou plutôt en direction des quelques maisons après le pont ? A-t-on dépassé sans s'en rendre compte l'endroit ? Enfin, on finit par comprendre que seule, la légende a survécu dans la mémoire des hommes. Car, juste derrière soi, face à la source et confondu avec la masse de rochers qui borde le parapet, apparaît un pan de mur ancien, antique, délabré.
C'est bien le temple d'Adonis. Pour apprécier au mieux les formes, il faut se décider à grimper sur un monticule avec précautions sous peine de glisser plus bas dans le lit de la rivière : là, le muret n'offre à première vue rien de particulier. Ce sont les habituels blocs de granite rectangulaires envahis par la mousse et le lichen. Ils sont si érodés par le temps qu'ils ont tous pris une teinte grisâtre. L’œil cherche à s'accrocher quelque part à une masse ou une forme plus pittoresque, mais en vain.
On se décide, alors, déçu, à redescendre de ce promontoire instable. C'est alors qu'en contournant la place, on s'arrête. Dans un champ couleur émeraude, une mosaïque de plaques scintillantes, comme une parure de diamants, saute au regard. Eclats de verre, de terre et de pierre éparpillés au soleil, des dizaines de rocs et blocs ont roulé en chœur des hauteurs du promontoire et cette avalanche désormais s'étale en un immense damier. Est-ce le hasard, une illusion, les lois de la gravité ?
Certaines pierres semblent vouloir dessiner au sol des formes familières : voici une voûte qui reprend sa forme, là, un muret qui s'allonge sur plusieurs mètres, plus loin n'est-ce pas l'éventail d'un amphithéâtre ? Ici, des morceaux d'une colonne brisée qui, bien que distants, semblent vouloir se rapprocher. Une main puissante a tout balayé sur son passage et pourtant, ce château de cartes reste déchiffrable. Par jeu d’ailleurs, l’œil se plaît à vouloir reconstituer à partir de ces éléments si disparates les multiples puzzles possibles.
Peu à peu, le sanctuaire semble vouloir reprendre sa place dans l'espace. Au même instant, la source se fait entendre et telle une vaste toile de fond pour une tragédie antique le site retrouve sa signification de royaume peuplé de dieux et de déesses dont l'histoire et le drame se poursuivent encore de nos jours. Une phrase du peintre orientaliste Jérôme Fromentin se présente alors à l'esprit : - En passant par le souvenir, la vérité devient poésie et le paysage tableau -
21:05 Publié dans Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : temples romains, Liban, tourisme, Beyrouth
28.10.2006
Itinéraires pour temples romains du Liban. Conseils
ROUTES ET SENTIERS
Faut-il voyager en solitaire ou accompagné ? En Pullman, avec son véhicule personnel, sur deux roues, qu'importe le choix, mais l'état des routes d’une part et le type de tourisme envisagé d’autre part orientera celui ci. Dix sept années de guerre ont marqué profondément le réseau routier libanais. En dehors de grandes et moyennes agglomérations, la campagne reste comme partout ailleurs tributaire des décisions de la capitale et dépend essentiellement des crédits du Ministère des Travaux Publics. A ce jour, un important effort est réalisé pour réparer les routes endommagées et créer un nouveau réseau mais beaucoup reste à faire. A noter heureusement (pour ce qui est évidemment des accès principaux) que certaines routes de la Békaa, région où les temples sont les plus nombreux, viennent de bénéficier récemment d'un asphaltage, ce qui permet dorénavant d'envisager des parcours dans de meilleures conditions que dans le passé. Souvent, il sera préférable de poursuivre le chemin à pieds. C'est la meilleure solution qui s'impose parfois. Il n'est pas inutile de se munir en fonction des itinéraires, surtout lorsque les sites sont en haut d'une crête, de chaussures de marche solides et fermées pour se protéger des ronces et buissons épineux.
La meilleure saison pour les découvertes reste le printemps et l'automne, ce qui n'empêche pas de prévoir Kway et pull dans le cas d'un retour tardif. Signalons que les routes, anciennes ou toutes nouvelles, restent toujours très mal balisées. Les panneaux indicateurs sont trop rares surtout en province et il est parfois irritant, lorsqu'ils existent, simplement en langue arabe, de ne pas savoir si on est arrivé dans la bonne localité. Heureusement les habitants sont très serviables et suffisamment polyglottes (sans oublier les jeunes et les enfants) pour résoudre ce problème.
Localisation des sites : l'auteur, assez souvent, a noté leurs coordonnées par GPS, moyen infaillible de repérage. Pour ceux qui disposent de cet instrument de navigation, ces coordonnées définissent immédiatement sans tâtonnements les lieux cités. Sur une carte classique du pays certains villages ne sont pas inscrits ; il en est de même pour les nouvelles routes créées ces toutes dernières années qui ne figureront donc pas davantage sur ces cartes. La meilleure solution pour éviter les pertes de temps, reconnaissons-le, malgré le handicap de la langue, est évidemment de se renseigner souvent. Les distances qui sont indiquées à la fin de cet ouvrage ont été calculées à partir du rond-point de Dékouanné, repère situé en plein cœur de la capitale et non pas à partir du centre ville en pleine reconstruction. En cours de trajet, pour avoir une idée exacte de la distance d'un village à un autre, d'une place au temple romain recherché, il est inutile de solliciter la précision auprès de l'autochtone, puisque le chiffre varie énormément. Une réponse quand au temps indispensable pour atteindre l'objectif et dont il faut se méfier énormément est - Hamsé dia - qui signifie à cinq minutes d'ici. Il suffira de multiplier par un coefficient qui peut aller de 2 à 10 l'indication fournie. L’information émane d'un interlocuteur sympathique et réellement soucieux d'aider le voyageur étranger qui restera évidemment perplexe. Pour ceux qui désirent visiter plusieurs temples dans la même journée, des suggestions de trajets sont proposées. Un conseil : pour demander son chemin, faire attention à la prononciation ! Il suffit de très peu de chose lorsqu'on cite le nom d'un village, même à plusieurs reprises (h aspiré au lieu d'h expiré par exemple) pour prendre sans s'en douter la mauvaise direction. Nous aurions aimé être plus précis mais au fait, n'est-ce pas se priver d'un peu d'aventure lorsqu'on a décidé d'effectuer ce type d'excursion ? Il y a, il y va sans dire, nous ne les oublions pas, les agences de voyage qui s'attachent à proposer les sites les plus classiques et nombreuses sont celles qui proposent un ensemble de circuits qui comprennent la visite des temples les plus célèbres. Naturellement à l'avenir, dans le cadre de cette démarche, elles pourraient aller plus loin : amener le touriste épris plus ou moins d'archéologie, hors des sentiers battus dans un autobus climatisé qui le conduirait à destination sur certaines pistes de la Békaa, ou à défaut le transporter le moins inconfortablement possible dans un tout-terrain. Certaines agences de tourisme vont jusqu’à proposer un circuit complet, du Tour Operator. On utilisera ces services, ou au contraire, on gardera de ces prestations un bien mauvais souvenir. La réussite ou la déception seront au bout du voyage. Le temps n’est guère élastique et des déplacements excessifs risquent d’émousser la sensibilité, lassant finalement des âmes bien intentionnées. Une dernière précision avant de clore ce chapitre, bien que ceci dépende de la volonté ou du désir de chaque individu qui souhaite s'imprégner des us et coutumes d'un pays. Nous proposerons deux solutions : - Faire un petit effort de communication. En fait, il semble que - Assar Romani - (Les ruines romaines) restent le meilleur mot de passe pour arriver à bon port : - Montrer à votre interlocuteur un papier qui précise en arabe le lieu ou la destination du site avec son illustration éventuellement. Normalement, ce devrait être suffisant pour arriver finalement sur place à l’aide de ce guide. Mais, s'il devait s'agir de cet ouvrage, il est probable que la curiosité aidant et le feuilletage exécuté en tous sens, les villageois laissent une trace indélébile de leur amicale sollicitude !
SUGGESTIONS POUR 21 CIRCUITS (AR Beyrouth)
1. MACHNAKA, YANUH, AFQA : 150 KM
2. KALAAT-FACQRA, GHINE : 145 KM
3. EDDE, CHAMAT, HARDINE : 210 KM
4. SARBA, KALAA, KALAAT FACQRA : 150 KM
5. SFIRE, MAQAM-EL RAAB, AKROUM : 340 KM
6. BZIZA, AMIOUN, KSAR-NAOUS : 250 KM
7.DER QALAA, AÏNTOURA, TARCHICHE : 110 KM
8. CHIIM : 100 KM
9. BAALBECK : 190 KM
10. RAS-BAALBEK, LABOUE, NAHLE : 135 KM
11. IIAT, KSAR EL- BANAT : 220 KM
12. DEÏR EL AHMAR, NABA KEDDAM, YAMMOUNE : 220 KM
13. HADET, SARRAÏN, KSAR NABA : 240 KM
14. TAMNINE EL-FAOUKA, NIHA, FOURZOL: 160 KM
15. MAJDEL ANJAR, KFAR ZABAD, AIN EL BAYDA : 145 KM
16. DAKOUE, KSAR EL-WADI : 140 KM
17. MDOUKHA : 160 KM
18. BAKKA, YANTA, HELOUA : 180 KM
19. KIRBET KNISSE, DEIR EL AACHAER : 190 KM
20. AQBE, NABI SAFA, AIN HIRCHA : 170 KM
21. HEBBARYE : 210 KM
Par dessus ces cieux si lointains,
Sur de fiers souvenirs dispersés
L’écho jaillit en vain.
Fleurs fanées pour l‘éternité,
Miroirs de splendeurs,
Ils s’alanguissent sans espoir.
Vos autels calcinés, pour l‘heure
Parés de l’odieuse mousse noire.
Chaque lendemain
Surgit le spectre du passé.
Sur votre monde trop romain,
Aujourd’hui la rosée glacée
Réchauffe votre matin et l’astre en deuil
Sur votre granit finement délabré
Dans la poussière dorée cueille.
Votre piètre renommée. Sanctuaires, tristes mouroirs.
Enfin la gloire !
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