09 avril 2008

Chevaliers blancs

La semaine dernière, les bourses mondiales ont « rebondi », grâce notamment aux valeurs bancaires. Pourquoi un tel revirement par rapport à la morosité qui prévalait jusqu’alors ?
En grande partie parce qu’UBS (1ère banque Suisse) et Lehman Brothers (Etats-U7nis) ont réussi leur recapitalisation. Les investisseurs « veulent croire » (toujours la bonne vieille méthode Coué !) à la fin du tunnel sur les marchés boursiers. Toutefois, on peut penser que ce rebond n’est que le résultat de spéculations à court terme. En effet, même si la visibilité est un peu meilleure, le ménage n’a pas encore été fait dans les comptes. Ainsi UBS serait encore exposée à hauteur d’environ 80 milliards de dollars.

Pourtant, cette même UBS a été capable de lever 28 milliards de francs suisses en quelques semaines.
Mais d’où viennent donc ces 28 milliards ? Qui est prêt à injecter de telles sommes dans une banque en difficulté ? Il s’agit du fonds d’investissement GIC de Singapour et d’un investisseur du Moyen-Orient.
En l’espace de quelques semaines, près de 80 milliards de dollars ont été mobilisés en provenance de fonds souverains d’Abu Dhabi, d’Arabie Saoudite, du Koweït, de Chine et de Singapour. Plusieurs fleurons de la finance mondiale ont été « sauvés » : Citigroup, UBS, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Bear Sterns…
Les fonds souverains sont des fonds d’investissement gérés par des Etats et destinés à faire fructifier les montants colossaux issus de la vente du pétrole (pour les pays du Moyen Orient et même pour…la Norvège) ou des réserves de change (pour les pays d’Asie).

On peut se réjouir, comme le font les marchés financiers, de cet apport d’argent frais par ceux qui sont considérés comme des « chevaliers blancs ». On peut aussi s’interroger sur les conséquences de cette vaste redistribution des cartes au sein de la finance mondiale. Ces fonds souverains (qui représentent 3000 milliards de dollars) vont-ils longtemps rester des actionnaires « passifs » ou seront-ils le bras armé de leurs Etats de tutelle pour appuyer des pressions politiques ?
Quoiqu’il en soit le versement de dividendes liés à ces prises de participation vont se traduire dans les années qui viennent par des transferts financiers importants vers le Moyen Orient et l’Asie.

PP

28 mars 2008

Spéculation et crise ça suffit

« Spéculation et crise ça suffit », tel est le titre d’une pétition initiée par un groupe d’économistes européens, parmi lesquels Frédéric Lordon (dont vous pouvez retrouver les références de quelques ouvrages dans la liste se trouvant à droite de l’écran).

L’objectif de cette pétition est l’abrogation de l’article 56 du Traité européen. Cet article dit la chose suivante :
« Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. »
Plus largement, il s’agit de faire de la reprise en main de la sphère financière une priorité politique. En effet, la crise actuelle démontre une nouvelle fois l’incapacité de ce système à s’autoréguler autrement que par des cycles bulles / krach délétères pour l’économie réelle.

Il s’agit d’aller au-delà des habituelles déclarations de circonstance sur l’éthique, la morale et la transparence. Ainsi, après leur entrevue, Mrs Sarkozy et Brown ont réclamé davantage de transparence des marchés financiers et dans ce cadre ont appelé les banques à révéler « rapidement et totalement l'ampleur de leurs pertes et notamment de trouver les moyens d'obtenir une plus grande certitude sur la valorisation des actifs complexes ».
C’est comme si c’était fait !
On peut citer aussi les longues tirades de Mme Parisot qui, la main sur le cœur et la larme à l’œil, n’a pas de mots assez durs pour fustiger ceux qui manquent d’éthique et de morale.

Tant que l’on ne remet pas en cause les structures, l’éthique, la morale et la transparence auront à peu près autant d’effets que l’aromathérapie pour soigner un cancer généralisé en phase terminale.
Il faut faire preuve d’une naïveté sans borne (ou d’une hypocrisie sans limite) pour croire qu’une régulation reposant sur la bonne volonté des acteurs puisse être suffisante, alors même que ces acteurs sont soumis à de colossales incitations à prendre des risques.
En effet, la concurrence que se livrent les opérateurs (banques, fonds d’investissement…) pour capter les liquidités se traduit par une course effrénée au rendement. Le système des « bonus » (primes faramineuses indexées sur les résultats) pour les gestionnaires les incitent à prendre également un maximum de risques (voir note du 26 mars sur ce blog) sans avoir à en assumer les conséquences.

Comme le souligne Patrick Artus (directeur des études de la Caisse des Dépôts, a priori peu enclin aux sympathies bolchéviques) dans son ouvrage « Le capitalisme est en train de s’autodétruire », les acteurs financiers sont soumis au « court-termisme » et au « mimétisme rationnel » qui fait que tout le monde fait les mêmes choix d’investissement au même moment, de peur faire moins bien que la moyenne. Selon lui, ces comportements découragent les investissements sur le long terme, nécessaire à la croissance voire à la survie du capitalisme.

Tout ce monde vit dans la certitude que, en cas de pépin, les banques centrales et les Etats viendront à leur secours. Se sachant « assurés », ils prennent leurs risques sans souci du lendemain : c’est l’aléa moral. Quand tout va bien, ils n’ont pas mots assez durs pour critiquer l’Etat (« obèse », « dépensier », « inefficace »…), mais dès que ça sent le roussi, ils vont, comme un seul homme, pleurnicher pour qu’on les aide. Quand ça va mieux, ils repartent comme si de rien n’était !

Si vous en avez assez de tout ça, je vous invite à signer la pétition « Spéculation et crise ça suffit » sur le site www.stop-finance.org (le site n’était pas accessible aujourd’hui, soyez persévérant !). Tout ne changera pas du jour au lendemain, mais il faut inlassablement accumuler les grains de sables pour espérer faire avancer ce chantier vital pour l’avenir.

PP

26 janvier 2008

Généralités...

La Société Générale était considérée, jusqu’à aujourd’hui, comme une des banques les plus performantes et les plus innovantes du monde (notamment sur les produits dérivés).
Que penser alors de l’histoire de ce trader qui a lui fait perdre 5 milliards d’Euros ?

S’agit-il d’agissements frauduleux d’un individu isolé ou du résultat d’une stratégie d’investissements spéculatifs qui aurait mal tourné ? Dans l’un ou l’autre cas, les questions soulevées sont très graves.

Si nous supposons que la perte colossale est le fruit d’un trader isolé, cela signifie que les systèmes de contrôles internes de la Société Générale sont très largement déficients. Il n’y a pas de raisons pour que ceux des autres banques soient foncièrement meilleurs. C’est d’ailleurs un des problèmes des grandes structures, qu’elles soient publiques ou privées : plus la structure est compliquée, plus cela de latitude à ceux qui veulent profiter des failles su système à des fins personnels. La taille d’une entreprise permet de générer des économies d’échelle, mais elle engendre une plus grande complexité. Plus une structure est complexe, plus elle est difficile à piloter et à contrôler.

Pour ma part, j’ai du mal à croire à un acte isolé. En effet, ce trader (qui apparemment n’était pas un foudre de guerre !) aurait pris des positions sur les produits dérivés à hauteur de…50 milliards d’euros. Sur ce type de marché, il faut fournir une garantie en « cash » d’au moins 1% de la position prise. Ce qui veut dire que le trader aurait dû « sortir » environ 500 millions d’Euros… Je pense qu’il n’est, dans cette affaire, qu’un bouc-émissaire. Ce qui est en cause, c’est la déréglementation et la libéralisation des marchés financiers.
Autrefois, les banques étaient spécialisées sur un métier de base et il était beaucoup plus facile de surveiller l'activité des employés. Le problème, c'est que les banques sont devenues des supermarchés: elles veulent faire tous les métiers à la fois, banque de détail, banque d'affaires, courtage, et les dirigeants ne comprennent pas ce qui se passe dans leurs salles de marché.
Pour arriver à contrôler efficacement les transactions, il faudrait des investissements gigantesques dont les banques n'ont pas les moyens…et surtout pas la volonté.

La finance n’est pas une activité néfaste en soit. En effet, son rôle originel est de recycler l’épargne des uns pour la prêter aux autres afin de la transformer en investissement. La finance a également pour vocation initiale de gérer les risques. Elle devrait donc contribuer à la croissance économique. Sauf que…elle a pris une importance démesurée par rapport à l’économie réelle et elle s’est mise à « tourner sur elle-même », engendrant bulles et krach successifs.

Malgré la sophistication des technologies et des produits financiers, les marchés financiers restent le lieu de l’expression brutale des passions humaines les plus basiques : la peur, la cupidité, l’euphorie, l’envie, la panique… Même si la technologie a évolué, derrière les écrans des ordinateurs il y a des hommes dont la capacité d’assimilation de l’information n’a pas fondamentalement changé depuis des siècles… Par exemple, une des premières bulles spéculatives connues concernait les …bulbes de tulipes aux Pays-Bas au 15ème siècle… Mais lorsque la bulle a éclaté, l’impact s’est surtout fait sentir…aux Pays-bas. Aujourd’hui lorsqu’une bulle éclate, cela rejaillit sur l’ensemble de l’économie mondiale…

PP

23 janvier 2008

Et maintenant ?

Alors que les marchés financiers font une nouvelle fois la preuve éclatante de leur inefficacité, aucune voix ne s’élève pour réclamer leur stricte régulation. Tout au plus entend-on les sempiternelles pleurnicheries au sujet du « manque de transparence et de la mauvaise gouvernance ».

Pourtant les Etats sont (temporairement) en position de force. En effet, c’est vers eux que l’on se tourne pour prendre en charge la casse (voir le plan de relance aux Etats-Unis). En plus, les « marchés » ont le toupet d’affirmer que les mesures annoncées pour remédier aux conséquences de leur rapacité et de leur myopie sont insuffisantes et de trop faible ampleur !

Va-t-on une fois de plus se contenter de corriger les symptômes sans s’attaquer aux racines du mal ?

Va-t-on laisser la prochaine bulle se former ?

Va-t-on continuer à confier le pilotage de l’économie mondiale à cette entité décérébrée que l’on nomme « marchés financiers » ?

PP

26 décembre 2007

Age du fer, Capitalisme et Marché

L'industrie sidérurgique chinoise, la plus importante du monde, s'inquiète beaucoup d'un éventuel rapprochement entre les deux géants miniers BHP Billiton et Rio Tinto, qui aboutirait à « un monopole encore plus fort » dans le minerai de fer.
« C'est déjà concentré à l'excès. Si BHP réussit à acheter Rio Tinto, cela aboutira à une situation monopolistique. Pour la sidérurgie mondiale, cette fusion n'est pas une bonne chose », dixit un responsable de la fédération chinoise du fer et de l'acier.
La moitié du fer extrait par BHP va aux entreprises sidérurgiques chinoises. BHP, Rio et le brésilien CVRD contrôlent environ 70% du minerai de fer que la Chine achète.
L'entité issue d'une fusion entre BHP et Rio contrôlerait 60% du minerai de fer importé par le Japon et des analystes nippons estiment que cela pèserait sur les profits des sidérurgistes de l'archipel.
Pour l’anecdote, Rio Tinto a finalisé le rachat du canadien Alcan il y a quelques mois à peine. Alcan avait lui-même racheté le français Péchiney il y a quelques années.

Cette histoire est à méditer par tous ceux qui font rimer « capitalisme » avec « économie de marché », voire « marché » avec « démocratie » pour les plus audacieux !
En effet, on voit bien ici que le capitalisme (la propriété privée des moyens de production) peut conduire à une économie centralisée (j’allais dire « planifiée »). En effet, lorsqu’un seul acteur détient 60 à 70 % d’un marché, on ne peut plus parler d’économie de marché. On est dans le cadre d’une économie quasiment planifiée, dans la mesure où c’est le fournisseur unique qui va déterminer les quantités… et les prix.
Le marché n’est donc pas indissociable du capitalisme. On peut très bien envisager le capitalisme dans un univers centralisé, planifié par quelques grandes entreprises. Le contrôle du marché pourrait même être le but ultime d’un capitalisme libre de tout contrôle. En effet, quoi de mieux qu’un monopole pour maximiser la rente ?
Paradoxalement, ce sont les pouvoirs publics qui doivent être garants du marché, en empêchant la constitution de monopoles privés. Si des monopoles doivent exister, ils doivent être publics. En effet, dans ce cas la rente de monopole revient à la collectivité et n’est pas accaparée par des intérêts privés. Mais dans ce cas, quelle institution a la légitimité et le pouvoir nécessaires pour contrecarre le projet de BHP Billiton ?

PP

23 décembre 2007

Monopoly...

La crise financière qui se déroule depuis l’été donnera peut-être le coup d’envoi d’une recomposition majeure du capitalisme mondial.
En effet, on assiste à la montée en puissance des fonds « souverains », c’est-à-dire de fonds d’investissement contrôlés par les Etats.
Ainsi le fonds d’investissement de Singapour (GIC) a pris une part non négligeable du capital de la première banque suisse, UBS. Abou Dhabi a mis un pied dans Citigroup, première banque américaine, via la structure ADIA (Abou Dhabi Investment Authority).
La banque d'investissement américaine Merrill Lynch négocie avec Temasek, société publique de Singapour,l'injection de plusieurs milliards de dollars dans ses comptes, selon l'édition électronique du Wall Street Journal.
Un fonds du Qatar a mis 20 milliards de dollars sur la table pour racheter la chaîne d’hypermarchés Sainsbury, avant de jeter l’éponge en raison du durcissement des ocnditions de crédit.
La Chine a créé en septembre 2007 un fonds d’investissement doté de 300 milliards de dollars. De quoi racheter largement Microsoft ou EDF, ou la Société générale, BNP Paribas, le Crédit Agricole et AXA réunis ! Ce fond a d’ailleurs injecté 5 milliards de dollars dans la banque américaine Morgan Stanley.
La Russie dispose elle aussi d’un fonds, doté de 110 milliards de dollars.

Même s’ils sont relativement petits par rapport aux fonds de pension, les fonds souverains disposent de plus de 2500 milliards de dollars.
Pour les pays du Golfe et la Russie, ces ressources proviennent du pétrole. Pour les pays d’Asie, elles résultent des excédents commerciaux accumulés par ces pays.
Jusqu’à présent, ces fonds étaient investis dans des placements de « pères de famille », comme les bons du Trésor américain. Désormais, ces fonds se verraient bien investir dans des grosses sociétés mondialisées aux rendements plus intéressants.
Evidement, cela suscite des interrogations dans les pays occidentaux, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces investisseurs d’un genre nouveau. Ainsi l’Allemagne a annoncé une loi visant à contrôler scrupuleusement les « investisseurs étrangers ». Aux Etats-Unis, même les plus libéraux sont près à réguler ce type d’investissements…

Et ce n’est pas tout…Le danger pourrait bientôt venir des multinationales russes, chinoise, indiennes…On connaît Mittal. On va bientôt découvrir Gazprom (première capitalisation boursière européenne, sixième mondiale), Huawei, Tata, Lenovo, Ranbaxy, Infosys, Mahindra, Severstal…
En 2003, les acquisitions de firmes de pays émergents dans les économies occidentales totalisaient 13 milliards de dollars. En 2007, ce chiffre dépassera 130 milliards…

Comment les Etats pourront-ils gérer ces mutations profondes qui n’en sont qu’à leur début ?
N’y a-t-il pas des risques de tensions entre les nouvelles puissances économiques et les « vieux » Etats industrialisés, sur fonds de montée du protectionnisme ?

PP

15 décembre 2007

Face, je gagne. Pile, tu perds...

Pari gagné pour Goldman Sachs.

La banque d'investissement américaine a enregistré un profit annuel record de 11 milliards de dollars, dont 4 milliards tirés d'un défi audacieux - à l'époque - celui d'estimer que les valeurs mobilières adossées à des prêts immobiliers risqués allaient voir leur valeur baisser, selon des informations obtenues par le "Wall Street Journal". En anticipant ainsi la crise du « subprime », Goldman Sachs a amplement compensé les pertes de 1,5 à 2 milliards de dollars accumulées sur les créances immobilières.

Cette orientation à contre-courant, la banque la doit à trois banquiers aux nez creux : Michael Swenson, Josh Birnbaum et Dan Sparks, qui ont su convaincre leur hiérarchie du bien-fondé de leur stratégie.

Bien vu, messieurs. En plus, l'argent n'a pas d'odeur!

Quoiqu'il en soit, cette anecdote prouve que la crise était prévisible et qu'il aurait peut-être été possible d'en limiter les conséquences.

PP

12 décembre 2007

UBS, Citigroup et les autres...

UBS, la première banque helvétique a fait appel lundi à deux investisseurs internationaux pour renflouer son capital, après avoir annoncé une nouvelle dépréciation d'actifs d'environ 10 milliards de dollars (6,8 milliards d'euros) en raison de la crise du « subprime ». Après une première dépréciation de 4,2 milliards de francs suisses publiée en octobre, qui s'est traduite par une perte nette de 830 millions au troisième trimestre, UBS s'attend de nouveau à plonger dans le rouge. L'établissement helvétique table pour le quatrième trimestre sur une perte, « au lieu d'un bénéfice global comme anticipé », et juge « maintenant possible » une perte nette pour l'ensemble de l'exercice.

Quelque 13 milliards seront levés avec l'arrivée de ces deux nouveaux investisseurs. L'Agence d'investissement du gouvernement de Singapour (« Government of Singapore Investment Corporation », GIC) souscrira à hauteur de 11 milliards de francs suisses d'obligations convertibles. Un second investisseur « stratégique du Moyen-Orient », dont le nom n'a pas été révélé, prendra 2 milliards. Selon les rumeurs de marché, cet investisseur serait basé à Abou Dhabi.

« La situation sur le marché du logement et du crédit hypothécaire à risque aux Etats-Unis n'a cessé de se détériorer et nous avons actualisé nos estimations de perte compte tenu des prix actuellement observés sur le marché américain des titres hypothécaires », a affirmé le directeur général Marcel Rohner. Le groupe suisse n'a pas échappé à la perte de valeur des titres adossés aux crédits hypothécaires à risque (« subprime ») qui affecte une grande partie du secteur bancaire mondial depuis l'été. La banque d'affaires américaine Merrill Lynch avait publié fin octobre des résultats amputés par 7,9 milliards de dépréciations d'actifs sur le marché des crédits immobiliers à risque.

La première banque américaine, Citigroup, avait annoncé fin novembre une dépréciation de 3 milliards de dollars au troisième trimestre, suivi de 8 à 11 milliards supplémentaires à prévoir au quatrième trimestre. Citigroup avait également fait appel à des capitaux étrangers, en vendant une part de son capital à Abou Dhabi pour 7,5 milliards. L'investissement sera effectué par l'Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), le fonds d'investissement souverain d'Abou Dhabi, l'un des sept Etats membres des Emirats arabes unis (EAU). L'apport d'argent sera coûteux pour la banque: les titres vendus à l'émirat lui rapporteront un rendement annuel fixe de 11%, payable chaque trimestre.

Cet appel à la rescousse de l'émirat est une nouvelle preuve du poids financier croissant des EAU, qui grâce à leurs recettes pétrolières gonflées par l'envolée des cours du pétrole, multiplient les investissements dans les grandes sociétés et places boursières internationales depuis quelques mois.

Citigroup pourrait encore devoir passer pour 11 milliards de dollars de dépréciations et prévoit une nouvelle vague de suppressions d'emplois, après avoir déjà réduit depuis avril ses effectifs de 5%, soit 17.000 personnes. La banque emploie 320.000 salariés dans le monde. Plus encore que d'autres banques, Citigroup s'est brûlé les doigts sur le marché des titres adossés à des créances obligataires à risques, qui ont perdu l'essentiel de leur valeur à cause des défauts de paiements des ménages américains incapables de rembourser leurs emprunts immobiliers. Selon sa concurrente Goldman Sachs, ses malheurs ne devraient pas s'arrêter là et Citigroup pourrait devoir procéder à 15 milliards de dollars de dépréciations supplémentaires au cours des deux prochains trimestres.

La crise des « subprime » a causé des pertes de l'ordre de 80 milliards aux principales banques américaines, mais aussi aux banques européennes, et certains analystes estiment que ce n'est pas fini.

PP

28 septembre 2007

Histoire belge

La possibilité d’une scission de la Belgique, évoquée ces derniers temps, est d’autant plus inquiétante que ce cas n’est pas unique en Europe. On peut citer la séparation de la République tchèque et de la Slovaquie. On peut aussi évoquer les velléités récurrentes de certains italiens du nord de laisser leurs compatriotes du sud se débrouiller seuls. Comme pour les Flamands et les Wallons, il s’agit de « riches » qui en en ont assez de payer pour les « pauvres ». La Wallonie est une région dont la situation économique est plutôt délicate : son PIB est inférieur à la moyenne des régions européennes, le déclin industriel a entraîné une hausse du chômage (30 % par endroit). La Flandre, elle, s’en sort plutôt bien.

Ces tensions peuvent amener à se poser la question suivante : « Qu’est-ce qui fait que l’on est français, belge,.. ? ». Qu’est-ce qui fait qu’une société, composée d’individus et de groupes différents, ne se désagrège pas ? Ce mécanisme complexe est appelé « lien social », c’est-à-dire l’ensemble des relations, des normes et des valeurs communes qui lient les individus les uns aux autres, les rendent solidaires et assurent la cohésion sociale.
Or la montée de l’exclusion et des inégalités menace la cohésion sociale.
Pour les plus défavorisés, le danger est de perdre progressivement les liens qu’ils entretiennent avec le reste de la société, pour ne plus exprimer que colère et révolte. En même temps, les revenus des catégories les plus favorisées s’élèvent. Ces couches aisées se coupent de plus en plus physiquement du reste de la population (centres-villes / banlieues).
L’accroissement des inégalités fait donc peser de lourdes menaces sur la cohésion sociale. D’une part elles engendrent des frustrations, sources de tensions, voire de violences de la part de ceux qui s’estiment lésés. D’autre part, elles renforcent le pouvoir d’une minorité de plus en plus riche qui peut imposer ses points de vue, grâce à son accès aux médias, au pouvoir,… bref à tous les leviers de l’influence. C’est en cela qu’une société inégalitaire fonctionne moins bien qu’une société plus égalitaire . Il est donc impératif de corriger les inégalités, notamment par une fiscalité plus progressive (mon propos n’est bien sûr pas de dire que tout le monde doit gagner pareil). Malheureusement, ce n’est pas la tendance actuelle : afin d’attirer chez eux les plus aisés, la plupart des pays ont tendance à baisser les impôts sur le revenu et le patrimoine, au détriment des impôts liés à la consommation (TVA).

Certains économistes expliquent les difficultés de cohésion sociale par d’autres schémas. Au XIXème siècle, on pensait que les « grandes nations » valaient mieux que les petites car elles bénéficiaient d’un grand marché intérieur, et donc d’une économie plus forte. Les unités allemandes et italiennes se sont constituées sur ce modèle. En la matière, la référence demeure les Etats-Unis, qui grâce à un protectionnisme farouche, ont permis à leur entreprises d’acquérir sur leur marché intérieur la taille critique nécessaire pour aller s’attaquer au monde entier. Or, cette idée selon laquelle il vaut mieux un grand marché intérieur qu’un petit se dissout à l’heure où le marché mondial offre à chacun le plus grand marché possible. Une petite nation n’est plus obligée aujourd’hui de perdre les bénéfices d’un grand marché pour se constituer politiquement. En effet, les grandes nations, constituée de populations différentes, doivent faire des efforts importants de redistribution qui pénalisent les finances publiques, alourdissent la dette publique…Les petites nations, plus homogènes, ne s’exposent pas ce risque. Il est donc tentant pour des régions qui réussissent économiquement de vouloir s’affranchir du fardeau de régions plus défavorisées.

Quoiqu’il en soit, il est nécessaire de repenser les mécanismes de solidarité à la fois internes aux Etats, mais aussi inter-Etats. A quand le début de « l’Europe sociale » ?

PP

21 septembre 2007

Le vent tournerait-il ?

Depuis quelques mois, on assiste à quelque chose d’impensable au sein de la communauté des économistes américains ! Des voix, et non des moindres, s’élèvent pour dire que la mondialisation est responsable de la perte d’emplois et de la baisse des salaires dans les pays industrialisés (et notamment aux Etats-Unis).

Ainsi, Paul Krugman (Université de Princeton) a écrit dans les années 90 un ouvrage intitulé « La mondialisation n’est pas coupable ». Il nous expliquait alors que les difficultés rencontrées par les travailleurs peu qualifiées étaient dues à des mutations internes du marché du travail. Aujourd’hui, il révise son jugement et s’inquiète des écarts de salaires entre Chine et Etats-Unis. De plus, selon lui, la segmentation croissante des processus de production repousse sans cesse les frontières des activités « délocalisables ».
En conclusion, voici les dernières lignes d’un article paru sur le site Vox :
« Tout cela nous amène à la conclusion que l’on ne peut plus affirmer, comme c’était le cas il y a une dizaine d’années, que les effets du libre échange sur la répartition du revenu dans les pays riches sont relativement minimes. Un certain nombre d’éléments indiquent que ces effets sont assez importants, et qu’ils sont en train de le devenir plus encore.
Cela ne veut pas dire que je défende une forme de protectionnisme. Mon objectif est bien plutôt de souligner que les promoteurs du libre échange doivent répondre plus adéquatement aux inquiétudes de ceux qui subissent la mondialisation. »
Intégralité du texte…

Plus étonnant encore, Kenneth Scheve et Matthew Slaughter (ancien conseiller économique de George Bush) réclament, dans un article paru dans le dernier numéro de la revue américaine Foreign Affairs, la mise en place d’un New Deal, en référence au plan du Président Roosevelt pour sortir de la crise 1929. Ils appellent de leurs vœux une politique fiscale de redistribution des richesses en faveur des perdants de la mondialisation. Il s’agit de redistribuer les richesses créées par la mondialisation à l’aide d’un impôt fédéral progressif sur le revenu, afin d’atténuer les inégalités. C’est, selon eux, le seul moyen de lutter contre un retour du protectionnisme qui serait ruineux pour l’ensemble des économies. Même en France, ils passeraient pour de dangereux collectivistes !
Intégralité du texte…

Espérons que ce revirement gagne bientôt les dirigeants des pays industrialisés et notamment européens. Cela permettra peut-être de mettre fin à la spirale infernale de la concurrence fiscale ! Recevoir des leçons en matière de réduction des inégalités et de progressivité de l’impôt en provenance du pays réputé le plus libéral du monde, c’est tout de même un comble !

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