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30.05.2008
Retour à la terre : le mas de l'Estagnol (fin)
Après avoir longuement flâné et rêvé sur le site du mas d'Agre qu'aurait aimé le poète
Virgile et remis un peu de « charbon dans la machine » à l'aide d'un roboratif pique
nique agrémenté d'un « rosé des dunes » produit dans l'île de Ré (les gosiers du pays d'Oc sont
moins snobs que ceux du bordelais et sont ouverts à toutes les expériences), nous nous
remettons en chemin en direction du Mas de l'Estagnol.
La forêt nous accompagne un moment en nous offrant son ombre rafaîchissante avant
de nous abandonner sur le flanc du Roc de la Vigne. Nous nous contentons de le contourner
car son sommet porte déjà l'empreinte de nos semelles.
Du chemin l'on aperçoit l'immense "dent de requin" du Pic Saint Loup qui émerge à
l'horizon, impressionnant vestige du socle sédimentaire laissé par la Méditerranée il y a 100
millions d'années que le surgissement des Pyrénées il y a 40 millions d'années a renversé à la
verticale.
Dans ce monde minéral la flore apporte une note de poésie et de douceur, telle la
hampe d'une asphodèle dont un bourdon dérobe le nectar tout en assurant ainsi sa
pérennité.
Au détour du chemin le hameau de l'Estagnol dévoile soudain ses magnifiques bâtisses
de pierres. Comme au mas d'Agre on ne peut s'empêcher de prêter l'oreille espérant entendre
l'écho des voix humaines qui ont autrefois résonné en ces lieux. Mais seul le buzzement des
insectes et le pépiement des oiseaux se font entendre. Parfois, dit-on, un vieux berger solitaire
y trouve refuge avec ses chèvres, mais d'aucuns pensent qu'il s'agit d'un fantôme! .
Une terrasse ouverte vers le sud s'offre à notre rêverie et, pour quelques instants,
nous nous mettons à la place de celles et ceux qui ont vécu ici et ont contemplé ce paysage,
en rêvant peut être des villes et pays situés bien au delà de la ligne d'horizon.
Mais ainsi est l'homme qui rêve souvent de vivre ailleurs que là où le sort l'a fait naître
et qui s'en va découvrir le monde pour revenir en fin de compte au bout de son age là où il est
né. C'est un peu comme si notre corps avait la mémoire et la nostalgie du sol dans lequel ont
été puisés les éléments dont il est constitué.
De toute façon peut être qu'un jour nous n'aurons pas le choix et qu'il se produira un
exode urbain, les gens fuyant les villes pour retourner à la terre de leurs ancêtres et y produire
de quoi subsister. La France n'a pas de pétrole mais on peut encore y cultiver les topinambours
et les rutabagas
La fin de la randonnée emprunte une piste confortable que dominent
d'impressionnantes falaises. On peut ainsi mettre le pilotage automatique et se laisser aller aux
méditations métaphysico-bacchusiennes (pour ce qui me concerne) qu'inspire immanquablement
la marche.
Parfois l'on est tiré de sa rêverie par une rencontre surprenante, tel ce cyclope
égaré qui cherchait les Cyclades et que j'ai remis sur le droit chemin en l'emmenant avec moi au
bord de l'Hérault.
De là il a pris le premier canoé venu pour descendre jusqu'à la mer et embarquer à Sète
sur un bateau en partance pour la mer Egée.
Pour celles et ceux intéressés par la découverte des mas d'Agre t de l'Estagnol , le
circuit est décrit dans l'ouvrage "Garrigues Montpelliéraines" Eitions Edisud (Itinéraire 28). La
première partie jusqu'au mas d'Agre comporte deux passages T3 (petite escalade) etdemande un
bon sens de l'orientation
Texte & photos Ulysse
12:15 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mas de l'estagnol, cyclope, cyclades
27.05.2008
Retour à la terre : le mas d'Agre (1ère partie)
Il y a une dizaine d'années, au moment où internet prenait son essor, les experts nous
prédisaient l'avènement d'une économie immatérielle fondée sur l'information. Exit l'agriculture et
l'industrie vestiges ringards d'économies primitives, à la trappe les bouseux et les cols bleus,
pour faire place nette aux cols ultra blancs qui, les oreilles collées à leurs mobiles et leurs doigts
plantés sur leurs claviers d'ordinateurs portables, produiraient et échangeraient des
informations, seule matière noble du monde de demain, assurant ainsi un avenir radieux à nos
économies.
Seulement nos économistes en chambre, dont les prévisions sont aussi fiables que
celles de météo-france, ont oublié que l'homme de base mange, s'habille, se chauffe, voyage et
reste attaché aux biens matériels de ce monde. Et ce qu'un enfant de CM2 pouvait anticiper
s'est donc produit : la croissance de la population mondiale conjuguée à la progression du
niveau de vie dans les pays émergents à conduit à un accroissement rapide de la demande de
biens matériels et alimentaires et donc à un renchérissement brutal des matières premières et
des produits agricoles.
Ainsi dans nos économies dites évoluées l'industrie et l'agriculture font un retour en
force et les paysans après avoir été snobés sont de nouveau courtisés
C'est l'heure du retour à la terre et les heureux possesseurs de 4X4 qui exhibent leur
statut social dans les quartiers chics urbains vont pouvoir se réjouir. Leurs véhicules vont enfin
servir à ce pourquoi il ont été construits et rouler dans les bouses de vaches aveyronnaises
plutôt que dans les merdes de canidés neuillysiens dégénérés.
C'est le moment de vendre sa villa du Cap Ferrat ou du Cap Ferret ou son chalet à
Genève et de partir à la recherche d'un mas en ruine avant que les prix ne montent sous l'effet
de la reconversion des golden boys, victimes de la déconfiture des « subprimes » (encore une
invention géniale des experts financiers), aux joies de la culture de l'olivier ou de la production
du fromage de chèvre.
Si vous êtes intéressés, j'ai repéré deux magnifiques Mas « virgiliens » (pour en savoir
plus sur le poète Virgile cliquez ici) dont je veux bien, chers lecteurs et lectrices, vous
réserver la primeur. Si jamais vous vous y installez, je compte sur votre hospitalité pour m'y
accueillir, étant entendu que j'apporterai le pain et le vin lors de mes visites, du moins tant que
vous ne serez pas à même de vivre en totale autarcie.
Pour s'y rendre, il faut d'abord remonter la sauvage combe du Bouys à partir des rives
de l'Hérault, quelques kilomètres en amont de saint Guilhem le Désert. Au démarrage on suit
une piste confortable qui se transforme ensuite progressivement en un vague chemin qui finit par
suivre le lit caillouteux d'un oued, heureusement la plupart du temps à sec.
On progresse alors au coeur d'une jungle méditerranéenne dont le sol est en
permanence labouré par les hardes de sangliers qui pullulent à cet endroit. D'ailleurs, on les
entend aller et venir en grognant, irrités et inquiets de la présence de bipèdes, les parois du
canyon leur interdisant toute échappée. Il faut dire que c'est un endroit apprécié des chasseurs
car ils peuvent ici faire un carton comme dans les fêtes foraines sans trop se bouger le cul,
mieux vaut donc éviter la période de chasse si l'on veut avoir le bonheur de bénéficier de sa
retraite si chèrement acquise.
Après deux brefs passages rocheux qui testent notre souplesse, le chemin s'élève
tranquillement sur la rive gauche de la Gallinière. En approchant du plateau les oiseaux soudain
se taisent dans les bois environnants et une ambiance mystérieuse s'installe. Intrigué on
avance alors le souffle court en faisant le moins de bruit possible pour découvrir stupéfait, en
surplomb du chemin, le visage d'un géant pétrifié qui semble supplier une fée ou une princesse,
assise de l'autre côté du vallon, de venir le délivrer ou peut être de lever le sort qu'elle lui a
jeté parce qu'il s'est sans doute montré trop entreprenant !
Laissant nos tourteraux à leur éternel face à face, on progresse alors sur le plateau
couvert de magnifiques pins à la recherche du Mas d'Agre.
La découverte d'un antique puits nous confirme que nous sommes sur la bonne voie et, de fait, le mas se révèle bientôt dans ses habits de lierre au milieu d'une clairière sauvage.
Depuis que les derniers occupants ont quitté les lieux, l'ombre de milliers d'heures a caressé le cadran solaire qui orne sa façade.
On prête vainement l'oreille pour tenter de saisir l'écho des chansons, des rires, des
pleurs, des colères qui ont résonné sous ces magnifiques arches de pierres qui soutenaient les
toitures.
Sont elles à jamais éteintes les flambées généreuses qui cuisaient le pain dans ce four,
dont les senteurs revigoraient les coeurs ?
Aujourd'hui le four ouvre sa gueule froide comme la mort mais peut être suffirait-il d'une
flambée pour faire sortir de leur éternelle léthargie les fantômes qui hantent les lieux.
Derrière le mas s'étend un ancien verger où les squelettes d'antiques cerisiers semblent
s'affronter comme des chevaliers figés par Merlin l'Enchanteur.....
Avec quelques barrils d'huile de coude, ce mas pourrait retrouver son lustre
antan .....Qui veut tenter l'expérience ?
A suivre.....
Texte & Photos Ulysse
09:05 Publié dans tourisme | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mas d'agre, cadran solaire, puits
