20 mai 2008
L'économie des régions
En économie, on parle souvent de « la » France comme d’une entité unique et indivisible. Il est également instructif de s’intéresser aux territoires qui la composent : les Régions.
(Pour télécharger les graphiques de cette note, cliquez ici)
Le graphique suivant permet de visualiser la contribution de chaque région (hors Ile de France, « hors compétition » avec ses 447 milliards d’€) à la création de richesse (mesurée par la valeur ajoutée). La première région de province est la région Rhône-Alpes avec près de 155 milliards d’€. La Corse arrive en queue de peloton avec moins de 6 milliards.
Au-delà de la seule valeur, la structure de la valeur ajoutée (VA) est intéressante.
Sauf en Champagne-Ardenne, en Franche-Comté et en Haute Normandie, les services représentent plus de 70 % de la VA.
En PACA, en Ile de France et … en Corse, ils représentent même plus de 80 % du total.
Signe de la « désindustrialisation » de la France, la part de l’industrie est passée de 17,9% à 14,6% du total de la VA en France métropolitaine entre 2000 et 2006. Alors qu’en 2000, la part de l’industrie dépassait 20 % dans treize régions, ce n’est le cas que dans trois régions en 2006 (Alsace, Franche-Comté et Haute-Normandie).
On nous répète que cette « désindustrialisation » n’est pas dramatique, que nous sommes désormais entrés dans une économie de services, comme tous les pays développés. Soit…
On pourrait donc imaginer que la croissance des économies régionales est indépendante de la croissance industrielle…
Mais le graphique suivant montre qu’il existe un lien, une corrélation forte pour toutes les régions (sauf pour Midi-Pyrénées !) entre la croissance de l’industrie et la croissance de l’ensemble de l’économie régionale. Ainsi, les régions qui ont connu la plus forte croissance industrielle (Languedoc-Roussillon, PACA, Bretagne et ….Corse) sont aussi celles qui ont connu la plus forte croissance globale.
Cela ne fait que renforcer la nécessité d’une politique industrielle digne de ce nom.
Selon moi, une économie qui ne fabrique plus n’innove plus et, par conséquent, est condamnée au déclin et à l’appauvrissement.
PP
09:40 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, innovation, vision, politique industrielle
03 avril 2008
Crise? Quelle crise?
Si certains d’entre vous sont inquiets à l’évocation d’un « plan de rigueur », sachez que pour d’autres la « rigueur » n’est pas à l’ordre du jour.Qui sont ces heureux élus ? Les actionnaires des entreprises du CAC 40.
En 2007, sur les 100 milliards d’€ de bénéfices réalisés par ces 40 entreprises, environ 57 milliards ont été « rendus » aux actionnaires que ce soit sous forme de dividendes (pour environ 38 milliards) ou de rachat d’actions (pour environ 19 milliards).
Alors que les dividendes n’ont progressé « que » de 21%, le montant des rachats d’actions a été multiplié par près de 2,5 entre 2006 et 2007.
Arcelor Mittal, BNP Paribas, Axa, Sanofi Aventis, Total, Société Générale, Accor et Suez ont réalisé près des trois quarts du montant total des rachats d’action.
Par exemple, Accor a racheté en 2007 pour 8.5% de son capital soit 1,24 milliards d’€.
Quelques chiffres (Dividendes + Rachats d’action)
* Total : 6 milliards d’€
* BNP Paribas : 5 milliards d’€
* Axa : 4,3 milliards d’€
* Sanofi Aventis : 4 milliards d’€
* Mittal Arcelor : 3,8 milliards d’€
Le rachat d’action consiste, pour une entreprise cotée, à racheter ses propres actions. Les conséquences sont, en règle générale, une hausse du cours (moins d’actions sont en circulation) et une hausse des dividendes par action (les dividendes sont à partager entre un nombre plus restreint d’actionnaires).
C’est aussi un aveu d’impuissance, puisque cela signifie que l’entreprise n’a rien de mieux à faire avec son argent (investir, par exemple !). Ainsi en 1975, l’investissement net (une fois décompté le renouvellement de l’existant) représentait en moyenne 6,5% de la valeur ajoutée, alors qu’en 2005 ce chiffre est tombé à 4,3%.
Cette tendance est-elle tenable à long terme ? La survie du capitalisme est fondée sur l’investissement qui permet de développer la production et donc les profits futurs. L’approche actuelle se résume à une recherche effrénée du profit à court-terme, sans autre but que ce profit lui-même.
PP
10:49 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, inégalités, économie, dividendes
17 décembre 2007
Minorité risible...
Samedi 15 décembre avait lieu la Convention nationale du Parti Socialiste. Elle avait pour objectif de préparer les élections locales du mois de mars tout en commençant à préparer la longue marche vers le retour au pouvoir en se remettant au clair sur ses idées. Une matinée pour débattre du rapport, toujours vécu par certains comme conflictuel, des socialistes à l'économie de marché, une après-midi consacrée à la validation des têtes de liste pour les élections municipales, enjeu majeur pour un parti dont les élus sont la principale force de frappe.
C’est pendant la matinée, donc, que Seybah Dagoma a fait part à ses « camarades » de « sa foi dans le marché et dans les fonds de pension », et de sa conviction que « le marché, bien sûr, mais aussi la justice sociale » sont également importants. Ouf ! La justice sociale est sauvée in extremis.
Qui est donc cette personne aux idées si novatrices ? Seybah Dagoma, jeune femme de 30 ans d’origine tchadienne, est avocate d’affaire. Elle a également été désignée par les militants pour mener la liste du PS dans le 1er arrondissement de Paris - jugé gagnable par la gauche - aux municipales de 2008. Sa mission: déboulonner le maire UMP Jean-François Legaret. Le 18 octobre, elle a été désignée par 58,2 % des militants locaux. Cette avocate spécialisée dans le financement des entreprises en difficulté est la plus jeune tête de liste parisienne, totalement inconnue... y compris des adhérents socialistes du 1er. Mais, dans l'équipe de Bertrand Delanoë, on se réjouit de pouvoir - enfin - afficher « une belle représentante de la diversité, du rajeunissement et du renouvellement ».
L’UMP avait Rachida Dati et Rama Yade, le PS peut leur opposer Seybah Dagoma. Tout va bien, le PS est une nouvelle fois tombé dans le panneau de l’UMP.
Le « renouvellement » que nous attendons est celui des idées, pas celui des visages. En plus, faire l’éloge du marché, quelle nouveauté ! Nous avons déjà Jean-Marc Sylvestre et Jacques Marseille ! A quoi bon entendre les mêmes chansons chantées par de nouveaux interprètes, même s’ils font partie des « minorités visibles » ? La seule « diversité » qui compte, c’est celle des idées et des points de vue. J’aurais préféré entendre parler de lutte contre le travail précaire, de réduction des inégalités et d’autres sujets tellement « archaïques ».
Pour terminer, j’ai parcouru rapidement la contribution de Seybah Dagoma à la rénovation du PS (sur le blog de la rénovation du PS, oui, ça existe). Elle a dû recycler son mémoire de fin d’études ! C’est n’est rien moins qu’une présentation un peu scolaire des différents types de fonds d’investissement (« qu’il faut connaître pour mieux les maîtriser », bien sûr). En conclusion, elle propose :
- L’encadrement plus strict des hedge funds incluant une obligation d’information complète sur les différents risques encourus;
- La mise en place de coopérations renforcées entre régulateurs nationaux ou à la création de régulateurs à l’échelle européenne ou mondiale.
C’est dingue, personne n’y avait jamais pensé !
Minorité « visible » ou minorité « risible » ?
PP
19:04 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Parti Socialiste, Rénovation, économie
27 novembre 2007
Pouvoir d'achat, Chine et Bernard Laporte
Quelques réactions sur ce que j’ai lu et entendu ces jours derniers...
Tout d’abord, une interview (sur France Inter) de Luc Chatel, Secrétaire d’Etat à la Consommation et au Tourisme…Nous sommes sauvés : il a concocté une loi pour nous redonner du pouvoir d’achat. Si j’ai bien compris, cela va porter sur la fameuse réforme des « marges arrières », sur un encadrement des conditions commerciales des opérateurs de téléphonie mobile et internet, ainsi que sur les frais bancaires…
Disons-le franchement, c’est accablant de nullité… Alors que l’économie mondiale subit des soubresauts dont nous ignorons sans doute encore toute l’ampleur, notre ami Luc Chatel arrive avec ses comptes d’apothicaires et ses économies de bouts de chandelle !
Il faut bien faire quelque chose, me direz-vous ?! Certes, mais pour redonner du pouvoir d’achat, il ne suffit pas de faire baisser les prix. Puisque qui dit baisse des prix, dit tôt ou tard pression sur les salaires ou délocalisations. Au contraire, il faudrait susciter l’investissement, encourager l’innovation pour tirer vers le haut les qualifications et les salaires. Mais évidemment, lorsque l’on a gâché toutes ses marges de manœuvre dans un « paquet fiscal » aussi injuste qu’inefficace et coûteux, que reste-t-il ? Des petits bricolages futiles comme la loi « Chatel sur le pouvoir d’achat ».
Toujours sur le pouvoir d’achat, un article dans le journal « Aujourd’hui en France » faisait état d’une étude comparative sur les prix différents produits dans plusieurs pays. Le sous-titre de l’article était « La Chine, le pays où la vie est moins chère ». Un peu plus et on avait droit à « La Chine, le pays où il fait bon vivre ». C’est vrai qu’il n’y a pas encore de syndicalistes obtus qui viennent casser les oreilles des entrepreneurs avec des considérations aussi futiles que le droit du travail, le salaire minimum…
Evidemment, comparés aux prix pratiqués en Belgique, en France, aux Etats-Unis et en Norvège, ceux de Chine sont largement plus bas. Par exemple, un café coûte 0.99 € en Chine contre 2.39 € en Norvège. Sauf que en Chine, près de 30 % de la population vit avec moins de …2 dollars par jour (soit deux cafés !!) et 10 % avec moins de 1 dollar par jour (un café et l’addition !!)
Paradoxalement cet « enfer de la vie chère » que semble être la Norvège est régulièrement classée en tête du classement mondial en ce qui concerne l’Indice de Développement Humain (IDH) par le Programme des Nation Unies pour le Développement (PNUD). L’IDH est un indicateur synthétique qui ne prend pas en compte la seule croissance du PIB, mais aussi l’accès aux soins, à l’éducation, la lutte contre les inégalités… Ainsi donc, un pays où la vie est si chère peut donc être « vivable ». Bizarrement, c’est un des pays au monde où les inégalités sont les plus faibles…
Pour finir en beauté, l’interview (sur Canal+) de Bernard Laporte, Secrétaire d’Etat aux Sports…Au journaliste qui lui posait de façon insistante une question sur ses démêlés judicaires, il a répondu : « Vous, vous êtes un salarié, vous attendez que les choses se passent. Moi, je suis un entrepreneur, je prends des risques et je donne à manger à 200 familles. ».
Dans sa bouche, le terme de « salarié » disqualifiait totalement son interlocuteur et avait pour but de lui faire prendre conscience de son incapacité totale à juger des problématiques des « entrepreneurs ». Il aurait pu très bien lui dire ; « Ecoutes, petit, ne parles pas de choses qui te dépassent. Laisse faire les grandes personnes ! » Ca aurait été moins hypocrite.
Monsieur Laporte est ministre de la France, des entrepreneurs, comme des salariés. Il n’a donc pas à opposer les deux, surtout pour mépriser si ostensiblement les seconds ! De plus, en tant que ministre des Sports, il devrait être particulièrement vigilant sur les notions de tolérance et d’esprit de groupe… Ses propos, emprunts de la rhétorique libérale usée jusqu’à la corde, me font douter très sérieusement de son engagement au service de l’intérêt général.
PP
12:32 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, inégalités, économie
21 novembre 2007
Initiative individuelle et vision d'ensemble...
On me reproche parfois d’avoir une vision étatiste de l’économie (le premier qui me traite de stalinien, hop, au goulag !!).
Mon propos n’est pas de revenir à une économie planifiée (« le Plan, une ardente obligation » disait un leader communiste d’après-guerre, il s’appelait De Gaulle). En revanche, on peut noter que des pays comme le Japon ou la Corée ont fait preuve d’une certaine créativité, malgré (ou peut-être à grâce à) un ministère de l’industrie assez développé.
Les pays scandinaves sont les pays dans lesquels l’Etat a un rôle les plus importants (si l’on mesure cela par le poids des prélèvements obligatoires) et ce sont les pays européens les plus innovants(nombre de brevets par habitant).
Il est vrai aussi que dans ces pays, les dépenses en R&D; des entreprises sont nettement plus élevées qu’en France...
Quoiqu’il en soit, je ne pense pas que la France soit toujours un « gros machin centralisé » pour tout ce qui concerne la production. A mon avis elle pêcherait plutôt par un déficit de politique industrielle (les pôles de compétitivité pourraient jouer un rôle s’ils n’étaient pas aussi nombreux et émiettés sur le territoire). Depuis plus de dix ans, c’est l’abaissement du coût du travail (via les allègements de cotisations sociales) et sa flexibilisation (interim, CDD, temps partiel) qui tiennent lieu de politique industrielle en France. Résultat : on devient moins performant parce que ces pratiques tirent vers le bas les salaires et les qualifications.
On nous répète que c'est à chacun d'entre nous de se prendre en main, d'être créatif, de prendre des risques...Cette mise en avant de l’initiative individuelle n’est-elle pas un aveu d’impuissance de la part de dirigeants (politiques et économiques) qui sont incapables de dessiner une vision d’avenir pour la société, un idéal d’avenir partagé ?
Je pense en effet que les élites françaises ont une responsabilité considérable dans les blocages de la société française. En effet, la plupart des dirigeants des grandes entreprises sont X, Enarques, Inspecteurs des Finances (voire un peut tout à la fois) et ils passent allègrement des cabinets ministériels, de la haute fonction publique à la direction de grandes entreprises. Sur les 71 dirigeants des grandes entreprises françaises la moitié sont X ou Enarques, un tiers d’entre eux ont transité par la fonction publique et un quart par les cabinets ministériels.
Selon l’économiste Thomas Philippon « Dans sa dynamique propre, le capitalisme français tend à privilégier l’héritage qu’il soit direct (sous la forme de la transmission successorale) ou sociologique (sous la forme de la reproduction sociale par le diplôme et le statut). »
Cela se traduit pour ces entreprises par des résultats moins bons que les autres.
Ceux qui sont souvent les premiers à fustiger les « blocages de la société » feraient bien d’abord de balayer devant la porte de leurs conseils d’administration, dont le corporatisme ferait pâlir le plus obtus des syndicalistes « archaïques ». De ces pratiques au plus haut niveau découle un management « à la française » qui ne contribue pas à valoriser la prise de risque et l’initiative.
Nous n’avons pas besoin de flexibilité supplémentaire du marché du travail. Ce dont nous avons avant tout besoin, c’est de politique visant à favoriser le développement d’entreprises innovantes, qui existent mais qui ne sont pas assez soutenues.
Trois exemples dans mon entourage professionnel:
* Une petite société basée à Albi a mis au point une alternative plus que crédible aux logiciels des mastodontes Business Objects et Cognos
* Un de mes clients est en train de mettre au point une maison à structure métallique à 50 000 €
* Un autre a mis au point un procédé de fabrication d’objets décoratifs à base de matériaux végétaux et de plexiglas
Je ne pense pas que ce soit ma présence dans le secteur qui catalyse à ce point les énergies créatrices (quoique, pourquoi pas ? il faudra que j’en parle à Jacques Attali !). Sérieusement, je pense que l’on pourrait multiplier les exemples de ce type dans toutes les régions de France.
Ce dont ces entreprises ont besoin, ce n’est pas de flexibilité du contrat de travail mais plutôt de partenaires industriels, commerciaux et aussi financiers. Cela milite en faveur d’une reprise en main par l’Etat du financement de ces entreprises puisque le secteur bancaire privé est incapable de prendre des risques industriels, englué qu’il est dans une course au profit financier à court terme, incompatible avec la prise de risque nécessaire à l’innovation.
Il faut que l’Etat retrouve un rôle équilibré dans l’économie, en plus du rôle de fournisseur de services publics (éducation, santé, sécurité, énergie…). Non à l’Etat minimal des libéraux, mais ce n’est pas pour autant que l’Etat doit produire des voitures ou de l’acier.
C’est aux dirigeants politiques de proposer une vision de la société. Une fois ce chemin balisé, l’initiative individuelle aura toute sa place et donnera sa pleine mesure.
PP
12:53 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie, innovation, vision, politique indsutrielle, coût du travail
13 novembre 2007
Petites leçons d’économie à la portée de tous
Ah ! Que Jean-Marc Sylvestre aime les jours de grève dans le service public ! Cela lui donne l’occasion d’entonner une fois de plus sa sempiternelle litanie sur « les archaïsmes des syndicats », « la prise d’otage des usagers », « les privilégiés arc-boutés sur leurs avantages acquis », « les blocages de la société française »… Son gazouillis matinal sur France-Inter est un vrai bonheur…pour les amateurs de second degré.
Mais ce VRP multicarte (il sévit, pardon…il officie également sur TF1 et LCI) de la mondialisation heureuse et du libéralisme rédempteur ne dit pas que des conneries…il en écrit aussi ! (Merci à Pierre Desproges pour l’inspiration)
Il a en effet récemment commis un ouvrage intitulé « Petites leçons d’économie à la portée de tous ». Après Evelyne Dhéliat qui veut nous aider à sauver la planète (elle a écrit un livre sur le sujet), voici donc un autre employé de TF1 qui nous propose « une lecture simplifiée de l’économie ».
Dans une récente interview, Simplet nous apprend donc qu’ « il n’y pas de meilleur système que l’économie de marché pour créer des richesses. L’optimisation des intérêts individuels contribue à l’intérêt collectif, à condition qu’il y ait des règles du jeu stables et que les acteurs de l’économie respectent un code de moralité et d’éthique. Ce qu’il ne font pas aujourd’hui, malheureusement.»
Effectivement si tous les méchants étaient gentils, le monde irait beaucoup mieux ! Qui a dit que l’angélisme était un travers des utopistes gauchistes ? Quant à ce vibrant hommage à la « main invisible du marché » qui est censé œuvrer, malgré nous, à notre bonheur…il est tout simplement désarmant de naïveté…ou de duplicité. En effet, je ne peux pas penser que Jean-Marc Sylvestre est obtus au point de croire à ses propos. Mais il est plus facile de faire passer la pilule du libéralisme si l’on arrive à convaincre que les lois du marché sont incontournables et intangibles.
Quant aux « codes de moralité et d’éthique », je pense qu’il est aussi vain de prétendre réguler l’économie avec de tels instruments que de tenter de guérir un cancer généralisé en phase terminale avec des tisanes ! En effet, faire reposer la régulation du système sur la bonne volonté des acteurs me paraît utopique, surtout lorsque ces mêmes acteurs sont soumis à de puissantes incitations à privilégier leur intérêt personnel au détriment de l’intérêt collectif.
PP
22:17 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : économie, finance, régulation
27 juillet 2007
Nicolas Sarkozy et la théorie économique
Nicolas Sarkozy l’a affirmé le 29 juin 2007 (discours à Lyon) : pour trouver les solutions au problème d'emploi et de croissance, «inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques... moi-même, parfois je suis un peu perdu. Ce que je veux c'est que les choses marchent». Mieux vaut, selon lui, faire du benchmarking, cette méthode qui consiste à regarder ce que font les autres pays.
En 1998, devant les députés français, Tony Blair déclarait : « Il n’y a pas de politique économique de droite ou de gauche, mais des politiques économiques qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. »
Etrange similitude entre les propos de ces deux champions de la « modernité ».
On retrouve une filiation qui remonte à Margaret Thatcher et dont la principale caractéristique est le mépris pour toute analyse intellectuelle. Margaret Thatcher qualifiaient les intellectuels de « classe bavarde ».
Tout le monde veut que les « choses marchent », encore faut-il se mettre d’accord sur ce que signifie cette expression. Il faut réfléchir (cela va bientôt devenir un gros mot) pour définir quels sont les objectifs que l’on se fixe en matière de croissance, de réduction des inégalités, de protection sociale… L’économie doit ensuite être gérée pour atteindre ces objectifs.
Contrairement à ce que croit (ou veut faire croire) Tony Blair, il existe encore des clivages entre gauche et droite, entre ceux qui pensent que la collectivité doit aider les plus fragiles et ceux qui pensent que le laisser-faire conduira à la meilleure situation possible, entre ceux qui pensent que la société existe et ceux qui pensent qu’il n’y a que des individus.Pour en finir avec Tony Blair, 61 % des britanniques interrogés pour un sondage paru dans The Observer ont estimé qu’ils ne vivaient pas mieux en 2007 qu’en 1997 (date de l’arrivée au pouvoir de Mr Blair). Peut-être que sa politique économique ne « marche » pas si bien que ça…
« moi-même, parfois je suis un peu perdu »
Les théories économiques ont pour objet d’expliquer les comportements, les choix, les réactions aux incitations des différents acteurs (Etats, entreprises, ménages) sur les différents marchés (capital, travail, biens). Il est donc logique qu’elles soient un peu complexes ; il y a effectivement de quoi être « un peu perdu ». Mais de là à les balayer d’un revers de main, il y a un pas…que Nicolas Sarkozy franchit allègrement !
Que propose-t-il ? Aller voir chez les autres ! Génial, personne n’y avait pensé ! Comme d’habitude avec lui, il s’agit bien sûr d’une fausse bonne idée. La première difficulté à déterminer les critères de réussite de telle ou telle solution : le taux de croissance, le taux de pauvreté, la réduction des inégalités, la qualité de la protection sociale…Pour certains, la Chine « réussit », allons-nous adopter ses solutions ?
Ensuite, il est délicat de déconnecter une mesure particulière de son contexte économique, historique, culturel… pour la transposer dans un autre pays.
Enfin, si tout le monde utilise cette technique, on peut penser que les réflexions (encore un gros mot) vont assez vite tourner en rond. Ce n’est pas en perfectionnant la bougie que l’on a inventé l’électricité ! Il faut parfois avoir le courage de sortir des sentiers battus ou « benchmarkés ».
Les infortunes de la science
Si la théorie est incontestablement utile en économie, elle n’est pas exempte de tout reproche. Maurice Allais qui reçut le prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (abusivement appelé Prix Nobel d’économie), souligne ainsi en 1968 que « aujourd’hui, on n’a que trop souvent l’impression que l’économie est simplement considérée comme un prétexte pour faire des mathématiques, et que la beauté des démonstrations est préférée à la ressemblance avec la réalité ». Les économistes qui ont marqué l’histoire, comme John Maynard Keynes, étaient motivés par les problèmes du monde réel et, une fois leurs théories élaborées, voulaient les mettre en pratique. Ils ne cherchaient pas à se complaire dans un monde imaginaire fait de « main invisible », d’optimum et d’équilibre de concurrence pure et parfaite.
Aujourd’hui, bon nombre d’entre eux ne considèrent plus les lois du marché comme aussi intangibles que les lois de la gravitation universelle. Pourtant, ils sont encore bien trop souvent englués dans un formalisme mathématique qui les éloigne du grand public. Ainsi, ils semblent oublier que l’économie n’est pas une science exacte, qu’elle est intimement liée aux transformations historiques et politiques. Ils laissent donc la porte ouverte à ceux qui, comme Nicolas Sarkozy, veulent anéantir toute réflexion pour imposer leur idéologie.
PP
07:37 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Blair, Economie


