14 mai 2008

Golden Président

Lors de sa dernière réunion, l’Eurogroupe (ministres des finances des pays de la zone Euro) s’est inquiété de la dérive des rémunérations des « grands » patrons.
En France, les trois quarts des patrons de grandes entreprises ont gagné 40% de plus en 2007 qu’en 2006…
De plus, les petites gâteries tels que les « golden hellos » (bonjour doré ou prime de bienvenue) et les « golden parachutes » (parachutes dorés en cas de départ anticipé) échappent en grande partie à l’impôt sur le revenu !
Devant la montée des revendications relatives au pouvoir d’achat, les ministres des finances ont dit vouloir envoyer un signal en direction du « peuple » et mettre fin à ces dérives.
Les Pays-Bas ont d’ailleurs commencé à taxer (modérément) les « golden machin-choses »
Il s’agira donc de réfléchir à une harmonisation des politiques fiscales sur les très hauts revenus. En juin, la France prendra la présidence tournante de l’Union Européenne. Nicolas Sarkozy, notre « golden président » sera donc président de l’Europe.
Gageons qu’il fera son maximum pour faire avancer ce dossier épineux.
Gageons aussi qu’il fera comprendre à Sarkozy Nicolas, le président français, à quel point son bouclier fiscal, et plus généralement ses baisses d’impôts en direction des plus fortunés, sont des aberrations économiques !

PP

24 avril 2008

Un an déjà...

Ce soir, Nicolas Sarkozy va nous expliquer que sa première année à l’Elysée est un succès…

Le paquet fiscal, la rupture du contrat de travail par « consentement mutuel », l’allongement de la durée de cotisation retraite, les franchises médicales, la réforme des allocations familiales, le dégraissage de la fonction publique, la réforme de la carte judiciaire, la réforme des hôpitaux, le RSA trop coûteux, les caisses vides, le « sauvetage » du site de Gandrange, le quota de 25000 expulsions par an, la commission Attali, le plan « Marshall » pour les banlieues, le Grenelle de l’environnement qui fait « pschitt », la suppression annoncée des 35 heures…et puis non finalement, la cacophonie gouvernementale, la « bling-bling » attitude, la promenade dans la neige sur le plateau des Glières, la politique de civilisation, Kadhafi à Paris, « Casse-toi, pauv’con »…

J’en passe et des meilleures…Bon courage aux conseillers en communication pour trouver une logique à tout ça !
François Fillon attend de l’intervention présidentielle une mise en perspective des réformes et une « feuille de route ». C’est quand même surprenant qu’un Premier Ministre doive attendre une émission de télé pour recevoir les directives de son patron ! Il aurait pu au moins lui envoyer un SMS !
Bon enfin, on verra bien…

En attendant ce grand moment de télé, je voudrais revenir sur un des « points forts » du programme de Nicolas Sarkozy : le fameux paquet fiscal. En effet, c’est grâce à lui que le slogan « Travailler plus pour gagner plus » devait devenir réalité. Le paquet fiscal ou loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d’Achat) devait produire un « choc de confiance », puis un « choc de croissance ». Le seul choc que l’on a vu, c’est celui de la courbe des sondages de popularité qui touche le fond !
Contrairement à une présentation un peu caricaturale qui en a été faite, le paquet fiscal n’est pas qu’un cadeau aux « riches ». En revanche, on peut lui reprocher son inefficacité patente et son coût exorbitant : 13 milliards d’€, qui a contribué à vider des caisses « déjà vides ».
Grosso modo, le paquet fiscal se décompose ainsi :
* 6 milliards d’€ pour les exonérations fiscales liées aux heures supplémentaires
* 3,7 milliards d’€ pour les crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunts immobiliers
* 2,2 milliards d’€ pour la suppression des droits de succession
* 0,6 milliard d’€ pour le passage de 60 % à 50 % du bouclier fiscal
* 0,4 milliard d’€ pour l’exonération d’ISF liée à l’investissement dans les PME

Heures supplémentaires
L’UMP annonce sur sont site Internet que 4 heures supplémentaires par semaines équivalent à un 13 ème mois. Certes, mais encore faut-il pouvoir les faire, ces 4 heures par semaine. En moyenne, le tiers des salariés qui font des heures supp en effectuent 4…par mois !
Selon une étude de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, parue début avril, le dispositif coûterait plus cher à l’Etat que le gain de pouvoir d’achat octroyé aux salariés.
De plus, ce dispositif va accentuer les inégalités entre ceux qui font des heures supp et les autres. Il ne contribuera bien évidemment pas à créer des emplois (au contraire) et laisse de coté les retraités, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux…
Plus largement, il repose sur le principe d’une augmentation individuelle du temps de travail, alors qu’il faudrait avoir une vision globale des heures travaillées. Pour augmenter le nombre d’heures travaillées dans l’économie française, on peut faire en sorte que ceux qui ont déjà un emploi travaillent plus ou alors on peut faire le choix d’être plus nombreux à travailler. C’était la logique des 35 heures, qui malgré un certain nombre de défauts n’ont pas « plombé » l’économie française et ont contribué à générer 800 millions d’heures de travail dans l’économie. De plus, leur mise en place a permis de mieux utiliser les équipements industriels par la mise en place de nouvelles organisations du travail. Cette augmentation de la productivité, combinée aux allègements de cotisations sociales ont rendu quasi indolore pour les entreprises le surcoût de salaire de 11%.

Défiscalisation des intérêts d’emprunts
Sans s’adresser vraiment aux « riches », cette mesure vise surtout la moitié des français qui payent l’impôt sur le revenu. Elle permettra à ceux qui étaient déjà solvables d’alléger le coût de leur emprunt. En revanche, elle ne permettra pas aux moins favorisés d’accéder à la propriété.

Suppression des droits de succession
Avant cette mesure, les trois quarts des successions étaient déjà exonérées. Désormais, ce sera 95 %...et les 5% restants bénéficieront d’abattements plus importants. Sachant que l’âge moyen des « bénéficiaires » d’une succession est de 55 ans, on peut douter de la pertinence de l’argument qui consiste à dire que c’est pour aider « les jeunes à s’installer dans la vie ». En revanche, de telles mesures favorisent la perpétuation d’une France de rentiers où les 10 % les plus riches détiennent 46% du patrimoine…

Bouclier fiscal
Les 0,6 milliard d’€ ne correspondent qu’au coût engendré par le passage de 60 % à 50% du « bouclier fiscal ». Le bouclier fiscal, dans son intégralité, coûte en environ 4 milliards par an (à ajouter au paquet fiscal) et malgré les trésors d’imagination déployés par l’UMP et le gouvernement (la fameuse « veuve de l’Ile de Ré »…), il est incontestable que la vocation majeure du bouclier fiscal est de vider l’ISF de sa substance. En effet, le dépassement du seuil des 50 % ne peut en pratique se produire qu’en payant l’ISF.

« Simplification » du barème de l’impôt
N’oublions pas également la « simplification » du barème de l’impôt sur le revenu intervenue fin 2005. Il s’agissait alors de réduire de 7 à 5 le nombre de tranches et de diminuer le taux de chacune, ceci étant à peu près compensé par la suppression de l’abattement de 20% appliqué jusqu’alors sur le revenu déclaré. Sauf que…l’abattement était plafonné à 24 000 €, ce qui correspondait à un revenu déclaré de 129 000 €. Avec la nouvelle formule, un célibataire qui gagne 1 million d’€ par an économise environ 70000 € d’impôt… Et dire que la réforme a été vendue comme bénéficiant principalement aux « classes moyennes ». En fait, sur les 5 milliards que coûte cette « simplification » (à ajouter au paquet fiscal), 90 % bénéficieront aux 5% des contribuables les plus aisés.

Le rôle de l’impôt dans la société
Au total, on en est à plus de 20 milliards d’allègements d’impôts, soit près de la moitié du déficit de l’Etat (41,5 milliards en 2007 sur un déficit public total de 50,5 milliards d’€). Et pour quelles retombées sur la croissance et l’emploi ?
La fiscalité n’est pas qu’une question technique, elle est aussi la traduction de choix de société en matière notamment de solidarité, de redistribution, de résorption des inégalités, de financement des politiques publiques… Ce sont des choix fondamentaux. Malheureusement, c’est aussi un thème où la démagogie est facile : dire que l’on va baisser les impôts permet de se concilier les bonnes grâces de l’opinion publique. Et la classe politique française ne s’en prive pas ! Alors même que la France est un des pays industrialisés ou l’impôt sur le revenu des ménages et des entreprises pèsent le moins lourd ! L’impôt le plus lourd est un impôt sur la consommation : la TVA, qui représente environ 50 % des recettes de l’Etat. C’est aussi l’impôt le plus injuste puisqu’il pèse, en proportion, plus lourd sur les plus pauvres.
En la matière, la vraie rupture serait d’affirmer avec force la nécessité d’une fiscalité réellement progressive, incluant l’ensemble des revenus…

PP

17 avril 2008

Qui va profiter du bouclier fiscal ?

1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros. L’Observatoire des inégalités publie les estimations de l’Assemblée nationale. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt sur le revenu de 270 000 euros grâce au nouveau "bouclier fiscal". L’Observatoire des inégalités publie les estimations réalisées par l’Assemblée nationale lors du vote de la loi "en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat" adoptée le premier août dernier (lire le rapport). Désormais en effet, le montant des impôts directs (impôt sur la fortune, impôt sur le revenu et impôts locaux) ne pourra dépasser 50 % des revenus d’un foyer fiscal, contre 60 % auparavant. Coût total de cette mesure pour le contribuable : 810 millions d’euros, à peu de chose près ce que vont rapporter les futures franchises sur les dépenses de santé.

D’après les estimations de l’Assemblée nationale, 234 000 contribuables vont bénéficier des 810 millions d’euros. Le bouclier a été justifié de la façon suivante : il fallait éviter que des ménages aux bas revenus ne soient imposés du seul fait de leur patrimoine. C’est le fameux cas de la veuve de l’Ile de Ré (information largement médiatisée), dont les maigres terres ont pris tellement de valeur qu’elle est soumise à l’impôt sur la fortune...
Parmi ces 234 000 foyers fiscaux, un peu moins de 206 000 déclarent des revenus très faibles (inférieurs à 7 000 euros annuels). Mais les cas de foyers effectivement pauvres et lourdement imposés sont rares, du fait des exonérations et dégrèvements de la taxe d’habitation. Ces cas isolés servent de paravent à des ménages qui déclarent artificiellement des bas revenus parce qu’ils déduisent de leurs ressources des dépenses que les salariés ne peuvent pas comptabiliser (automobile, équipements divers) ou utilisent les niches fiscales. Leur niveau de vie réel n’a pas grand chose à voir avec ce qui est affiché fiscalement.

Quoi qu’il en soit, les 197 000 foyers les plus démunis des bénéficiaires ne vont pas gagner grand chose avec le nouveau bouclier fiscal : 700 euros en moyenne. Le boucler fiscal va surtout favoriser les très haut revenus. Un petit nombre de contribuable va recevoir des montants considérables. 18 000 foyers au revenu annuel supérieur à 41 000 euros vont toucher 31 200 euros de ristourne en moyenne par foyer. Pour eux seuls, le coût pour la collectivité est de 564 millions d’euros au total. Pour les plus gros patrimoines, c’est une vraie aubaine. Ainsi, 1 080 foyers au patrimoine supérieur à 15,5 millions d’euros toucheront plus de 270 000 euros. La collectivité va dépenser 272 millions d’euros pour eux.

On peut tirer plusieurs enseignements de ces données :

* La question des impôts payés par les couches de la population les moins aisées n’est en rien résolue. Hors impôts indirects (comme la TVA), il s’agit principalement d’impôts forfaitaires comme la redevance audiovisuelle ou la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, et des impôts locaux dont les bases de calcul - la valeur des biens immobiliers - datent des années 60.

* La maîtrise de la communication est un élément essentiel des politiques publiques de baisse d’impôt. Officiellement, l’impôt sur la fortune n’est pas remis en cause. Comme souvent, on utilise un paravent - la veuve de l’île de Ré - au profit d’autres causes. C’est de la même façon que l’on utilise les intérêts des petits agriculteurs pour défendre ceux des grosses exploitations.

* Lors de la présentation du texte, la ministre de l’économie a reconnu à l’Assemblée nationale la véritable portée du texte : "On entend souvent dire que cette mesure (le bouclier fiscal, ndlr) ne concernerait que la partie la plus riche de la population, mais n’est-ce pas celle qui fait tourner l’économie ?", a-t-elle déclaré. Il faut aider les plus riches parce qu’ils créent la valeur. Les salariés les moins qualifiés qui travaillent souvent dans les conditions les plus pénibles pour les plus bas salaires apprécieront d’apprendre leur faible apport à l’économie.

* Le décalage est considérable entre l’intérêt des mesures et les montants dépensés pour les mettre en œuvre. De la dette publique aux commissariats, en passant par l’école, les besoins sont criants. Le coût de la modification du bouclier fiscal est équivalent à ce que va rapporter la franchise de soins (montant minimum non remboursé) qui portera sur l’ensemble des ménages, quels que soient leurs revenus.

* L’ensemble de ces données sont publiques, mais elles n’ont pas été diffusées. Jusqu’où peut-on aller dans ce sens ? Les baisses d’impôt ont aujourd’hui bonne presse : il en sera peut être différemment quand il faudra les financer avec de nouvelles taxes.

25 novembre 2007

S'adapter au réel

Eriger « l’adaptation au réel » comme principe directeur de la politique me paraît pour le moins hasardeux. La boîte à outils de ceux qui prônent est souvent pauvre et se réduit à « l’alignement sur la moyenne des autres grands pays industrialisés ». François Fillon en est un fervent adepte. Si c’était un art martial, il serait ceinture noire !

L’alignement sur la « moyenne des pays industrialisés » revient en fait à s’aligner sur le moins-disant. En effet, prenons l’exemple classique du taux d’imposition des sociétés. On considère trois pays (A, B et C) dont les taux sont respectivement de 15%, 25% et 35% ce qui revient à une moyenne de 25%.
* Etape 1 : le pays C s’aligne sur la moyenne soit 25%, cette dernière passe alors à 21,67%
* Etape 2 : les pays B et C s’alignent sur la nouvelle moyenne, elle passe alors à 19,44%
* Etape 3 : le pays A commence à se sentir menacé, il passe à 12 %, la moyenne passe alors à 14,48%
* Etape 4 : les pays B et C s’alignent sur cette nouvelle moyenne et le taux moyen passe à 13,65%
* Etape 5 : les pays A,B et C sont tous à 12%.

Aucun pays n’en tire réellement avantage, sauf pendant la brève période où il a baissé ses taux plus que ses voisins. Finalement, tous sont perdants puisque leurs ressources se sont amoindries.

Cela vous paraît théorique ? Cette année encore, l’étude annuelle de KPMG fait apparaître une baisse du taux moyen de l’impôt sur les sociétés qui s’abaisse à 24,2 % dans l’Union Européenne, contre 25,8 % avant l’an passé (et 38 % en 1993). L’Espagne et les Pays-Bas ont réduit significativement leur taux. Pour 2008, les taux moyens devraient encore baisser compte tenu des annonces faites en Espagne, au Royaume-Uni, en Chine et en Allemagne.



Dans le même temps et selon le même principe, on assiste à une convergence à la hausse des taux de TVA. En gros, on taxe ceux qui ne peuvent pas se "délocaliser" !

PP

28 septembre 2007

Histoire belge

La possibilité d’une scission de la Belgique, évoquée ces derniers temps, est d’autant plus inquiétante que ce cas n’est pas unique en Europe. On peut citer la séparation de la République tchèque et de la Slovaquie. On peut aussi évoquer les velléités récurrentes de certains italiens du nord de laisser leurs compatriotes du sud se débrouiller seuls. Comme pour les Flamands et les Wallons, il s’agit de « riches » qui en en ont assez de payer pour les « pauvres ». La Wallonie est une région dont la situation économique est plutôt délicate : son PIB est inférieur à la moyenne des régions européennes, le déclin industriel a entraîné une hausse du chômage (30 % par endroit). La Flandre, elle, s’en sort plutôt bien.

Ces tensions peuvent amener à se poser la question suivante : « Qu’est-ce qui fait que l’on est français, belge,.. ? ». Qu’est-ce qui fait qu’une société, composée d’individus et de groupes différents, ne se désagrège pas ? Ce mécanisme complexe est appelé « lien social », c’est-à-dire l’ensemble des relations, des normes et des valeurs communes qui lient les individus les uns aux autres, les rendent solidaires et assurent la cohésion sociale.
Or la montée de l’exclusion et des inégalités menace la cohésion sociale.
Pour les plus défavorisés, le danger est de perdre progressivement les liens qu’ils entretiennent avec le reste de la société, pour ne plus exprimer que colère et révolte. En même temps, les revenus des catégories les plus favorisées s’élèvent. Ces couches aisées se coupent de plus en plus physiquement du reste de la population (centres-villes / banlieues).
L’accroissement des inégalités fait donc peser de lourdes menaces sur la cohésion sociale. D’une part elles engendrent des frustrations, sources de tensions, voire de violences de la part de ceux qui s’estiment lésés. D’autre part, elles renforcent le pouvoir d’une minorité de plus en plus riche qui peut imposer ses points de vue, grâce à son accès aux médias, au pouvoir,… bref à tous les leviers de l’influence. C’est en cela qu’une société inégalitaire fonctionne moins bien qu’une société plus égalitaire . Il est donc impératif de corriger les inégalités, notamment par une fiscalité plus progressive (mon propos n’est bien sûr pas de dire que tout le monde doit gagner pareil). Malheureusement, ce n’est pas la tendance actuelle : afin d’attirer chez eux les plus aisés, la plupart des pays ont tendance à baisser les impôts sur le revenu et le patrimoine, au détriment des impôts liés à la consommation (TVA).

Certains économistes expliquent les difficultés de cohésion sociale par d’autres schémas. Au XIXème siècle, on pensait que les « grandes nations » valaient mieux que les petites car elles bénéficiaient d’un grand marché intérieur, et donc d’une économie plus forte. Les unités allemandes et italiennes se sont constituées sur ce modèle. En la matière, la référence demeure les Etats-Unis, qui grâce à un protectionnisme farouche, ont permis à leur entreprises d’acquérir sur leur marché intérieur la taille critique nécessaire pour aller s’attaquer au monde entier. Or, cette idée selon laquelle il vaut mieux un grand marché intérieur qu’un petit se dissout à l’heure où le marché mondial offre à chacun le plus grand marché possible. Une petite nation n’est plus obligée aujourd’hui de perdre les bénéfices d’un grand marché pour se constituer politiquement. En effet, les grandes nations, constituée de populations différentes, doivent faire des efforts importants de redistribution qui pénalisent les finances publiques, alourdissent la dette publique…Les petites nations, plus homogènes, ne s’exposent pas ce risque. Il est donc tentant pour des régions qui réussissent économiquement de vouloir s’affranchir du fardeau de régions plus défavorisées.

Quoiqu’il en soit, il est nécessaire de repenser les mécanismes de solidarité à la fois internes aux Etats, mais aussi inter-Etats. A quand le début de « l’Europe sociale » ?

PP

21 septembre 2007

Le vent tournerait-il ?

Depuis quelques mois, on assiste à quelque chose d’impensable au sein de la communauté des économistes américains ! Des voix, et non des moindres, s’élèvent pour dire que la mondialisation est responsable de la perte d’emplois et de la baisse des salaires dans les pays industrialisés (et notamment aux Etats-Unis).

Ainsi, Paul Krugman (Université de Princeton) a écrit dans les années 90 un ouvrage intitulé « La mondialisation n’est pas coupable ». Il nous expliquait alors que les difficultés rencontrées par les travailleurs peu qualifiées étaient dues à des mutations internes du marché du travail. Aujourd’hui, il révise son jugement et s’inquiète des écarts de salaires entre Chine et Etats-Unis. De plus, selon lui, la segmentation croissante des processus de production repousse sans cesse les frontières des activités « délocalisables ».
En conclusion, voici les dernières lignes d’un article paru sur le site Vox :
« Tout cela nous amène à la conclusion que l’on ne peut plus affirmer, comme c’était le cas il y a une dizaine d’années, que les effets du libre échange sur la répartition du revenu dans les pays riches sont relativement minimes. Un certain nombre d’éléments indiquent que ces effets sont assez importants, et qu’ils sont en train de le devenir plus encore.
Cela ne veut pas dire que je défende une forme de protectionnisme. Mon objectif est bien plutôt de souligner que les promoteurs du libre échange doivent répondre plus adéquatement aux inquiétudes de ceux qui subissent la mondialisation. »
Intégralité du texte…

Plus étonnant encore, Kenneth Scheve et Matthew Slaughter (ancien conseiller économique de George Bush) réclament, dans un article paru dans le dernier numéro de la revue américaine Foreign Affairs, la mise en place d’un New Deal, en référence au plan du Président Roosevelt pour sortir de la crise 1929. Ils appellent de leurs vœux une politique fiscale de redistribution des richesses en faveur des perdants de la mondialisation. Il s’agit de redistribuer les richesses créées par la mondialisation à l’aide d’un impôt fédéral progressif sur le revenu, afin d’atténuer les inégalités. C’est, selon eux, le seul moyen de lutter contre un retour du protectionnisme qui serait ruineux pour l’ensemble des économies. Même en France, ils passeraient pour de dangereux collectivistes !
Intégralité du texte…

Espérons que ce revirement gagne bientôt les dirigeants des pays industrialisés et notamment européens. Cela permettra peut-être de mettre fin à la spirale infernale de la concurrence fiscale ! Recevoir des leçons en matière de réduction des inégalités et de progressivité de l’impôt en provenance du pays réputé le plus libéral du monde, c’est tout de même un comble !

18 septembre 2007

Petites et grosses commissions

Clémenceau disait : « Si vous voulez enterrer un dossier, créez une commission ». Il semblerait donc que Nicolas Sarkozy veuille enterrer pas mal de dossiers ! En effet, en quelque mois, il a créé pas moins de 8 missions et commissions. La dernière en date est la commission Attali sur la croissance. Lionel Stoléru doit réfléchir sur les PME, Edouard Balladur sur les institutions, Hubert Védrine sur la mondialisation, Michel Rocard sur le métier d’enseignant…On peut aussi citer la commission sur la sécurité, la défense, la maladie d’Alzheimer…

La gaîté, moteur de croissance…
Jacques Attali nous a gratifié d’un démarrage en fanfare ! Selon lui, un des points faibles de la société française est qu’elle n’est pas « gaie ». Pour être gai, il faut avoir confiance en l’avenir. Or depuis trois décennies, quel projet de société nos dirigeants ont-ils formulé ? Aucun ! Si ce n’est l’acceptation résignée du libéralisme et de ses conséquences sociales. On ne cesse de glorifier l’individualisme, le « cas par cas », la flexibilité, la concurrence…Le risque devient une valeur et la protection un handicap, même pour certains socialistes autoproclamés « modernes » (L’ex-chancelier allemand Schroeder ne disait-il pas qu’un haut niveau de protection sociale était incompatible avec le plein emploi). Ce n’est pas le programme social de Nicolas Sarkozy, tel qu’il a été annoncé aujourd’hui, qui va changer les choses, bien au contraire (notamment l’accent mis sur l’assurance individuelle pour les maladies de longue durée et la vieillesse).
Pour que la société française retrouve sa gaîté, il faudrait réaffirmer les valeurs de solidarité et de cohésion sociale, engager la lutte contre la précarité et les inégalités. Je pense qu’une société égalitaire est plus efficace qu’une société inégalitaire. Bien entendu, il ne s’agit pas de tendre vers une société « communiste » où tout le monde gagnerait le même salaire. Il s’agit limiter les inégalités et de renforcer la solidarité. Cela passe par une réflexion sur la fiscalité, qui est selon moi la traduction chiffrée, monétaire, des valeurs d’une société. L’impôt donne les moyens de financer les politiques publiques : éducation, recherche, santé, protection sociale…Il doit également servir à réduire les inégalités. Les pays scandinaves, très égalitaires, sont souvent cités en exemple… malgré le poids important de la fiscalité.

Attention aux rabat-joies…
On oppose souvent l’immobilisme de la société française au dynamisme et à l’optimisme des sociétés anglo-saxonnes. La crise financière en cours a quelque peu douché ce bel optimisme. Les épargnants qui font la queue devant les guichets de la banque anglaise Northern Rock ont sans doute un peu perdu de leur « gaîté ». Je me demande si le dynamisme tant vanté est si bien ancré. Effectivement, pour les « gagnants » qui bénéficient de la mondialisation (en gros 25% de la population), la situation est bonne (voire très bonne pour les 1 % les plus riches et encore meilleure pour les 0,1% les mieux lotis). En revanche, pour la majorité, ce dynamisme s’apparente plus à l’énergie du désespoir : quand on vous jette à la mer sans gilet de sauvetage, vous n’avez d’autre solution que de vous agiter pour tenter de surnager. Ainsi, aux Etats-Unis, près de 50 millions de personnes n’ont pas de « gilet de sauvetage » (protection sociale).
En Grande Bretagne, des voix s’élèvent pour tempérer l’enthousiasme sur la réussite économique. « Dans 25% des sociétés, les travailleurs temporaires n’ont pas droit aux paiements en cas de maladie, et dans 14% des cas ils n’ont pas de congés payés », s’alarme le Trade Union Congress. « Le travail occasionnel a remplacé le travail traditionnel, de qualité et payé raisonnablement. Combien de travailleurs vulnérables y a-t-il dans le plein-emploi tant affiché ? » s’inquiète le syndicat Unite.

Quoiqu’il en soit, j’attends avec impatience les propositions de Jacques Attali pour mettre un peu de gaîté dans ce monde de brutes !

PP

28 août 2007

Sarkozy censuré

Dans le courrier des lecteurs du Midi Libre daté du 28 août , un lecteur sarkozidolâtre s’offusque de « l’affront » fait au Président par le Conseil Constitutionnel sur le dossier de la déduction des intérêts d’emprunt immobilier. Il est vrai que tout serait tellement plus facile si tout le monde pensait comme Nicolas Sarkozy ! Malheureusement, il existe dans ce pays des institutions avec lesquelles il faut composer : cela fait partie de la vie politique.
Les articles censurés portaient sur la déductibilité des intérêts des emprunts pour des acquisitions effectuées dans les cinq dernières années. Cette partie de la loi n’est donc pas seulement anticonstitutionnelle, elle est économiquement inutile voire stupide. En effet, le but de la déduction des intérêts est d’inciter les français à devenir propriétaires. Pour ceux qui ont déjà franchi le pas, il n’y a plus besoin d’incitation ! Mais il est vrai que cela avait l’avantage, pendant la campagne, d’élargir la clientèle électorale de Nicolas Sarkozy…pour la modique somme de 7 milliards d’euros.

PP

24 juillet 2007

Heures supp et Efficacité...

Sur la base des évaluations transmises par le gouvernement, la commission des Finances du Sénat indique que l'exonération des heures supplémentaires permettra de générer 70 millions d'heures de travail, équivalentes à 45 000 emplois à temps plein. On peut penser que ces « évaluations transmises par le gouvernement » ne sont pas franchement pessimistes, concernant une mesure phare du projet économique de Nicolas Sarkozy. En effet, il est peu probable que les 45000 emplois se concrétisent, car les heures supplémentaires seront en majorité effectuées par des personnes déjà en activité.
70 millions d’heures de travail, cela peut paraître énorme. Toutefois, il faut mettre en rapport ce nombre avec le nombre total annuel d’heures de travail en France soit environ 38…milliards d’heures. En fait, les 70 millions d’heures représentent environ 0,2% du total des heures de travail. On est loin du choc attendu !

Efficacité, résultats…
Nicolas Sarkozy veut de l’efficacité, des résultats, ce n’est pas un scoop. Essayons donc d’évaluer l’efficacité de sa mesure sur les heures supplémentaires. Le consensus quant à l’évaluation du coût de la défiscalisation / détaxation est de l’ordre de 6 milliards d’euros (François Fillon avait tout d’abord parlé de 3 milliards avant de se reprendre quelques heures plus tard). Si l’on accepte le chiffre du gouvernement de 45 000 emplois à temps plein (dont a vu plus haut qu’il est probablement surévalué), cela revient à dire que chaque emploi coûtera la bagatelle de 133 333 euros ! En matière d’efficacité de la dépense publique, on a vu mieux ! Avec ces 6 milliards d'euros, on aurait pu embaucher environ 280 000 salariés au SMIC…Je n’arrive pas à croire qu’un tel gâchis, surtout venant de la part de gens si prompts à donner des leçons d’efficacité, puisse passer inaperçu.

Si vous voyez une faille dans les calculs, merci de me le dire. Car, sincèrement, j’espère qu’ils sont faux…

PP