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19.06.2008

Le voyage des pierres ! (actualisation d'archives)



Au cours de mes nombreuses balades dans les vignes, j'ai souvent été intrigué de voir, à certains

endroits, les ceps croître au milieu des cailloux, alors que de génération en génération les viticulteurs les ont sans

cesse ramassées pour en faire soit d'énormes tas appelés « clapas » visibles sur tous les coteaux ou pour bâtir

de magnifiques murets de pierres et des capitelles.




Je me suis alors posé la question de savoir quel phénomène était à l'origine de leur perpétuel

renouvellement. Les clapas, murets et capitelles étant toujours en place, on ne pouvait accuser les Elfes du lieu

de remettre malicieusement les cailloux dans les vignes à la nuit tombée ! C'était à croire que chaque nuit il en

tombait des étoiles qui remplaçaient ceux qui avaient été collectés.



Croisant un jour un vigneron qui taillait ses vignes, je lui posais la question. C'est simple me répondit-il,

les cailloux viennent du coeur de la terre : la pluie qui s'infiltre entraîne les fines particules de sable et de terre

qui s'insinuent sous les pierres enterrées et lentement les font remonter vers la surface !





Ainsi les pierres voyagent ! Et pas seulement sous la terre ! Certaines d'entre elles font ,en effet, de

sacrés périples. Tenez, par exemple, les grains de sable du Sahara - certes minuscules mais pierres quand

même - qui portés par le Sirocco pérégrinent jusqu'à nos rives et même jusqu'aux berges de la Seine. Plus

surprenant encore, certains blocs énormes portés par les inondations qui font des centaines de kilomètres.




Il en est ainsi des blocs de conglomérat que l'on peut apercevoir près de la Via Domitia à Pinet et qui ont fait le

voyage depuis les Pyrénées il y a 65 millions d'années ! Certes aujourd'hui ces blocs ne bougent plus guère, mais

après un tel voyage qui ne serait pas fatigué !






Texte & Photos Ulysse

16.06.2008

L'église de Rieux-Minervois et le Maître de Cabestany

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Non loin de Minerve, cette splendide cité moyenageuse dominant le confluent de

la Cesse et du Brians, se tient une autre merveille dissimulée dans l'écrin de pierre d'un modeste et pittoresque

village : l'église de l'Assomption de Notre Dame à Rieux-Minervoix.



Cet édifice du XIIème siècle est encastré aujourd'hui au milieu des habitations et ne

vous éblouit pas au premier regard. D'un aspect assez massif, il vous intrigue pourtant. Il vous

faut quelques instants pour comprendre que son clocher a une forme inhabituelle et présente

sept pans, architecture unique dans le sud de la France.


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Une fois le porche franchi, c'est l'éblouissement ! On découvre une nef aérienne en

forme de polygone à quatorze cotés, coiffée d'une coupole soutenue par sept colonnes. Certes

trois chapelles ont été ajoutées au XVème siècle qui rompent quelque peu l'harmonie de

l'ensemble, mais l'édifice reste d'une élégance et d'une beauté stupéfiante.



Certains voient dans l'utilisation du chiffre sept pour l'édification de cette église une

référence à un passage du Livre des proverbes de Salomon dans lequel il est écrit « La sagesse

a taillé sept colonnes et construit sa maison »


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Le sentiment d'harmonie et de paix qui vous envahit dans cet édifice inspire une foi

sans dogme en un dieu sans diktat, débarassé de ses oripeaux de père fouettard misogyne et de

pisse-vinaigre, dont l'ont affublé les religions quelles qu'elles soient.



Et ce lieu a été richement orné de sculptures « divines » par un artiste de génie

anonyme, connu sous le nom de Maître de Cabestany. Du moins on le suppose, tant ces

scultures sont apparentées, en qualité et en style, avec celles qui figurent sur le tympan de

l'Assomption, vestige d'un portail disparu conservé dans l'église de Cabestany près de Perpignan


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L'on trouve ses oeuvres, ou du moins celles de son atelier, en Catalogne, en Navarre

en Languedoc mais aussi en Toscane et on ne sait pas vraiment si ce maître était catalan,

italien ou languedocien. Selon Jean Nougaret, conservateur en chef du patrimoine au service

régional le l'inventaire du Languedoc-Roussillon, la densité des oeuvres sorties de son atelier

présentes dans notre région ferait pencher en faveur de cette dernière hypothèse. De fait il

s'agissait probablement d'un artiste itinérant allant avec son équipe de chantier en

chantier.



Pour Jean Nougaret « le vigoureux tempérament de l'artiste, affranchi des modes de

l'époque, sa « brutalité », sa « sauvagerie » même ne peuvent être confondues avec aucune

autre. Les visages sont triangulaires aux yeux nettement affirmés...au nez à l'arête tranchante,

les oreilles larges et décollées, les mains démesurément allongées, les proportions trapues dont

il dote le corps des personnages équivalent à une véritable signature »


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Ainsi en est il en particulier pour le chapiteau représentant la Vierge emportée par les

anges : les yeux sont clos, la bouche fermée n'est qu'une incision tombant sur les cotés, les

mains aux doigts très allongés reposent le long du corps. Cette sculpture suscite un sentiment

étrange, le visage fermé et impassible de la vierge apparaissant comme un symbole du mystère

de la destinée humaine.


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Sur d'autres chapitaux, qui ne sont pas du Maître mais probablement de son atelier, on

voit un lion se battant avec un monstre ou un homme se battant contre deux lions .


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Un autre chapiteau arbore de fabuleux sonneurs de trompes dont la musique silencieuse

réveille notre âme et semble nous dire « mettez vous en chemin, il est plus tard que vous ne pensez ! »


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D'autres sont plus apaisants, tel celui représentant ces élégants corps de canards

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C'est à regret qu'on quitte ce lieu hautement spirituel qui divertit notre âme du

tintamarre et des babils du monde pour la ramener à l'essentiel c'est à dire à notre « essence »

(pas à celle polluante des émirs) et au ciel !



Une dernière précision importante en ces temps où les vandales (souvent de riches

collectionneurs voyous) dévalisent ou saccagent sans vergogne les églises , cet édifice placé

sous la protection des habitants du village est ouvert en permanence . Peut être que l'ambiance

spirituelle qui y règne inhibe les gens mal intentionnés !



Texte (sauf citations de J. Nougaret) et Photos Ulysse