10 avril 2008
Modernité et Social
Selon Jean-Marc Sylvestre (inamovible chroniqueur libéral de France Inter), le fait que la majorité des créations d’emplois se fasse dans les services est un « marqueur de modernité pour l’économie française ». Est-ce bien sûr ? En 2007, 300 000 emplois ont été créés en France, dont 113 000 dans le secteur des services à la personne. Or, dans ce secteur d’activité, la durée moyenne de travail est de…10 heures par semaine. Ce temps partiel, souvent subi, s’accompagne d’horaires fractionnés et flexibles. Pas de quoi parler de « marqueur de modernité » ! Dans une société où la dépendance des personnes âgées va devenir très bientôt une question lancinante, il serait temps de penser à organiser les activités de services à la personne, en facilitant la formation des salariés, en mettant en place des structures leur permettant de gérer leur temps de travail… Ce serait peut-être ça, la vraie modernité !
Nicolas Sarkozy a sans doute condamné le RSA, lors de son discours sur la politique sociale à Cahors. Il sera en effet « calibré en fonction des possibilités financières ». Et comme les caisses sont vides… J’ai déjà fait part sur ce blog de toutes les réserves que suscitait pour moi le concept du RSA.
Un sondage réalisé auprès de 1000 RMIstes (par TNS Sofres) indique que 25% d’entre eux travaillent sans pouvoir sortir du RMI et surtout que seulement 8% d’entre eux sont favorables à un dispositif du type « RSA ».
Abandonner le RSA ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour lutter contre la pauvreté, mais plutôt explorer d’autres pistes et notamment la formation professionnelle et la lutte contre les petits boulots.
En ce moment, on assiste, autant au gouvernement qu’à l’UMP, à un tir groupé sur les « politiques sociales ». Elles seraient coûteuses et inefficaces. Il est vrai qu’en période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables la majeure partie des efforts d’ajustement. Mais pourtant, il ne faut pas oublier que les « politiques sociales » constituent de véritables stabilisateurs pour l’économie en maintenant partiellement le pouvoir d’achat de ceux qui sont en difficulté. Si l’on coupe le robinet, le risque est grand de voir faiblir la consommation des ménages, principal moteur de la croissance.
Il ne faut pas oublier que si les prélèvements obligatoires représentent plus de 50 % du PIB, cet argent n’est pas brûlé par l’Etat comme voudraient le faire croire les libéraux. Il est, pour au moins la moitié, redistribué directement aux ménages (allocations, remboursement des soins…). Et le reste est utilisé pour faire fonctionner les services publics : éducation, police, justice…
Jérôme Chartier, responsable des questions économiques à l’UMP, a affirmé sur France Inter que « 1€ dépensés dans le privé est 3 fois plus productif qu’1 € dépensé dans le public ». Pourquoi pas 10 fois ? 20 fois ? Il est très facile d’asséner des propos invérifiables.
Si nous prenons l’exemple de la gestion de l’eau, plusieurs études ont montré que la gestion municipale (donc publique) conduisait à des tarifs inférieurs à la gestion privée.
Selon l’OCDE (organisme pas franchement réputé pour son penchant bolchévique) aux Etats-Unis, où le système de santé est essentiellement privé, la santé coûte plus de 6000 dollars par personne…contre environ 3300 pour la France. Et pourtant l’espérance vie est supérieure en France !
Je pense qu’il aurait été « 3 fois plus productif » pour le débat que Mr Chartier se taise.
PP
09:05 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités, impôts
07 avril 2008
Réforme et RSA
Nicolas Sarkozy a affirmé que « ce n'est pas les économies qui font la réforme mais la réforme qui permettra des économies. C'est la différence entre rigueur et réforme. »…avant de confirmer le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite !
Peut-on envisager mesure d’économie plus arbitraire ? Tout le monde convient que l’Etat a besoin de réforme, mais d’une réforme s’appuyant sur une analyse des besoins de services publics. Tailler à la hache dans les effectifs, c’est courir le risque de voir coexister une pénurie de moyens dans certains secteurs et des sureffectifs persistants dans d’autres…avec au final, une dégradation de la qualité globale du service public.
La question soulevée par le Revenu de Solidarité Active défendu par Martin Hirsch n’est pas tant celle de son coût (5 à 7 fois moins que le paquet fiscal), mais plutôt celle de la « philosophie » qui le sous-tend. Il s’appuie, selon moi, sur le principe que la reprise de l’emploi n’est désormais envisageable que par des « petits boulots », d’une durée inférieure à un mi-temps. Partant de là, il est normal que la collectivité « subventionne » ceux qui reprennent l’emploi pour leur permettre d’atteindre le seuil de pauvreté. Cela ne risque-t-il pas de favoriser encore plus le développement de ces petits boulots ? Une lutte efficace contre la pauvreté passe par l’éducation et des politiques en faveur d’emplois de « bonne qualité » (et temps plein).
PP
17:03 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, emploi, chômage, inégalités, Services publics
31 mars 2008
Modernisation du marché du travail
Xavier Bertrand, notre onctueux Ministre du Travail, nous promet une modernisation « équilibrée » du marché du travail, avec notamment des indemnités de départ plus élevées et un droit à une mutuelle en cas de licenciement. Mais il ne faut oublier la rupture par « consentement mutuel » du contrat de travail qui constitue un premier pas vers l’alignement du droit du travail sur le droit commercial. On peut citer aussi le CDD de trois ans, rebaptisé « contrat de projet ». Autant de mesures qui tendent à précariser davantage les salariés.
Il semblerait que le plateau de la balance penche plutôt du côté « flexibilité » que du côté « sécurité ». N’oublions pas que les pays Scandinaves, dont on prétend transposer le modèle de « flexisécurité », dépensent trois fois plus que la France pour l’accompagnement des chômeurs.
PP
10:33 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage
24 janvier 2008
Un pays d'entrepreneurs ?
Quelques remarques (sur d’autres sujets que la crise financière…)
En 2007, il y a eu 321 478 créations d’entreprises en France. Ce chiffre est en hausse de plus de 12% par rapport à 2006. Cela pourrait être une bonne nouvelle dans un contexte de morosité économique. Mais à y regarder de plus près, il est permis de s’interroger…
En effet, en 2006, plus de 83 % des entreprises créées ne comportaient aucun salarié. Les données ne sont pas disponibles pour 2007, mais cela n’a pas dû beaucoup évoluer… Je ne pourrais pas être plus clair que le commentaire de l’INSEE : « En 2006, 83 % des entreprises créées n'emploient aucun salarié. La création d'entreprise sans salarié est peut-être un moyen de générer son propre emploi. »
Tout est dit, la grande majorité des créations d’entreprises ne résultent vraisemblablement pas du dynamisme économique, mais sont plutôt des solutions de dernier recours pour des chômeurs. Moins de la moitié d’entre eux sont indemnisés par les ASSEDIC…Dans un contexte de chômage de masse, il n’y a souvent pas d’autre choix que de tenter sa chance en tant qu’indépendant, avec à la clé des conditions de vie et de travail souvent difficiles.
Il sera intéressant de suivre l’évolution du nombre de défaillance de ces nouvelles « entreprises » durant l’année à venir…
François Fillon nous annonce que l’économie française est « mieux armée » que les autres pour faire face à la crise. En effet, selon lui les français sont « moins endettés que les autres » et il n’y a « pas de crise du logement en France ». Jusqu’à présent le fait que les français soient moins endettés que les autres était plutôt vu comme un handicap par les « modernisateurs » ! C’est d’ailleurs pour cela que ce gouvernement (ou le précédent) a introduit la notion de crédit hypothécaire rechargeable (sur le modèle anglo-saxon) afin de doper la croissance.
Pas de « crise du logement » ? Alors que les prix et les loyers ont explosé ?
L'indice PMI, qui mesure la vigueur de l'activité des secteurs manufacturier et des services dans la zone euro, est tombé à son plus bas niveau depuis 31 mois… Il y a vraiment intérêt à ce que la France soit bien « armée »… Il ne faut pas se leurrer, la France sera aussi impactée que les autres…
PP
07:55 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, Europe
15 janvier 2008
Flexsécurité à la française
« Un progrès sensible dans notre pays »
François Fillon a jugé dimanche soir que le projet d'accord des partenaires sociaux sur la réforme du marché du travail représentait un « vrai pas vers la flexsécurité à la française ».
Quand un ajoute le qualificatif « à la française » à un concept, c’est en général mauvais signe. Cela signifie en général que l’on veut faire passer une pilule amère !
« S'il est mis en œuvre, le projet d'accord sur le contrat de travail et la sécurisation des parcours professionnels fera baisser rapidement le chômage », estime la présidente du Medef, Laurence Parisot.
En gros l’accord comporte un volet « flexibilité » (rupture du contrat par « consentement mutuel », période d’essai allongée et « contrat de projet ») et un volet sécurité (doublement de l’indemnité de licenciement, transfert des droits à la formation et la complémentaire santé).
Selon le Medef, une plus grande flexibilité du marché du travail fera baisser le chômage….
Mais la flexibilité existe : entre 2003 et 2005, les deux tiers des 300 000 emplois créés sont dus aux emplois temporaires. Les deux tiers des licenciements sont des licenciements pour cause individuelle, souvent accompagnés de transactions. En fait le Medef, aidé en cela par le gouvernement, veut tout simplement légaliser ces pratiques douteuses…
Avec les résultats que l’on sait sur le chômage… Ce qui fait vraiment défaut à l’économie française, c’est une spécialisation vers des secteurs porteurs, de l’investissement. Faire porter systématiquement aux seuls salariés le poids des efforts d’ajustement est une démarche à courte vue. Cela permet facilement et rapidement aux patrons de se dédouaner de leur manque de vision. Mais les gouvernements successifs ont leur part de responsabilité dans ce processus. En effet, par des politiques de l’emploi fondées presque exclusivement sur des baisses de charges sur les bas salaires, ils ont contribué à tirer vers le bas les rémunérations et les qualifications…Ainsi qu’à la « dualiser » le marché du travail.
Un marché du travail dual…
Selon l’INSEE, le taux de chômage des cadres et des professions intermédiaires était d’environ ... 5% en 2005, c’est-à-dire presque le plein emploi. Leur marché du travail étant déjà fluide, les impacts seront donc limités pour les salariés les plus qualifiés. En revanche, un plus grande flexibilité revient à faire porter aux salariés les moins qualifiés les efforts d’ajustement. On risque de se retrouver en ce qui les concerne dans une situation à l’Américaine, où le taux de chômage est faible, mais où le salaire des moins qualifiés l’est également. Est-ce vraiment meilleur pour la cohésion sociale ?
Chômage et exclusion…
En ce qui concerne le chômage, il est bon d’avoir en tête que 40% de chômeurs sont des chômeurs de longue durée (depuis plus d’un an) et qu’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. Or, le chômage de longue durée est un point d’entrée vers le déclassement, puis vers l’exclusion. La concurrence engendrée par une flexibilité légalisée risque de dégrader encore la perspective d’un retour à l’emploi de cette catégorie de chômeurs. L’amélioration de leur situation ne peut passer que par un effort de formation massif, mais aussi d’accompagnement vers l’emploi. C’est la responsabilité de la puissance publique. Le Danemark, souvent pris en exemple, dépense proportionnellement environ 3 fois plus que la France pour le traitement actif (formation) et passif (indemnisation) du chômage.
PP
17:03 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités
10 janvier 2008
Plein emploi...
Je vous soumets ce petit graphique glané sur le blog de Paul Krugman (http://krugman.blogs.nytimes.com/).
Les différentes courbes représentent le taux d’emploi (nombre de personnes en emploi sur le total de la population) des 25-54 ans aux Etats-Unis (courbe bleue), dans l’Union Européenne (courbe rouge).
Devinez à quel pays correspond la courbe verte… Et oui ! C’est la France.
Le mythe du plein emploi américain doit donc être relativisé ! Si le taux de chômage est si faible au Etats-Unis c’est qu’un nombre croissant d’américains renoncent à chercher un emploi car ils ne trouvent que des petits boulots.
En ce qui concerne la France, on peut noter la hausse du taux d’emploi entre 1998 et 2002, période de mise en place des…35 heures. La faiblesse relative du taux d’emploi global (incluant les moins de 25 ans et les plus de 54 ans) est largement due à la mise à l’écart des salariés « âgés ».
PP
07:29 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, Etats-Unis, Europe
28 décembre 2007
Revers de la médaille...
Les uns gagnent des millions, les autres ont peine à subsister: aux yeux des Allemands les inégalités se creusent dans leur pays, et beaucoup sont décidés à ce que cela change en 2008.
Dans les dernières semaines de l'année, une série d'événements et de statistiques sont venus confirmer l'impression d'une érosion de la classe moyenne allemande au profit d'une société à deux vitesses. Elle a renforcé la détermination de beaucoup, syndicats en tête, à se battre pour une répartition plus juste.
Le patron de Porsche s'est partagé avec ses cinq collègues du comité de direction 113 millions d'euros de rémunération, conduisant plusieurs personnalités politiques dont le président de la République Horst Köhler à appeler au « sens de la mesure ». Au même moment, une étude montrait que les revenus de leur travail suffisaient de moins en moins à assurer à la majorité des Allemands un niveau de vie décent.
Plusieurs morts d'enfants maltraités ou abandonnés sont venus servir de toile de fond à la discussion sur les salaires, mettant en avant le problème de la pauvreté matérielle et morale de certaines familles, et les risques encourus par les enfants.
« Actuellement 3 millions d'enfants vivent dans la pauvreté », soit deux fois plus qu'il y a trois ans, a rappelé la veille de Noël dans un entretien à la radio le porte-parole du comité de lutte contre la pauvreté, Wolfgang Gern. C'est-à-dire que leur foyer dispose de moins de 60% du revenu moyen des foyers allemands.
Pourtant depuis 2006 la croissance économique de l'Allemagne est repartie, le chômage baisse mois après mois, le pays compte actuellement quelque 700.000 de chômeurs de moins qu'à la fin de l'année dernière.
« Le nombre de personnes ayant un emploi est à son plus haut en Allemagne », s'est félicitée la chancelière Angela Merkel dans ses interviews de fin d'année. "Cela veut dire que plus de familles profitent (de la croissance)", a-t-elle déclaré.
Mais justement, la plupart des Allemands n'ont pas l'impression d'en profiter: pour 85% d'entre eux, la répartition des richesses dans le pays n'est pas juste, selon une étude de la fondation Bertelsmann publiée en décembre.
En Allemagne se creuse un "fossé de l'égalité", titrait récemment l'influent hebdomadaire Der Spiegel. Et l'aggravation des inégalités n'est pas seulement de l'ordre du ressenti, l'écart grandit réellement entre les revenus des plus riches -- qui ont crû de 31% ces quinze dernières années -- et ceux des plus pauvres, qui ont chuté de 13% sur la même période, selon des chiffres de l'institut de recherche DIW.
Dans certains secteurs de l'économie, par exemple chez les coiffeurs, des salaires horaires inférieurs à 5 euros ne sont pas rares. Environ 1,7 million de personnes travaillent, et complètent un salaire de misère avec l'aide sociale. Et 17 ans après la Réunification, dans quasiment toutes les branches, le travail est moins payé à l'est.
Dans un pays où il n'y a pas de plancher aux rémunérations, les sociaux-démocrates du SPD ont décidé de faire de l'instauration d'un salaire minimum leur cheval de bataille l'an prochain.
Les syndicats aussi s'affichent combatifs. Après plusieurs années de retenue, et sur fond de hausses des prix, ils veulent que leurs membres profitent de la croissance.
Parmi les premiers à négocier leur convention collective, les 100.000 salariés du secteur de l'acier vont réclamer en janvier des hausses de salaires de 8% parce que "les bilans sont bons, les carnets de commandes pleins et les profits coulent à flots", selon le syndicat IG Metall.
Les employés du service public veulent aussi 8%, ceux du textile 5,5%. Les autres branches devraient aussi faire preuve d'appétit.
Ces revendications qui font grincer des dents le patronat alors que la croissance s'essouffle. Pour la fédération du patronat BDI, les revendications d'IG Metall sont "dures à avaler". Ce qui laisse présager un hiver agité en Allemagne.
Tout ce qui précède illustre parfaitement le résultat des réformes (dites Hartz IV) initiées par le chancelier Schröder. Leur objectif était d'augmenter la flexibilité du marché du travail, de réduire le coût du travail ainsi que l'indemnisation des chômeurs. L'objectif est atteint...mais à quel prix! En parallèle, les entreprises industrielles ont massivement délocalisé leur production en Europe de l'Est, ne conservant sur le territoire allemand que l'assemblage final. Cela a été très bénéfique pour ...la balance commerciale allemande. Mais « un pays ne se réduit pas à une balance commerciale », comme le dit si bien Rama Yade!
Le plus rageant, c'est que ces mesures ont été engagées par la « Gauche ». En effet, Schröder, comme Tony Blair, était un des leaders de la gauche « moderne ». Lui qui disait : « Je ne pense pas, ou plutôt je ne pense plus, qu’il soit souhaitable d’avoir une société sans inégalités. ». Ses souhaits semblent avoir été réalisés au-delà de ses espérances !
Cela confirme que plus on démantèle les « filets de protection », plus on laisse le capitalisme fonctionner librement (dérégulations, libéralisation), plus le profit est accaparé par une minorité, au détriment du reste de la population.
J'espère que ce bel exemple de réussite fera réfléchir notre gauche française, toujours en quête de « refondation » et de « modernisation ». La seule refondation possible, c'est de revenir aux valeurs fondamentales de la gauche: la solidarité et la réduction des inégalités.
PP
14:40 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités, Allemagne
19 décembre 2007
La rénovation du dialogue social est en marche…
A l’usine Continental de Sarreguemines, le personnel a voté à une large majorité le retour aux 40 heures. C’est la négociation « entreprise par entreprise » telle que la souhaitent le Medef et le gouvernement. Sauf que…tous les salariés interrogés ont rappelé l’argument choc de la direction : « Soit vous acceptez, soit on ferme dans deux ans ». C’est donc ça le « gagnant – gagnant ».
C’est plutôt du « Face je gagne, Pile tu perds ».
Oui, mais, nous dit-on, il va y avoir des augmentations de salaire d’environ 6%... D’accord, encore heureux ! En effet, passer de 37,5 h à 40 heures, comme c’est le cas, ça revient à augmenter la durée du travail de 6,6%. Donc, on nous présente comme une concession de l’entreprise ce qui n’est que le paiement normal des heures travaillées. Génial ! Fabuleux ! Ce sont de vrais philanthropes chez Continental !
Si l’entreprise est prête a augmenter sa masse salariale de 6%, cela signifie que la productivité des salariés de l’usine n’est pas si mauvaise que ça !
Mais au fait…
Supposons que l’usine compte 1000 personnes payées 10 € de l’heure.
Sur une semaine, ça fait 37,5 x 1000 = 37 500 heures soit 375 000 €.
Après le passage à 40 heures, on aura 40 x 1000 = 40 000 heures soit 400 000 € (puisque le salaire est maintenu).
Supposons maintenant que l’entreprise ne soit pas passée aux 40 heures mais ait embauché 66 (soit 6,6%) personnes à 10 € de l’heure.
Sur une semaine ça aurait fait 37,5 x 1066 = 39 975 heures soit 399 750 €.
Pour une même masse salariale, on aurait donc une même force de travail, mais 66 personnes de plus auraient un emploi… Pour la cohésion sociale, qu’est-ce qui est préférable ? 1000 personnes qui gagnent plus ou 66 chômeurs de moins ? 66 chômeurs de moins, ça fait 66 cotisants de plus pour les organismes sociaux, 66 consommateurs de plus…
Qu'en pense le "Président du pouvoir d'achat" ?
PP
22:04 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités
Chômage
Le taux de chômage pour la France métropolitaine (hors DOM) est passé sous la barre des 8 % au troisième trimestre 2007 : il a atteint 7,9 % selon les chiffres publiés par l'Insee mardi 11 décembre. La baisse est de 0,2 point par rapport au trimestre précédent et de 1 point en un an. Ce taux, calculé selon la définition du BIT (nombre de chômeurs rapporté au nombre de personnes actives, en emploi ou au chômage), correspond au nombre de 2 203 000 personnes.
Il faut remonter à la fin 2002 pour retrouver un taux inférieur à 8 %. En ajoutant les DOM, le taux de chômage au troisième trimestre est de 8,3 %.
Cette baisse du chômage s'accompagne d'une montée du « sous-emploi ». Selon l'Insee, 1 443 000 personnes sont en situation de sous-emploi, soit 5,6 % des personnes ayant un emploi. Cette catégorie du BIT recouvre notamment les « personnes qui ont un emploi à temps partiel, qui souhaiteraient travailler plus d'heures et qui sont prêtes à le faire ». D'après l'Insee, la part du sous-emploi « augmente depuis le début 2006, soit depuis le début de la baisse du chômage ».
On peut donc légitimement se poser la question de la qualité des emplois créés, et donc celle de l’impact sur le pouvoir d’achat.
Mais les chiffres publiés posent d’autres questions, notamment en ce qui concerne la méthode.
En effet, c’est passé inaperçu, mais l’Insee a changé de méthode de calcul du taux de chômage. On se souvient en effet que l’Insee avait courageusement retardé la publication des chiffres définitifs du chômage pour 2006…après l’élection présidentielle! En effet, le taux qu’elle annonçait (9,8%) était trop éloigné de celui du Ministère du Travail, basé sur les chiffres de l’ANPE (9%). De plus, les chiffres de l’Insee ne montraient aucune baisse du chômage…En pleine campagne électorale, quel sacrilège !
Après analyse détaillée des données, l’Insee a finalement abouti à un taux de...9,7%.
Que s’est-il passé alors ? Tout simplement et tout naturellement… l’Insee a modifié ses règles de calcul, officiellement pour se caler sur les directives européennes.
Désormais, ne sont comptabilisés comme chômeurs que ceux qui procèdent à des « actes positifs de recherche d’emploi » (lettres de candidatures, réponse à des petites annonces…).
Et, miracle, le taux de chômage de l’Insee est désormais identique à celui du Ministère du Travail. Avec un peu de bonne volonté, tout est possible !
PP
07:58 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités
07 décembre 2007
Les nouveaux entrepreneurs
De 2002 à 2006, un nombre croissant de créateurs d'entreprises se sont mis à leur compte principalement pour assurer leur propre emploi, après avoir connu le chômage, et n'avaient aucun salarié, selon une étude de l'Insee publiée mardi. Le travail indépendant a ainsi connu une évolution spectaculaire, sur fond de boom de la création d'entreprises, passée de 215.000 en 2002 à 286.000 en 2006 (+33%), souligne l'Insee. Le nombre de créations d'entreprise sans salarié a crû à la même vitesse sur la période (+33%) et c'est ainsi qu'en 2006 "plus de quatre nouvelles entreprises sur cinq ne génèrent qu'un seul emploi, celui de l'entrepreneur", selon l'Insee.
Seuls 5% des entreprises démarrant sans salarié ont embauché "dès les premiers mois" et "64% des nouveaux entrepreneurs déclarent avoir créé leur affaire pour assurer leur propre emploi, soit dix points de plus qu'en 2002", souligne encore l'Insee. Le portrait robot du créateur d'entreprise a changé: il s'agit davantage que par le passé d'un cadre (26% en 2006, 16% en 2002), moins souvent d'un ouvrier (17% contre 22%) et de plus en plus d'un chômeur (40% contre 34%). Les moyens financiers investis pour démarrer sont souvent "très faibles" souligne l'Insee, un tiers de nouvelles entreprises ne mobilisant que 4.000 euros de mise de fond pour l'installation des locaux, l'achat de matériel, la constitution des stocks, etc. En 2006, un créateur d'entreprise sur quatre s'est lancé dans le commerce, un sur cinq dans la construction, idem dans les services aux entreprises, et 15% dans les services aux particuliers.
L'essor du travail indépendant, soutenu par une plus grande simplicité pour créer une entreprise et passer du statut de salarié à celui d'entrepreneur depuis une loi de 2003, a aussi touché les femmes, dans un moindre mesure avec 30% de créatrices d'entreprise en 2006, contre 27% en 2002. Il a surtout concerné des chômeurs, dont les trois quart ont reçu une aide, notamment sous la forme du dispositif d'aide ACCRE les exonérant de cotisations sociales pendant un an. "Les chômeurs indiquent que, sans emploi, ils ont choisi de créer leur entreprise, tandis que les autres créateurs espèrent par cette création une augmentation de leurs revenus", souligne encore l'Insee, qui a interrogé un échantillon de plusieurs dizaines de milliers d'entreprises créées ou reprises, et suivies pendant cinq années.
Le développement et la diversification des formes de travail indépendant est une tendance générale en Europe, qui ne va pas sans poser problèmes, car la catégorie "indépendant" cache des travailleurs rattachés plus ou moins exclusivement à une seule entreprise cliente ou intervenant dans des conditions d'activité qui les placent à la lisière du salariat, mais sans ses avantages. Un chiffre de l'Insee est éloquent: les deux tiers des entreprises créées pour des services aux entreprises ont moins de 10 clients. A titre d’exemple, on peut citer aussi le transport routier où la traction routière est majoritairement effectuée par des entrepreneurs individuels, alors que les grands groupes se concentrent sur les prestations logistiques à forte valeur ajoutée. Ces sous-traitants sont les variables d’ajustement des politiques industrielles des grandes entreprises, là où, au final se reportent toutes les contraintes.
Depuis un siècle, l’évolution du marché du travail s’est caractérisée par trois évolutions majeures : la «tertiarisation», la «féminisation» et la «salarisation» (en 1866, il y avait autant d’indépendants que de salariés). Les chiffres publiés par l’Insee semblent (légèrement) remettre en cause la troisième évolution, la salarisation. Cela est d’autant plus inquiétant que cette remise en cause s’effectue de façon plus contrainte que volontaire. En effet, la création d’entreprise, telle qu’est évoquée, est plus une solution de la « dernière chance » que le résultat d’un choix de vie. Dans ces conditions, cette évolution ne peut être que préjudiciable pour les conditions de travail et de vie de ceux qui y sont soumis. En outre, cela ne peut qu’affaiblir le pouvoir de négociation des salariés que l’on pourra mettre en concurrence avec des « indépendants » beaucoup plus enclins à accepter des conditions difficiles.
PP
10:42 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités


