23 mai 2008
L’œuf ou la poule ?
Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ?
Cette éternelle question me fait penser à la situation actuelle du Parti Socialiste !
Faut-il d’abord se mettre d’accord sur les idées ou choisir un chef ?
Est-ce le « chef » qui doit imposer ses idées ou les idées qui doivent aboutir au choix de celui (ou celle) qui sera le mieux à même de les incarner ? La droite a réglé la question depuis belle lurette en choisissant un chef. Même s’il est de plus en plus contesté, personne n’ose ouvertement s’opposer à lui.
Les idées d’abord ou le chef ? Au PS, si on a du mal à discerner des propositions cohérentes sur les grands sujets, ce ne sont pas les chefs potentiels qui manquent : Royal, Delanoë, Aubry, Valls, Dray, Moscovici, Fabius, Strauss-Kahn… Que ceux que j’ai oubliés veuillent bien m’excuser !
Toujours prompts à expliquer les raisons des échecs, à dire ce qu’il n’aurait pas fallu faire, ils sont moins loquaces lorsqu’il s’agit de proposer une vision de la société.
Qu’est-ce qui fait la légitimité d’un chef ? Quelle est cette étrange alchimie qui fait dire, sans hésitation, « c’est lui » ? Pourquoi est-il si difficile aujourd'hui d’identifier un leader ? Par exemple, aux Etats-Unis, c’est la première fois qu’il est si difficile de départager les candidats à l’investiture démocrate. Cette tendance serait-elle l’apanage de la gauche ? Pas si sûr… Si Nicolas Sarkozy se retirait de la vie politique demain (on peut rêver), le bal des prétendants à sa succession ne serait pas triste : Fillon, Copé, Bertrand, pourquoi pas Villepin, le retour ?
La raison à tout cela ne réside-t-elle pas dans la recherche systématique du consensus : à vouloir contenter tout le monde, on ne satisfait personne. La médiocrité des propositions (on dit aujourd’hui, « l’offre politique ») induit la tiédeur des réactions. A quoi bon se prononcer pour tel ou telle, s’ils sont interchangeables ? Si leurs idées ne diffèrent qu’à la marge ?
Si Nicolas Sarkozy a gagné l’élection présidentielle, c’est qu’il a réussi un « hold-up » idéologique en faisant croire qu’il apportait des idées nouvelles. Il s’avère aujourd’hui, et ce n’est guère surprenant, qu’elles sont inefficaces et d’ailleurs pas forcément nouvelles, mais c’est une autre histoire !
Quoiqu’il en soit, nous avons le sentiment que nous devons faire face à des changements, des bouleversements majeurs dans la marche du monde, et que nous propose-t-on ? Des petits bricolages : un an de cotisation en plus par là, ou encore des heures supp. ou des franchises médicales par ici …
Alors que les grands enjeux sont européens, voire planétaires : protection de l’environnement, montée en puissance des pays émergents, régulation de la finance mondiale…
Alors que le bon sens milite pour une harmonisation fiscale et sociale de l’Europe, on veut nous faire croire que la France peut s’en sortir seule, voire au détriment de ses voisins (comme l’a fait l’Allemagne du social-démocrate Schroeder, d’ailleurs).
Mais revenons à la problématique initiale : le chef ou les idées ?
J’ai du mal à imaginer une réflexion sereine sur fond de combat à fleuret moucheté voire à couteaux tirés !
Qu’est-ce qui fait que l’on veuille devenir un responsable politique ; la volonté de servir ses concitoyens ou la satisfaction de son ego ? Il y a forcément un peu des deux, le problème, c’est que de plus en plus souvent, c’est la deuxième motivation qui prend largement le pas sur la première. Lorsque la quête du pouvoir est vécue comme une fin en soi, il n’est pas surprenant que la question des idées soit reléguée au second plan, et que finalement, tout le monde pense plus ou moins la même chose sur la plupart des sujets. Certes, lorsque l’on est dans l’opposition, il y a bien quelques effets de manche, mais c’est tout.
L’idéal, ce serait un chef avec des idées !
Etre socialiste, qu’est-ce que ça signifie ?
Etre socialiste, c’est lutter farouchement contre les inégalités. C’est refuser de croire que la situation de chacun est le résultat exclusif de ses actes. La société a des responsabilités, notamment vis-à-vis des plus fragiles de ses membres.
Les inégalités, elles existent, parfois sournoises et indicibles, parfois criantes et concrètes : l’obésité touche 25% des plus pauvres, un ouvrier a une espérance de vie 6 ans inférieure à celle d’un cadre… La France est un des pays développés où les inégalités se transmettent le plus d’une génération à l’autre.
On nous dit que faisons tous plus ou moins partie d’une « classe moyenne », qu’il n’y a plus lieu de raisonner en termes de classes sociales, que nous avons tous les mêmes intérêts. Les intérêts des 10% des français qui possèdent 46% du patrimoine sont-ils a priori les mêmes que ceux du reste de la population ? Pourquoi alors le business de « l’optimisation fiscale » est-il si florissant ? Tant de trésors d’ingéniosité et d’astuce déployés pour s’affranchir de la solidarité nationale…Malgré tous les progrès humains, les instincts, eux, n’évoluent pas. La cupidité, l’égoïsme sont toujours d’actualité, renforcés même par la glorification de l’individualisme (« responsabilisation ») prôné par les libéraux de tous bords.
Plus que jamais, la lutte est nécessaire pour réaffirmer la suprématie de la coopération sur la compétition, de la solidarité sur l’individualisme.
Mais au-delà des engagements sur les principes et les valeurs, il est nécessaire d’avoir des réponses fortes, précises et cohérentes sur des sujets concrets.
Je vous en livre, en vrac, quelques uns :
* le rôle de l’Etat et des servies publics
* le financement de la protection sociale et des retraites
* l’indemnisation du chômage et la formation des chômeurs
* la formation continue
* la politique industrielle
* la réforme des collectivités territoriales (régions, départements, intercommunalité)
* le projet européen
* la régulation de la finance mondiale
* la fiscalité (des personnes physiques, des entreprises, du patrimoine, …)
* le système éducatif (de l’école primaire à l’université)
* la protection de l’environnement et la fiscalité environnementale (taxe carbone,…)
* le système de santé
* l’assurance maladie
* la justice (et ses moyens)
* la sécurité (violence, agressions physiques…)
* l’impact des normes comptables IFRS sur les entreprises
* le développement des PME
* la rémunération et l’implantation des professionnels de santé
* l’immigration
* le logement
* la surpopulation carcérale
* …
Sur tous ces sujets (et bien d’autres), le PS n’a pas de propositions audibles. Nous ne pouvons pas nous contenter « d’adapter ce qui marche ailleurs », ce qui semble être (à droite comme à gauche) le nec plus ultra en matière « d’offre politique ». C’est oublier qu’une loi n’est pas qu’une mesure technique, elle s’insère dans un ensemble global, elle est issue d’une histoire collective…
La France est toujours l’une des toutes premières puissances économiques mondiales, elle a forcément les ressources pour proposer des solutions originales (ce qui n’interdit pas de regarder ce qui se passe ailleurs) ; des solutions dont les autres pays pourraient, pourquoi pas, s’inspirer par la suite !
PP
18:44 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, inégalités, impôts
06 mai 2008
Manuel Valls, franchement réformiste...
Dans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »
Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.
Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…
Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.
Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).
Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.
Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).
Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.
PP
19:40 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : parti socialiste, rénovation, Valls, inégalités, impôts
16 avril 2008
Comédie italienne...
Aujourd’hui, sur France Inter, un certain nombre d’émissions et de chroniques étaient consacrées à l’Italie, pour cause d’élections législatives dans ce pays. Nous y reviendrons.
Ainsi, la chronique du comique libéral Jean-Marc Sylvestre était consacrée à une analyse de l’économie italienne. Après avoir souligné les difficultés auxquelles elle est confrontée (croissance faible, chômage élevé…), il a fait les fonds de tiroir pour trouver des points positifs (il avait sans doute prévu de déjeuner dans un restaurant italien et il voulait se faire offrir l’apéritif !). Il nous a donc assené que « l’Italie a un endettement public qui est moins profond que le nôtre ». Or il se trouve que la dette publique italienne représente près de 110 % du PIB alors que la dette française, quant à elle, se situe aux alentours de 65%.
Ensuite, il a évoqué cette « tradition italienne » qu’est le travail au noir (pour sa chronique sur l’Allemagne, il nous prépare une analyse fouillée de la filière « choucroute »). Selon lui, « l’économie souterraine est un marqueur de dynamisme »…comme l’atteste le taux de croissance moyen de 0,9% par an pendant les 6 dernières années. Et puis, c’est vrai, pourquoi s’embarrasser de tout ce fatras inutile que l’on appelle « droit du travail » et qui décourage l’initiative individuelle ?
L’économie italienne est bel et bien malade et les causes sont à chercher d'abord dans son tissu productif. En effet, l’industrie italienne est spécialisée dans des secteurs où les contenus technologiques sont faibles (ameublement, textile, automobile…) et de ce fait, elle est concurrencée par les pays à bas salaires. Depuis son entrée dans l’Euro, elle ne peut plus utiliser l’arme de la dévaluation pour restaurer sa compétitivité. Entre 2000 et 2007, les importations ont augmenté de 50 % et les exportations de…4%. Les parts de marché de l’Italie dans l’économie mondiale sont en train de s’effriter à grande vitesse.
Ce qui est alarmant, c’est que les coûts salariaux unitaires dans l’industrie se sont envolés de 30 % entre 1998 et 2007, alors qu’ils ont plutôt eu tendance à baisser dans les grands pays industrialisés. Malheureusement pour les travailleurs italiens cette envolée n’est pas due à une hausse des salaires (le salaire médian est d'environ 1100 €), mais plutôt à une stagnation de la productivité. L’Italie est le pays européen qui investit le moins en recherche et développement (deux fois moins que la France qui n’est pourtant pas une référence en la matière).
Dans ce contexte de déprime, les italiens ont donc confié à Silvio Berlusconi la charge de former le 61ème gouvernement en …63 ans. Et ce malgré ses précédents échecs.
Allié à la Ligue du Nord, parti d’extrême droite et anti-européen, « Il Cavaliere » a obtenu une large majorité à l’Assemblée et au Sénat. Il a donc les mains libres pour mener à biens ses « réformes ». Il a annoncé la couleur dès aujourd’hui en déclarant qu’il allait lutter contre la « pression bureaucratique, fiscale et judiciaire ».
L’autre point marquant de ce scrutin, c’est la réduction importante du nombre de partis représentés au Parlement italien. Leur nombre est passé de 39 à …4 ! Les communistes, les verts, les démocrates-chrétiens… ont ainsi disparu de l’échiquier politique. Walter Veltroni, patron du nouveau Parti Démocrate et ancien communiste, a contribué à cette disparition en refusant les habituelles alliances avec les communistes et les verts. Le Parti Démocrate est né en octobre 2007 de la fusion des Démocrates de gauche (ex-communistes) et de la Marguerite (ex-démocrates-chrétiens de gauche). Walter Veltroni, ancien maire de Rome, définit son parti comme n'étant « pas de gauche mais réformiste, de centre gauche », plus proche du modèle américain ou de la « troisième voie » blairiste que du socialisme européen : « Un Parti démocrate américain à l'italienne. ».
Il a poussé assez loin l’identification avec le « modèle américain » : son slogan « Si può fare », littéralement « On peut le faire » est presque la traduction littérale du « Yes, we can » (« oui, nous pouvons ») de Barack Obama.
En quelque sorte, Walter Veltroni a inventé le concept de parti politique « franchisé ». Il s’agit de reprendre l’enseigne et la démarche marketing de la « maison mère » ! Le nom même de « Parti démocrate » est inquiétant car cela traduit une sorte d’accord « a minima ». En effet, les mots « socialiste », « travailliste », « communiste » évoquent la volonté de changer la société, alors que « démocrate » signifie simplement que l’on est d’accord sur le principe de « un homme = une voix » et après …advienne que pourra !
Une fois de plus, la gauche a perdu parce qu’elle n’a pas osé affirmer sa différence. La gauche a tout à perdre à vouloir atténuer les clivages, à vouloir placer le débat sur les « valeurs ». Elle ne pourra gagner que si elle réinvestit le concret, que si elle ose à nouveau dire des « gros mots » comme « partage de la valeur ajoutée », que si elle interroge le capitalisme et ses dérives… Elle doit s’affranchir de « l’eau tiède » démocrate, qui ne peut conduire qu’à l’impasse ou à une fuite en avant vers un alignement encore plus flagrant sur les positions de la droite.
PP
00:50 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gauche, Italie, rénovation, Veltroni
17 décembre 2007
Minorité risible...
Samedi 15 décembre avait lieu la Convention nationale du Parti Socialiste. Elle avait pour objectif de préparer les élections locales du mois de mars tout en commençant à préparer la longue marche vers le retour au pouvoir en se remettant au clair sur ses idées. Une matinée pour débattre du rapport, toujours vécu par certains comme conflictuel, des socialistes à l'économie de marché, une après-midi consacrée à la validation des têtes de liste pour les élections municipales, enjeu majeur pour un parti dont les élus sont la principale force de frappe.
C’est pendant la matinée, donc, que Seybah Dagoma a fait part à ses « camarades » de « sa foi dans le marché et dans les fonds de pension », et de sa conviction que « le marché, bien sûr, mais aussi la justice sociale » sont également importants. Ouf ! La justice sociale est sauvée in extremis.
Qui est donc cette personne aux idées si novatrices ? Seybah Dagoma, jeune femme de 30 ans d’origine tchadienne, est avocate d’affaire. Elle a également été désignée par les militants pour mener la liste du PS dans le 1er arrondissement de Paris - jugé gagnable par la gauche - aux municipales de 2008. Sa mission: déboulonner le maire UMP Jean-François Legaret. Le 18 octobre, elle a été désignée par 58,2 % des militants locaux. Cette avocate spécialisée dans le financement des entreprises en difficulté est la plus jeune tête de liste parisienne, totalement inconnue... y compris des adhérents socialistes du 1er. Mais, dans l'équipe de Bertrand Delanoë, on se réjouit de pouvoir - enfin - afficher « une belle représentante de la diversité, du rajeunissement et du renouvellement ».
L’UMP avait Rachida Dati et Rama Yade, le PS peut leur opposer Seybah Dagoma. Tout va bien, le PS est une nouvelle fois tombé dans le panneau de l’UMP.
Le « renouvellement » que nous attendons est celui des idées, pas celui des visages. En plus, faire l’éloge du marché, quelle nouveauté ! Nous avons déjà Jean-Marc Sylvestre et Jacques Marseille ! A quoi bon entendre les mêmes chansons chantées par de nouveaux interprètes, même s’ils font partie des « minorités visibles » ? La seule « diversité » qui compte, c’est celle des idées et des points de vue. J’aurais préféré entendre parler de lutte contre le travail précaire, de réduction des inégalités et d’autres sujets tellement « archaïques ».
Pour terminer, j’ai parcouru rapidement la contribution de Seybah Dagoma à la rénovation du PS (sur le blog de la rénovation du PS, oui, ça existe). Elle a dû recycler son mémoire de fin d’études ! C’est n’est rien moins qu’une présentation un peu scolaire des différents types de fonds d’investissement (« qu’il faut connaître pour mieux les maîtriser », bien sûr). En conclusion, elle propose :
- L’encadrement plus strict des hedge funds incluant une obligation d’information complète sur les différents risques encourus;
- La mise en place de coopérations renforcées entre régulateurs nationaux ou à la création de régulateurs à l’échelle européenne ou mondiale.
C’est dingue, personne n’y avait jamais pensé !
Minorité « visible » ou minorité « risible » ?
PP
19:04 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Parti Socialiste, Rénovation, économie
En quête de gauche
Je vous livre quelques extraits du dernier livre de Jean-Luc Mélenchon (« En quête de gauche »). Il analyse les dérives des « réformateurs » de gauche, en les mettant en perspective avec les textes « fondateurs » tels que le Manifeste Blair-Schröder. Je suis assez d’accord avec ses analyses, notamment sur Ségolène Royal. En revanche, ses propositions pour reconstruire une « vraie » gauche me paraissent un peu floues.
Quelques résultats des « modèles » sociaux-démocrates…
Sous les gouvernements Blair de 1998 à 2004, le patrimoine des 1% les plus fortunés a doublé. 25 % des travailleurs britanniques travaillent plus de 48 heures par semaine.
Aujourd’hui l’Allemagne est la championne d’Europe du dumping fiscal ! Ses choix fiscaux font pression sur tous les autres Etats européens et sur les travailleurs de ces pays.
Au Danemark, les travailleurs considérés comme « invalides » représentent 10% des actifs. C’est l’équivalent du résultat d’une guerre ! Si l’on réintégrait cette étrange cohorte d’invalides dans le marché du travail, et si on en ramenait la proportion à ce qu’elle est par exemple en France, on constaterait un taux de chômage d’environ 14% ! C’est bien loin des 6% officiellement affichés et répétés pieusement par tous les griots du « modèle danois ».
Au-delà de la gauche, la « post-gauche »…
Manifeste Blair-Schröder : « La plupart des gens ont abandonné depuis longtemps la représentation du monde inspirée du dogme de la droite et de la gauche. Et c’est à ces gens-là que les sociaux-démocrates doivent s’adresser. »
Clinton et Blair voulaient un « gouvernement des meilleurs »…Tout comme Sarkozy et Bayrou. « Gouvernement des meilleurs » est la définition étymologique d’aristocratie.
Tony Blair : « la gestion de l’économie n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ou mauvaise ».
Tony Blair : « Je pense que l’attachement de Margaret Thatcher à la libre entreprise était juste. La Grande Bretagne a surtout besoin de gens qui réussissent grâce à l’argent qu’ils gagnent. »
Tony Blair : « Nous croyons dans la responsabilité des individus de se prendre en charge. »
Peter Mendelson : « Le New Labour a toujours été très relax à l’idée que des gens puissent devenir indécemment riches. »
John Prescott (Vice-Premier ministre de Blair, 1997) : « Aujourd’hui, nous sommes tous des membres des classes moyennes ».
Schröder : « Je ne pense pas, ou plutôt je ne pense plus, qu’il soit souhaitable d’avoir une société sans inégalités. »
Qui n’accepte pas le « réel » tel qu’il est défini par ces gens n’exprime plus un désaccord : soit il ment, soit il est tout simplement insensé. C’est habile. Mais c’est d’essence totalitaire.
En 1984, François Hollande a écrit un texte intitulé « Pour être modernes, soyons démocrates » : « La conception dogmatique de la classe ouvrière et la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires doivent être abandonnés. »
Le cœur de la ligne « Démocrate » réside dans l’effacement des contradictions qui traversent la société, l’effacement même de la notion d’affrontement.
Les tenants de la « post gauche » cherchent sans cesse à savoir ce qui plaît le plus ou ce qui marche le mieux dans la tête des gens. La conséquence directe de cet engouement pour les sondages, les enquêtes d’opinion, est la stratégie dite de « triangulation » (inventée par Bill Clinton) qui consiste à se positionner sur les options de droite qui semblent le plus partagées par l’opinion.
La gauche peut tout simplement être rayée de la carte politique au profit d’une généralisation de l’alternance molle à l’américaine entre deux courants qui partagent 90 % de valeurs et d’idées communes.
Ségolène Royal : « La valeur travail reconstruite (sic !), la responsabilité individuelle et la récompense de l’effort ne sont pas des valeurs conservatrices. Ce sont des valeurs progressistes et je les revendique pour les socialistes. »
Pour eux, la part de richesse que l’on reçoit est le résultat de ses efforts personnels, des opportunités, de la bonne santé de l’économie ; ce n’est pas une question politique ou sociale à traiter comme telle.
La campagne de Ségolène Royal…
Une campagne, ce n’est pas le moment où l’on va demander aux gens ce qu’ils veulent, à supposer que ce soit une bonne méthode pur définir l’intérêt général. C’est au contraire le moment où l’on soumet à la discussion les propositions que l’on fait pour régler les problèmes.
Démocratie participative
Ce phénomène, qui consiste à ériger le café du commerce en nouveau cadre d’élaboration de la doctrine politique a été appelé « life politics » par la science politique anglo-saxonne. J’y vois une nouvelle façon de contourner la question politique en la dissolvant dans le magma des situations particulières, où chaque individu est un cas particulier et où les solidarités de classe ou de catégorie sociale n’ont plus de pertinence.
PP
07:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, Royal, rénovation


