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31.05.2007

Allez vaille que vaille, à l'église de St Jean de Dieuvaille


Levé tôt le matin pour aller au turbin, couché tard le soir pour s'occuper de la maison et des bambins, toute la semaine vous avez marché au radar en rêvant de la « grasse mat » que vous alliez faire dimanche matin....

Mais voilà, c'était sans compter avec votre charmant voisin de gauche (géographiquement parlant!) dont le clébard aboie après la lune et votre non moins charmant voisin de droite qui tond sa pelouse dès "potron minet" pour éviter l'ardeur du soleil, sans oublier celui d'en face qui a du perdre son sonotone et met la télé à fond pour réécouter sur "Télé-matin" les nouvelles de la veille (il y en a qui ont du mal à suivre l'actualité...!.)

Alors vous vous prenez à rêver d'un endroit où vous seriez seul au monde, d'une île au soleil où l'on n'entend que la douce chanson des alizés.

Mais vous n'avez pas besoin d'aller si loin, passez chez Décatelon acheter un sac de couchage et une lampe de camping, videz votre frigidaire dans un sac à dos, prenez un ou deux bouquins (par exemple « Petite philosophie du marcheur « de Christophe Lamoure aux éditions Milan et « Les expressions familières du Languedoc et des Cévennes de Christian Camps aux éditions Bonneton) et un flacon de Chateau Haut Blanville (voir le lien et la rubrique "délices" du blog) et partez pour le canyon de Dieuvaille, près du hameau de Barroubio.
Parvenu au hameau, suivez les panneaux indiquant « Eglise du Trou » autre nom, très évocateur, donné à l'Eglise saint Jean de Dieuvaille, qui se trouve de fait blottie au fond d'un canyon où coule un ruisseau nommé « Eglise » !(je ne l'invente pas !) Je ne connais pas d'endroit plus sauvage et plus calme à des milliers de lieues à la ronde.

Bâtie au XIIIème siècle sur les fondations d'un ancien ermitage, l'église, que l'on peut visiter, recèle deux peintures rupestres de bonne facture représentant, l'une, Saint Pierre, reconnaissable à la clé du Paradis qu'il tient dans ses mains. Cette clé enorme laisse penser que les portes dudit lieu ne sont pas en contreplaqué et que l'on ne doit pas facilement y entrer. L'autre peinture représente sans doute Saint Jean, si l'on se réfère au nom attribué à l'église.

Un cimetierre fort romantique entoure l'église. L'une des tombes, où gît la dépouille d'un jeune homme de 23 ans mort en 1915, sans aucun doute à la guerre, est particulièrement émouvante car elle est ornée d'une photo jaunie et de fleurs artificielles qui semblent, elles, avoir été apportées la semaine passée. On s'interroge sur la personne qui plus de 90 ans après le décès de ce jeune homme a déposé récemment des fleurs. Est il possible que sa compagne soit encore en vie, où est-ce un membre de la famille ou tout simplement une main amie qui, plusieurs décennies après, ne l'a pas oublié. Quoi qu'il en soit, en s'arrêtant sur sa tombe, cet être revit un instant dans nos pensées.

Ce cimetierre est également le lieu d' un autre phénomène étrange. On y voit, en effet, un arbre planté près d'une tombe dont les deux premières branches suivent les deux bras de la croix qui l'orne. On a le sentiment que l'arbre, dont les racines doivent taquiner le cercueil du défunt, manifeste ainsi sa sympathie à son égard.

Croyez moi, lorsque vous aurez passé quelques heures, voire une nuit (on peut dormir dans l'église) en ce lieu sauvage baigné de spiritualité, vous attaquerez avec sérénité la semaine qui s'annonce et vous dormirez dimanche prochain comme un bébé malgré les nuisances sonores de vos chers voisins.

Des précisions pour vous y rendre sont données en fichier joint.

Texte & Photos Ulysse

28.05.2007

A l'assault du Vissou !


Les paysages de l'Hérault sont dominés par 6 sommets emblématiques qu'il faut avoir gravis pour avoir une bonne connaissance de la géographie de ce département : Le Pic Saint Loup situé aux portes de Montpellier, le Saint Baudille qui domine la région de St Guilhem, le Tantajo qui surplombe Bédarieux, Le Caroux au pied duquel se nichent Olargues et Lamalou, la Séranne qui protège la vallée de la Buèges de la Tramontane et enfin le Vissou planté dans la plaine de Cabrières.

J'ai déjà gravi deux ou trois fois chacun des cinq premiers mais je dois avouer que je snobais le sixième qui avec ses modestes 480 m me faisait plutôt l'effet d'une grosse colline. De plus une route forestière permet d'accéder en voiture au sommet (comme au demeurant le Tantajo et le Mont Baudille) ce qui enlève beaucoup de charme au lieu celui-ci étant, dans ce cas, généralement pollué par les mégots des fumeurs qui se donnent à bon compte l'impression d'être sportif en parcourant les 30m qui sépare leur bagnole du sommet.

Mais je dois reconnaître que son profil, qui lui donne l'aspect d'une dent de requin fichée en plein coeur de la garrigue, me séduisait et je me suis finalement décidé à le gravir, mais en l'abordant par la face sud qui n'est parcourue que par un modeste sentier .

Et bien je n'ai pas regretté ma balade. Il faut dire que le Vissou se venge de sa modeste taille en vous imposant de l'aborder par un chemin qui monte pendant 500m en pleine pente, histoire de vous imposer un brin de respect ! Au moment où vous commencez à être à bout de souffle, et où vous regrettez de ne pas avoir de frein à main pour pouvoir faire une pose sans repartir en arrière, la pente deveint heureusement plus raisonnable et vous conduit sur le Pic de Vissounel, petit frère du Vissou qui culmine à 367 m et offre une vue fort agréable sur le têton boisé de Boutouri.

S'offre alors à vous une somptueuse croupe herbeuse couverte de fleurs propice , selon votre état de fatigue, à une sieste réparatrice ou à une partie de saute-mouton (ou saute-brebis!). J'ai découvert en ce lieu que l'ail, qu'affectionne particulièrement les gens du midi, est également apprécié par les abeilles locales qui en butinent les fleurs !

Les 120 m qu'il reste à gravir pour atteindre le sommet du Pic du Vissou sont ensuite une simple formalité et malgré l'altitude relativement modeste la vue sur la plaine vaut le détour !

On descend ensuite en pilotage automatique en empruntant la confortable piste forestière qui rejoint par l'est la plaine de Cabrières et offre une vue panoramique sur le cirque de Mourèze.

Il serait dommage d'en rester là et de rentrer au bercail car sur la colline d'en face subsistent deux magnifiques capitelles d'où l'on jouit de surcroît d'une vue splendide sur le Vissou.

Pour cela il vous faut rajouter 150m de dénivelé aux 350m déjà gravis le matin, ce qui fait un compte rond de 500m à la portée de tout bon marcheur ! Et croyez moi on ne regrette pas cette dépense d'énergie supplémentaire, les capitelles en question étant superbement conservées.

On aurait presque envie d'échanger ses chevaux mécaniques contre des moutons et de devenir berger quand on découvre un tel endroit aux horizons infinis bordés par le ciel.et imprégné par les odeurs de garrigue.

Mais ce n'est bien sur qu'une réflexion de citadin qui ne supporterait certainement pas plus de trois jours la vie de berger et après cette contemplation méditative, la perspective de'une 1664 bien fraiche à boire à la terrasse d'un café de Cabrières m'a ensuite ramené rapidement à mes chevaux mécaniques qui m'attendaient sagement au pied du Vissou.



Des détails sur le circuit figurent en fichier joint.

Texte & photos Ulysse

24.05.2007

Le Chevalier Cathare


Au cours de mon périple en pays Cathare, en descendant du Roc du Midi qui domine le village de Brénas, j'ai eu un coup au coeur en tombant nez à nez au détour du chemin avec ce "chevalier " sculpté par la pluie et le vent dans la roche. J'ai imaginé qu'il s'agissait d'un chevalier Cathare qui s'était réfugié dans cet endroit sauvage pour fuir l'inquisition et qu'il attendait le retour de sa foi sur terre pour revenir dans le monde des vivants. Cette rencontre m'a inspiré ce poème :


Il attend,
Dans un vallon, solitaire,
Vêtu d'une parure de pierre,
Depuis huit cents ans.

Il attend,
Insouciant des intempéries,
Se riant du froid, de la pluie,
Silencieux et patient.

Il attend,
Alors que les « Bonshommes » ses frères,
Ont péri par le feu et le fer,
Au nom d'un dieu aimant !

Il attend,
Que l'esprit ressuscite,
De sa foi dite « hérétique »,
Qui ne versait pas le sang !

Il attend,
Et quand viendra ce jour de grâce,
Il reprendra alors sa place,
Dans le monde des vivants!


Texte & Photo Ulysse

22.05.2007

Sur les pas des Cathares (Dernière étape Roquefixade)


Nous partons de bon matin pour notre cinquième étape sur le sentier Cathare en direction de Roquefixade. Le « pog » de Montségur est enseveli dans les nuages, conférant au site un caractère dramatique en harmonie avec la tragédie dont il a été le théatre.

Nous traversons les forêts denses du Pays d'Olmes, égayées par le chant de nombreux ruisseaux qui témoignent de la proximité des Pyrénénées.

Le climat humide et le sol fertile sont propices aux fleurs qui colonisent le bord des chemins, attirant d' infatigables « travailleurs » des champs.


Nous croisons aussi quelques « autochtones » dont la mine patibulaire ne nous incite pas à lier conversation.

Malgré les kilomètres parcourus, le pog de Montségur, débarassé de ses nuages, continue de dominer le paysage et semble défier à travers les siècles ceux qui l'ont dévasté et dont les os ne sont plus que poussière.

Après avoir traversé Montferrier puis gravi les collines de l'immense forêt de Mondini nous arrivons en vue du château de Roquefixade. On n'est pas certain que le château ait fait l'objet d'un siège de la part des croisés, mais l'on sait qu'il abritait une communauté de croyants et que Guillaume de Plaigne, l'un de ceux qui massacrèrent les inquisiteurs à Avignonet en représailles des atrocités commises contre les cathares (voir la 4ème étape), y vivait avec sa famille.

En 1288, le chateau fut confisqué par le Roi de France et confié au sénéchal de Carcassonne qui y a installé une bastide dont le but était « d'extirper l'hérésie de la région» !

Avec la chute des dernièrs refuges des Cathares, le catharisme va devenir une religion clandestine pourchassée de façon impitoyable par l'inquisition. De nombreux artisans et bourgeois vont s'exiler en Lombardie et en Catalogne appauvrissant l'économie du Languedoc.

Il a fallu près d'un siècle à l'inquisition pour éradiquer la foi des Cahares, qui ont néanmoins laissé un message d'amour, de tolérance et de liberté qui reste d'actualité et dont feraient bien de s'inspirer certains prosélytes se prétendant religieux et qui massacrent leurs semblables au nom de leur dieu prétendument « aimant ». L'histoire nous enseigne hélas que généralement les esprits faibles et les idées contestables recourent à la violence pour s'imposer.

Au plan politique la conséquence la plus importante fut la mainmise du Roi de France sur le Languedoc et l'intégration ou l'élimination des princes occitans dans le nouvel ordre vassalique.

Afin que cette épopée reste dans la mémoire des hommes, un sentier cathare a été mis en place qui va de Port la Nouvelle dans l'Aude à Foix dans l'Ariège. Ce sentier, qui n'a pas d'existence historique mais purement touristique, relie la plupart des citadelles qui servirent de refuges aux Cathares .

Partant de la méditerranée il gagne progressivement des terres sous l'influence climatique des Pyrénées et offre une infinie diversité de paysages. Plaines, coteaux, gorges abruptes, montagnes, garrigues, vignes, forêts se succèdent ainsi sur son parcours avec pour toile de fond les cîmes majestueuses de la chaine pyrénéenne dont celle emblématique du Canigou. Parcourir ce chemin c'est faire un voyage à travers la géographie l'histoire et l'univers spirituel des Cathares.


Pour ceux qui sont intéressés par un périple sur ce chemin et par l'histoire des Cathares voir les précisions en fichier joint.

Texte & Photos Ulysse

20.05.2007

Sur les pas des Cathares (4ème étape Montségur)


Pour cette quatrième étape, nous partons du village de Bélesta, en empruntant une route champêtre modérément pentue qui nous permet de nous mettre en jambes en douceur ....

....tout en nous donnant le loisir d'admirer les orchidées qui s'apanouissent dans les prairies qui la bordent.

Puis le chemin devient plus raide pour accéder au col des Balussous (880m), au travers d'une magnifique forêt peuplée de sapins et de hêtres séculaires.

Dans les clairières où le soleil arrive à pénétrer quelques fleurs s'épanouissent pour le plus grand bonheur de quelques randonneurs ailés de passage !

L'arrivée au hameau de Morenci habité par ....quelques vaches, nous offre une vue somptueuse sur le Pic St Barthélémy (2348m) qui émerge encore enneigé de la chaine des Pyrénées.

En faisant quelques pas de plus, nous découvrons le château de Montségur installé sur le sommet de son « pog » à 1207m d'altitude .

Tout en poursuivant notre marche d'approche de cette citadelle, reprenons le récit de l'épopée Cathare entamé au cours des précédentes étapes.

Nous en étions resté à 1215 au moment où les seigneurs occitans, défenseurs des cathares, avaient été battus par les croisés conduits par Simon de Montfort. On appliquait alors le nom de seigneur « faydit » à tout seigneur dépossédé et/ou exilé à cause de la croisade contre les Cathares (ou Albigeois)

Mais deux évènements vont offrir un répit de courte durée à ces seigneurs et à leurs protégés. En premier lieu le pape Innocent III, principal protagoniste et soutient de la croisade, meurt en 1216, ce qui amène Raymond VII à partir à la reconquête de ses domaines et à reprendre ainsi Toulouse. Ensuite, Simon de Montfort qui avait entrepris de reprendre la ville est tué au cours du siège par une pierre lancée par des femmes assiégées. Son fils Amaury qui prend sa suite est battu à Bazièges et à Castelnaudary et quitte le Languedoc en 1224.

Hélas, le répit que connaissent les cathares et ceux qui les protègent est de courte durée. Car Louis VIII, qui succède à Philippe Auguste, veut intégrer le Languedoc dans le giron de de la Couronne, soutenu dans son projet par le pape Horius III et sa femme Blanche de Castille. Il lance une nouvelle croisade en 1226 qui se traduit par la reddition des seigneurs languedociens et la signature du traité de paris en 1229, qui entraîne le rattachement au royaume de France des vicomtés de Béziers, Carcassonne et Albi et du Comté de Toulouse.

A la suite de ce traité, le concile de Toulouse confie aux Dominicains le soin de mettre en place l'inquisition pour éradiquer l'hérésie cathare. Celle ci va appliquer une repression impitoyable dans le midi languedocien.

La résistance va s'organiser et les chateaux de Peyrepertuse, Puylaurens, Queribus, Montségur et d'autres encore, deviennent le refuge des cathares, mais ils vont tomber les uns après les autres.

La chute de Montségur a été particulièrement désastreuse pour les Cathares car c'était leur centre spirituel. A partir de cette place forte , les « Bonshommes » et « Bonnesfemmes » administraient tout le catharisme occitan envoyant des émissaires dans tous le languedoc et recevant des cathares lombards et catalans.

Jusqu'en 1242 cette forteresse avait été épargnée car elle était jugée imprenable. Mais un événement va conduire à sa chute. Un détachement de cavaliers parti de cette cité vont assassiner des inquisiteurs et leur suite a Avignonet dans le Lauragais en 1242. Folle de rage Blanche de Castille décide alors de faire le siège de la citadelle. Celui ci mené par 8000 hommes commence en mai 1242 et se révèle infructueux jusqu'au début de l'hiver. Mais les assaillants mènent une attaque surprise audacieuse en lançant, la nuit de Noël, à l'assault de la falaise orientale jugée inaccessible, des montagnards basques qui prennent pied sur le Pog et installent une énorme catapulte qui va cribler de de boulets les remparts du château.

Le 2 mars la forteresse capitule en échange de la vie sauve pour ses soldats et les cathares qui renieraient leur foi dans le délai de 15 jours. Le 16 mars plus de 200 cathares ayant refusé de renier leur foi seront brûlés dans un immense bûcher mis en place au pied du château. Le Seigneur du lieu, Pierre Roger de Mirepoix, dont la mère, la femme, et la fille avaient embrassé la religion Cathare et ont refusé de la renier, verra celles-ci périr dans le bûcher.

La rumeur dit que quatre jours avant la reddition de la citadelle , quatre cathares ont pu s'enfuir en emportant le « trésor » cathare. Cette histoire a donné lieu à de nombreuses spéculations, certains prétendant qu'il s'agissait du Graal, ce vase qui aurait reçu le sang du Christ. Mais d'après certains experts il est probable que ce trésor soit constitué par les écrits posant les fondements de la foi Cathare qui n'ont jamais au demeurant été retrouvés.


Après Montségur, la résistance perdura quelques années à Puilaurens et Quéribus qui capitulèrent en 1256 et 1259 et assurèrent après celà la nouvelle frontière entre la France et l'Espagne. Le dernier Cathare connu fut brûlé vif en 1321 à Villerouge-Termenès.

Mais pour conclure cette émouvante épopée Cathare, il nous reste une étape à parcourir qui nous mènera à Roquefixade.

Texte & Photos Ulysse

18.05.2007

Sur les pas des Cathares (3ème étape Puivert)


En quittant Quillan, le matin du troisième jour, nous prenons la direction du Roc du Midi (675m) que nous contournons par un col qui mène au village de Brenac.

Nous franchissons alors la limite climatique entre la zone « méditerranéenne » et la zone « pyrénéenne » où le hêtre et le sapin prennent la place de la vigne et de l'olivier.

C'est une région paisible où les moutons vivent en sécurité, ou du moins le croient ils, ignorants qu'ils sont de la menace que fait planer sur eux un aigle qui sillonne le ciel.

Mais qui peut s'en émouvoir, car que vaut une vie de mouton passée à sans cesse brouter de l'herbe sans jamais prêter attention aux paysages qui vous entourent et à fuir le contact des étrangers ?

Après un long cheminement au travers de la forêt de l'Auzinat nous arrivons au pied du château de Puivert, véritable joyau de pierre qui domine de 600m le village construit au bord du Blau.

Puivert n'avait pas une vocation guerrière et son architecture élégante dominée par son donjon de 30m de haut est une transition entre le château féodal et le château renaissance.


IL fut au XIIème siècle le rendez vous des plus grands troubadours roussillanais et provençaux autour d'Ermengarde de Narbonne et d'Adélaïde de Carcassonne.

D'ailleurs c'est sans doute le fantôme de l'une des ces chatelaines que l'on surprend, si l'on est discret, dans la lumière d'un contre jour .

En 1170 s'y tint le plus ancien concours de poésie mentionné par les chroniques et certains des poètes viennent parfois y trainer leurs guêtres nostalgiques de ce temp révolu. Leurs chansons et poèmes célébraient la féminité et l'amour mais certains d'entre eux, tels que Guilhem Figueras et Peire Gardenal ont composé aussi des pamphlets contres les inquisiteurs qui s'acharnaient après les cathares.

C'est un lieu magique où de magnifiques sculptures représentant des musiciens ornent les culs de lampe des arcs de la voute de la salle dit des musiciens.

De somptueuses tapisseries célèbrant le raffinement de la vie qu'on y menait alors ornent aussi les murs.

Mais en dépit de sa dédication à l'amour courtois, le chateau de Puivert ne fut pas épargné par la croisade contre les cathares, auquel il servit de refuge. En 1210 après 3 jours de combat il tomba aux mains des croisés, sinistre épisode qui mit un terme à la période fastueuse des troubadours.

Mais cela nous ramène à l'épopée cathare que nous avons commencé d'évoquer au cours des deux premières étapes. Nous en étions au moment où au début de 1209 une formidable armée de chevaliers du nord est constituée sous la direction du légat du pape Arnaud Amaury, abbé de Citeaux.

Comprenant la menace qu'elle représente pour ses possessions, le Comte raymond VI de Toulouse se repent publiquement et obtint le pardon. Mais Raymond Roger Trancavel vicomte d'Albi, Béziers et Carcassonne hésite et quand à son tour il souhaite se repentir, il essuie le refus des Croisés. De fait ceux ci ne voulaient pas perdre l'occasion de mener la croisade car au delà du prétexte religieux donné à leur action, le roi de France avait compris l'avantage politique qu'il pouvait en tirer en mettant la main sur le pays d'Oc qui échappait à sa souveraineté.

C'est ainsi que furent perpétrés sous la direction d'Arnaud Amaury les massacres de Béziers (où il aurait prononcé la terrible sentence : « tuez les tous, dieu reconnaîtra les siens ») et de Carcassonne. Simont de Montfort prit ensuite la direction des opérations et entama une longue phase de conquêtes où il se montra impitoyable : Ainsi tombèrent en 1210 les chateaux de Cabaret et de Termes ainsi que la cité de Minerve et en 1212 le château de Lavaur. Des centaines de cathares furent alors brûlés et les chevaliers qui les défendaient égorgés.

Le Comte Raymond VI de Toulouse, le Comte de Foix et le Roi Pierre II d'Aragon inquiets pour leurs possessions regroupent alors leurs armées mais ils sont vaincus en 1215 lors du siège du château de Muret où s'était installé Simon de Montfort. Le roi d'Aragon est tué à cette occasion et Raymond VI doit se réfugier en Angleterre. Tout le midi se trouve ainsi aux mains des croisés du nord, mais nous verrons lors de la prochaine étape que l'épopée cathare est loin d'être terminée...

Pour ma part, cette troisième étape a trouvé son terme dans le village de Puivert dans le cadre d'un gite extraordinaire tenu par un couple de fabricants de marionnettes.


Texte & photos Ulysse

16.05.2007

Sur les pas des Cathares (2ème étape Puylaurens)


Pour cette seconde étape nous prenons la direction du Col de Péchines qui passe au pied du Pic de Bugarach (1227m) qui quitte rarement son chapeau de nuages.

Au moment où nous franchissons le col, le soleil peine à traverser les nuages. Nous dévalons ensuite une zone de prairies qui donne au paysage un air de Suisse Normande.

Depuis longtemps les hommes ont déserté les lieux pour aller chercher fortune dans les plaines plus ensoleillées et urbanisées, ne laissant derrière eux que quelques vestiges d'un mode de vie révolu.

Mais en redescendant le col nous pénétrons dans la vallée de la Boulzane où le soleil se montre plus généreux et favorise les activités « agricoles »....

....et pour mon plus grand bonheur, la culture de la vigne !

Parvenus aux portes de Lavagnac, nous apercevons bientôt le château de Puylaurens perché sur un promontoire à 690 m d'altitude.

Tout en visitant ce chateau, reprenons le récit de l'épopée Cathare. Les fondements de la foi des Cathares faisaient d'eux des croyants tolérants et respectueux des autres. Ils étaient pacifiques et vivaient en bonne intelligence avec les croyants catholiques qui les toléraient également. Ils étaient appréciés et soutenus par les commerçants, les artisans et les bourgeois, car ils étaient favorable au travail manuel, au commerce et au prêt d'argent (alors que l'église catholique condamnait le prêt avec intérêt) ainsi que par les femmes, qu'ils considéraient comme les égales des hommes. Ils avaient enfin le soutien de leurs seigneurs qui voyaient en eux des sujets industrieux et pacifiques.

Mais le pape Innocent III à la fin du XIIème siècle considère que les cathares sont une menace pour l'église catholique car leur dogme et leur conduite affaiblissent ses positions morales et matérielles. Il faut dire que la corruption et le train de vie de la hiérarchie catholique conjugués à la volonté de puissance de la papauté choquaient alors de nombreux fidèles.

Le pape intervient donc auprès du Roi de France, Philippe Auguste, pour organiser une croisade contre les cathares (désignés aussi par le terme d'Albigeois, Albi étant l'un de leurs centres les plus actifs). Ce dernier, préoccupé par sa rivalité avec l'Angleterre, décline tout d'abord l'invitation qui lui est faite. Mais l'assassinat du légat du pape, Pierre de Castelnau, en 1208, dont on soupçonne Raymond VI de Toulouse, favorable aux cathares, d'en être l'auteur, décide le roi de France a envoyer certains de ses vassaux pour punir le coupable et pourchasser les cathares....

Nous poursuivrons le récit de cette épopée lors de notre troisème étape. Précisons toutefois que le château de Puylaurens fut l'un des derniers à capituler en 1256 dans le cadre des croisades sans merci qui ont ravagé la région et éradiqué la religion cathare.

Après avoir traversé le magnifique défilé de Pierre Lys, je rejoins le terme de la deuxième étape, la ville de Quillan, ancienne capitale de la chapellerie, mais qui aujourd'hui sommeille au bord de l'Aude car plus personne ne veut désormais porter le chapeau !

Texte & Photos ulysse

15.05.2007

Sur les pas des Cathares (1ère étape Peyrepertuse)



Nous allons partir ensemble, en quelques étapes, à la découverte des rares traces que les Cathares ont laissées dans le pays d'Oc et qui se résument à quelques chateaux en ruine perchés sur des sommets disséminés entre l'Aude, les Pyrénées Orientales et l'Ariège.

Car rien dans la société d'aujourd'hui ne subsiste de leur foi qui a pourtant imprégné fortement la culture et la société occitane au XIIIème siècle (on estime que la moitié de la population était cathare). Leurs croyances et leur héritage ont été balayés par des siècles d'indifférence, comme l'ont été les cendres de leurs martyrs par la Tramontane et le vent d'Autan.

Au fil des étapes qui vont du château de Peyrepertuse près de Rouffiac des Corbières dans l'Aude à celui de Roquefixade dans l'Ariège, je vous parlerai des origines, des fondements et de la brève histoire du « catharisme »

L'épopée cathare a commencé dans la deuxième moitié du XIIème siècle pour s'achever par la chute de Quéribus en 1259, les cathares s'étant ensuite réfugiés dans la clandestinité poursuivis par l'inquisition qui brûla le dernier cathare, Guilhem Bélibaste, en 1321.

Les vicomtes de Béziers, d'Albi, de Carcassonne et les Comtes de Toulouse et de Foix ont pris fait et cause pour les cathares, soutenus par le Roi d'Aragon, leur suzerain, sans pour autant tous se convertir à cette religion. Leur défaite conduira à la mainmise du Roi de France sur leurs possessions par le traité de Corbeil en 1239. Les châteaux dits Cathares deviendront alors des forteresses royales assurant la défense du royaume sur les « marches » d'Espagne. Mais la signature du traité des Pyrénées en 1659, reculant la frontière avec l'Espagne aux limites actuelles, fera perdre tout intérêt défensif à ces citadelles, qui seront démantelées ou tomberont dans l'oubli.

Pour cette première étape, nous partons du village de Rouffiac à l'assault du château de Peyrepertuse, installé à 780 m sur les contreforts du Roc de Sagnes, par un chemin si pentu qu'il faut parfois s'accrocher aux branches des arbustes qui le bordent pour le gravir.

Le Château se déploie sur l'arête sommitale du Roc sur près de 9000 m2 ce qui lui a valu le surnom de « Carcassonne céleste ». Ses murailles prolongent et se confondent avec les falaises vertigineuses qui le bordent. Son seigneur Guillaume de Peyrepertuse qui avait pris fait et cause pour les Cathares se rendit aux troupes de Louis IX en 1240. Ce dernier fit agrandir et consolider le château pour assurer la défense de la frontière.

Mais revenons aux origines et aux fondements du Catharisme tout en visitant le château . Ce mouvement aurait été inspiré par le "Bogomilisme » qui se développe au Xème siècle en Bulgarie et prône un retour au christianisme primitif.

Les fondements de cette religion peuvent se résumer à une interrogation : « Si Dieu est infiniment bon et tout puissant, comment peut il tolérer le mal sur la terre ?" Et les Cathares répondaient en disant qu'il ne pouvait pas être tout puissant puisque le mal existait sur la terre et que Dieu donc ne régnait que sur le monde des âmes. Le monde matériel où sévissaient la souffrance et le vice était la création de Satan. Il fallait donc mener une vie pure et d'abstinence pour libérer l'âme de sa prison corporelle. De fait, pour les cathares, l'enfer n'était pas dans le ciel mais sur la terre. Il n'y avait pas de jugement dernier et toutes les âmes étaient appelées à être sauvées, même s'il leur fallait plusieurs vies d'efforts à travers la réincarnation.

Ils se sont progressivement organisés pour fonder une véritable « Eglise » avec un clergé et des séminaires dans les régions de Foix, Toulouse, Carcassonne, Béziers et Albi mais ils ne construisaient pas de lieux de culte car tout bâtiment relevait du monde matériel donc du mal.

Le clergé était composé de cinq évêques compétents pour les régions précitées et de « Bonshommes » ou « Bonnesfemmes » (les femmes étant pour eux les égales des hommes) qui étaient seuls tenus à l'abstinence de nourriture carnée et à la continence sexuelle (dénommés par dérision « parfaits » par les inquisiteurs). Ils pratiquaient un métier artisanal (ils étaient principalement des tisserands) et se consacraient à la prédication itinérante. Ils recevaient de leurs évêques « le consolament » baptême spirituel des cathares. (il n'y avait pas dans leur religion d'autre sacrement)

Les autres membres de la religion cathare s'appelaient les « croyants » et s'efforçaient de faire le bien, mais ils pouvaient pêcher, c'est à dire manger de la viande, procréer, car c'est le diable qui pêchait en eux. Celà les conduisait à la réincarnation jusqu'à ce qu'ils deviennent à leur tour des « bonshommes » et des « Bonnesfemmes » A la fin de leur vie, ils recevaient le « consolament » qui atténuait leurs péchés et on enlevait une tuile du toît afin que l'âme puisse s'échapper du monde matériel.

Mais nous poursuivrons demain l'histoire de cette épopée cathare et pour reprendre notre cheminement sous l'oeil vigilant d'un vautour fauve heureux de nous voir quitter son territoire.

Après un coup d'oeil au chateau de Quéribus que l'on aperçoit dans le lointain (voir ma note du 18 octobre 2006) nous traversons une région encore sous l'influence méditerranéenne où les cistes prolifèrent sur les coteaux,

malgré l'omniprésence dans le paysage du Mont Canigou où l'hiver tient ses derniers quartiers.

Il nous reste à franchir les vertigineuses gorges de Galamus où se niche l'étonnant ermitage Saint Antoine,

pour arriver au terme de notre première étape au lieu dit les Bastides, paradis champêtre et bucolique où nous pouvons rafraîchir nos pieds échauffés par les kilomètres parcourus.


Texte & Photos Ulysse

13.05.2007

Ne disons plus jamais « Ah Çà ! Jamais ! »

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Combien de fois a-t-on entendu dire (ou dit soi même) « Ah ça ! Jamais de la vie ! » en parlant par exemple de l'hypothèse de passer des vacances avec belle maman, d'aller acheter son pain à pied ou en vélo plutôt qu'en bagnole, de voter pour un candidat qui augmentera les impôts ou de faire des heures supplémentaires pour un patron qui vous paye avec un lance pierres !...Et pourtant ce que l'on refuse de faire se produit un jour où l'autre qu'on le veuille ou non, c'est une loi intangible et incontournable aussi vrai que les parallèles finissent par se rejoindre contrairement à ce que l'on nous a appris à l'école !

Comment ! Vous contestez que les parallèles se rejoignent ! Mais diantre regardez la photo ci dessus de deux rails soi disant parallèles et qui cependant convergent et finiraient par se rejoindre si on les prolongeait jusqu'à l'horizon. La raison en est que l'espace est courbe et qu'à l'exemple des méridiens de la terre qui sont parallèles à l'équateur mais se rejoignent aux pôles, deux droites parallèles prolongées à l'infini finissent toujours par se rejoindre en un point de l'univers.

Ainsi donc, on peut considérer que si les parallèles se rejoignent il est inévitable qu'un jour où l'autre vous passerez des vacances avec belle maman, que vous irez acheter votre pain à pied ou en vélo plutôt qu'en bagnole, que vous voterez pour un candidat qui augmentera les impôts ou que vous ferez des heures supplémentaires pour un patron qui vous paye avec un lance pierres !. Désolé pour vous mais il faut vous y préparer ! Bon courage !

06.05.2007

En route pour le sentier Cathare....


A l'automne dernier j'ai effectué un court périple dans la région des chateaux dits « Cathares », ces citadelles du vertige qui servirent de refuge aux derniers « Bonshommes » comme s'appelaient les adeptes de cette religion et où ils furent massacrés par les « croisés » à la solde du Roi de France qui en profita pour faire main basse sur la région.

J'ai été séduit par l'aspect sauvage de cette contrée et l'audace des bâtisseurs de ces citadelles. Le peu que j'ai alors appris de cette épopée Cathare m'a donné envie d'en savoir davantage et de m'imprégner de cette région où elle s'est développée.

Aussi je pars une huitaine de jours faire« pédibus jambus » le sentier cathare qui m'amènera de Rouffiac au pied du château de Peyrépertuse jusqu'à Roquefixade.

A mon retour je vous raconterai mon périple et vous ferai redécouvrir cette épopée qui fut un grand moment de la civilisation occitane.

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