02 novembre 2007

Ca chauffe !!

Le conseil d'administration de la première banque mondiale, l'américaine Citigroup, frappée de plein fouet par la crise des crédits hypothécaires à risque ("subprime") aux Etats-Unis, doit se réunir ce week-end, affirme vendredi le Wall Street Journal.

De nouvelles dépréciations d'actifs pourraient figurer à l'ordre du jour de cette réunion d'urgence, indique le quotidien américain des affaires qui cite deux sources anonymes proches du dossier.

Citigroup n'a souhaité faire aucun commentaire.

Le groupe bancaire a vu son bénéfice net au 3e trimestre plonger de 57%, à 2,38 milliards de dollars, et a dû déprécier dans ses comptes 1,35 milliard. La banque a aussi perdu 1,56 milliard sur son portefeuille de titres obligataires adossés à des crédits "subprime", et 636 millions dans les activités de marché.

L'action Citigroup a encore cédé 2,03% à 37,73 dollars, vendredi. Elle avait déjà lâché 6,89% jeudi, après une note de CIBC World Market suggérant qu'elle pourrait baisser son dividende, vendre des actifs ou augmenter son capital, afin de récupérer 30 milliards de dollars pour face à une pénurie de liquidités.

Citigroup avait déjà chuté à la mi-octobre après la publication de ses résultats trimestriels laminés par la crise des "subprime". Son action a perdu près de 32% depuis le début de l'année.

Ces développements relancent les spéculations sur un éventuel départ du PDG de la banque, "Chuck" Prince, qui avaient été endormies ces derniers jours par le tumulte de la démission de Stanley o'Neal, PDG de Merrill Lynch, l'établissement qui a accusé les plus lourdes pertes à cause de la crise des "subprime".

La crise, qui a débuté par le ralentissement du marché immobilier américain et a déstabilisé le secteur des prêts hypothécaires à risque - ceux accordés aux ménages au profil financier fragile -, a eu un effet domino sur plusieurs types de placements, en raison de la multiplicité sur le marché de titres dérivés de créances.

Ces titres, qui présentaient en théorie de forts rendements, sont devenus des coquilles vides en raison du grand nombre d'emprunteurs incapables d'honorer leurs créances, notamment les foyers qui ont emprunté à des taux très élevés pour acheter un logement quand le marché immobilier s'envolait.

31 octobre 2007

Jackpot !!

Mr Stan O'Neal, PDG de la banque américaine Merrill Lynch, vient d'être « remercié » par son conseil d'administration. Par ailleurs, cette institution financière de premier plan a annoncé qu'elle avait provisionné 8 milliards de dollars, en raison de dépréciations d'actifs suite à la crise des « subprimes ».

Mr Stan O'Neal a reçu, pour solde de tous comptes, la modique somme de ... 160 millions de dollars (environ 115 millions d'€). Il faudra que l'on m'explique ce qui peut justifier une telle somme. Une fois de plus, nous avons la preuve que la rémunération des dirigeants des grandes entreprises est le résultat d’une bulle spéculative. En effet, une bulle spéculative se forme lorsque le prix d’un actif (ici la compétence d’un dirigeant) est complètement déconnecté de sa valeur réelle.
« Cette rémunération est la contrepartie du risque d’être débarqué par son conseil d’administration. » entend-on parfois en guise de justification.
Certes, mais dans le cas présent, j’aimerais aussi que l’on parle du risque que les institutions financières font courir à l’ensemble de l’économie mondiale. Cela me paraît un tout petit peu plus grave…Et je crains que tous ceux qui seront soumis à ces risques (souvent involontairement) ne seront pas aussi largement indemnisés.

PP

18 octobre 2007

Crise financière et croissance...

Il y a quelques jours, le Dow Jones a atteint son plus haut historique à 14164 points (le 09 octobre 2007). Tous les analystes nous ont alors expliqué que la crise financière de l’été n’était plus qu’un mauvais souvenir, qu’elle avait même été salutaire dans la mesure où elle avait permis de purger les excès. Il ne s’agissait que d’une « correction » et la reprise était imminente dans la mesure où les fondamentaux de l’économie étaient bons.
Or depuis son apogée du 09 octobre, le Dow Jones est retombé sous 13900 points. S’agit-il de ce que les analystes boursiers appellent une « consolidation » (léger repli avant la reprise de la hausse), ou s’agit-il d’une inversion de tendance ? Pour ma part, sans être un expert, je penche pour la deuxième hypothèse. Même si les performances des entreprises américaines sont largement déconnectées de l’économie des Etats-Unis, il n’en demeure pas moins que ce pays reste un débouché majeur pour bon nombre d’entreprises des pays émergents. Des difficultés importantes aux Etats-Unis se répercuteront sur l’ensemble de l’économie. C’est peut-être ce que les analystes ont (re)découvert.

La croissance en berne…
Ainsi, pour le Fonds Monétaire International (FMI), les turbulences sur les marchés financiers amputeront de près 0,5% la croissance mondiale.
« Les secousses financières qui se propagent depuis l'été mettent les marchés à l'épreuve », a résumé mercredi l'économiste en chef du FMI, Simon Johnson, dans une conférence de presse.
« Des foyers d'incendie ont commencé à prendre sur le marché américain des prêts hypothécaire à risque, et le feu a bondi de façon surprenante, pour gagner d'autres zones », a-t-il rappelé. Aujourd'hui « la fumée ne s'est pas encore dissipée ».
Le FMI, qui publie ses « perspectives économiques mondiales » semestrielles table désormais sur une expansion du produit intérieur brut mondial de 4,8% en 2008. En juillet, il comptait encore sur 5,2%. Les révisions les plus marquées concernent les États-Unis, où la croissance devrait s'établir à 1,9% en 2008, contre 2,8% prévu initialement.
Ce prévisions corroborent celles de Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale (Fed), exposées lors d'un discours devant le club de l'Economie de New York lundi soir. Tout en disant voir des signes d'amélioration sur les marchés financiers, M. Bernanke a estimé que la croissance devrait être « modérée » au troisième trimestre, et surtout que des incertitudes plus grandes pesaient sur l'avenir en raison de l'aggravation attendue de la crise immobilière.
En clair, M. Bernanke nous dit « nous ne sommes pas vraiment sortis de la crise, les bénéfices des entreprises au quatrième trimestre vont aussi être affectés par la crise du subprime . »
D'après Fed, la croissance a ralenti depuis août aux Etats-Unis avec une décélération de la consommation et de l'activité industrielle.

La croyance en berne…
En outre, le marché de l'immobilier a donné de nouveaux signes de faiblesse avec une chute en septembre des mises en chantier de logements, à 1,191 million contre 1,285 million attendu, soit leur plus bas niveau en 14 ans.
Or, octobre 2007 sera le mois qui verra le plus grand nombre de prêts « subprime » révisés à la hausse (ces prêts, à l’origine de la crise, comportaient deux ans de mensualités très réduites). Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans. Que va-t-il se passer ? Sans doute une nouvelle vague de défauts qui engendrera un nouvel afflux de maisons à vendre sur le marché. Or il y aurait déjà 1,7 million de foyers qui pourraient perdre leurs actifs immobiliers faute de pouvoir rembourser un « subprime » (sur un total de 3,2 de foyers qui, entre 1994 et 2005, en ont contracté un). Actuellement en baisse, les prix de l'immobilier ne pourront que déprimer davantage, d'autant qu'il y a déjà un stock total de 900.000 maisons ne trouvant pas preneur.
Bref, si, pour l'instant, les prix, dans les dix plus grandes villes américaines, ont reculé d'environ 3 % depuis leurs sommets de l'été dernier, ils pourraient, selon les experts, perdre de 15 à 20 % dans les deux ou trois ans à venir...

Dans un contexte de tensions politiques entre la Turquie et l’Irak, le marché craint également que l'envolée des cours du brut n'affecte la consommation des ménages. Or, celle-ci, comme l'emploi, est l'un des poumons de la croissance.

Pour résumer, la plupart des analystes estiment désormais que le pire de la crise financière n'est finalement pas passé. Ceux qui avaient estimé que les opérations de "transparence" effectuées par le secteur bancaire et les solides indicateurs économiques du mois de septembre seraient suffisants perdent leurs certitudes.
La « croyance dominante », celle qui au-delà de toutes les pseudo-analyses préside aux choix des investisseurs, est-elle sur le point de passer de « Haussier » à « Baissier », de « Optimiste » à « Pessimiste », de « Glop » à « Pas Glop » (pour les nostalgiques de Pifou, petit personnage de BD que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) ?

Les salariés ne seront plus les seuls à déprimer !

PP

15 octobre 2007

Londres, la City face à la crise

Je vous propose de jeter une oreille au Magazine de la Rédaction de France Culture du 13 octobre, consacré aux conséquences de la crise financière de l'été telles qu'elles ont été ressenties à la City (la bourse de Londres).
Cliquez ici pour l'écouter au format Real Player. (Vous pouvez zapper les 4 premières minutes).

Chapeau melon, costume strict et parapluie, l'image de la City incarne pour nous le flegmme britannique aux antipodes de la nervious breakdown décrite par ce professeur d'économie, Robert Buitler .
Et pourtant sur l'une des premières places financières du monde, le pire est arrivé. Une banque, la Northern Rock, a failli rester sur le carreau victime de la crise des subprimes américaines. Dans tout le pays, des petits épargants morts de peur se sont agglutinés devant ses guichets pour récupérer leurs économies. Images terribles et solution sans précédent dans la très libérale Grande Bretagne : l'Etat est venu leur sauver la mise.
Cette crise de la Nothern Rock, à la City, c'est l'arbre qui cache la forêt .Les chiffres parlent d'eux mêmes. Les taux d'intérêts prohibitifs entre banques,
6 500 emplois supprimés d'ici à l'année prochaine .Une crise financière qui pèse jusque sur le budget de l'Etat. Prévisions de croissance 2008 en recul d'un demi point. Bref, l'addition sera salée . Le jeu de poker va couter cher , peser sur les vies et les entreprises. Mais dans un monde où on risque tout, très vite et sans perdre son légendaire sang froid... Sait on jamais . Jours tranquilles au coeur de la City, où derrière les apparences, les coeurs ont tout de même des attaques. Reportage à Londres de Marie Viennot.


PP