07.04.2008
Du Saut du Loup au Roc de l'Aigle
Je trouve étonnant que l'homme, roi des prédateurs, qui n'a jamais admis que quiconque
puisse lui contester sa domination sur la nature et qui a , au cours de sa brève
existence, passé son temps à massacrer les lions, les tigres, les loups, les ours, les bisons, les
rapaces, les baleines, les thons, les requins et tant d'autres espèces, ait donné à des sites ou
des lieux le nom des ses infortunées victimes.
Notamment, nombreux sont en France les noms tographiques faisant référence au Loup
à l'Aigle et à l'Ours Est ce l'effet d'un remords inconscient qui pousse ainsi l'homme à donner
le nom de ses victimes à des lieux remarquables ou est ce pour se dédouaner à bon compte de
ses forfaits en se disant « je te tue mais je t'honore ». Cette attitude me fait penser au vers
d'Aragon « ....aux cadavres jeté ce manteau de paroles, » extrait du superbe poème "Un jour, un
jour" magnifiquement mis en chanson par jean Ferrat.
Ces réflexions m'ont été inspirées par une magnifique randonnée que j'ai faite l'autre
jour à partir du petit village de Madières situé sur le cours de la Vis et qui passe près d'un
rocher dénommé « le Saut du Loup » surplombant en un lieu vertigineux un ruisseau du même
nom qui se jette dans La Vis. Ce même circuit longe ensuite un superbe site rocheux appelé Roc
de l'Aigle!
Selon la légende le rocher du saut du Loup tiendrait son nom d'un loup qui, pourchassé
par un chasseur, se serait jeté dans le vide plutôt que de mourir sous les balles du sinistre
bipède.
C'est sans doute en souvenir de ce drame que les chemins de ce circuit tissent des fils
de sang au travers d'un plateau calcaire dont les pierres se désagrègent comme des morceaux
de sucre sous l'effet des intempéries.
Dans ce monde minéral où l'eau s'évanouit dans les failles de la pierre on est étonné de
voir surgir les ruines d'une antique bergerie dont la beauté austère nous révèle la décadence
urbanistique de nos contemporains devenus des adorateurs du parpaing brut.
Ces anciens connaissaient la valeur de l'eau et avaient construit des citernes qui
permettaient de recueillir l'eau de la moindre pluie courant sur les toits de lauze.
Cette ancienne bergerie n'est pas loin du Roc de l'Aigle malheureusement aujourd'hui fréquenté
par les seuls deltaplanes, l'homme cherchant à imiter le vol majestueux de ces magnifiques
oiseaux qu'il a exterminés (notons à ce sujet que récemment un aigle de Bonelli, espèce
menacée et protégée, a été retrouvé avec 34 plombs dans le corps dont 2 de gros calibres.
Les chasseurs responsables de ce forfait ont plus de plomb dans leurs cartouchières que dans
leur cervelle !)
Sur ces hauts plateaux arides et quasiment stériles balayés par les vents, les arbres se
courbent et développent à l'horizontale leurs bouquets de branches tortueuses. .
Les anémones qui se nichent à leur pied apportent une note de douceur et de fraicheur
à cet univers hostile;
Les versants exposés au nord qui plongent vers la vallée sont colonisés par d'immenses
pins qui font une course vers le ciel pour y trouver la lumière.
Après la traversée d'impressionnants pierriers où l'on marche sur d'anciennes cîmes
aujourd'hui érodées, on arrive au bord de la Vis, dont les eaux limpides vous invitent
traitreusement à la baignade qui se révèle ...frigorifique, cette rivière sortant à quelques lieues
de là des entrailles de la terre.
En tous lieux, en cette région, même en des endroits aujourd'hui sauvages, on trouve
des vestiges de l'esprit industrieux et du sens de la beauté de nos ancêtres qui, pendant des
dizaines de générations, ont dressé des murets, des capitelles et des ouvrages de pierre sans
ferraille et sans béton défiant les lois de la pesanteur, telle cette magnifique arche qui semble
avoir été édifiée pour le simple plaisir des yeux.
Le circuit détaillé figure en fichier joint
Texte & Photos Ulysse
09:55 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : madières, loup, aigle, vis
