12.12.2007

Etre riche

Etre riche, qu’est-ce que ça veut dire ?

L’Insee a récemment publié une étude sur le « niveau de vie » des français. Cette notion, au-delà des seuls salaires, prend en compte les revenus financiers et intègre l’avantage dont disposent les propriétaires qui ne paient pas de loyers. De plus les chiffres sont établis après déduction des impôts directs (locaux, sur le revenu…) et après ajout des prestations sociales. Il s’agit donc, en quelque sorte, du « revenu disponible ».

Voici quelques enseignements tirés de cette étude :

Le niveau de vie médian est d’environ 1500 € par mois et par personne, contre 1300 € avec les anciennes données. Cela signifie que la moitié des français vivent avec moins de 1500 € par mois.

Le seuil de pauvreté défini comme la moitié du revenu médian est donc de 750 €

Les 10 % les plus pauvres ont un niveau de vie par personne inférieur à 809 €.

Si l’on définit comme « riche » quelqu’un qui gagne le double du revenu médian, le seuil de la richesse se situe à 3000 € mensuel pour une personne seule.

Les 10 % les plus riches ont un niveau de vie par personne supérieur à 2800 €.

Les 5 % les plus riches ont un niveau de vie par personne supérieur à 3500 €.

Lorsque François Hollande avait qualifié de « riche » quelqu’un qui gagnait plus de 4000 € par mois, des voix s’étaient élevées à droite (Jean-François Coppé, entre autres), pour affirmer qu’à 4000 € on fait partie des « classes moyennes ». Non, à 4000 € on fait partie des 2% les plus riches… Les classes moyennes, c’est plutôt entre 1000 et 2000 € …Malheureusement.
Mais il est vrai qu’avec environ 15% des salariés au niveau du SMIC, il ne peut guère en être autrement !

Le dernier enseignement de l’étude de l’Insee concerne les inégalités. Elles sont plus élevées que ce qui était estimé auparavant…

PP

09.10.2007

Perte des valeurs...

Selon une étude récemment parue dans la Revue internationale du travail, les salaires des 10 % des salariés les mieux payés ont progressé nettement plus vite que le salaire médian (le salaire tel que la moitié des salariés gagne moins, à ne pas confondre avec le salaire moyen) dans la plupart des pays industrialisés. Depuis 1980, cet écart s’est creusé de plus de 10 points voire de 15 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie… En Europe seules la Finlande, la Suède…et la France sont épargnées par ce creusement des écarts entre les mieux payés et les autres.
Une littérature foisonnante sur le sujet nous explique tout cela est due aux mutations du marché du travail qui font que la demande pour le travail très qualifié est en expansion. La hausse de la demande entraîne donc une hausse des prix, en l’occurrence les salaires des plus qualifiés. C’est la bonne vieille loi de l’offre et de la demande, nous dirait Jacques Marseille ! Sauf que l’offre de travail qualifié a elle aussi augmenté, ce qui contrecarre l’effet de la demande. De plus l’explication précédente ne nous dit pourquoi les salaires des 10 % les plus riches augmente plus vite que les autres, ce qui se traduit par un creusement de l’écart.
On peut envisager deux explications moins « mécaniques » que la loi de l’offre et de la demande : la « perte des valeurs » et « l’effet Zidane ».

La perte des valeurs
La « perte des valeurs » est habituellement associée aux « assistés », pour qui la valeur travail n’a plus de sens. Mais la « perte des valeurs » atteint aussi une fraction des salariés les mieux payés. Jusque dans les années 1980, il existait une sorte de code salarial, un ensemble de normes tacites qui constituaient une sorte de code de bonne conduite. Au-delà d’un certain plafond, les salaires paraissaient indécents, à la fois pour l’employeur et pour le salarié.
Ainsi, au début du XXème siècle, le milliardaire Rockfeller estimait qu’un patron ne devait pas être payé plus de 30 fois le salaire de ses ouvriers (aujourd’hui, c’est plutôt 500 fois dans les grandes entreprises). Mais, lorsque cette norme est transgressée par un nombre croissant d’individus, elle cesse de devenir une norme .
Joseph Stiglitz analyse très bien ce phénomène dans un ses ouvrages :
« Ce que l’on considère comme acceptable est influencé par ce que font les autres, par ce qu’ils jugent, eux, acceptable… Si les PDG sont normalement payés dix fois plus qu’un salarié ordinaire, on peut accepter qu’un PDG exceptionnel se fasse payer quinze fois plus, mais pas cent fois plus. Aux Etats-Unis, dans les années 1990, il n’y avait pas de limites ; tout était devenu acceptable…On valait ce qu’on parvenait à se faire payer. Point final. »

L’effet Zidane
L’effet Zidane, ou effet Pavarotti, traduit l’importance grandissante des « superstars » quelque soit le domaine. Les entreprises sont prêtes à débourser des sommes importantes pour se payer « le » spécialiste. Ce phénomène est perceptible dans la finance, notamment. Bien sûr, cela ne touche qu’une infime minorité de salariés, mais leurs rémunérations hors de toute mesure contribue à faire grandir l’écart avec les salariés « moyens ».

Ces effets sont d’autant plus dommageables que les salariés concernés ont tendance à attribuer à leurs seuls mérites l’énormité de leur rémunération…et à s’affranchir de la solidarité nationale en s’exilant vers des pays plus cléments fiscalement.

Encore et toujours la perte des valeurs !

PP