06 novembre 2007

Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante...

Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy a élevé un certain Antoine Bernheim au rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Jusqu’à présent, seuls 75 grands serviteurs de l’Etat ont pu prétendre à ce titre, le plus élevé. Qui est donc Mr Bernheim et qu’a-t-il fait pour mériter un tel honneur ?

Il s’agit d’un ancien associé-gérant de la Banque Lazard, banque d’affaire bien connue et actuellement Pdg des Assicurazioni Generali di Venezia - 3ème assureur européen, plus connu sous le nom de Generali. Lors de la cérémonie, Nicolas Sarkozy a salué sa compétence de la manière suivante : « Antoine Bernheim a développé ses entreprises, fait des profits et ainsi servi la France ». Faire des profits, c’est donc servir la France…Admettons. Nicolas Sarkozy a poursuivi en estimant que cette reconnaissance du mérite de Mr Bernheim aiderait la France à « régler ses comptes vis-à-vis de l’argent pour régler enfin son problème vis-à-vis de la réussite ». Ce qui réconcilierait sans doute les français avec l’argent, c’est une meilleure répartition des fruits de la croissance. Ce qui les réconcilierait avec la « réussite », c’est peut-être de voir progresser le salaire médian au même rythme que les rémunérations déconnectée de toute référence des Pdg des grandes entreprises.

Sans verser dans la psychanalyse de comptoir, peut-être que Nicolas Sarkozy a lui aussi un problème avec l’argent, mais d’une autre nature. Il s’agit d’une sorte de complexe d’infériorité qui le conduit à glorifier les riches et les puissants, voire à tenter de s’identifier à eux. Il semble que selon lui, toute personne qui a de l’argent le mérite et devient un grand serviteur de l’Etat. Cela me fait penser à la phrase de l’économiste John Kenneth Galbraith : « La plupart des gens, avec l’existence modeste qu’ils mènent, se font une idée magnifiée des capacités intellectuelles des personnages qui vivent en association intime avec de grosses somme d’argent. »

Pour revenir à Antoine Bernheim, on peut dire qu’il a été un grand serviteur, non pas de l’Etat mais de beaucoup d’intérêts privés. Il a lui-même mis sur pied le système de holdings en cascades, qui permet de se bâtir un empire avec un capital limité. Qui en a profité ? Bernard Arnault, qui parti d’une modeste entreprise de Travaux Publics léguée par son père est aujourd’hui à la tête de l’empire du luxe LVMH. Qui d’autres ? Vincent Bolloré, qui a hérité de l’entreprise familiale OCB et qui en a fait un véritable cartel néo-colonial en Afrique, ainsi qu’un groupe de média distribuant matin et soir des centaines de milliers de « journaux » gratuits. Vincent Bolloré a dit d’Antoine Bernheim « Quand j’ai repris la société de mon père, j’ai déjeuné avec lui. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés, et nous nous appelons au téléphone tous les jours. Derrière tout ce que j’ai fait, il y a toujours eu Antoine. » Est-ce que Nicolas remercie Antoine pour avoir conseillé à Vincent de lui prêter son jet et son yacht en mai dernier ?

Apparemment, tout le monde ne partage l’enthousiasme de Nicolas Sarkozy sur les compétences de Mr Bernheim. Depuis quelques jours, Algebris Investment, un fond d’investissement britannique, actionnaire de moins d’1 % de Generali, a lancé une offensive d’envergure contre son management. Premier accusé, Bernheim, dont l’âge – 83 ans – est le plus élevé de tous les dirigeants du secteur, mais aussi sa rémunération : 8,7 millions d’euros en 2006, beaucoup plus que ses homologues d’Axa et d’Allianz. «Ce package est beaucoup trop élevé par rapport à ses homologues des autres assureurs européens, dénonce Algebris dans une lettre rendue publique, sans une justification claire en termes de dimension de la société ou de création de valeur.»

Si on lui coupe les vivres, il pourra toujours revendre sa décoration aux enchères…

PP

29 octobre 2007

Une histoire (vraie) de patron...italien

Il a tenu vingt jours. Puis est resté sans le sou. Enzo Rossi a alors décidé d'augmenter d'un coup tous ses employés de 200 euros net mensuels. Basé à Campofilone, dans la région des Marches, ce petit industriel italien de la pâte est désormais regardé avec intérêt par certains de ses collègues, avec beaucoup de méfiance par d'autres.

En août dernier, l'entrepreneur à la tête d'une société d'une vingtaine de personnes, a en effet eu l'idée saugrenue de se mettre dans la peau de ses salariés. Plus exactement, de vivre dans les mêmes conditions financières qu'eux. «Je me suis octroyé 1000 euros de salaire et 1000 euros à ma femme qui travaille avec moi», explique Enzo Rossi. «Beaucoup de gens vivent avec moins que cela. Nous avons fait les comptes; ce que nous devions mettre de côté pour rembourser l'emprunt, payer l'assurance, les factures et les dépenses quotidiennes», détaille-t-il. «Nous avons fait attention à tout mais au bout de vingt jours, plus rien.»

Le dernier matin, Enzo Rossi entre dans le bar du village avec son ultime billet de 20 euros en poche: «J'ai eu l'impression d'être sous l'eau, sans oxygène.» Il remonte finalement à la surface en puisant de l'argent sur son compte mais surtout en augmentant ses salariés.

«Le coût de la vie s'est alourdi de 150 euros par mois. Pour des gens comme moi, ce n'est rien, pas pour les ouvriers», remarque Enzo Rossi, qui se dit «ni de gauche et encore moins marxiste». Il explique simplement avoir voulu faire cette expérience pour appréhender la situation réelle de ses collaborateurs et sensibiliser ses filles «qui n'ont jamais connu de privations».

«Les ouvriers doivent être sereins pour être efficaces, analyse-t-il. S'ils ne savent pas comment boucler leurs fins de mois, ce n'est pas bon pour la productivité.» En Italie, l'initiative d'Enzo Rossi a provoqué des remous. Plusieurs entrepreneurs l'ont contacté pour avoir des informations sur l'aspect fiscal de l'augmentation. D'autres, raconte-t-il, ont en revanche peu apprécié ce qu'ils considèrent comme un mauvais exemple: «Ils me traitent de fou.»

Un exemple impossible à transposer en France à cause du «poids écrasant» des cotisations sociales ? En Italie, les cotisations sociales sont du même niveau qu'en France.

Un exemple à méditer pour nos amis du Medef, toujours à la recherche de solutions pour la bonne gouvernance des entreprises...

PP

09 octobre 2007

Perte des valeurs...

Selon une étude récemment parue dans la Revue internationale du travail, les salaires des 10 % des salariés les mieux payés ont progressé nettement plus vite que le salaire médian (le salaire tel que la moitié des salariés gagne moins, à ne pas confondre avec le salaire moyen) dans la plupart des pays industrialisés. Depuis 1980, cet écart s’est creusé de plus de 10 points voire de 15 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie… En Europe seules la Finlande, la Suède…et la France sont épargnées par ce creusement des écarts entre les mieux payés et les autres.
Une littérature foisonnante sur le sujet nous explique tout cela est due aux mutations du marché du travail qui font que la demande pour le travail très qualifié est en expansion. La hausse de la demande entraîne donc une hausse des prix, en l’occurrence les salaires des plus qualifiés. C’est la bonne vieille loi de l’offre et de la demande, nous dirait Jacques Marseille ! Sauf que l’offre de travail qualifié a elle aussi augmenté, ce qui contrecarre l’effet de la demande. De plus l’explication précédente ne nous dit pourquoi les salaires des 10 % les plus riches augmente plus vite que les autres, ce qui se traduit par un creusement de l’écart.
On peut envisager deux explications moins « mécaniques » que la loi de l’offre et de la demande : la « perte des valeurs » et « l’effet Zidane ».

La perte des valeurs
La « perte des valeurs » est habituellement associée aux « assistés », pour qui la valeur travail n’a plus de sens. Mais la « perte des valeurs » atteint aussi une fraction des salariés les mieux payés. Jusque dans les années 1980, il existait une sorte de code salarial, un ensemble de normes tacites qui constituaient une sorte de code de bonne conduite. Au-delà d’un certain plafond, les salaires paraissaient indécents, à la fois pour l’employeur et pour le salarié.
Ainsi, au début du XXème siècle, le milliardaire Rockfeller estimait qu’un patron ne devait pas être payé plus de 30 fois le salaire de ses ouvriers (aujourd’hui, c’est plutôt 500 fois dans les grandes entreprises). Mais, lorsque cette norme est transgressée par un nombre croissant d’individus, elle cesse de devenir une norme .
Joseph Stiglitz analyse très bien ce phénomène dans un ses ouvrages :
« Ce que l’on considère comme acceptable est influencé par ce que font les autres, par ce qu’ils jugent, eux, acceptable… Si les PDG sont normalement payés dix fois plus qu’un salarié ordinaire, on peut accepter qu’un PDG exceptionnel se fasse payer quinze fois plus, mais pas cent fois plus. Aux Etats-Unis, dans les années 1990, il n’y avait pas de limites ; tout était devenu acceptable…On valait ce qu’on parvenait à se faire payer. Point final. »

L’effet Zidane
L’effet Zidane, ou effet Pavarotti, traduit l’importance grandissante des « superstars » quelque soit le domaine. Les entreprises sont prêtes à débourser des sommes importantes pour se payer « le » spécialiste. Ce phénomène est perceptible dans la finance, notamment. Bien sûr, cela ne touche qu’une infime minorité de salariés, mais leurs rémunérations hors de toute mesure contribue à faire grandir l’écart avec les salariés « moyens ».

Ces effets sont d’autant plus dommageables que les salariés concernés ont tendance à attribuer à leurs seuls mérites l’énormité de leur rémunération…et à s’affranchir de la solidarité nationale en s’exilant vers des pays plus cléments fiscalement.

Encore et toujours la perte des valeurs !

PP

03 octobre 2007

On se sent moins seul !!

Je vous livre ici de larges extraits d'un article paru sur le site European Tribune et qui a servi de base à une tribune parue dans Le Monde du 11 septembre 2007. Son auteur s'appelle Jérôme Guillet, il est polytechnicien et banquier d'affaire et ses propos sont une bouffé d'air pur dans les vapeurs fétides des analyses habituelles sur le modèle français.

Pour une version plus détaillée avec graphiques, cliquez ici...

La France n'est pas en déclin et n'a pas besoin de "réforme"
John Evans & Jérôme Guillet

Il est bien difficile aujourd'hui de trouver, dans les médias tant nationaux qu'internationaux, un commentaire sur l'économie française où manquent les mentions obligatoires de son déclin, de la faiblesse de la croissance, ou de la persistance d’un chômage de mass, et qui ne présente pas comme une évidence l'urgente nécessite de "réformes". Entre guillemets, "réformes", car ce mot est devenu un nom de code plus ou moins explicite pour un programme à sens unique: libéralisation d'un marché du travail considéré "trop rigide" via l'assouplissement du code du travail, baisse des charges sur les entreprises, affaiblissement du contrôle de l'Etat, et, naturellement, baisse des impôts. Des travailleurs plus flexibles et moins chers seraient plus facilement embauchés, ce qui améliorerait la compétitivité des entreprises et leurs profits, sur le modèle anglais ou américain. Et évidemment les 35 heures tant décriées, cette « aberration économique », doivent être éliminées afin de remettre la France au travail.
Le problème est que ce programme, qui sert bien les intérêts des actionnaires et des dirigeants d'entreprise, se base sur une description extrêmement partielle et partiale de la réalité économique. Le leitmotiv du déclin prend généralement appui sur la croissance plus faible de la France, relativement à celle de pays comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis, ces dernières années, et sur la baisse relative de son PIB par tête. Or cette description tronquée de la réalité ne tient pas compte de la distribution des richesses, et de l'augmentation extraordinaire de l'inégalité dans ces économies censées nous servir de modèle. En fait, toute la richesse créée dans ces pays a été captée par une tranche étroite de la population. Les revenus médians sont stagnants, alors que les revenus des 0,1% les plus riches de la population augmentent en flèche, au point d'être passés de 2% à 7% des revenus totaux en moins de vingt ans aux Etats-Unis, selon les chiffres de l'étude de Piketty et Saez.

Il est compréhensible de défendre la liberté des membres les plus dynamiques de la société d'entreprendre et de bénéficier des fruits de leur travail, mais cette liberté accordée sans contrepartie s'accompagne inévitablement de fractures sociales bien plus marquées que celles connues en France. Le choix d'un niveau élevé de solidarité et de redistribution modère les revenus des plus riches, soit, mais, fait moins souvent évoqué, pas ceux des autres.

Il semblerait donc que, sur le plan des revenus, les très riches forment le seul groupe qui bénéficie des "réformes". Mais cette conclusion ne fait-elle pas bon marché du chômage dont souffre la France? Tout dépend de ce qu'on mesure. Ainsi, parmi les hommes de 25 à 54 ans, 87,6% avaient un emploi en 2004 en France, et 87,3% aux Etats-Unis, selon les chiffres de l’OCDE. Et pourtant le taux de chômage pour cette catégorie était alors de 7,4% en France, et 4,4% aux Etats-Unis. La ligne séparant chômage d'inactivité n'est visiblement pas mise au même endroit dans chaque pays... De même, le chômage des jeunes touche 8,4% des 15-24 ans en France, contre 5,5% au Danemark, 7,6% aux Etats-Unis et 7,5% au Royaume-Uni, donc pas de quoi crier à la faillite du modèle.
Certes, le taux de chômage est nettement plus élevé, mais cela reflète essentiellement le fait que la population active est plus étroite dans cette classe d’âge en France, notamment parce que moins de jeunes trouvent nécessaire d'occuper un emploi tout en poursuivant leurs études.
Mais les Français travaillent moins, nous dit-on. Les travailleurs français effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne, contre 35,6 heures au Royaume-Uni. Les employés à temps plein travaillent effectivement moins longtemps en France (40,9 heures contre 43,2 heures en 2005), mais le nombre élevé d'emplois à temps partiel baisse la moyenne britannique; le nombre d’heures totales travaillées dans le deux pays est à peu près équivalent, pour des populations similaires. Dire que les Français travaillent moins est donc tout simplement faux.
Par ailleurs, la France a créé autant d'emplois que le Royaume-Uni au cours des 10 dernières années: 2,5 millions. La seule différence est que, au Royaume-Uni, la création de postes a été très régulière, alors qu’en France, la quasi totalité de ces emplois a été créée entre 1997 et 2002, c'est-à-dire précisément au moment de la mise en place des 35 heures, et ce alors que la croissance mondiale a été plus forte ces 5 dernières années.
Plus remarquable encore, la France a créé plus d'emplois dans le secteur privé (+10% entre 1996 et 2002, selon l'OCDE) que le Royaume-Uni (+6%) ou les Etats-Unis (+5%). En fait, le Royaume-Uni n'a créé quasiment aucun emploi net dans le secteur privé depuis près de 5 ans, mais a bénéficié de l'augmentation très forte des emplois dans le secteur public.
Cela reflète le fait que les croissances anglaise et américaine reposent très largement sur l'augmentation de la dépense publique, qui a littéralement explosé sous Blair et Bush, passant de 38% à 45% du PIB au RU et de 34% à 37% aux EU entre 2000 et 2006. Dans le cas britannique, cette relance keynésienne (centrée sur les secteurs de l’éducation et de la santé) s'est faite grâce à l'augmentation des impôts et à la cagnotte du pétrole de la Mer du Nord, tandis que l'administration Bush a présidé (pour payer sa guerre en Iraq) à une augmentation sans précédent de la dette publique - et de la dette privée, la plupart des ménages se voyant obligés d'emprunter - sur le dos d'une bulle immobilière également sans équivalent - pour compenser la stagnation de leurs revenus. Mais dans ce cas-là, semble-t-il, il s'agit de "dynamisme". Il paraît cependant légitime de se demander quelle partie du modèle anglo-saxon nous sommes conviés à copier...
Evidemment, il ne s'agit pas de dire que tout va bien en France, ni qu'il n'y a rien à changer. Mais le mot "réforme" est maintenant porteur d'un tel agenda idéologique qu'on aurait sans doute tout à gagner à l'exclure de tout discours qui se voudrait sincère. A moins, bien entendu, que nous soyons tous déjà d'accord que l'objectif qu'il convient de fixer soit effectivement de faire baisser les revenus des travailleurs les plus modestes afin de réduire le fardeau qui pèse sur les quelques "happy few" en haut de l'échelle des revenus.
Il est tentant de se demander si le feu roulant qui tend à déprécier l'économie française provient de ceux qui ne supportent pas l'existence d'un modèle social différent, modèle qui prouverait que la "réforme" n'est pas indispensable. S'il est possible d'assurer la prospérité de presque tous en décourageant la concentration de la richesse entre quelques mains, cela élimine le principal argument des partisans du capitalisme débridé. Comme l'a dit le milliardaire Warren Buffett, les riches aux Etats-Unis mènent - et gagnent - la lutte des classes. Depuis la chute du mur de Berlin, ce vocabulaire semble décrédibilisé et désuet, ce dont certains ont su profiter. Il serait temps de noter qu'ils n'agissent pas dans l'intérêt de tous, mais uniquement dans le leur.

22 août 2007

Au cœur de l’eldorado chinois…

Récemment, nous apprenions que la société Mattel retirait du marché 18 millions de jouets fabriqués en Chine en raison d’une contamination au plomb. Cet évènement au retentissement planétaire met en lumière la face cachée de la mondialisation et du miracle chinois. Il y aurait donc un prix à payer pour la recherche effrénée de la baisse des coûts ?
Au-delà des risques pour les consommateurs occidentaux, des menaces de délocalisation pour les ouvriers des pays industrialisés, ce prix est en grande partie payé par les ouvriers chinois, les véritables soutiers de la mondialisation.
L’organisation China Labour Watch (CLW), basée aux Etats-Unis, milite pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers chinois. Elle a mis en ligne sur son site internet www.chinalaborwatch.org un rapport d’audit sur huit usines de fabrication de jouets de la province de Guangdong. Ces usines travaillent pour Hasbro, Disney, Bandaï, Sega…
Ce rapport contient des informations saisissantes sur les conditions de travail et de vie des ouvriers chinois :
* Licenciement en cas de refus d’heures supplémentaires
* 10 à 14 heures de travail par jour
* Heures supplémentaires non payées
* Un seul jour de repos par mois en période de pointe
* Amendes diverses et variées qui viennent grever le salaire déjà faible
* Pas d’assurance sociale
* Agressions verbales, parfois physiques ou sexuelles
* Dispositifs de sécurité inefficaces, voire inexistants
* Cafétérias et dortoirs insalubres et surpeuplés
* …





Selon CLW, la responsabilité de ces abus n’incombe pas uniquement aux fabricants eux-mêmes. Les prix ridicules payés par les multinationales du jouet en sont la principale raison.
Ces multinationales sont au sommet d’une pyramide à la base de laquelle se trouvent les ouvriers, devant leurs chaînes de production. Ces entreprises ne possèdent pas directement ces usines ; en fait elles sont les donneurs d’ordres de fournisseurs locaux (appartenant à des hommes d’affaires Taïwanais ou de Hong Kong). Pour conserver le niveau modeste de leurs profits, ces sous-traitants n’ont d’autre choix que d’accepter les prix toujours plus bas proposés par les multinationales.
La plupart des multinationales ont recours à des dizaines, voire des centaines de sous-traitants afin de rester un client parmi d’autre. Généralement, la part de chaque multinationale ne dépasse pas 20 % du chiffre d’affaires d’un sous-traitant. Cela leur permet ensuite de décliner toute responsabilité en cas de plainte de la part d’ouvriers.

Autre exemple avec Puma (articles de sport), où les ouvriers des sous-traitants chinois travaillent plus de 16 heures par jour pour un salaire horaire de 23 centimes d’euros. Ainsi, Puma peut se permettre de dépenser 5 euros en publicité pour une paire de chaussures vendue en moyenne 55 euros, alors que la main d’œuvre de fabrication ne représente que 0,85 euros. Ainsi, en une semaine, un ouvrier fabrique suffisamment de chaussures pour payer son salaire de l’année !
Dans son code de conduite et sa charte du « Développement durable », Puma peut se permettre de citer LaoTseu, cela ne lui coûte pas cher ! Il serait préférable de se préoccuper de la durabilité du développement de ses ouvriers.
Que faire alors ? Les ouvriers chinois ne veulent sûrement pas d’un boycott des produits (comme on l’a vu par le passé pour Nike), ils ont trop besoin de leur emploi ! Ils veulent être considérés comme des êtres humains ! Tous simplement ! Et être payés décemment !
Sachant que Puma dégage une marge de 25 euros par paire de chaussures, cette entreprise aurait la possibilité, sans remettre en cause sa pérennité, de faire en sorte que le salaire de ses ouvriers chinois soit doublé, voire triplé !
Puma n’est pas la pire des entreprises, c’est juste un exemple parmi d’autres. Pour d’autres cas concrets, vous pouvez vous référer au site de CLW (rubrique Sweatshops).

Quasi esclavage des ouvriers chinois, pression sur les salaires et les emplois des salariés des pays industrialisés, mise en danger des consommateurs et de l’environnement… cette économie mondiale des « ateliers de la sueur » est l’illustration de la faillite des théories naïves sur les bienfaits de la libéralisation des échanges. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, le « laisser-faire » atteint ses limites et le besoin de régulations efficaces est criant.
PP

30 juillet 2007

100% des gagnants...

Un sondage TNS-Sofres paru récemment (réalisé par Internet entre le 12 et 14 juin auprès de 1096 personnes en France, 1106 en Allemagne et 1006 en Grande-Bretagne) nous apprend que 39 % des Français sont persuadés qu'il est possible de devenir riche à millions grâce aux jeux d'argent. Ce moyen d’enrichissement fait jeu égal avec … le travail (40%). Cela peut paraître paradoxal pour un peuple qui a été séduit par le slogan « travailler plus pour gagner plus » ! Nos voisins allemands et anglais sont plus « sérieux » : la moitié d’entre eux (respectivement 49 % et 48 %) font confiance à leur dur labeur pour devenir riche.

Les français seraient-ils tous devenus des fainéants, corrompus par les 35 heures et rétifs à tout effort ? Je ne le pense pas. En revanche, je pense qu’une partie de la population, la plus précaire et la moins qualifiée, ne peut que constater que ses conditions de vie se dégradent sous la pression du chômage, de la concurrence des salariés des pays émergents…Comme rien ne semble venir de la part des dirigeants politiques, il faut bien s’accrocher à quelque chose ! Ainsi, en proportion de leur revenu, les ouvriers dépensent deux fois plus que la moyenne dans les jeux de hasard.

Les différentes taxes sur les jeux de hasard rapportent à l’Etat environ 3 milliards d’Euros par an. En comparaison, l’ISF rapporte environ 4 milliards d’Euros. Encore un bel exemple de justice fiscale !

PP

14 juin 2007

T-shirt chinois et protection sociale

Sans doute plus tôt que ne l’aurait souhaité le gouvernement, voilà que le débat sur la TVA « sociale » est au centre du débat. Tout a commencé dimanche soir, sur le plateau de TF1, lorsque Laurent Fabius a demandé à Jean-Louis Borloo de s’engager sur l’absence de plan du gouvernement visant à augmenter la TVA de 5 points. Jean-Louis Borloo, légèrement gêné aux entournures, a reconnu que cela faisait partie du programme de Nicolas Sarkozy et que toutes les options étaient envisageables.
Les jours suivants, c’est toute la garde et l’arrière-garde de l’UMP qui est montée au créneau. La palme de la tartufferie revient sans conteste à Luc Châtel, porte-parole de l’UMP, qui nous annonce que la TVA sociale n’est pas une augmentation de la TVA, mais qu’ « il s'agit d'une réflexion sur la façon de faire porter les cotisations sociales dans notre pays »…en augmentant la TVA au détriment des actuelles cotisation sociales patronales.
Jean-François Copé a tenté de faire vibrer la corde patriotique en affirmant que ce n’est « pas un chantier de droite ou de gauche ». Encore et toujours cette tentative d’abolir les clivages par un consensus mou !
Mardi soir, sur France 2, François Fillon a parlé de « TVA anti-délocalisation ».
La hausse de la TVA aurait pour « avantage de faire baisser le prix des produits vendus en France du montant des cotisations sociales », et de « faire financer une partie de la protection sociale par les importations ».
« Ce n'est pas choquant que les T-shirts chinois servent un peu à financer notre protection sociale », a-t-il dit.
Sauf erreur de ma part, ce n’est pas le « T-shirt chinois » qui va financer la protection sociale, c’est celui qui paiera la TVA dessus, c’est-à-dire nous tous.
Au fait, la TVA sociale existe déjà ! En effet, les allègements de cotisations sociales déjà existants (20 milliards d’€ par an) sont financés par l’Etat, via notamment… la TVA.
Cette TVA dite « sociale » n’est rien d’autre que la poursuite de la concurrence fiscale que se livrent les pays européens. L’Allemagne a montré la voie, la France suit, à qui le tour ? D’autant plus que cette stratégie ne sont valables que si un seul pays la met en œuvre, puisqu’il s’agit en fait d’une sorte de dévaluation masquée (baisse du prix des exportations, hausse du prix des importations). Au final, tout le monde sera perdant.
De plus, cela revient à exclure progressivement les entreprises de la solidarité nationale et à renforcer le poids déjà énorme de l’impôt le plus injuste qui soit. On préfère taxer ceux qui n’ont pas le pouvoir de faire du chantage aux délocalisations ou… de se délocaliser eux-mêmes en Suisse ou en Belgique !

Une efficacité limitée…
Si nous rentrons un peu dans le détail, on peut se rendre compte que cela n’améliorera pas beaucoup la compétitivité des produits français.
Faisons un calcul simple :
1) la TVA représente 45 % des 280 milliards du budget de l’Etat soit 126 milliards d’€.
2) une hausse de 5 points de la TVA représente une hausse de 25% de cette dernière (passage de 19,6% à 24,6%) soit une hausse de 31,5 milliards.
3) le budget du régime général de la Sécurité Sociale est d’environ 300 milliards d’€, financé pour 71 milliards d’€ par la CGS, le reste est financé par les cotisation sociales soit 229 milliards
4) la TVA « sociale » permettrait donc de faire baisser les cotisations sociales de 31,5 milliards (point 2) soit une baisse d’environ 14%
5) de combien baisseront les prix des produits français ? la valeur ajoutée représente 50 % du Chiffre d’affaire d’une entreprise. Au sein de la valeur ajoutée, la masse salariale (les salaires et cotisations sociales) représentent environ 60 %. Si l’on part du principe que les cotisations représentent 40 % de la masse salariale, on arrive à la conclusion que les cotisation sociales représentent 12 % du prix d’un produit.
6) faire baisser de 14 % (point 4) une part représentant 12% du prix, revient à faire baisser ce prix de 1,7%.

Désolé pour ces calculs un peu emberlificotés !!
En tout état de cause, selon moi, le gain de compétitivité sera bien faible et sans doute insuffisant pour éviter les délocalisations vers des pays où le coût de la main d’ouevre est dix fois plus faible qu’en France.

Quels effets sur l’inflation ?
Jean-François Copé a admis sur RMC que, pour que le dispositif fonctionne, il fallait que « les entreprises jouent le jeu » et « baissent leurs prix ». C’est comme si c’était fait !
Il n’y a aucun moyen permettant d’obliger les entreprises à répercuter sur les prix la baisse de coût de revient engendrées par les baisses de cotisations salariales.
D’autant plus que les produits importés sont souvent sans concurrence en France (informatique, téléphonie, photo numérique…), il n’y a donc aucune raison pour que les distributeurs baissent leurs prix.
Il est donc fort probable qu’une reprise de l’inflation soit au rendez-vous. De deux choses l’une, soit le pouvoir d’achat des ménages baissera, soit des hausses de salaires surviendront pour maintenir le pouvoir d’achat. Dans le premier cas, c’est la consommation qui baissera, dans le second cas, les gains pour les entreprises seront en partie effacés.

Cohérence…
Où est la cohérence avec les autres mesures du « paquet » fiscal (défiscalisation des heures supplémentaires, bouclier fiscal, suppression des droits de succession…) ? Ces dernières visaient à soutenir la demande. Leur efficacité (qui reste à prouver) sera largement pénalisé par la hausse de la TVA. Rien de neuf sous le soleil, on reprend toujours d’une main ce que l’on a donné de l’autre. Toutefois je crains que la main qui reprend soit beaucoup plus grosse que celle qui donne.

Et la moyenne européenne ?
En matière d’impôt sur le revenu, ce gouvernement ne cesse de nous répéter que la France ne peut pas se permettra d’avoir des taux supérieurs à la moyenne européenne. Si la hausse de TVA devait se réaliser, la France pourrait sans doute se vanter d’avoir le taux le plus élevé…du monde. C’est bizarre, cette vertu à géométrie variable !

Existe-t-il d’autres pistes ?
Y a-t-il d’autres vois à explorer que l’augmentation de l’impôt le plus injuste (la TVA) ? Faut-il affranchir toujours plus les entreprises de la solidarité nationale ?
Si une solution miracle existait, ça se saurait !
Mais pourquoi, par exemple, ne pas faire financer l’assurance maladie par l’impôt (l’assurance chômage et la retraite restant financés par les cotisations sur les salaires) ? En effet, l’assurance maladie est aujourd’hui universelle, donc déconnectée du statut de salarié. Il n’y a donc plus de raison pour que son financement soit assis exclusivement sur les salaires. Bien sûr, cela passe par la mise en place d’un impôt réellement progressif avec une large assiette, la suppression des niches fiscales, la lutte contres les fraudes fiscales.
De plus, il faudrait étudier la mise en place d’un impôt sur les entreprises lui aussi progressif et assis sur la valeur ajoutée (aujourd’hui, l’impôt sur les sociétés représente une part moins importante de la richesse nationale en France qu’en…Irlande)
Cela permettrait de baisser le coût de travail, tout en renforçant la progressivité de l’impôt.

PP

28 mai 2007

Tout se mérite, ou la tentation du « workfare »

Extrait d’un article de Denis Clerc intitulé « Quelle protection sociale en économie mondialisée ? », paru dans la revue L’Economie politique (n°34 – Avril 2007 – p 37 et suivantes)

Aux Etats-Unis, depuis une loi de 1996 (proposée par Bill Clinton, mais profondément amendée par la majorité républicaine d'alors), le workfare constitue la règle pour une grande partie de l'aide sociale. Le terme lui-même est une contraction de « work for your welfare », que l'on peut traduire par « travailler en contrepartie de l'aide sociale », car, aux Etats-Unis, le welfare ne désigne pas, comme on le croit trop souvent, l'Etat-providence, mais l'ensemble des dispositifs d'aide sociale destinés aux personnes en situation de pauvreté. Il s'agit donc d'instaurer une contrepartie en travail en échange de l'aide sociale perçue. La loi de 1996 remplace en particulier l'ancienne « aide aux familles monoparentales» (AFDC), accusée de pousser à la dissolution de la famille, par un dispositif appelé « temporary assistance for needly families» (TANF) qui affirme le caractère temporaire de l'aide fournie aux familles et impose à partir de l'année 2000 que les familles la percevant plus de 24 mois soient contraintes de fournir en échange une prestation de travail d'au moins 30 heures par semaine (35 heures lorsque la famille est composée de deux parents). En d'autres termes, pas de droit à l'aide sociale sans contrepartie en travail. Mise en musique par chaque Etat (qui, pour ce faire, reçoit chaque année une enveloppe calculée à partir des anciennes prestations sociales supprimées), cette loi a donné lieu à des applications relativement variées. Mais, dans la majorité des cas semble-t-il, la contrepartie exigée a été relativement stricte, sous forme d'heures de travail au bénéfice de la municipalité (township) ou du canton (county) calculées au taux du salaire minimum en vigueur dans l'Etat concerné.

Certes, il y a contrainte, dira-t-on, mais il y a aussi salaire.
Hélas, non! Car la rémunération versée est considérée comme une aide sociale, que le travail fourni permet de rembourser. Elle n'ouvre pas droit à l'assurance chômage, à des droits à retraite ou au paiement de l'équivalent américain de la prime pour l'emploi (EITC) , versé à tous les ménages en emploi dont le revenu d'activité est inférieur à un certain seuil. Il est parfois précisé qu'adhérer à un syndicat est interdit, et la durée du travail exigé en guise de contrepartie n'est pas modulée en fonction de l'activité ou de la qualification de la personne ainsi « occupée ». Nous ne sommes pas dans une relation de type « tout travail mérite salaire », mais dans une relation punitive: « toute aide implique travail ». Il ne s'agit pas d'un échange, mais d'une sanction, dont la finalité est de décourager l'allocataire de recourir à l'aide sociale.

Les choses sont évidemment bien différentes en France, dira-t-on encore. Est-ce si sûr? Rappelons-nous l'affaire du CI-RMA (contrat d'insertion-revenu minimum d'activité) créé en 2003 par François Fillon, alors ministre de l'Emploi et des Affaires sociales. Il s'agissait d'un contrat d'insertion réservé aux allocataires. du RMI, qui pouvait être proposé par des entreprises aussi bien que par des organismes non marchands, et dans lequel le salarié était « rémunéré» au Smic par l'employeur. Mais les guillemets s'imposent, puisque cette rémunération comportait deux parties. La première correspondait au montant de la prime versée à l'employeur, soit l'équivalent du RMI versé à une personne seule sans ressources (420 euros environ). La partie salariale de la rémunération ne commençait donc qu'au-delà, de sorte que l'employeur ne versait de cotisations sociales que sur la partie de la rémunération brute excédant le RMI. Et le salarié ne commençait à acquérir des droits sociaux que sur cette partie. Si bien que, pour un salarié travaillant 20 heures par semaine et qui percevait donc, brut, une rémunération de 590 euros, le salaire au sens propre du terme ne se montait qu'à 190 euros mensuels. Et les droits à retraite, assurance chômage ou prime pour l'emploi n'étaient calculés que sur ce montant, tandis que l'employeur pouvait disposer 20 heures par semaine d'une force de travail qui, compte tenu des cotisations sociales et de la prime perçue, lui coûtait environ 2,50 euros de l'heure ...
Le salarié travaillait donc d'abord pour rembourser son RMI, et il ne commençait à travailler pour lui, contre salaire, qu'une fois ce remboursement en nature effectué: la logique dissimulée derrière le terme « activité» n'était donc autre que celle prévalant dans le TANF américain. Et c'était d'ailleurs toute l'ambiguïté du terme « activité », qui, au sens large, est souvent assimilé à « travail» mais qui, en l'occurrence, n'avait pas été choisi au hasard, puisqu'il s'agissait d'éviter de faire tomber ce travail dans le domaine du droit du travail. En baptisant ainsi « activité» ce qui était concrètement un travail (une activité de production rémunérée), le législateur procédait à un curieux tour de passe-passe, sans précédent en France (mais pas aux Etats-Unis). Curieusement, le Conseil constitutionnel avait validé ce dispositif exorbitant du droit du travail, au nom de la « finalité d'intérêt général que représente la lutte contre le chômage et l'exclusion ». Heureusement, le « Plan de cohésion sociale» de Jean-Louis Borloo (2005) a fait disparaître dans les oubliettes cette curiosité juridique lourde de menaces ultérieures.
Oubliettes? Pas tout à fait cependant. Puisque le 14 janvier 2007, au Congrès de l'UMP qui l'adoubait, Nicolas Sarkozy a déclaré notamment: « La République réelle, ce n'est pas la République où il n'y a que des droits et aucun devoir. C'est la République où les devoirs sont la contrepartie des droits. je propose qu'aucun minimum social ne soit accordé sans la contrepartie d'une activité d'intérêt général. »C'est le retour du RMA ancienne formule qui nous est promis. Ce qui n'est pas un hasard, puisque le principal conseiller de Nicolas Sarkozy dans le domaine social s'appelle ... François Fillon.

27 mai 2007

Heures supplémentaires et temps partiel

Les heures supplémentaires
Travailler plus pour gagner plus, oui ! Mais combien ?
Un rapport de la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques du Ministère du Travail) sur les heures supplémentaires précise qu’en 2003, le nombre moyen d’heures supplémentaires par personne était de 55 par an (avec un maximum de 91 pour le secteur des transports).
Prenons l’exemple d’un salarié rémunéré 10 Euros brut de l’heure (soit 1520 Euros bruts mensuels à 35 heures et 1690 Euros bruts à 39 heures). Il travaille environ 11 mois dans l’année, il réalisera donc en moyenne 5 heures supplémentaires par mois. Mensuellement, il gagnera donc 5*10=50 Euros, majorés de 25% soit 62,5 Euros bruts de plus par mois. C’est une somme certes non négligeable, mais enfin, cela ne changera pas fondamentalement son pouvoir d’achat (+ 4 % s’il est aux 35 heures, +3,7 % s’il est aux 39 heures). D’autant plus que cette « hausse » n’est pas forcément constante d’un mois sur l’autre et qu’elle n’est pas reproductible d’une année à l’autre (c’est un "fusil à un coup").

Les salariés à temps partiel
Dans cette perspective de l’incitation aux heures supplémentaires comme vecteur de pouvoir d’achat, qu’en est-il des salariés à temps partiel ? Ils représentent quand même 17,5% des salariés. Que fait-on pour eux ?
Ils ne peuvent pas faire d’heures supplémentaires, puisque par définition, ces dernières se déclenchent au-delà de la durée légale soit 35 heures. Or la définition d’un temps partiel réside dans un volume d’heure inférieur à la durée légale. CQFD.
Les salariés peuvent faire des heures complémentaires dans la limite de 10 % de leur horaire contractuel. Ces dernières seront-elles incluses dans le périmètre du « travailler plus pour gagner plus » ? Si oui, cela ne créera-t-il pas un effet d’aubaine pour certains employeurs indélicats ?
Quoiqu’il en soit, la moitié des salariés à temps partiel gagnent moins de 750 Euros par mois et un quart moins de 480 Euros. 30 % d’entre eux souhaiteraient travailler à temps complet et 10 % ont une autre activité.
Que fait-on pour leur pouvoir d’achat ?

On voit bien que les solutions envisagées sont aléatoires pour les salariés à temps plein et laissent sur le carreau les salariés à temps partiel.
Pour redonner du pouvoir d’achat, il faut mener une réflexion plus globale, visant à faire reculer le chômage. Un fort taux de chômage est en effet un excellent argument pour faire pression sur les salaires.
Il faudrait également revenir sur les allègements de cotisations sociales ciblées sur les bas salaires, pénaliser le travail à temps partiel, réformer l’assiette des cotisations sociales (en incluant la valeur ajoutée) …

PP

23 mai 2007

L'Education...une priorité ?

Carte scolaire
Le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos a affirmé dimanche qu'il espérait "peut-être dès la rentrée 2008" avoir un nouveau système concernant la carte scolaire, sujet largement évoqué pendant la campagne électorale.
"Il faudrait que nous puissions assouplir dès la rentrée prochaine (...) de l'ordre de 10 ou 20% des affectations qui sont concernés par cette carte pour montrer notre bonne volonté", a-t-il expliqué sur France Info, en notant qu'à moyen terme, il faudrait "supprimer" la carte scolaire.
Pour le ministre, "la carte scolaire, ce n'est pas en soi, dans son principe, une mauvaise décision, sauf que ça ne marche plus. Ne subissent la carte scolaire que ceux qui n'ont pas les moyens d'y échapper, ceux qui n'ont pas des parents qui connaissent les systèmes ou qui ont beaucoup d'argent. Donc c'est un système très injuste".
"Ce seront les établissements scolaires qui veilleront à la diversification sociale et géographique de leurs effectifs par des dispositifs nouveaux qui seront beaucoup plus justes", a-t-il ajouté.
Si j’ai bien compris le raisonnement du ministre, du fait qu’il existe des gens qui arrivent à contourner la carte scolaire, il faut la supprimer. Voilà un raisonnement particulièrement intéressant que l’on pourrait appliquer à d’autres domaines. Pour lutter contre la fraude fiscale ? Il suffit de supprimer les impôts ! Pour lutter contre les excès de vitesse ? Il suffit de supprimer les limitations ! Pour lutter contre les fraudes aux Assedic ? Il suffit de supprimer les allocations…
Quoiqu’on en dise, en la matière, des règles du jeu uniformes sur l’ensemble du territoire sont les mieux à même de garantir l’égalité des droits pour chacun, y compris les plus « faibles ». Bien sûr, cela nécessite la volonté politique de faire appliquer ces règles du jeu à tous, y compris ceux qui ont des « relations ». La suppression des règles (des lois) ne peut que conforter le pouvoir de négociation des plus privilégiés, au détriment des autres.

Travail étudiant
Autre priorité dans le domaine de l’éducation…la défiscalisation du travail étudiant. En économie, on sait que tout est affaire d’incitations. Dans ce cas, l’incitation est claire : étudiants, travaillez pour payer vos études, vous n’avez pas d’autre choix.
Il est pourtant clair que cumuler un job et des études n’est pas la voie royale pour réussir ses études. Ils n’ont pas le choix, me direz-vous ? Là encore, il s’agit d’une volonté politique. Si l’éducation est une réelle priorité pour le pays, il faut y mettre les moyens et mettre en place des systèmes de bourses plus efficaces.
Cela passe également par une réflexion sur l’université : redéfinition des filières, sélection à l’entrée… Afin d’éviter que certains étudiants perdent leur temps dans des filières saturées et aux débouchés plus qu’aléatoires.
Pour revenir à la défiscalisation du travail étudiant, cela est peut-être finalement cohérent s’il s’agit d’habituer les étudiants à cumuler plusieurs activités. Cela les prépare à un monde du travail où le temps partiel subi conduit les salariés à cumuler plusieurs jobs…Plus de 700 000 personnes sont déjà dans ce cas en France (1,2 million en Allemagne et plus de 1 million au Royaume-Uni).

PP

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