18.02.2008
Saint-Pons - Jour de foire
La ville de Saint-Pons, ancienne ville épiscopale, qui possède une des seules cathédrales ayant sa façade flanquée de la devise républicaine: liberté, égalité, fraternité, est située au pied des montagnes du Haut-Languedoc. C'est donc tout naturellement que cette petite ville a servi de base marchande à tous les artisans et commerçants de la montagne noire, un artisanat d'ailleurs très riche comme on peut le lire sur ce texte de la fin du 19ème siècle.
Retrouvez l'intégralité de ce texte sur gallica:
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64521h/f195.table
Extrait de Taillevent, de Ferdinand FABRE
La foire, caquetante, beuglante, hélante, chevrotante, piaillante, était répandue à travers la ville entière. Toutefois, elle occupait deux quartiers principalement: celui de la place de la Cathédrale et celui de la promenade des Ormes. Ici les gros draps de Mazamet, les molletons pellucheux de Colombières, les serges rudes de Saint-Chinian, les toiles bucheuses de Salvergues, la bonneterie à raies multicolores, à pompons rouges de Lacaune, les faïences grossières de Caux, les clous primitifs de Graissessac, toute espèce d'étoffes, de ferrailles, d'objets lourds, bizarres de formes, indispensables aux habitants des sommets.

Là-bas, les indiennes éclatantes de Marseille, les foulards soyeux de Nîmes, les fichus à bordure ajourée de Grenoble ou d'Avignon, la coutellerie de Langres. Puis, sous de grandes vitrines, des verroteries, des bijoux, des affiquets arrivés de pays inconnus, débités avec force gestes par des hommes baragouinant le français et le patois d'un accent étranger qui ne laissait pas d'être fort génant pour les petites bourgeoises de St-Pons ou les fermières riches de la montagne, le moment venu de se renseigner sur l'objet choisi, d'en débattre le prix, d'obtenir un rabais.

Le long de la route de Castres, les galoches, les sabots versés sur la voie à charrette pleine, formaient des amas montueux. Ces galoches et ces sabots, les uns pointus du bout, les autres carrés offraient un spectacle des plus curieux. Autour de ces tas sans cesse croulant sous des mains acharnées à les éparpiller, les groupes grouillaient. Quels bons coups de langue les femmes administraient au sabotier leur passant un pièce ou mal venue, ou tant soit peu fendillée! En essayant les galoches, en allongeant la monnaie, en marchandant, elles avaient des plaintes, des réclamations, des reproches, des cris de pies perdues dans les oseraies de l'Agoût. Les hommes, eux, ne soufflaient mot, logeaient leurs pieds dans les sabots vaille que vaille, payaient, poursuivaient à travers la foire, entraient au cabaret... Oh! Les cabarets, quel vacarme de chansons vociférées à pleine gorge ils jetaient à travers les rues par les fenêtres et les portes ouvertes à deux battants!
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26.11.2007
Saint-guilhem le désert - Le pont du Diable
La légende du pont du Diable.
Ce pont, qui est presque millénaire, mérite bien un petit détour si vous passez dans le coin. Mais ne vous précipitez pas, laissez passer devant votre chien, votre chat, ou éventuellement votre pire ennemi, etc..., on ne sait jamais, si le diable revenait !
Extrait de "Le cycle de Guillaume d'Orange" de Joseph BEDIER, vers 1920
Quant on vient d'Aniane, on rencontre d'abord, un peu avant Saint Jean de Fos, un petit cours d'eau, la Clamouse, qui se jette dans l'Hérault. C'est là l'entrée d'une gorge étroite, la gastine, le désert des poètes. Des escarpements de rochers dolomitiques, ça et là, découpés en aiguilles, la dominent, et l'Hérault, parmi ce "desrubant fier" s'est tracé sa voie. Aux abords de St Guilhem, un ruisseau, le Verdus se précipite de la montagne et creuse dans l'Hérault, un gouffre noir.

Un pont jeté sur cet abîme, a été construit à frais communs, entre 1025 et 1048, par les deux abbayes d'Aniane et de Gellone. Assis sur la pierre vive et bâti en pierres dures, il a, depuis neuf siècles, résisté aux crues. Je ne sais si les passants, comme les pélerins, continuent à jeter des pierres au démon emprisonné dans le gouffre, mais le pont garde ce nom: le pont du Diable.

Le folklore local y voit toujours l'oeuvre de Saint Guillaume. Quant il vit que le diable renversait la nuit ce qui avait été édifié à grand peine pendant le jour, Guillaume finit par se lasser. Il appela le Diable et fit un pacte avec lui aux conditions ordinaires: le premier passager lui appartiendrait. Le Saint, plus rusé que Satan, fit connaître le marché à tous ses amis pour les préserver, puis il lâcha un chat qui, le premier, traversa le pont et dont le démon fut bien obligé de se contenter. Depuis ce temps, les chats appartienent au Diable et les chiens à Saint Guilhem.
06:45 Publié dans Histoire locale , Saint-Guilhem le désert | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : saint, guilhem, desert, pont, diable, chat, histoire
24.09.2007
Saint Gervais sur Mare - Les ponts
Bien chère Emilie,
Tu ne saurais croire le plaisir que nous avons eu de voir Mr Pujol. Il est toujours le même, gai et aimant à rire. Nous avons tout le temps parlé de toi longuement. J'étais loin de penser de le revoir sitôt.

Il a dû te dire qu'il nous avait trouvé bien vieillis car les peines et les morts ne ménagent personne. Aussi, rien ne nou fait plaisir. Je ne sors pas du tout. J'ai le petit fatigué. Il n'a que treize ans et demi et facilement, on lui donnerait 15 ans. Avec ces chaleurs qu'il fait depuis quelques jours, il commence à être fatigué. Justement hier, Paul l'a vu au moment de partir, qu'il venait du lit.

Je suis obligée de le sortir encore de l'école. Cela m'est arrivé en été plusieurs fois. Il ne mange pas et me donne beaucoup de soucis. D'après le docteur, il lui faut le grand air. il m'a dit de le changer de climat et nous avons décidé d'aller au pays de son père passer une quinzaine de jours ou trois semaines. Nous verrons si cela lui fait du bien. Nous serions parti un de ces jours mais on a toujours quelque chose à préparer.

Nous comptons y aller Lundi ou Mardi de la semaine prochaine. Pour des enfants, il faut faire des sacrifices. Il semble toujours que l'air va nous les emporter. Rosa me prie d'être son interprête pour te dire, pour elle, mille choses affectueuses de sa part.

Je m'arrête, Chère Emilie, car je veux que les cartes arrivent le plus tôt possible pour te donner de nos nouvelles. Je sais que Paul le fera de vive voix. Reçois de ton amie, ses meilleurs souvenirs, qui t'embrasse bien fort.
Marguerite ALIBERT

06:30 Publié dans Histoire locale , saint gervais | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : saint, gervais, mare, pont, diligence, carte, postale

