22 mai 2008
Puisqu'on vous dit que ça marche !!
Nicolas Sarkozy, Christine Lagarde, Laurent Wauquiez le répètent en chœur : « les heures supplémentaires, ça marche ! »
En effet, selon les chiffres de l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (ACOSS) 59% des entreprises auraient eu recours à ce dispositif en mars 2008, contre 51% en décembre 2007.
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Sauf que…
Pourquoi le gouvernement ne communique-t-il pas tout simplement sur le nombre d’heures supplémentaires ? En effet, pour vraiment juger de l’efficacité de la mesure, le bon indicateur c’est le nombre d’heures supplémentaires effectuées et pas le nombre d’entreprises qui ont recours au dispositif. Cette question me tarabustait, jusqu’à ce que je trouve la réponse dans « Aujourd’hui en France » daté du 21 mai. Selon l’ACOSS, voici le nombre d’heures supplémentaires effectuées dans les entreprises de plus de dix salariés dans les derniers mois :
* Décembre 2007 : 47 millions
* Janvier 2008 : 44 millions
* Février 2008 : 42 millions
* Mars 2008 : 42 millions
Ce n’est pas vraiment une montée en puissance exubérante !
Toujours selon l’ACOSS, voici le montant actuellement déclaré des exonérations
* Décembre 2007 : 165 millions d’€
* Janvier 2008 : 156 millions d’€
* Février 2008 : 152 millions d’€
* Mars 2008 : 156 millions d’€
Ces chiffres confirment bien l’essoufflement.
Au passage, on peut noter que chaque heure supplémentaire coûte au contribuable environ 3,60 €. A cela, il faut ajouter le manque à gagner (pour l’Etat !) en termes d’impôt sur le revenu, bien que ceci soit compensé par une diminution de la prime pour l’emploi pour certains bénéficiaires du dispositif.
De l’aveu même du sous-ministre à l’Emploi, l’inénarrable Laurent Wauquiez, le nombre d’heures supplémentaire est en moyenne de six heures par mois et par personne. On est loin des quatre heures par semaine mentionnés dans les simulations du ministère de l’Economie!
Au final, si plus d’entreprises ont recours au dispositif, ce n’est pas forcément le signe d’un succès du dispositif, cela traduit plutôt un saupoudrage où chaque bénéficiaire récupère quelques « miettes » sans que cela change fondamentalement sa situation.
En dernier recours, le ministère de l’Economie nous assène que le dispositif des heures supplémentaires va injecter 5 milliards d’€ de pouvoir d’achat. Ca a tout l’air d’un argument « massue » tant le chiffre est imposant ! Mais…si l’on rapporte ce chiffre à l’ensemble des salaires bruts, ça fait rapidement « pschitt ». En effet, les salaires bruts s’élèvent à environ 700 milliards d’€ par an. Les 5 milliards de « pouvoir d’achat » représentent donc…0,7% du total !!
On est loin du choc de croissance promis !
PP
11:33 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paquet fiscal, heures supp, emploi, Wauqiez
06 mai 2008
Marché du travail
De retour après une semaine de vacances, il faut se rendre à l’évidence : la situation économique du pays ne s’est pas améliorée !! Pas étonnant que le moral des français soit au plus bas depuis 1995, d’après les derniers chiffres publiés par l’Insee.
En parcourant rapidement la presse ces derniers jours, j’ai été frappé par la multiplication des annonces de suppressions d’emplois, principalement dans l’industrie. Deux « fleurons » de l’industrie française sont notamment en difficulté : DMC (textile) a annoncé la suppression de 1100 emplois et Duralex (qui fabriquait les fameux verres incassables) va sans doute cesser son activité… On peut aussi citer les grèves chez l’Oréal, Coca Cola…
Bref, dans ces conditions, il est logique que l’industrie française ait détruit 42 000 emplois en 2007, ce qui porte le total de la réduction des effectifs industriels à 435 000 depuis 2001.Ce qui relativise l’enthousiasme de Christine Lagarde qui s’extasiait sur les « 300 000 créations d’emplois » de l’économie française en 2007. En effet, les emplois créés sont majoritairement des emplois de services, souvent de mauvaise qualité (temps partiel, durée déterminée…).
Il n'est donc pas surprenant que le chômage ne baisse plus depuis le début de l’année. En mars, le nombre de demandeurs a augmenté de 8200 (+0,4 %). Cette hausse est due, entre autre, à des fins de CDD, ce qui prouve bien la faible qualité des emplois créés.
Une autre raison majeure de la remontée du chômage est la décrue de l’emploi intérimaire. Au fait n’y aurait-il pas un lien avec le développement des heures supplémentaires détaxées ? Sans être un économiste de premier plan, il peut paraître logique que, dans un contexte de faible croissance, le recours aux heures supplémentaire est un substitut à l’embauche ou à l’intérim !
D’autant plus qu’il semblerait que ces fameuses heures supplémentaires coûtent plus cher aux contribuables qu’elle n’apporte aux salariés. En effet, l’Etat doit compenser le manque à gagner des organismes de Sécurité Sociale, « s’asseoir » sur l’impôt sur le revenu et l’arrêt des embauches induit une hausse des allocations chômages (pour en savoir plus...)
Pas étonnant que, dans un marché du travail dégradé, les entreprises cherchent à profiter de la situation pour faire valoir leurs exigences. Ainsi, chez Peugeot Motocycles, les salariés ont été contraints de renoncer à 11 jours de RTT en échange du maintien de la production sur les sites de Mandeure (j’ai grandi dans cette ville du Doubs !) et de Dannemarie. La CGC reconnaît avoir « le couteau sous la gorge », mais le « deal » devrait permettre de maintenir les 1050 emplois français. C’est donc ça le fameux dialogue social moderne que réclame le Medef !?
En Allemagne, Siemens avait imposé à ses salariés le passage de 35 à 40 heures sans hausse de salaire…mais au bout de deux ans, cela n’avait pas empêché la suppression de milliers d’emplois.
Autre exemple emblématique de la remise en cause de la RTT : en 2004, l’usine Bosch de Vénissieux avait obtenu de ses salariés la suppression de 6 jours de RTT sur 20.
Dans le journal télévisé de 20 heures du 30 avril 2008 sur France 2, Françoise Laborde a présenté un reportage sur cette usine en déclarant : « Les salariés de Bosch Vénissieux sont plutôt satisfaits du retour aux 39 heures ». Dans le reportage, deux salariés se sont exprimés. La première était plutôt résignée : « Faut faire avec ». Le second, quant à lui, était carrément amer : « Ils ont joué, ils ont gagné ! »…en parlant de la direction.
C’est sans doute la fameuse « pudeur des ouvriers » (comme dirait Nicolas Sarkozy inspiré par Henri Guaino) qui les conduit à modérer leur enthousiasme !
PP
08:50 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, heures supp
24 avril 2008
Un an déjà...
Ce soir, Nicolas Sarkozy va nous expliquer que sa première année à l’Elysée est un succès…
Le paquet fiscal, la rupture du contrat de travail par « consentement mutuel », l’allongement de la durée de cotisation retraite, les franchises médicales, la réforme des allocations familiales, le dégraissage de la fonction publique, la réforme de la carte judiciaire, la réforme des hôpitaux, le RSA trop coûteux, les caisses vides, le « sauvetage » du site de Gandrange, le quota de 25000 expulsions par an, la commission Attali, le plan « Marshall » pour les banlieues, le Grenelle de l’environnement qui fait « pschitt », la suppression annoncée des 35 heures…et puis non finalement, la cacophonie gouvernementale, la « bling-bling » attitude, la promenade dans la neige sur le plateau des Glières, la politique de civilisation, Kadhafi à Paris, « Casse-toi, pauv’con »…
J’en passe et des meilleures…Bon courage aux conseillers en communication pour trouver une logique à tout ça !
François Fillon attend de l’intervention présidentielle une mise en perspective des réformes et une « feuille de route ». C’est quand même surprenant qu’un Premier Ministre doive attendre une émission de télé pour recevoir les directives de son patron ! Il aurait pu au moins lui envoyer un SMS !
Bon enfin, on verra bien…
En attendant ce grand moment de télé, je voudrais revenir sur un des « points forts » du programme de Nicolas Sarkozy : le fameux paquet fiscal. En effet, c’est grâce à lui que le slogan « Travailler plus pour gagner plus » devait devenir réalité. Le paquet fiscal ou loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d’Achat) devait produire un « choc de confiance », puis un « choc de croissance ». Le seul choc que l’on a vu, c’est celui de la courbe des sondages de popularité qui touche le fond !
Contrairement à une présentation un peu caricaturale qui en a été faite, le paquet fiscal n’est pas qu’un cadeau aux « riches ». En revanche, on peut lui reprocher son inefficacité patente et son coût exorbitant : 13 milliards d’€, qui a contribué à vider des caisses « déjà vides ».
Grosso modo, le paquet fiscal se décompose ainsi :
* 6 milliards d’€ pour les exonérations fiscales liées aux heures supplémentaires
* 3,7 milliards d’€ pour les crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunts immobiliers
* 2,2 milliards d’€ pour la suppression des droits de succession
* 0,6 milliard d’€ pour le passage de 60 % à 50 % du bouclier fiscal
* 0,4 milliard d’€ pour l’exonération d’ISF liée à l’investissement dans les PME
Heures supplémentaires
L’UMP annonce sur sont site Internet que 4 heures supplémentaires par semaines équivalent à un 13 ème mois. Certes, mais encore faut-il pouvoir les faire, ces 4 heures par semaine. En moyenne, le tiers des salariés qui font des heures supp en effectuent 4…par mois !
Selon une étude de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, parue début avril, le dispositif coûterait plus cher à l’Etat que le gain de pouvoir d’achat octroyé aux salariés.
De plus, ce dispositif va accentuer les inégalités entre ceux qui font des heures supp et les autres. Il ne contribuera bien évidemment pas à créer des emplois (au contraire) et laisse de coté les retraités, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux…
Plus largement, il repose sur le principe d’une augmentation individuelle du temps de travail, alors qu’il faudrait avoir une vision globale des heures travaillées. Pour augmenter le nombre d’heures travaillées dans l’économie française, on peut faire en sorte que ceux qui ont déjà un emploi travaillent plus ou alors on peut faire le choix d’être plus nombreux à travailler. C’était la logique des 35 heures, qui malgré un certain nombre de défauts n’ont pas « plombé » l’économie française et ont contribué à générer 800 millions d’heures de travail dans l’économie. De plus, leur mise en place a permis de mieux utiliser les équipements industriels par la mise en place de nouvelles organisations du travail. Cette augmentation de la productivité, combinée aux allègements de cotisations sociales ont rendu quasi indolore pour les entreprises le surcoût de salaire de 11%.
Défiscalisation des intérêts d’emprunts
Sans s’adresser vraiment aux « riches », cette mesure vise surtout la moitié des français qui payent l’impôt sur le revenu. Elle permettra à ceux qui étaient déjà solvables d’alléger le coût de leur emprunt. En revanche, elle ne permettra pas aux moins favorisés d’accéder à la propriété.
Suppression des droits de succession
Avant cette mesure, les trois quarts des successions étaient déjà exonérées. Désormais, ce sera 95 %...et les 5% restants bénéficieront d’abattements plus importants. Sachant que l’âge moyen des « bénéficiaires » d’une succession est de 55 ans, on peut douter de la pertinence de l’argument qui consiste à dire que c’est pour aider « les jeunes à s’installer dans la vie ». En revanche, de telles mesures favorisent la perpétuation d’une France de rentiers où les 10 % les plus riches détiennent 46% du patrimoine…
Bouclier fiscal
Les 0,6 milliard d’€ ne correspondent qu’au coût engendré par le passage de 60 % à 50% du « bouclier fiscal ». Le bouclier fiscal, dans son intégralité, coûte en environ 4 milliards par an (à ajouter au paquet fiscal) et malgré les trésors d’imagination déployés par l’UMP et le gouvernement (la fameuse « veuve de l’Ile de Ré »…), il est incontestable que la vocation majeure du bouclier fiscal est de vider l’ISF de sa substance. En effet, le dépassement du seuil des 50 % ne peut en pratique se produire qu’en payant l’ISF.
« Simplification » du barème de l’impôt
N’oublions pas également la « simplification » du barème de l’impôt sur le revenu intervenue fin 2005. Il s’agissait alors de réduire de 7 à 5 le nombre de tranches et de diminuer le taux de chacune, ceci étant à peu près compensé par la suppression de l’abattement de 20% appliqué jusqu’alors sur le revenu déclaré. Sauf que…l’abattement était plafonné à 24 000 €, ce qui correspondait à un revenu déclaré de 129 000 €. Avec la nouvelle formule, un célibataire qui gagne 1 million d’€ par an économise environ 70000 € d’impôt… Et dire que la réforme a été vendue comme bénéficiant principalement aux « classes moyennes ». En fait, sur les 5 milliards que coûte cette « simplification » (à ajouter au paquet fiscal), 90 % bénéficieront aux 5% des contribuables les plus aisés.
Le rôle de l’impôt dans la société
Au total, on en est à plus de 20 milliards d’allègements d’impôts, soit près de la moitié du déficit de l’Etat (41,5 milliards en 2007 sur un déficit public total de 50,5 milliards d’€). Et pour quelles retombées sur la croissance et l’emploi ?
La fiscalité n’est pas qu’une question technique, elle est aussi la traduction de choix de société en matière notamment de solidarité, de redistribution, de résorption des inégalités, de financement des politiques publiques… Ce sont des choix fondamentaux. Malheureusement, c’est aussi un thème où la démagogie est facile : dire que l’on va baisser les impôts permet de se concilier les bonnes grâces de l’opinion publique. Et la classe politique française ne s’en prive pas ! Alors même que la France est un des pays industrialisés ou l’impôt sur le revenu des ménages et des entreprises pèsent le moins lourd ! L’impôt le plus lourd est un impôt sur la consommation : la TVA, qui représente environ 50 % des recettes de l’Etat. C’est aussi l’impôt le plus injuste puisqu’il pèse, en proportion, plus lourd sur les plus pauvres.
En la matière, la vraie rupture serait d’affirmer avec force la nécessité d’une fiscalité réellement progressive, incluant l’ensemble des revenus…
PP
21:05 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : paquet fiscal, heures supp, emploi, impôts, fiscalité, Sarkozy, inégalités
11 avril 2008
Une coûteuse usine à gaz
Le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires mis en place l'été dernier par le gouvernement coûte plus cher qu'il ne rapporte, selon une étude de la commission des Finances de l'Assemblée rendue publique mercredi. La ministre de l'Economie Christine Lagarde a réfuté cette analyse.
« Ce sont au total 4,1 milliards d'euros que l'Etat dépensera pour qu'une partie des salariés bénéficient de 3,78 milliards d'euros de pouvoir d'achat supplémentaire », estime Didier Migaud, le président socialiste de la commission des Finances, dans une lettre ouverte à Mme Lagarde. Sur la base des chiffres de l'Agence centrale des organismes de Sécurité sociale (Acoss) et d'une simulation de l'INSEE, M. Migaud estime que le nombre d'heures supplémentaires en année pleine sera de 600 à 670 millions, « deux estimations bien éloignées des 900 millions d'heures qui auraient été effectuées en 2006 ».
En matière de pouvoir d'achat, le gain mensuel représente entre 11 et 15 euros pour un salarié au SMIC qui effectue quatre heures supplémentaires par mois. Dans sa lettre à Mme Lagarde, Didier Migaud se demande si on ne pouvait pas, « avec le même objectif, dépenser autrement ces sommes qui ne bénéficient qu'à une partie des Français ». Il s'interroge si la mesure phare de la loi Travail, emploi et pouvoir d'achat (TEPA) du 21 août 2007 n'a pas créé « un effet d'aubaine plutôt que de provoquer un choc de croissance ». On peut rappeler que seulement un peu plus d’un tiers des salariés effectuent des heures supplémentaire, pour un volume moyen de 55 heures par an soit environ 5 heures par mois. On est loin des 4 heures par semaine mises en avant par le gouvernement pour justifier d’une augmentation de 180 € par mois pour un salarié au SMIC !
La ministre de l'Economie a rejeté cette analyse. « Les heures supplémentaires sont en augmentation d'au moins 10%. Les heures supplémentaires, non seulement ça marche, mais ça augmente », a-t-elle affirmé lors de la séance des questions au gouvernement. « La question n'est pas d'affirmer, mais de prouver », a répliqué Didier Migaud. Le président de la commission des Finances s'est dit « prêt à un débat contradictoire » avec Christine Lagarde sur ce sujet. Pour le Parti socialiste, ces données « attestent du caractère mensonger » de la promesse de Nicolas Sarkozy de « travailler plus pour gagner plus », « un slogan loin de la réalité ». Le PS renouvelle sa demande d'annulation du paquet fiscal.
PP
10:32 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : paquet fiscal, heures supp, emploi
08 janvier 2008
SarkoShow
Lors de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a prétendu mettre fin à l’hypocrisie en disant toute la vérité sur sa vie privée et ses vacances de nabab. Il se veut en rupture avec ses prédécesseurs, surtout François Mitterrand d’ailleurs. Ainsi, pour lui, la rupture, ce n’est pas de rompre avec des pratiques douteuses, c’est de les afficher au grand jour ! En effet, on se doute bien que les hommes politiques côtoient les chefs des grandes entreprises et bénéficient parfois de leurs largesses. Au lieu de remettre ces pratiques en cause, Nicolas Sarkozy les institutionnalise en prétendant vouloir « briser les tabous » vis-à-vis de l’argent et de la réussite. Sa réussite personnelle est incontestable ! Il est désormais seul maître à bord de la vie politique française…mais c’est une autre histoire.
Je ne sais pas s’il est très subtil, pour quelqu’un qui est censé être le président de tous les français, d’adopter un comportement de « nouveau riche ». Alors que les inégalités s’accroissent, que les salaires stagnent, on est en droit d’attendre un peu plus de discrétion. En effet dans un pays où les chances de promotion sociale sont de plus en plus faibles, l’ostentation des riches et des puissants est plus une source de frustration que d’émulation pour le reste de la population. Le président devrait plutôt afficher sa solidarité avec le plus grand nombre en s’appliquant les préceptes de « l’Etat modeste ».
Il a également rappelé qu’en matière économique et sociale, il souhaitait « mettre en œuvre les réformes qui ont marché partout ailleurs ». De quels pays parle-t-il ? De l’Allemagne où les syndicats réclament des hausses de salaires de 8%, sur fond de montée de la précarité ? Des Etats-Unis où les deux tiers des ménages de la classe moyenne sont dans l’insécurité économique et où le gouvernement envisage d’augmenter la durée de l’indemnisation du chômage pour faire face à la crise économique qui s’annonce ?
Encore une fois, aveuglé par son dogmatisme, il est en décalage avec la conjoncture économique.
Il veut également « moraliser le capitalisme financier ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Le capitalisme n’a pas besoin de moralisation, mais de régulation, de contrôles, de règles précises. La morale n’a rien à voir là-dedans.
Au détour d’une question, il a également annoncé que 2008 serait l’année de la fin des 35 heures… Il confirme donc l’initiative de François Fillon qui a demandé aux partenaires sociaux de réfléchir à la possibilité de négocier la durée du travail entreprise par entreprise. C’est donc la fin de la durée légale qui est programmée. C’est donc aussi la fin des heures supplémentaires…et donc d’une des mesures phares de son programme sur le pouvoir d’achat.
Enfin, il envisage de modifier le cahier des charges des chaînes publiques pour qu’elles n’aient plus recours à la publicité. Aujourd’hui la publicité représente environ 40% du budget des chaînes publiques. Comment vont-elles surmonter une telle baisse de leurs revenus ? Les principales bénéficiaires de cette mesure seront les chaînes privées (TF1 et M6) dont le cours des actions a bondi dès aujourd’hui. Au fait, il paraît que Martin Bouygues a pour projet de vendre TF1…mais ça n’a sûrement rien à voir.
PP
22:39 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp
21 décembre 2007
Actualité
Quelques réactions à des sujets d’actualité…
Le divorce par consentement mutuel pourrait se faire devant notaire, c’est tout du moins une piste de travail évoquée par le gouvernement. Il était vraiment urgent de donner une nouvelle rente de situation à une profession déjà largement privilégiée !
Extrait de l’enquête de l’Express sur les revenus des professions libérales :
« Le secteur juridique confirme la tendance… et le grand écart. Quand un notaire émarge à plus de 20 000 € par mois, une avocate ou une commissaire aux comptes à temps plein (deux professions féminines à plus de 80%) tablent sur un revenu quatre fois inférieur.»
Mais ce qui est encore plus grave, c’est ce début de privatisation de la justice. En effet, ce qui contribue à l’indépendance et l’impartialité de la justice, c’est que l’on ne paye pas le juge, contrairement à ce qui se passera pour un notaire. Les divorcés seront des « clients » du notaire…Cela change tout.
De plus, il semblerait que le Medef veuille étendre cette procédure à la rupture du contrat de travail, avec sa notion de « séparation à l’amiable ». Le notaire remplacerait les prud’hommes…
Les villes de Lyon et de Bordeaux ont renégocié les contrats qui les lient avec les sociétés concessionnaires des services de l’eau (Veolia pour Lyon et Lyonnaise des eaux pour Bordeaux). Lyon a fait baisser de 16 % le prix de son eau.
Selon une enquête d’UFC-Que choisir, les marges de ses sociétés atteignaient 33,8% à Bordeaux et 47,8% à Lyon. A Paris, Bertrand Delanoë s’est engagé (s’il est réélu) à retirer la gestion de l’eau à Suez et Veolia pour créer un « service public de l’eau ». Le taux de marge est de près de 38 %. Que dire alors de Marseille où le taux de marge est de 56 % ?
C’est beau la « délégation de service public » !
Christine Large s’est félicitée du bon démarrage des heures supplémentaires défiscalisées… 20 millions d’heures auraient été déclarée en octobre 2007. Coût de l’opération pour les caisses de l’Etat : 75 millions d’€… Au fait, Mme Lagarde a été dans l’impossibilité de préciser si ce nombre d’heures était supérieur à celui d’octobre 2006. Mais ça marche…puisqu’on nous le dit !
Enfin, je ne résiste pas à l’envie d’évoquer le voyage de Nicolas Sarkozy au Saint-Siège. Dans ses bagages, il avait emmené…non, pas Carla Bruni, mais Jean-Marie Bigard. Je me pose une question : qui a payé le voyage de ce haut représentant de la culture française ? Je n’ai aucune envie de sponsoriser (avec mes impôts) l’homme du « lâcher de salopes » pour qu’il aille « baiser l’anneau du Pape » (tiens, ça pourrait lui faire un bon début de sketch !).
PP
13:14 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp, notaires, avocats, service public, eau
03 décembre 2007
Feux de paille...
Commentaires sur l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy (suite et fin).
Interrogé par Arlette Chabot sur les démêlés judicaires de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), il a coupé court en disant qu’il ne commentait pas les affaires judiciaires en cours…C’est bizarre, il a pourtant passé 20 minutes au début de son intervention télévisée à promettre la cour d’assise à ceux qui avaient tirés sur des policiers. Il y a quelques années, il avait annoncé l’arrestation de l’assassin du préfet Erignac. Il n’allait pas s’encombrer de précautions oratoires comme « assassin présumé » ! A part ça, il ne commente pas les affaires judiciaires… Mais il est vrai que DGS trimbalait des valises remplies de billets, ça doit impressionner notre président !!
Bref, j’en viens maintenant à ses propositions sur le pouvoir d’achat. Alors que son intervention était censée traiter majoritairement de ce sujet, il n’y a consacré qu’environ 10 minutes sur 55. C’est dire si sa boîte à outils économique est bien remplie…
Il a martelé qu’il avait une vision « globale et cohérente » de ce qu’il voulait faire. Je n’en doute pas, mais je préférais que ce soit « efficace et partagé par tous ». Derrière la cohérence de sa vision se profile une société libérale dans le pire sens du terme. Il veut privilégier le contrat par rapport à la loi (par exemple pour remettre en cause les 35 heures). Il oublie que bien souvent c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime.
Derrière le « travailler plus pour gagner plus », il y a la vision que c’est l’accomplissement des intérêts particuliers (guidés par la main invisible du marché, sans doute) qui contribue à l’intérêt général.
Ce n’est pas en distribuant ponctuellement du pouvoir d’achat que l’on pourra relancer la croissance. Au mieux on dopera les importations, notamment en provenance de Chine. La faiblesse du pouvoir d’achat est la conséquence des politiques structurelles de baisse de coût du travail menées depuis 20 ans (la France compte aujourd’hui environ 15% de smicards). La faiblesse du pouvoir d’achat est une conséquence et non une cause. Pour relancer le pouvoir d’achat, il faudrait agir en profondeur sur la structure économique : formation, investissement, spécialisation dans des secteurs en développement…Passer du « travailler plus » au « travailler tous » et au « travailler mieux ».
« Les heures supp., il y en a 900 millions (par an) » nous a-t-il dit . Oui, mais sur une total de plus de 38…milliards d’heures travaillées par an. Les heures supp. représentent donc environ 2% du total des heures travaillées. De plus, elles ne concernent qu’environ 35% des salariés, pour environ 55 heures par an et par personne ! Cela relativise la portée de sa « révolution ».
Nicolas Sarkozy n’a pas compris que « travailler plus », ça doit vouloir dire « être plus nombreux à travailler ».
En favorisant les heures supp., on fait le choix de « privilégier » ceux qui ont un emploi à temps plein au détriment des chômeurs, des temps partiels…En effet, il est probable que les heures supp. se substituent aux nouvelles embauches, voire à l’interim. Cela risque d’accentuer encore la dualité du marché du travail. Le mécanisme des heures supp. repose sur l’hypothèse forte que les heures supp. vont s’ajouter au travail existant et non s’y substituer. Rien n’est moins sûr…Les heures supp. qui ajoutent vraiment du travail au travail existant sont le fruit de la croissance, pas sa cause. Ce qui crée l’emploi, ce n’est pas le désir des gens de travailler, c’est la croissance économique.
Patrick Poivre d’Arvor a timidement essayé de faire valoir que la mise en place de la détaxation des heures supp. était « une usine à gaz ». « On y reviendra » a coupé Nicolas Sarkozy…Quand ? Un expert comptable m’a récemment dit que « c’était pire que les 35 heures au niveau de la mise en œuvre !! ».
Nicolas Sarkozy a également proposé de débloquer par anticipation la participation. « Ca fait 12 milliards, quand même ! ». Certes mais la participation ne concerne au mieux que la moitié des salariés qui travaillent dans des entreprises de plus de 50 salariés, soit à peu près 10 millions de personnes (ça fait donc 1200 € par personnes). De plus, 12 milliards, cela représente 1,2% du revenu disponible total des français ! Il n’est même pas sûr que l’intégralité de cette somme soit utilisée pour consommer, il y a de fortes chances pour qu’elle soit réinvestie. Enfin, cette solution est un « fusil à un coup », elle ne pourra pas être reconduite systématiquement. Encore un feu de paille !
« Je ne fais pas de cadeaux aux riches » s’est défendu Nicolas Sarkozy, questionné sur le paquet fiscal. Peut-être que le paquet fiscal n’est pas exclusivement destiné aux riches, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est couteux et inefficace. Il n’a sûrement pas suscité de « choc de confiance » (voir l’indice du moral des ménages publiés ces derniers jours par l’INSEE).
Mais, au fait, est-ce si sûr qu’il n’y a pas de cadeaux aux « riches ». On pourrait parler du bouclier fiscal, qui n’a d’autre but que de supprimer l’ISF sans le dire. Mais je préfère parler de la réforme de l’impôt sur le revenu, passée largement sous silence. Cette « simplification » du barème se traduit par une réduction d’un montant global de 5 milliards d’Euros. L’objectif affiché est de faire baisser les impôts des classes moyennes, or les 4/5ème des réductions vont profiter aux 10% les plus riches…
Quant aux droits de successions, nous avons eu droit au refrain sur le « pauvre ouvrier qui doit pouvoir laisser quelque chose à ses enfants après une vie de dur labeur ». Je suis d’accord. Mais aujourd’hui, les trois quarts des 540 000 successions annuelles sont déjà exonérées de droits (la moitié d’entre elles portent sur moins de 55000 euros). On peut penser que notre « pauvre ouvrier » fait partie du lot ! En 2008, 95 % des successions seront totalement exonérées. On peut être certains que les nouveaux bénéficiaires ne seront vraisemblablement pas tous de « pauvres ouvriers ».
Enfin, son idée d’indexer les loyers sur les prix et non sur l’indice du coût à la construction (ICC) traduit sa connaissance plus qu’approximative des dossiers. En effet, depuis 2006, les loyers sont indexés sur l’indice de révision des loyers (IRL) dans lequel l’ICC ne compte que pour 20% et l’indice des prix pour… 60% !! Sans commentaire…
PP
13:05 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp


