05.07.2008
L'Abbaye de Saint Martin du Canigou
Il faut avoir la foi ou à défaut être un passionné des chefs d'oeuvre architecturaux qu'elle a inspiré à
des hommes de génie pour se rendre l'Abbaye Saint Martin du Canigou. Car elle ne vous attend pas paisiblement
au bord d'une route ou d'un chemin où vous pourriez vous y rendre en carosse. Nenni, il vous faut, pour
l'atteindre, gravir pendant une bonne demi-heure les pentes du piton rocheux sur laquelle elle est perchée à
1080m d'altitude et qui surplombe le village de Casteil (66).
Plutôt que le chemin bétonné construit par les hommes de notre époque trop soucieux d' économiser en
toutes circonstances leurs efforts, je vous recommande le chemin séculaire emprunté par les moines et qui
grimpe dans une splendide forêt traversée de torrents dont le murmure vous prépare à la méditation.
Les efforts qu'il faut fournir avant d'apercevoir la silhouette de l'abbaye que l'on devine là haut à travers
le feuillage instillent dans nos esprits arrogants si prompts à trancher péremptoirement de tout, l'humilité
nécessaire pour mieux en percevoir la beauté que recèlent ses apparences austères.
Elle fut fondée en 1005 par le Comte de Cerdagne et de Conflent et dédiée à Saint Martin, ce soldat
romain qui au quatrième siècle de notre ère, au cours d'une ronde de nuit, offrit la doublure de son manteau à un
vagabond qui mourait de froid.
Ni ce parrainage ni sa position géographique ne l'ont hélas préservé des malheurs qui se sont
enchainés: mise à sac par des mercenaires, pillage par les armées des rois d'Aragon et de Majorque qui se font
la guerre pour contrôler la région, tremblement de terre de 1428 qui abat l'un des deux clochers. Placée ensuite
sous le régime de la commende qui permettait à un abbé d'en tirer un revenu sans y vivre, elle péricite jusqu'à
sa fermeture en 1783.
S'ensuit une période de désolation et de destruction progressive jusqu'à sa restauration dans la
première moitié du 20ème siècle sous l'action de Mgr Carsalade du Pont , évêque de Perpignan, et du père
Bernard de Chavannes.
Edifiée sur les fondations d'une église Carolingienne du 8ème siècle, elle est de style roman primitif qui
lui confère une allure austère. Mais la sobriété des lignes met en valeur l'élégance de la galerie qui surplombe la
vallée et la grande beauté des chapiteaux des colonnes aux motifs étonnants.
Ainsi y voit on des êtres humains enserrant des monstres (ici des lions), symbole sans doute de la lutte
de l'esprit humain contre les forces du mal (interprétation Ulyssienne) mais aussi plus surprenant encore,
Salomé dansant à demi nue entre deux personnages masculins (apparemment deux vieux barbons !) qui
semblent insensibles à ses charmes. Les plus optimistes y verront le symbole du triomphe de l'esprit sur la
tentation d'autres, sans doute plus réalistes, l'illustration du déclin des nos facultés auquel nous condamne
inexorablement les années qui passent
L'émotion nous submerge quand on contemple, incrustés dans le mur de la galerie, les visages du
fondateur de l'abbaye et de sa première épouse dont le regard semble nous fixer à travers les siècles et nous les
envions presque car nous savons qu'ils savent ce que nous ne savons pas encore !
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