13.12.2007

L’UMP fait des provisions…

Depuis quelques jours, j’ai entendu à plusieurs reprises des membres de l’UMP dire dans les médias que le rachat de RTT n’engendrerait aucun surcoût pour les entreprises, dans la mesure où elles ont provisionné les montants correspondants. Jean-François Copé l’affirmé sur Canal + (Le Grand Journal du 12 décembre 2007) et Jérôme Chartier (député UMP) l’a confirmé sur France Inter (Le téléphone sonne du 13 décembre 2007). Leurs propos sous-entendent que les entreprises auraient mis « de côté » de l’argent pour faire face au paiement des jours de RTT.

Une provision est une écriture comptable destinée à matérialiser dans les comptes un coût probable (voire certain) dans le futur. Il s’agit d’une convention comptable, la provision ne fait pas l’objet d’une quelconque mise en réserve de la somme correspondante. Les entreprises provisionnent notamment les indemnités liées aux congés payés et aux RTT. Lorsque le salarié prend ses congés ou sa RTT, l’entreprise annule la provision (par le biais d’une « reprise de provision ») et constate le paiement de l’indemnité correspondante. Cette indemnité vient en lieu et place du salaire pour la période correspondante.

Prenons l’exemple d’un salarié payé 1500 € par mois (pour 20 jours, soit 75 € par jour) et qui prend 2 jours de RTT dans le mois. Son salaire sera de 18 x 75 = 1350 € plus 2 x 75 = 150 € d’indemnité de RTT, soit un paiement de 1500 €. L’entreprise a dû prélever 1500 € sur sa trésorerie. Elle a annulé la provision de 150 € qu’elle avait passé et inscrit dans ses comptes l’indemnité de RTT correspondante.

Supposons maintenant que notre salarié souhaite « monétiser » sa RTT. Il travaillera donc 20 jours et touchera donc un salaire de 1500 €. De plus, il se fera payer ses deux jours de RTT pour 150 €. L’entreprise devra donc payer les 1500 € de salaire, ainsi que les 150 € pour les RTT « monétisées ». Au final, l’entreprise devra donc décaisser 150 € de plus. Que cette somme ait été provisionnée ou non ne change rien à la trésorerie de l’entreprise : elle sera amputée de 150 € supplémentaire !

Au final, il s’agira bien d’un surcoût pour l’entreprise. Il est donc probable qu’elle y regardera à deux fois avant de « monétiser » les RTT. N’en déplaise aux grands gestionnaires de l’UMP…qui sont bien approvisionné en mauvaise foi.

PP

06.11.2007

Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante...

Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy a élevé un certain Antoine Bernheim au rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Jusqu’à présent, seuls 75 grands serviteurs de l’Etat ont pu prétendre à ce titre, le plus élevé. Qui est donc Mr Bernheim et qu’a-t-il fait pour mériter un tel honneur ?

Il s’agit d’un ancien associé-gérant de la Banque Lazard, banque d’affaire bien connue et actuellement Pdg des Assicurazioni Generali di Venezia - 3ème assureur européen, plus connu sous le nom de Generali. Lors de la cérémonie, Nicolas Sarkozy a salué sa compétence de la manière suivante : « Antoine Bernheim a développé ses entreprises, fait des profits et ainsi servi la France ». Faire des profits, c’est donc servir la France…Admettons. Nicolas Sarkozy a poursuivi en estimant que cette reconnaissance du mérite de Mr Bernheim aiderait la France à « régler ses comptes vis-à-vis de l’argent pour régler enfin son problème vis-à-vis de la réussite ». Ce qui réconcilierait sans doute les français avec l’argent, c’est une meilleure répartition des fruits de la croissance. Ce qui les réconcilierait avec la « réussite », c’est peut-être de voir progresser le salaire médian au même rythme que les rémunérations déconnectée de toute référence des Pdg des grandes entreprises.

Sans verser dans la psychanalyse de comptoir, peut-être que Nicolas Sarkozy a lui aussi un problème avec l’argent, mais d’une autre nature. Il s’agit d’une sorte de complexe d’infériorité qui le conduit à glorifier les riches et les puissants, voire à tenter de s’identifier à eux. Il semble que selon lui, toute personne qui a de l’argent le mérite et devient un grand serviteur de l’Etat. Cela me fait penser à la phrase de l’économiste John Kenneth Galbraith : « La plupart des gens, avec l’existence modeste qu’ils mènent, se font une idée magnifiée des capacités intellectuelles des personnages qui vivent en association intime avec de grosses somme d’argent. »

Pour revenir à Antoine Bernheim, on peut dire qu’il a été un grand serviteur, non pas de l’Etat mais de beaucoup d’intérêts privés. Il a lui-même mis sur pied le système de holdings en cascades, qui permet de se bâtir un empire avec un capital limité. Qui en a profité ? Bernard Arnault, qui parti d’une modeste entreprise de Travaux Publics léguée par son père est aujourd’hui à la tête de l’empire du luxe LVMH. Qui d’autres ? Vincent Bolloré, qui a hérité de l’entreprise familiale OCB et qui en a fait un véritable cartel néo-colonial en Afrique, ainsi qu’un groupe de média distribuant matin et soir des centaines de milliers de « journaux » gratuits. Vincent Bolloré a dit d’Antoine Bernheim « Quand j’ai repris la société de mon père, j’ai déjeuné avec lui. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés, et nous nous appelons au téléphone tous les jours. Derrière tout ce que j’ai fait, il y a toujours eu Antoine. » Est-ce que Nicolas remercie Antoine pour avoir conseillé à Vincent de lui prêter son jet et son yacht en mai dernier ?

Apparemment, tout le monde ne partage l’enthousiasme de Nicolas Sarkozy sur les compétences de Mr Bernheim. Depuis quelques jours, Algebris Investment, un fond d’investissement britannique, actionnaire de moins d’1 % de Generali, a lancé une offensive d’envergure contre son management. Premier accusé, Bernheim, dont l’âge – 83 ans – est le plus élevé de tous les dirigeants du secteur, mais aussi sa rémunération : 8,7 millions d’euros en 2006, beaucoup plus que ses homologues d’Axa et d’Allianz. «Ce package est beaucoup trop élevé par rapport à ses homologues des autres assureurs européens, dénonce Algebris dans une lettre rendue publique, sans une justification claire en termes de dimension de la société ou de création de valeur.»

Si on lui coupe les vivres, il pourra toujours revendre sa décoration aux enchères…

PP

09.10.2007

Perte des valeurs...

Selon une étude récemment parue dans la Revue internationale du travail, les salaires des 10 % des salariés les mieux payés ont progressé nettement plus vite que le salaire médian (le salaire tel que la moitié des salariés gagne moins, à ne pas confondre avec le salaire moyen) dans la plupart des pays industrialisés. Depuis 1980, cet écart s’est creusé de plus de 10 points voire de 15 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie… En Europe seules la Finlande, la Suède…et la France sont épargnées par ce creusement des écarts entre les mieux payés et les autres.
Une littérature foisonnante sur le sujet nous explique tout cela est due aux mutations du marché du travail qui font que la demande pour le travail très qualifié est en expansion. La hausse de la demande entraîne donc une hausse des prix, en l’occurrence les salaires des plus qualifiés. C’est la bonne vieille loi de l’offre et de la demande, nous dirait Jacques Marseille ! Sauf que l’offre de travail qualifié a elle aussi augmenté, ce qui contrecarre l’effet de la demande. De plus l’explication précédente ne nous dit pourquoi les salaires des 10 % les plus riches augmente plus vite que les autres, ce qui se traduit par un creusement de l’écart.
On peut envisager deux explications moins « mécaniques » que la loi de l’offre et de la demande : la « perte des valeurs » et « l’effet Zidane ».

La perte des valeurs
La « perte des valeurs » est habituellement associée aux « assistés », pour qui la valeur travail n’a plus de sens. Mais la « perte des valeurs » atteint aussi une fraction des salariés les mieux payés. Jusque dans les années 1980, il existait une sorte de code salarial, un ensemble de normes tacites qui constituaient une sorte de code de bonne conduite. Au-delà d’un certain plafond, les salaires paraissaient indécents, à la fois pour l’employeur et pour le salarié.
Ainsi, au début du XXème siècle, le milliardaire Rockfeller estimait qu’un patron ne devait pas être payé plus de 30 fois le salaire de ses ouvriers (aujourd’hui, c’est plutôt 500 fois dans les grandes entreprises). Mais, lorsque cette norme est transgressée par un nombre croissant d’individus, elle cesse de devenir une norme .
Joseph Stiglitz analyse très bien ce phénomène dans un ses ouvrages :
« Ce que l’on considère comme acceptable est influencé par ce que font les autres, par ce qu’ils jugent, eux, acceptable… Si les PDG sont normalement payés dix fois plus qu’un salarié ordinaire, on peut accepter qu’un PDG exceptionnel se fasse payer quinze fois plus, mais pas cent fois plus. Aux Etats-Unis, dans les années 1990, il n’y avait pas de limites ; tout était devenu acceptable…On valait ce qu’on parvenait à se faire payer. Point final. »

L’effet Zidane
L’effet Zidane, ou effet Pavarotti, traduit l’importance grandissante des « superstars » quelque soit le domaine. Les entreprises sont prêtes à débourser des sommes importantes pour se payer « le » spécialiste. Ce phénomène est perceptible dans la finance, notamment. Bien sûr, cela ne touche qu’une infime minorité de salariés, mais leurs rémunérations hors de toute mesure contribue à faire grandir l’écart avec les salariés « moyens ».

Ces effets sont d’autant plus dommageables que les salariés concernés ont tendance à attribuer à leurs seuls mérites l’énormité de leur rémunération…et à s’affranchir de la solidarité nationale en s’exilant vers des pays plus cléments fiscalement.

Encore et toujours la perte des valeurs !

PP

19.04.2007

Besoin d'air

Dans la série de mes lectures absolument passionnantes, j’ai entrepris la lecture de l’ouvrage du MEDEF intitulé « Besoin d’air ».
S’il fallait le résumer en une phrase ce serait : « L’entreprise, c’est super ; l’Etat, c’est nul ».
Il ne s’agit pas d’un essai politique ou économique, mais plutôt d’une sorte de catéchisme à la gloire des « créateurs de richesse ». Il s’agit de prêcher la bonne parole de la prise de risque, de la responsabilité individuelle, de l’adaptation joyeuse aux règles intangibles de la mondialisation.

Alors qu’il est souvent de bon ton de sourire de façon condescendante lorsqu’Arlette Laguiller se gargarise du mot « travailleurs », que dire de cette envolée lyrique :
« Entrepreneurs –aventuriers, entrepreneurs-pionniers, entrepreneurs-inventeurs, … ».
Laurence Parisot : l’Arlette Laguiller du patronat !
Par une sorte de glissement sémantique, le MEDEF tend à assimiler « patron » et « entrepreneur ». N’oublions pas que le MEDEF n’est autre que l’ancien CNPF (Confédération Nationale des Patrons Français). De même que « Non voyant » est plus vendeur qu’ « Aveugle » ou « Personne à verticalité limitée » est plus sympa que « Nain », « Entrepreneur » est plus glamour que « Patron ». Mais, parmi les dignitaires du MEDEF, combien sont de vrais entrepreneurs ? La plupart ne sont que des …PDG, c’est-à-dire des super salariés (non par leurs capacités, mais par le niveau de leur salaire). De par mon métier, j’ai l’occasion de côtoyer régulièrement des créateurs de PME. Ce sont eux les vrais « entrepreneurs » et, bien souvent, ils se sentent plus proches de leurs salariés que des pontes (j’allais dire « barons ») du MEDEF !

« Et pour finir de préciser ce que le libéralisme est et n’est pas, rappelons que ce qui s’y oppose, son contraire, c’est l’intervention permanente, abusive et souvent aberrante de l’Etat, notamment dans la sphère économique. »
Il ne manque plus que le retour des chars russes sur les Champs Elysées !
WorldCom, Enron, Arthur Andersen, Vivendi, Parmalat, sont des beaux exemples du libre fonctionnement de la « sphère économique ».

« Nous pensons qu’il serait plus efficace économiquement, et plus respectueux socialement, que la durée du travail ne soit plus définie par la loi, mais soit déterminée, branche par branche, entreprise par entreprise, par un accord entre patronat et syndicats. »
Et pourquoi pas salarié par salarié ? L’idée sous-jacente est le remplacement de la loi par le contrat. Compte tenu de la faiblesse des syndicats et du pouvoir de négociation que constitue le chômage de masse des travailleurs peu qualifiés, on peut légitimement penser que les contrats conclus entre un salarié et son employeur ont de grandes chances d’êtres des contrats léonins. Effectivement, pour les travailleurs très qualifiés que les entreprises s’arrachent, cela peut être différent, mais rien n’empêche dans ce cas de conclure un contrat plus favorable que la loi. Mais la loi doit constituer un filet de sécurité pour les plus faibles.
Dans les rapports du faible au fort, du maître à l’esclave, c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime.
Le MEDEF va même plus loin en proposant tout simplement de voter une loi interdisant à l’Etat… de légiférer en matière sociale. Dans un grand élan de générosité, le MEDEF est prêt à fournir gratuitement à l’Etat la scie qui lui permettra de couper la branche sur laquelle il est assis !

« …des 35 heures qui ne nous permet[tent] pas de rivaliser avec ceux qui travaillent le double. »
Et ne parlons pas de ceux qui travaillent le triple…

« … dans l’entreprise, où l’on sait toujours pourquoi quelqu’un est à sa place, ce qu’il produit et ce qu’il rapporte à la collectivité. »
Contrairement à la fonction publique noyautée par les tire-au-flancs de la pire espèce… Pour avoir travaillé dans une grande entreprise, je peux vous dire que les fainéants et les profiteurs ne sont pas tous dans la fonction publique ! Ce qui peut créer des effets d’aubaines, des niches à fainéantise, ce n’est pas la nature publique ou privée de l’entreprise, c’est plutôt sa taille, ce qui rend sa gestion plus difficile. Il devient donc plus difficile de repérer ceux qui « profitent » du système.
De plus, si l’on sait ce que chacun apporte à la collectivité, cela signifie qu’un patron payé 2 millions d’Euros par an apporte plus « à la collectivité » en deux jours qu’un ouvrier au SMIC … en un an.
Les patrons des grandes entreprise passent leur temps à expliquer qu’ils ne peuvent pas être payés moins que les patrons américains. Il est paradoxal d’entendre les mêmes personnes expliquer aux salariés qu’ils ne peuvent pas être payés plus que les Roumains ou les Polonais. Pourquoi, au fait, doivent-ils être payés autant que les patrons Américains ? Parce que sinon, ils partiraient aux Etats-Unis. J’imagine déjà la foire d’empoigne des entreprises américaines pour se payer les services de Noël Forgeard, de Thierry Breton, de Francis Mer, de Jean-René Fourtou, …
Pour terminer sur ce sujet, il me semble bon de rappeler la règle du milliardaire américain Rockfeller (que l’on peut difficilement taxer de communisme forcené), selon laquelle l’écart de salaire entre un patron et ses ouvriers devraient être au maximum de 1 à 40. Aujourd’hui, dans les grandes entreprises, cet écart est au minimum de l’ordre de 1 à 100…

« La croissance augmente plus sûrement et plus durablement le niveau de vie de la population la plus modeste que nombre de politiques redistributrices. »
La vieille rengaine libérale est de retour ! « La marée montante soulève tous les bateaux » disait déjà Ronald Reagan dans les années 80 pour justifier les baisses d’impôts censées dynamiser l’économie américaine et par là-même profiter à tous. Ces vieilles lunes de la politique de l’offre n’ont provoqué que déficits publics et récession.
Si on laisse faire la croissance, ce sont les plus riches qui en profitent. C’est ce que prouvent les faits depuis une vingtaine d’année. Les politiques redistributrices ont plus que jamais leur justification et notamment les impôts réellement progressifs.

« Quant à la suppression pure et simple de l’ISF, elle serait radicalement dynamisante. »
Sans commentaire. Une question : dynamisante pour qui ?

« Pour mener une politique en faveur des bas salaires, les pouvoirs publics dans ces pays (Pays-Bas et Royaume –Uni) privilégient les instruments propres à l’Etat, prime à l’emploi par exemple. »
Tiens, tiens, l’Etat aurait-il donc un rôle à jouer dans la « sphère économique » ? Augmenter les salaires ? Non ! C’est l’Etat qui « indemnisera » les plus bas salaires à l’aide de la prime pour l’emploi (impôt négatif). D’un côté, il faut baisser les impôts des plus riches, de l’autre l’Etat doit rendre toujours plus aux salariés les moins payés pour compenser l’insuffisance des entreprises. Comment concilier ces deux impératifs ? Baisser les dépenses de l’Etat dans les autres domaines !

Le MEDEF nous propose le concept de « séparabilité » qui doit permettre de faciliter le licenciement.
« Ce nouvel état d’esprit permettrait de simplifier et de pacifier dans bien des cas la rupture du contrat de travail, le but étant de parvenir à une rupture par consentement mutuel qui ménagerait l’intérêt moral et financier des deux parties. »
Je te vire sans motif, mais simplement et pacifiquement… « Zen, cool », comme dirait la marionnette de Sarkozy aux Guignols.

« La logique voudrait donc que l’entreprise cesse d’assurer le risque maladie et que la solidarité nationale prenne le relais par l’impôt. Les dépenses ne relevant pas de la solidarité nationale seront financées par des assurances complémentaires souscrites directement par les assurés. Pour ne pas engendrer de phénomènes de renoncement aux soins, cette couverture complémentaire sera obligatoire…»
Dans la mesure où la couverture maladie est désormais universelle (donc pas forcément liée au statut de salarié), il n’est pas aberrant de dire qu’elle relève de la solidarité nationale. Mais j’ai comme l’impression que le MEDEF souhaite que les entreprises soient exclues du champ de la « solidarité nationale ».
Financer la l’assurance maladie par l’impôt n’est pas illogique (c’est ce qui se passe au Danemark), mais dans ce cas, cela signifie augmenter les impôts (en contrepartie des baisses de cotisations sociales), car les dépenses de santé restent les mêmes. Cela nécessiterait une hausse des salaires (dont une partie serait prélevée sous forme d’impôt), la mise en place d’un impôt réellement progressif sur l’ensemble des revenus, la mise en place d’un impôt progressif sur la valeur ajoutée des entreprises… Je doute que le MEDEF soit dans cette logique.
Par ailleurs, on voit l’intérêt que trouve le MEDEF à définir la solidarité nationale de la façon la plus restrictive possible: pour nous obliger à souscrire des assurances complémentaires…privées. C’est le rêve de toute entreprise que d’obliger les consommateurs à avoir recours à ses services. Transformer la consommation en cotisation : le bonheur !

En lisant ce livre, on a une meilleure idée du programme économique de Nicolas Sarkozy. Au secours !!

PP

14.04.2007

Les bons chiffres...(3/4)

Suite des commentaires sur le dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».

SMIC, Salaire
D’un côté JM reproche aux allègements de cotisation sociales sur les bas salaires de tirer les rémunérations vers le bas, de l’autre il milite pour une baisse du coût du travail peu qualifié et notamment pour que l’influence du SMIC sur le coût du travail soit « maîtrisée ». Cette apparente schizophrénie masque sans doute son envie de dire qu’il faut baisser le SMIC.
On dirait également qu’il s’émerveille que le pouvoir d’achat d’une heure payée au salaire minimum aux Etats-Unis ait baissé depuis les années 60.
JM fait partie de ses libéraux béats qui croient que le SMIC est une entrave au bon fonctionnement du marché du travail, qu’il remet en cause la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande qui assure mécaniquement le plein emploi. C’est oublier que le travail n’est pas une marchandise comme les autres dont il convient sans cesse de baisser le coût.

Pauvreté
JM s’étonne de la vague « compassionnelle qui submerge la France », alors que le taux de pauvreté (fraction de la population gagnant moins de 50% du revenu médian) est passé de 12 % en 1970 à 6,3% en 2003. Cette baisse est certes significative, mais le taux de pauvreté ne baisse quasiment plus depuis 1990, soit presque 20 ans de « surplace ». De plus, cette analyse ne tient compte que du niveau du revenu et pas du pouvoir d’achat, ce qui pourrait encore assombrir le tableau…

Inégalités
« Alors que les Français ont le sentiment que les inégalités se sont accrues au cours des vingt dernières années, toutes les statistiques démontrent le contraire. » A l’appui de ses propos, JM nous propose de nous intéresser au rapport entre les revenus des 10 % les mieux payés et ceux des 10 % les moins payés. Ce ratio, de l’ordre de 3, est relativement constant depuis 1975, ce qui tendrait à prouver qu’il n’y a pas de dérive entre les mieux lotis des Français et les autres.
Ces statistiques ne s’intéressent qu’aux seuls salariés à temps complet. Cela ne permet pas de prendre en compte les inégalités dues au travail à temps partiel, en forte augmentation depuis les années 1990.
De plus, s’intéresser aux 10 % « les plus riches » n’est pas forcément assez précis (pour faire partie de ces 10 %, il faut gagner environ 3000 € par mois), il faudra peut-être s’intéresser aux 1%, voire aux 0,5% les plus riches.
Il faudrait également, dans la mesure des inégalités, intégrer les revenus du patrimoine, les stocks options… De même, selon que l’on soit propriétaire ou locataire, la situation n’est pas tout à fait la même.

Grève
Alors qu’on nous serine que la France serait un pays bloqué par la rigidité se syndicats, capables de « prendre en otage » la population, il se trouve que le nombre de jours de grèves est de 37 par an pour 1000 habitants. Contre 218 … au Danemark.
Le fameux « modèle danois » s’accompagne donc d’une forte conflictualité. Cette forte conflictualité permet vraisemblablement de contrebalancer la grande flexibilité du marché du travail et de permettre ainsi aux salariés de faire valoir leur pouvoir de négociation. Il est bon de rappeler que le taux de syndicalisation dans les pays scandinaves est de l’ordre de 80 %.
Tenter de dupliquer un tel modèle en France, où le taux de syndicalisation est de l’ordre de 8%, risque fort de transformer la « flex-sécurité » en « flex-flexibilité ».

PME
« Sept ans après leur création, les entreprises françaises ne parviennent à accroître leurs effectifs que de 7% en moyenne, contre 22% en Allemagne et… 126% aux Etats-Unis. »
Plutôt que de voir dans ses chiffres une nouvelle justification de la baisse des cotisations sociales, il faudrait peut-être s’intéresser aux mécanismes de soutien aux entreprises mis en place dans ces pays. Aux Etats-Unis (le soi-disant pays du libéralisme à l’état pur) , par exemple, 23 % des marchés publics sont réservés aux PME…américaines.
La loi permettant de créer une entreprise avec un capital de 1 € (grâce à une loi initiée par le gouvernement Raffarin), n’a vraisemblablement pas favorisé la création de projet pérennes.

PP