29.10.2007

Chaud, le Pic d'Anjeau !


Je suis un passionné des cartes et je les « lis » comme un roman d'aventure. Pour les déchiffrer il suffit de connaître une cinquantaine de signes symbolisant les chemins, les cours d'eau, les espaces, les reliefs et toute une kyrielle d'autres éléments qui vous permettent, avec un peu d'expérience, de deviner le paysage avant même de l'avoir parcouru.

Mais parfois on a des surprises, on croit partir pour une promenade de santé et parce qu'un détail vous a échappé ou que la carte n'était pas assez détaillée, vous vous retrouvez embrungué sur un chemin que n'aurait pas renié Gaston Rebuffat !

C'est la mésaventure qui nous est arrivée lorsque nous avons décidé de grimper le Pic d'Anjau qui s'élève non loin de Montdardier, étonnant village des Causses doté d'un chateau digne des chateaux de la loire !

Sur la carte le Pic d'Anjeau affiche un modeste 866m, hauteur qui n'était guère en mesure de nous impressionner, comparé aux 3032 m du Petit Vignemale que nous avions gravi un mois auparavant.
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Mais dès le départ nous aurions du nous méfier, les nuages qui s'accrochaient aux collines environnantes donnaient à la contrée un air de haute montagne qui sonnait comme un avertissement ;

Et puis les immenses pins noirs d'Autriche qui bordaient notre chemin semblaient vouloir nous avertir que nous entrions dans un univers privilégiant la verticale.

Les cheminées de fées qui émergeaient des pentes environnantes témoignaient également de la présence d'un monde minéral plutôt mouvementé.

Et soudain au détour du chemin le Pic d'Anjau s'imposa dans le paysage comme une gigantesque pyramide d'un pharaon exilé semblant nous défier.

Un instant le doute nous saisit quant à la faisabilité de notre objectif, mais Gibus, notre expert en la matière, nous indiqua de quelle manière nous allions aborder l'obstacle !

Notre ascension commença alors sous l'oeil d'un guetteur de pierre semblant défendre l'accès au sommet. Mais sans doute somnolait il car nous pûmes passer sans encombre.

Mais très vite les défis se succédèrent : un bout de chemin en balcon dominant le vide à franchir,

puis un mur de quelques mètres qui faillit nous faire renoncer mais qûe finalement on se décida à escalader,

une courte pause pour reprendre son souffle et admirer le paysage vertigineux...

quelques pas àfaire sur chemin de crête sur lequel nous étions comme des funambules

un dernier mur à gravir pour accéder enfin au sommet !

Le Pic d'Anjau beau joueur reconnut sa défaite et nous laissa jouir en paix du panorama

Le chemin de descente sur le flanc sud se révéla plus abordable nous immergeant bientôt l'océan de forêts environnant le pic.

Et nous amenant bientôt en surplomb des magnifiques gorges de la Vis cachant dans ses replis de minuscules villages, dont les quelques habitants doivent tout ignorer du reste du monde.

La fin du parcours se fit au travers de magnifiques forêts, bercé par le doux murmure de la lente respiration des arbres, et le discret bruissement des pattes d'un splendide calosome sycophante, grand prédateur de chenilles processionnaires, sur les feuilles mortes tapissant le chemin.


Le circuit détaillé figure en fichier joint

Texte & photos Ulysse

30.09.2007

Périple pyrénéen - dernier jour : retour au Pont d'Espagne


Après avoir joué les bergers toute la nuit (voir l'étape précédente) nous enfilons une grosse laine pour affronter les frimas du matin et prendre le chemin nous ramenant à Pont d'Espagne, notre point de départ.

Derrière nous les premiers rayons du soleil rebondissent sur la dent du Vignemale pour se refléter dans le torrent qui s 'écoule du glacier.

Nous jouissons en silence du spectacle sans cesse changeant des montagnes environnantes qui surgissent dans le jour naissant. La nature nous offre des joies inépuisables que rien ne peut remettre en cause, au contraire des possessions matérielles ou des êtres qui, lorsqu'ils ne sont plus, sont source de frustration ou de tristesse. La nature se donne à qui veut la recevoir et ne vous quitte jamais. Tout le monde peut se l'approprier sans qu'elle n'appartienne à personne. C'est de fait la seule vraie richesse.

La descente vers le Pont d'Espagne révèle peu à peu des paysages qui s'élargissent pour atteindre l'infini. L'arbre au bord du chemin qui envahissait notre champ de vision, n'est plus bientôt derrière nous qu'une silhouette, puis qu'un point dans le panorama de vallées et de sommets qui nous environnent.

Ainsi en est il de notre existence où certains évènements occupent à un moment donné tout le champ de notre conscience pour devenir au fil du temps une simple péripétie sans importance.

Les montagnards ont souvent une âme d'artiste et les cairns qu'ils édifient le long des chemins pour guider le randonneur sont souvent des oeuvres d'art .

De même le glacier au cours de son glorieux passé a labouré le fond rocheux de la vallée et laissé un lacis de sculptures là où la roche était plus dure et lui a résisté.

Au détour du chemin nous découvrons bientôt le lac de Gaube, immense miroir d'argent dans la semi obscurité de la vallée

Les montagnes environnantes un brin narcissiques s'y mirent se croyant à jamais éternelles. Mais aussi impressionnante et formidable soient elles les montagnes ont des ennemis, le vent , le froid et la pluie qui les taraudent et désagrègent petit à petit leur corps de pierre.

Face à nos vies éphémères elles semblent éternelles et pourtant elles disparaissent transformées en cailloux et grains de sable. mais aucun homme ne verra jamais mourir une montagne.!

En attendant cette échéance fatale elles jouissent de leurs reflets qui changent sans cesse comme un kaléidoscope avec l'ascension puis le déclin du soleil dans le ciel.

Et c'est la dernière image que nous gardons d'un magnifique périple dans les Pyrénénes où en conquérant des cîmes nous sommes partis à la rencontre de nous mêmes.

Texte & photos Ulysse