20.02.2008

Actualité

Vous l’aurez constaté, la mise à jour de ce blog est assez aléatoire ces temps-ci…
En ce moment, je suis pas mal occupé avec la campagne des municipales.
J’ai laissé un peu de côté les questions économiques et politiques nationales pour me concentrer sur les finances locales, le plan local d’urbanisme, les problématiques d’assainissement, de logement… Quoiqu’il en soit, c’est vraiment une expérience passionnante et enrichissante…

Pour autant, je ne suis pas devenu complètement hermétique à l’actualité. Je vous livre, un peu en vrac, les points qui ont retenu mon attention ces derniers jours :

Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique de Villepin ont signé (aves d’autres) l’appel à la « vigilance républicaine » (face aux dérives sarkoziennes) lancée par le magazine Marianne. Je ne serais pas surpris si ces trois-là nous lançait d’ici quelque temps une sorte de «grosse koalition » à l’allemande.

Les revendications sur les salaires se multiplient : dans la grande distribution, ça n’a rien de surprenant. En revanche, ce qui est plus étonnant, c’est que l’on assiste à des mouvements dans des entreprises comme L’Oréal et même je crois chez un grand assureur (Axa ?).
En 2008, les entreprises du CAC 40 vont verser plus de 30 milliards d’€ à leurs actionnaires, soit plus du tiers de leurs bénéfices… Même si l’on nous répète que ces entreprises font « une grande partie de leur bénéfice à l’étranger », elles doivent bien disposer d’une marge de manœuvre pour augmenter leurs salariés en France. D’autant plus que l’argument ne tient pas pour la grande distribution, qui réalise une part importante de ses bénéfices en France…
Que propose les « grands » patrons : généraliser la rémunération variable (intéressement, …). Sous prétexte qu’eux y seraient soumis, il faudrait que l’ensemble des salariés fasse de même. Sauf que…les situations ne sont pas tout à fait les mêmes. En effet, les patrons ont une part de fixe qui s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros, ce qui permet de faire face au quotidien ! Pour pouvoir faire des projets, se projeter dans l’avenir, un salarié a besoin de pouvoir compter sur une rémunération stable et récurrent et non pas sur d’hypothétiques « bonus ».

Alors qu’il a promis des millions d’euros pour le site ArcelorMittal de Gandrange, Nicolas Sarkozy a répondu aux salariés de l’usine Kléber de Toul (eux aussi menacés de licenciement) que « ce n’est pas à l’Etat de se substituer à la direction de l’entreprise ». C’est beau une politique industrielle en marche !!

En ce moment, tout le monde tire sur Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale. Il est vrai que c’est assez croustillant de voir celui qui a pondu des rapports sur la « gouvernance d’entreprises » englué à ce point dans une affaire où les procédures internes de contrôle ont fait preuve d’une inefficacité manifeste (à moins que ce ne soit une volonté délibérée de spéculer)… Il est un autre patron qui sévit depuis des années et dont on ne vante pas assez les mérites : Serge Tchuruk. Entre 2000 et 2007, la valeur de l’action Alcatel a été divisée par 21 et en 2007, cette entreprise a perdu 3,7 milliards d’€.

Christine Lagarde a reconnu ces jours-ci que « l’Europe sera aussi touchée par la crise. » Quelle clairvoyance ! Bientôt, elle va reconnaître qu’il y a eu un choc pétrolier en 1973 !

PP

21.01.2008

Flexibilité, Précarité...

La semaine dernière, j’écoutais une émission sur France Inter qui faisait un tour d’Europe des « réformes » du marché du travail. Notamment en Allemagne, en Italie et en Grande-Bretagne…
Dans tous ces pays, les réformes ont consisté à introduire plus de flexibilité. Et partout cela s’est accompagné d’une montée de la précarité. Bien sûr, on peut toujours taxer les journalistes de France Inter d’être d’incorrigibles gauchistes…
En Italie, par exemple, un contrat baptisé « contrat d’objectif » permet d’embaucher un salarié pour réaliser une tâche précise (un nombre de pièces à produire par exemple). Une fois que la tâche est accomplie, hop, dehors.
En Allemagne, du fait du durcissement de l’indemnisation du chômage, les « mini jobs » de 15 heures par semaine se sont largement développés.... Jusqu’à présent, en Allemagne, il n’y avait pas de salaire minimal, si bien que l’on pouvait voir des salaires de l’ordre de 4€ de l’heure dans certains activités (en France, le SMIC est à environ 8,5 € brut / heure)…
En Grande Bretagne, le travail à temps partiel est quasiment devenu la norme…

Là où ça semble à peu près tenir la route, c’est dans les pays scandinaves. Mais, dans ces pays, la partie « sécurité » de la flexsécurité n’est pas un vain mot. Un salarié touche environ 90 % de son dernier salaire (mais le montant maximal est plafonné à un niveau raisonnable pour ne pas favoriser les hauts revenus, contrairement à la France) et peut prétendre à 6 mois de formation pris en charge par l’équivalent des ASSEDIC. Il n’y a pas de secret, il faut y mettre les moyens…

L’émission Capital proposait dimanche un reportage sur les grandes surfaces en Allemagne. Il semblerait que les prix soient plus bas en Allemagne qu’en France, du fait notamment du développement du « hard-discount » (Aldi…). Cela militerait en faveur de la « libération » de la concurrence en France. Sauf que…les grandes surfaces allemandes, notamment les hard-discounter, ont tendance à considérer le personnel comme la variable d’ajustement pour maintenir leur marge : effectifs réduits, intérim, conditions salariales…
Tirer systématiquement les prix vers le bas n’est peut-être pas la solution miracle…

Il faudrait en parler à Roselyne Bachelot, qui veut autoriser la vente libre d’un plus grand nombre de médicaments (non remboursés, bien sûr) afin que la concurrence fasse baisser les prix. Après la « Halle aux chaussures » et la « Halle aux vêtements », la « Halle aux médicaments » ?!

PP

18.12.2007

Rêve américain

Le Congressional Budget Office (CBO) est une agence fédérale américaine qui a pour objectif de collecter des informations, de réaliser des analyses pour préparer et étayer les décisions du Congrès en matière budgétaire.

Sur son site internet, on peut trouver des données intéressantes sur la répartition des revenus aux Etats-Unis.
Ainsi, on peut y apprendre que les revenus après impôts des 1% les plus riches (1,1 million de foyers) sont passés de 7,5% du total en 1979 à 15,6 % du total en 2005. Dans le même temps, les revenus des 20 % les plus pauvres (24 millions de foyers) sont passés de 6,8 % à 4,8 % du total. En d’autres termes, la « part » des 1% les plus riches a plus que doublé tandis que celle des 20 % les plus pauvres a baissé.


Si l’on regarde de plus près, on s’aperçoit que la hausse des revenus des 1% les plus riches a connu un envol marqué entre 1995 et 2000…C’est-à-dire sous la présidence du démocrate Bill Clinton. De 2000 à 2002, la chute est vraisemblablement due au crash de la « nouvelle économie ». Mais la reprise est là depuis 2002, grâce aux mesures fiscales de G.W. Bush Ouf !

En ce qui concerne le niveau des revenus, le revenu moyen après impôt des 1% les plus riches est passé de 326 400 $ en 1979 à 1 071 500 $ en 2005, soit une hausse de… 228 %. Dans le même temps, le revenu des 20 % les plus pauvres a augmenté de… 6 % (passant de 14 400 $ à 15 300 $).

C’est ça, le rêve américain !

Un discours classique sur les inégalités voudrait nous persuader que taxer les 5 ou 10 % les plus riches ne servirait à rien pour régler le problème des plus pauvres. Lorsque l’on voit une telle disparité dans la répartition des richesses, n’est-on pas en droit de se poser quelques questions, malgré tout ?

PP

12.12.2007

Etre riche

Etre riche, qu’est-ce que ça veut dire ?

L’Insee a récemment publié une étude sur le « niveau de vie » des français. Cette notion, au-delà des seuls salaires, prend en compte les revenus financiers et intègre l’avantage dont disposent les propriétaires qui ne paient pas de loyers. De plus les chiffres sont établis après déduction des impôts directs (locaux, sur le revenu…) et après ajout des prestations sociales. Il s’agit donc, en quelque sorte, du « revenu disponible ».

Voici quelques enseignements tirés de cette étude :

Le niveau de vie médian est d’environ 1500 € par mois et par personne, contre 1300 € avec les anciennes données. Cela signifie que la moitié des français vivent avec moins de 1500 € par mois.

Le seuil de pauvreté défini comme la moitié du revenu médian est donc de 750 €

Les 10 % les plus pauvres ont un niveau de vie par personne inférieur à 809 €.

Si l’on définit comme « riche » quelqu’un qui gagne le double du revenu médian, le seuil de la richesse se situe à 3000 € mensuel pour une personne seule.

Les 10 % les plus riches ont un niveau de vie par personne supérieur à 2800 €.

Les 5 % les plus riches ont un niveau de vie par personne supérieur à 3500 €.

Lorsque François Hollande avait qualifié de « riche » quelqu’un qui gagnait plus de 4000 € par mois, des voix s’étaient élevées à droite (Jean-François Coppé, entre autres), pour affirmer qu’à 4000 € on fait partie des « classes moyennes ». Non, à 4000 € on fait partie des 2% les plus riches… Les classes moyennes, c’est plutôt entre 1000 et 2000 € …Malheureusement.
Mais il est vrai qu’avec environ 15% des salariés au niveau du SMIC, il ne peut guère en être autrement !

Le dernier enseignement de l’étude de l’Insee concerne les inégalités. Elles sont plus élevées que ce qui était estimé auparavant…

PP

29.10.2007

Une histoire (vraie) de patron...italien

Il a tenu vingt jours. Puis est resté sans le sou. Enzo Rossi a alors décidé d'augmenter d'un coup tous ses employés de 200 euros net mensuels. Basé à Campofilone, dans la région des Marches, ce petit industriel italien de la pâte est désormais regardé avec intérêt par certains de ses collègues, avec beaucoup de méfiance par d'autres.

En août dernier, l'entrepreneur à la tête d'une société d'une vingtaine de personnes, a en effet eu l'idée saugrenue de se mettre dans la peau de ses salariés. Plus exactement, de vivre dans les mêmes conditions financières qu'eux. «Je me suis octroyé 1000 euros de salaire et 1000 euros à ma femme qui travaille avec moi», explique Enzo Rossi. «Beaucoup de gens vivent avec moins que cela. Nous avons fait les comptes; ce que nous devions mettre de côté pour rembourser l'emprunt, payer l'assurance, les factures et les dépenses quotidiennes», détaille-t-il. «Nous avons fait attention à tout mais au bout de vingt jours, plus rien.»

Le dernier matin, Enzo Rossi entre dans le bar du village avec son ultime billet de 20 euros en poche: «J'ai eu l'impression d'être sous l'eau, sans oxygène.» Il remonte finalement à la surface en puisant de l'argent sur son compte mais surtout en augmentant ses salariés.

«Le coût de la vie s'est alourdi de 150 euros par mois. Pour des gens comme moi, ce n'est rien, pas pour les ouvriers», remarque Enzo Rossi, qui se dit «ni de gauche et encore moins marxiste». Il explique simplement avoir voulu faire cette expérience pour appréhender la situation réelle de ses collaborateurs et sensibiliser ses filles «qui n'ont jamais connu de privations».

«Les ouvriers doivent être sereins pour être efficaces, analyse-t-il. S'ils ne savent pas comment boucler leurs fins de mois, ce n'est pas bon pour la productivité.» En Italie, l'initiative d'Enzo Rossi a provoqué des remous. Plusieurs entrepreneurs l'ont contacté pour avoir des informations sur l'aspect fiscal de l'augmentation. D'autres, raconte-t-il, ont en revanche peu apprécié ce qu'ils considèrent comme un mauvais exemple: «Ils me traitent de fou.»

Un exemple impossible à transposer en France à cause du «poids écrasant» des cotisations sociales ? En Italie, les cotisations sociales sont du même niveau qu'en France.

Un exemple à méditer pour nos amis du Medef, toujours à la recherche de solutions pour la bonne gouvernance des entreprises...

PP

19.09.2007

Stocks-options et équité

Le salaire moyen de PDG français a progressé plus rapidement que celui de leurs employés entre 1995 et 2005 :+1,6 % par an en moyenne pour les patrons des moyennes et grandes entreprises, contre 0,6 % pour les salariés selon l’Insee. C’est avec les PDG de sociétés de plus de 2000 salariés que l’écart est le plus grand : leur salaire a augmenté de 3,8 % par an. Dans le monde des dirigeants, les disparités de revenus sont également importantes : le moins bien payé des 10 % des PDG les mieux rémunérés touche un salaire 4,5 fois supérieur au patron le mieux payé parmi les 10 % les moins bien rétribués. C’est en France que l’envol des rémunérations a été le plus marqué. Selon le magazine américain Fortune, en 2006, dix des vingt patrons les mieux payés en Europe sont Français, notamment grâce à la pratique des stocks-options. Les deux premières marches du podium sont trustées par Carlos Ghosn, de Renault, avec 45,5 millions de dollars, et Jean-Paul Agon, de l’Oréal, avec 19,3 millions de dollars.
Dans le même temps, le rapport de la Cour des Comptes sur les comptes sociaux en 2006 nous apprend que l’exonération de cotisations sociales des stocks-options prive la Sécurité Sociale de… 3 milliards d’euros par an. Les hauts dirigeants qui revendent leur paquet d’actions ne paient pas de cotisations sociales sur les plus-values qu’ils en retirent.
L’argument classique des libéraux qui consiste à dire qu’augmenter les impôts des plus riches ne servirait à rien en prend un sérieux coup !
Au moment où l’on met en avant « l’équité » pour justifier la réforme des régimes spéciaux de retraite, il serait bon d’appliquer ce principe aux privilèges accordés aux détenteurs de stock-options.

PP

13.04.2007

Les bons chiffres...(2/4)

Suite des commentaires sur le dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».

Le chômage
Pour calculer le « vrai » taux de chômage JM propose de ne plus comptabiliser dans la population active les employés à statuts protégés (principalement les fonctionnaires), comme s’il s’agissait d’individus indignes de figurer dans les statistiques ! JM s’indigne de constater « qu’aucun pays n’a un pourcentage de personnes à statut protégé aussi fort que celui de la France ». Pourquoi ne pas plutôt s’indigner de la dégradation des conditions d’emploi des salariés « non protégés » : temps partiel subi, contrats de courtes durées, …

Si la structure de l’emploi était la même en France qu’aux Etats-Unis, la France compterait … 6 millions d’emplois supplémentaires. Dans quels secteurs ? L’informatique, la haute technologie ? Non, dans l’hôtellerie – restauration , le commerce par l’utilisation intensive de main d’œuvre en magasin et dans les services à la clientèle. Ces activités sont certes respectables, mais n’y a-t-il pas d’autres activités à développer : assistance aux personnes dépendantes, emplois industriels…

D’après JM, la baisse du chômage passe par la baisse du coût du travail peu qualifié pour les employeurs. Il nous rejoue donc la sérénade néolibérale. Il se trouve qu’au niveau du SMIC, compte tenu des allègements Fillon, les cotisations de sécurité sociale s’élèvent à … 2% (+2% pour les accidents du travail). Jusqu’où baisser le coût du travail ? Amputer les salaires ? Généraliser le temps partiel ?
Ca marche aux Etats-Unis et au Royaume Uni... C’est oublier que les taux de chômage très bas aux Etats-Unis et au Royaume Uni sont dus, en partie, à la faible indemnisation des chômeurs. Ces derniers sont donc incités à reprendre des boulots, même peu payés. On a d’un côté (France, Allemagne…) des forts taux de chômage et de l’autre (Etats-Unis, Royaume Uni) des faibles de taux de chômage mais un accroissement des petits boulots et des inégalités salariales. En matière de cohésion sociale, quelle est la meilleure situation ?

Le placement des demandeurs d’emplois est une activité « qu’il vaudrait mieux confier à des professionnels de la chose plutôt qu’à des fonctionnaires persuadés que le chômage est le produit de la mondialisation ou de l’ultra libéralisme des patrons. » Pourquoi les fonctionnaires ne seraient-ils pas des « professionnels » ? A ce niveau de caricature, on peut se demander s’il est souhaitable de confier cette activité à des « salariés du privé soumis à la pression de la rentabilité à court terme et contraints de faire du chiffre ».

D’après les chiffres avancés par JM, le coût de l’indemnisation du chômage a augmenté de 46 % entre 200 et 2004 (pour atteindre 30 milliards d’€) alors que le nombre de chômeurs est resté stable sur la période. Je ne comprends pas… Si quelqu’un a des explications…
En revanche, ce qui est clair c’est que les allègements Fillon ont engendré une hausse des allègements de cotisations sociales de 40% sur la même période.

Le montant mensuel maximal de l’allocation chômage est de 5119,9 €. Dans les autres pays européens, ce montant est d’environ 2000 € pour les plus « généreux ». Cette exception française paraît aberrante. Comme le dit justement JM (une fois n’est pas coutume !) : « Ne faudrait-il pas s’intéresser davantage aux plus fragiles plutôt que d’indemniser généreusement ceux qui ont déjà beaucoup ? ».

Temps de travail
JM nous annonce que « plus on travaille, plus il y a du travail pour tous ». Sous entendu que les 35 heures sont contreproductives en la matière. Or, parmi les pays qui présentent une augmentation du nombre d’heures annuelles par personne, se trouvent notamment les Pays-Bas et le Danemark, qui ont baissé massivement la durée du travail par travailleur. Ainsi aux Pays-Bas, un salarié à temps plein travaille en moyenne 1367 heures par an contre 1546 en France.

PP