06.12.2007
On gèle aux Etats-Unis !
Les Etats-Unis sont-ils en passe de devenir un pays « archaïque », « dirigiste », « anti-marché » ?
Selon l’agence de presse Reuters, le président américain George W. Bush présentera aujourd’hui un plan de soutien au secteur du crédit immobilier qui permettra le gel pendant cinq ans des taux des emprunts souscrits par de nombreux propriétaires individuels, apprend-on de sources financières. Les modalités définitives du plan sont encore en chantier après que l'American Securitization Forum, un groupe qui représente de gros investisseurs sur le marché hypothécaire, eut présenté mardi soir au Trésor les grandes lignes du dispositif permettant un gel des taux de grande ampleur. Selon les sources, qui ont eu connaissance des modalités du texte, celui-ci s'appliquera aux emprunts immobiliers à risque, dits « subprimes », conclus entre le 1er janvier 2005 et le 31 juillet 2007 et dont les taux sont susceptibles d'être relevés entre le 1er janvier prochain et juin ou juillet 2010.
Quelque 1,8 million de propriétaires américains (sur un total de 3,2 millions de foyers qui, entre 1994 et 2005 ont contracté un emprunt « subprime ») seraient exposés à une revalorisation importante des taux de leur prêt immobilier pour la seule année prochaine, a fait savoir la Réserve fédérale. On craint en haut lieu qu'un demi-million d'emprunteurs soient en danger de perdre leur logement. Tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans.
En 2006, 40% des crédits hypothécaires accordés relevaient de la catégorie « subprime ». Pour maintenir le flux d’affaires dans un marché qui ralentissait, les établissements ont prêté dans des conditions de plus en plus risquées. La plupart de ces prêts sont à taux ajustable, contrairement aux prêts « prime », essentiellement à taux fixes. En outre les prêteurs ont multiplié les ruses pour faire baisser le coût apparent du crédit : 25 % des prêts ne comprenaient pas de remboursement de capital les premières années, dans certains cas les taux annoncés les deux premières années sont excessivement faibles (« teaser rate »),…Une fois la période de promotion passé, la charge de la dette peut exploser du jour au lendemain de 25% ou même 50%.
L'objectif du plan de la Maison Blanche est avant tout de venir en aide aux emprunteurs capables d'honorer leurs échéances aux taux actuels mais qui risquent de se trouver en situation de défaut si le taux de leur emprunt est relevé. Les propriétaires, dont on pense qu'ils présentent un risque de crédit raisonnable mais qui ne peuvent soutenir la dépense de leur prêt à des taux plus élevés, pourraient prétendre à bénéficier d'une procédure accélérée de renégociation de leur prêt, assortie d'un gel des taux d'intérêt pendant cinq ans.
Après le Royaume Uni qui avait volé au secours de la banque Northern Rock en garantissant exceptionnellement l’intégralité des dépôts, voila donc les Etats-Unis qui dérogent à la sacro-sainte règle d’or du marché. Ce n’est d’ailleurs pas première fois, puisque dans les années 80, l’Etat fédéral avait renfloué les caisses d’épargne en faillite (pour un coût total de 150 milliards de dollars pour les contribuables américains).
A priori une telle mesure ne me choque pas. En revanche, je me demande qui prendra en charge le coût de cette mesure. En effet, le gel des taux engendrera un manque à gagner pour les prêteurs, et donc pour les investisseurs qui ont racheté ces prêts par le biais de la « titrisation ». Si le différentiel est pris en charge par l’Etat américain, cela signifiera une nouvelle fois que l’on « socialise les pertes du marché ». Les contribuables paieront (encore) les pots cassés des risques inconsidérés pris par les « créateurs de valeur » et autres as de la finance. En effet, une règle de base veut qu’un taux de rendement élevé soit la contrepartie d’un risque élevé. Les investisseurs qui ont acheté les produits financiers associés aux « subprime » qui affichaient des taux de rendement mirobolants, devaient bien se douter qu’ils prenaient des risques. Aujourd’hui, il se trouve que le risque en question s’est concrétisé, il serait donc logique qu’ils assument leur part de ce risque, qu’ils ont contribué à diffuser largement dans l’économie mondiale. Si ceux qui prennent des risques savent qu’ils n’en paieront pas toutes les conséquences, ils ne peuvent qu’être enclins à en prendre toujours plus. C’est ce que l’on appelle « l’aléa moral ».
PP
09:09 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Etats-Unis, subprime, finance
18.10.2007
Crise financière et croissance...
Il y a quelques jours, le Dow Jones a atteint son plus haut historique à 14164 points (le 09 octobre 2007). Tous les analystes nous ont alors expliqué que la crise financière de l’été n’était plus qu’un mauvais souvenir, qu’elle avait même été salutaire dans la mesure où elle avait permis de purger les excès. Il ne s’agissait que d’une « correction » et la reprise était imminente dans la mesure où les fondamentaux de l’économie étaient bons.
Or depuis son apogée du 09 octobre, le Dow Jones est retombé sous 13900 points. S’agit-il de ce que les analystes boursiers appellent une « consolidation » (léger repli avant la reprise de la hausse), ou s’agit-il d’une inversion de tendance ? Pour ma part, sans être un expert, je penche pour la deuxième hypothèse. Même si les performances des entreprises américaines sont largement déconnectées de l’économie des Etats-Unis, il n’en demeure pas moins que ce pays reste un débouché majeur pour bon nombre d’entreprises des pays émergents. Des difficultés importantes aux Etats-Unis se répercuteront sur l’ensemble de l’économie. C’est peut-être ce que les analystes ont (re)découvert.
La croissance en berne…
Ainsi, pour le Fonds Monétaire International (FMI), les turbulences sur les marchés financiers amputeront de près 0,5% la croissance mondiale.
« Les secousses financières qui se propagent depuis l'été mettent les marchés à l'épreuve », a résumé mercredi l'économiste en chef du FMI, Simon Johnson, dans une conférence de presse.
« Des foyers d'incendie ont commencé à prendre sur le marché américain des prêts hypothécaire à risque, et le feu a bondi de façon surprenante, pour gagner d'autres zones », a-t-il rappelé. Aujourd'hui « la fumée ne s'est pas encore dissipée ».
Le FMI, qui publie ses « perspectives économiques mondiales » semestrielles table désormais sur une expansion du produit intérieur brut mondial de 4,8% en 2008. En juillet, il comptait encore sur 5,2%. Les révisions les plus marquées concernent les États-Unis, où la croissance devrait s'établir à 1,9% en 2008, contre 2,8% prévu initialement.
Ce prévisions corroborent celles de Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale (Fed), exposées lors d'un discours devant le club de l'Economie de New York lundi soir. Tout en disant voir des signes d'amélioration sur les marchés financiers, M. Bernanke a estimé que la croissance devrait être « modérée » au troisième trimestre, et surtout que des incertitudes plus grandes pesaient sur l'avenir en raison de l'aggravation attendue de la crise immobilière.
En clair, M. Bernanke nous dit « nous ne sommes pas vraiment sortis de la crise, les bénéfices des entreprises au quatrième trimestre vont aussi être affectés par la crise du subprime . »
D'après Fed, la croissance a ralenti depuis août aux Etats-Unis avec une décélération de la consommation et de l'activité industrielle.
La croyance en berne…
En outre, le marché de l'immobilier a donné de nouveaux signes de faiblesse avec une chute en septembre des mises en chantier de logements, à 1,191 million contre 1,285 million attendu, soit leur plus bas niveau en 14 ans.
Or, octobre 2007 sera le mois qui verra le plus grand nombre de prêts « subprime » révisés à la hausse (ces prêts, à l’origine de la crise, comportaient deux ans de mensualités très réduites). Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans. Que va-t-il se passer ? Sans doute une nouvelle vague de défauts qui engendrera un nouvel afflux de maisons à vendre sur le marché. Or il y aurait déjà 1,7 million de foyers qui pourraient perdre leurs actifs immobiliers faute de pouvoir rembourser un « subprime » (sur un total de 3,2 de foyers qui, entre 1994 et 2005, en ont contracté un). Actuellement en baisse, les prix de l'immobilier ne pourront que déprimer davantage, d'autant qu'il y a déjà un stock total de 900.000 maisons ne trouvant pas preneur.
Bref, si, pour l'instant, les prix, dans les dix plus grandes villes américaines, ont reculé d'environ 3 % depuis leurs sommets de l'été dernier, ils pourraient, selon les experts, perdre de 15 à 20 % dans les deux ou trois ans à venir...
Dans un contexte de tensions politiques entre la Turquie et l’Irak, le marché craint également que l'envolée des cours du brut n'affecte la consommation des ménages. Or, celle-ci, comme l'emploi, est l'un des poumons de la croissance.
Pour résumer, la plupart des analystes estiment désormais que le pire de la crise financière n'est finalement pas passé. Ceux qui avaient estimé que les opérations de "transparence" effectuées par le secteur bancaire et les solides indicateurs économiques du mois de septembre seraient suffisants perdent leurs certitudes.
La « croyance dominante », celle qui au-delà de toutes les pseudo-analyses préside aux choix des investisseurs, est-elle sur le point de passer de « Haussier » à « Baissier », de « Optimiste » à « Pessimiste », de « Glop » à « Pas Glop » (pour les nostalgiques de Pifou, petit personnage de BD que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) ?
Les salariés ne seront plus les seuls à déprimer !
PP
07:15 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Crise financière, Subprime, FMI, Croissance


