14.12.2007
Les temps changent...
Aux Etats-Unis, il semblerait que le consensus change en ce qui concerne la vision de l’économie. Je l’ai déjà évoqué dans une précédente note, mais cela me semble suffisamment important pour y revenir aujourd’hui.
Dans son dernier ouvrage, l’économiste Paul Krugman réfléchit aux liens entre croissance économique et réduction des inégalités. Pour cela, il s’appuie sur l’exemple des Etats-Unis au début du XXème siècle. Entre 1900 et 1930, malgré la croissance économique forte, les inégalités ne baissent pas. Il en tire la conclusion suivante : les classes moyennes ne prospèrent pas naturellement avec la croissance économique ; elles doivent être soutenues par l’action politique. Il faut attendre le « New Deal » du président Roosevelt pour que survienne la « grande compression des revenus ». Les inégalités sont réduites en agissant aux deux bouts : les impôts sur les riches (le taux marginal d’imposition est de … 90%) et les entreprises augmentent fortement ; la sécurité sociale, la politique des retraites publiques et les allocations chômage se mettent en place. Selon les économistes et les politiques contemporains, de telles politiques auraient dû faire fuir les forces vives du pays et plomber l’économie. Or celle-ci connaît une longue période de prospérité.
« Si cela va à l’encontre de ce qui aurait dû se produire dans les manuels d’économie, eh bien, c’est que quelque chose ne va pas avec les manuels d’économie » affirme Krugman.
Après 20 ans de politiques libérales, fondées sur les privatisations, les baisses d’impôt, la dérégulation de la finance, les inégalités sont aussi fortes qu’au début du XXème siècle.
L’économie fait un retour en force dans la campagne présidentielle américaine. Si les démocrates prennent le pouvoir, ils devront retrouver « l’esprit du New Deal ». Krugman plaide pour la mise en place d’une couverture santé universelle, pour une augmentation des impôts sur les riches et même pour la création « d’un super-impôt pour les super-riches ».
Selon lui, c’est la politique, les changements institutionnels et de normes sociales qui sont au cœur de la remontée des inégalités aux Etats-Unis. Et ce qu’une politique a défait, une autre pourra le rebâtir.
Dani Rodrick, professeur à Harvard, soutient la thèse suivante dans son dernier livre : « Les politiques de développement se définissent d’abord au niveau national et l’Etat a un rôle essentiel à jouer pour stimuler la croissance, qui est la base de tout développement réussi. »
Il conteste notamment les liens entre libéralisation commerciale et dynamisme économique. Pour lui, il n’y a pas une seule recette de développement. Seul le contexte institutionnel local permet de déterminer les politiques qui vont permettre non seulement d’initier une dynamique de croissance, mais surtout de la maintenir dans le temps et de la rendre résistante aux crises.
Ha Joon Chang, économiste à l’université de Cambridge, revient dans son dernier ouvrage sur ce qui a fait le succès des pays riches actuels. Il défend notamment le renforcement des entreprises publiques contre la privatisation et la nécessité de protéger les industries naissantes avant, une fois qu’elles sont devenus fortes, de libéraliser les secteurs. S’appuyant sur l’exemple de la Corée (son pays d’origine), il démontre combien les avantages dont peut disposer un pays dans la mondialisation sont ceux qu’il se crée lui-même. Ce ne sont donc pas les avantages comparatifs initiaux du pays qui peuvent permettre le développement mais les avantages construits, dans plusieurs secteurs, par une politique où l’intervention de l’Etat est nécessaire ainsi qu’une étroite collaboration entre secteur public et secteur privé.
PP
10:59 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économistes
07.09.2007
Citations d'économistes...
Une photo de mon lieu de vacances (Cap Ferret – Bassin d’Arcachon) :
…Et quelques citations d’économistes qui avaient conscience des visées politiques de leur science. Ils ne cherchaient pas, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui, à habiller de formules mathématiques complexes les sophismes de la pensée unique. Ils se préoccupaient plus d’expliquer le fonctionnement d’ensemble des systèmes sociaux plutôt que de disserter sur la « robustesse » de leur modèle mathématique.
Albert Hirschman : « L’ennemi principal, c’est bien l’orthodoxie ; répéter toujours la même recette, la même thérapie, pour résoudre toute sorte de maux ; ne pas admettre la complexité, vouloir à tout prix la réduire ; alors qu’en réalité les choses sont toujours un plus compliquée. »
John Kenneth Galbraith : « La plupart des gens, avec l’existence modeste qu’ils mènent, se font une idée magnifiée des capacités intellectuelles des personnages qui vivent en association intime avec de grosses sommes d’argent. »
Gunmar Myrdal : « La notion d’harmonie des intérêts est une prédilection fondamentale de la théorie économique. C’est certainement une idée réconfortante pour ceux qui ont tiré le bon numéro à la loterie de la vie. »
George Stigler : « Les mathématiques n’ont pas de symbole pour les idées confuses. »
John Kenneth Galbraith : « Il n’existe aucun processus ou problème économique qui ne puisse être formulé en langage clair, et mis ainsi à la portée du lecteur cultivé et intéressé. »
PP
23:04 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économistes


