21 février 2008
Actualité (suite)
A Neuilly, où le vaudeville politique atteint son paroxysme, c’est un sondage financé par des habitants (et patrons du CAC 40, de surcroît) qui a précipité la chute du « petit marquis » (affectueux surnom de David Martinon). En effet, ce dernier était donné perdant avec seulement 40 % des voix.
Autre exemple de mélange des genres : l’entreprise Bouygues va gérer une prison. Les prisonniers seront-ils obligé de regarder TF1 24 heures sur 24 ? On va avoir des soucis avec Human Rights Watch et Amnesty International pour « traitement inhumain ».
La « réforme » du droit des affaires est en marche. Désormais, le délai de prescription des faits « d’abus de bien sociaux » débutera non plus à partir de la découverte des faits supposés, mais à partir du moment où ils ont été commis. Comme en général, ces faits ne sont découverts que quelques années après leur survenance, l’expression « pas vu, pas pris » a un bel avenir !
Après avoir approuvé la proposition de Nicolas Sarkozy concernant le « travail de mémoire sur la Shoah », Ségolène Royal et François Hollande ont fait marche arrière, devant les remous provoqués par cette annonce inattendue. On se demande pourquoi ils ne sont plus ensemble, ces deux-là, ils étaient faits pour s’entendre !
En Grande-Bretagne, la banque Northern Rock a été provisoirement nationalisée. Incroyable, au pays du libéralisme triomphant, on a recours aux bonnes vieilles solutions du « programme commun » conduit par François Mitterrand et George Marchais ! Peut-être que libéralisme n’est pas si triomphant que ça, finalement !
Si les français votaient aux Etats-Unis, c’est Barrack Obama qui serait élu, c’est sûr. Pour ma part je me méfie un peu de lui. En effet, il a un peu trop tendance à se présenter comme l’homme du changement, sans trop dire en quoi ça consiste. On nous a déjà fait le coup de la « rupture » ! De plus, il trouve des qualités à Nicolas Sarkozy, ce qui est un autre signal d’alerte ! Enfin, il s’est fendu d’un éloge à …Ronald Reagan. Pour un démocrate, saluer le plus réactionnaire et le plus libéral des présidents américains, c’est un peu douteux.
Walter Veltroni, maire de Rome et figure du renouveau de la gauche en Italie, assure qu’il « sera, comme Nicolas Sarkozy, un homme nouveau qui changera la donne dans la politique ». Sans commentaire. Avec une gauche pareille, y-t-il encore besoin de droite ?
Les autorités européennes et américaines de la concurrence ont donné leur feu vert à l'acquisition du groupe britannique Reuters par son concurrent canadien Thomson, qui va donner le jour au numéro un mondial de l'information financière. Thomson-Reuters détiendra environ un tiers du marché mondial de l'information financière, au coude-à-coude avec Bloomberg, pour un chiffre d'affaires d'environ 11 milliards de dollars. Le secteur de l'information économique est actuellement en pleine concentration, alors que les transactions ont explosé ces dernières années sur les marchés financiers. Le magnat des médias Rupert Murdoch s'est ainsi emparé pour cinq milliards de dollars du groupe américain Dow Jones, propriétaire du Wall Street Journal. Le pluralisme et la transparence de l’information financière sont en bonne voie!!
PP
07:47 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Obama, Royal, Finance
17 décembre 2007
En quête de gauche
Je vous livre quelques extraits du dernier livre de Jean-Luc Mélenchon (« En quête de gauche »). Il analyse les dérives des « réformateurs » de gauche, en les mettant en perspective avec les textes « fondateurs » tels que le Manifeste Blair-Schröder. Je suis assez d’accord avec ses analyses, notamment sur Ségolène Royal. En revanche, ses propositions pour reconstruire une « vraie » gauche me paraissent un peu floues.
Quelques résultats des « modèles » sociaux-démocrates…
Sous les gouvernements Blair de 1998 à 2004, le patrimoine des 1% les plus fortunés a doublé. 25 % des travailleurs britanniques travaillent plus de 48 heures par semaine.
Aujourd’hui l’Allemagne est la championne d’Europe du dumping fiscal ! Ses choix fiscaux font pression sur tous les autres Etats européens et sur les travailleurs de ces pays.
Au Danemark, les travailleurs considérés comme « invalides » représentent 10% des actifs. C’est l’équivalent du résultat d’une guerre ! Si l’on réintégrait cette étrange cohorte d’invalides dans le marché du travail, et si on en ramenait la proportion à ce qu’elle est par exemple en France, on constaterait un taux de chômage d’environ 14% ! C’est bien loin des 6% officiellement affichés et répétés pieusement par tous les griots du « modèle danois ».
Au-delà de la gauche, la « post-gauche »…
Manifeste Blair-Schröder : « La plupart des gens ont abandonné depuis longtemps la représentation du monde inspirée du dogme de la droite et de la gauche. Et c’est à ces gens-là que les sociaux-démocrates doivent s’adresser. »
Clinton et Blair voulaient un « gouvernement des meilleurs »…Tout comme Sarkozy et Bayrou. « Gouvernement des meilleurs » est la définition étymologique d’aristocratie.
Tony Blair : « la gestion de l’économie n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ou mauvaise ».
Tony Blair : « Je pense que l’attachement de Margaret Thatcher à la libre entreprise était juste. La Grande Bretagne a surtout besoin de gens qui réussissent grâce à l’argent qu’ils gagnent. »
Tony Blair : « Nous croyons dans la responsabilité des individus de se prendre en charge. »
Peter Mendelson : « Le New Labour a toujours été très relax à l’idée que des gens puissent devenir indécemment riches. »
John Prescott (Vice-Premier ministre de Blair, 1997) : « Aujourd’hui, nous sommes tous des membres des classes moyennes ».
Schröder : « Je ne pense pas, ou plutôt je ne pense plus, qu’il soit souhaitable d’avoir une société sans inégalités. »
Qui n’accepte pas le « réel » tel qu’il est défini par ces gens n’exprime plus un désaccord : soit il ment, soit il est tout simplement insensé. C’est habile. Mais c’est d’essence totalitaire.
En 1984, François Hollande a écrit un texte intitulé « Pour être modernes, soyons démocrates » : « La conception dogmatique de la classe ouvrière et la notion d’appartenance des individus à des groupes sociaux solidaires doivent être abandonnés. »
Le cœur de la ligne « Démocrate » réside dans l’effacement des contradictions qui traversent la société, l’effacement même de la notion d’affrontement.
Les tenants de la « post gauche » cherchent sans cesse à savoir ce qui plaît le plus ou ce qui marche le mieux dans la tête des gens. La conséquence directe de cet engouement pour les sondages, les enquêtes d’opinion, est la stratégie dite de « triangulation » (inventée par Bill Clinton) qui consiste à se positionner sur les options de droite qui semblent le plus partagées par l’opinion.
La gauche peut tout simplement être rayée de la carte politique au profit d’une généralisation de l’alternance molle à l’américaine entre deux courants qui partagent 90 % de valeurs et d’idées communes.
Ségolène Royal : « La valeur travail reconstruite (sic !), la responsabilité individuelle et la récompense de l’effort ne sont pas des valeurs conservatrices. Ce sont des valeurs progressistes et je les revendique pour les socialistes. »
Pour eux, la part de richesse que l’on reçoit est le résultat de ses efforts personnels, des opportunités, de la bonne santé de l’économie ; ce n’est pas une question politique ou sociale à traiter comme telle.
La campagne de Ségolène Royal…
Une campagne, ce n’est pas le moment où l’on va demander aux gens ce qu’ils veulent, à supposer que ce soit une bonne méthode pur définir l’intérêt général. C’est au contraire le moment où l’on soumet à la discussion les propositions que l’on fait pour régler les problèmes.
Démocratie participative
Ce phénomène, qui consiste à ériger le café du commerce en nouveau cadre d’élaboration de la doctrine politique a été appelé « life politics » par la science politique anglo-saxonne. J’y vois une nouvelle façon de contourner la question politique en la dissolvant dans le magma des situations particulières, où chaque individu est un cas particulier et où les solidarités de classe ou de catégorie sociale n’ont plus de pertinence.
PP
07:11 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, Royal, rénovation
11 décembre 2007
Actualité
Quelques réactions sur divers sujets…
Tout d’abord, un récent sondage indique que 67 % des français estiment que le rachat des RTT est une bonne idée. En revanche, seuls 49 % estiment que ce sera efficace. Donc cela signifie que près de 20 % pensent que c’est une bonne idée…mais qu’elle ne sera pas efficace. En matière d’économie, j’ai du mal à imaginer une « bonne idée » qui ne serait pas « efficace ». A moins que certains jugent que tout ce qui contribue à « assouplir » la loi soit une bonne idée…même si ce n’est pas efficace. C’est toujours bon à prendre. Dogmatisme, quand tu nous tiens…
Dimanche, sur Canal+, j’ai entendu Ségolène Royal se plaindre une nouvelle fois des propos sexistes quelle doit enduré de la part de ses « camarades » socialistes. Il est vrai qu’elle fait toujours preuve de la plus grande classe dans ses propos. Par exemple, lorsqu’elle fustige les atermoiements des François Bayrou, le comparant « à un amoureux qui craint la panne », elle est vraiment irréprochable ! Si un homme s’était hasardé à faire des commentaires de cet ordre sur sa tentative de « racollage » (oups, ça m’a échappé) des électeurs centristes, que n’aurait-on pas entendu ! Par égard pour mes lectrices féminines (je sais qu’il y en a), je préfère ne pas préciser plus avant ce que m’inspire cette grande dame de la politique.
Rions un peu… Luc Châtel (secrétaire d’Etat à la Consommation) continue toujours à faire le service après-vente de sa loi sur…on ne sait pas trop quoi, au fait ! Il a annoncé qu’elle permettrait de « rendre 200 € à chaque français ». Admettons, cela signifie en comptant large environ 12 milliards d’€. A peu près l’équivalent des réductions d’impôts sur le revenu et des droits de successions…Sauf que ces dernières mesures ne concernent pas « tous les français », mais plutôt les 10 % les plus riches… Sauf que les gains de la loi Châtel sont aléatoires alors que les réductions d’impôts sont acquises. De plus les réductions d’impôts sont ciblées, alors que la loi Châtel ne sera au mieux qu’un saupoudrage, n’entraînant que des effets marginaux.
Enfin un ministre du gouvernement qui parle vrai : « La France ne se réduit pas à une balance commerciale ». Merci Mlle Rama Yade , voilà qui est bien parlé ! Toutefois, je pense que l’indignation de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme faisait partie d’un jeu de rôle (même si elle n’est pas complètement feinte). A elle, le rôle de la gentille idéaliste, à Sarkozy celui du réaliste qui va « chercher des contrats pour les ouvriers français ». Il semblerait que Mlle Yade ait un peu surjoué son rôle, ce qui lui a valu les remontrance du metteur en scène !
Enfin, j’ai essayé de me documenter sur le plan Bush d’aide au secteur immobilier américain (notamment le gel des taux pendant cinq ans) dont j’ai parlé dans une précédente note. Je me suis alors aperçu que quasiment tous les sites que j’ai consulté (Nouvel Obs, Le Monde, l’Expresse, la Tribune, l’Expansion, les Echos, des sites en Suisse et au Canada) reprenaient au mot près la même dépêche de l’agence Reuters. Pas un commentaire, pas un mot d’analyse…Rien. La pluralité de l’information est en marche…
PP
15:57 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, Royal
18 juin 2007
Satisfactions et mesquineries diverses
Je vous livre quelques commentaires sur les résultats du deuxième tour des élections législatives.
Tout d’abord, je pense que les députés socialistes élus avec moins de deux points d’avance sur leur concurrent UMP peuvent dire merci à Laurent Fabius d’avoir levé le lièvre de la TVA sociale. Ils peuvent aussi dire merci à la nullité politique des Fillon, Borloo, Woerth, Copé et consorts qui, aveuglés par leur suffisance et la conviction que les français leur avaient donné un chèque en blanc, ont persisté dans leurs explications poussives. Nicolas Sarkozy a sifflé trop tard la fin de la récréation…On pourrait rire de cet amateurisme. Malheureusement, on déchante vite lorsqu’on se souvient que la conduite de la politique de la France pour les cinq prochaines années sera confiée à ces « amateurs ».
Deux satisfactions (c’est un peu mesquin, mais ça fait du bien) : la défaite d’Alain Juppé et celle, plus anecdotique, d’Arno Klarsfeld. Alain Juppé aura tout le temps de parfaire sa pratique du vélo. Arno Klarsfeld pourra reprendre le roller.
La meilleure définition d’Alain Juppé est sans doute celle donnée par un de ses « amis » (anonyme) de l’UMP : « Il se croit nécessaire alors qu’il n’est que suffisant ». En fait, il n’est même plus nécessaire… Il ne lui reste plus qu’à nous faire des adieux à la Giscard : « Au revoir ».
Dans la série des « têtes à claques », je ne peux m’empêcher de parler de Laurent Wauquiez. Député UMP de la Loire, ex-benjamin de l’Assemblée, il nous a encore abreuvé de son discours automatique sur la « rénovation de la vie politique ». Tout ce qu’il sait dire c’est « qu’il en a assez de la politique à la papa ! ». C’est un peu court jeune homme ! Dans quelques années, que restera-t-il de lui ? Qu’il a été un jour le plus jeune bébé de France ? Je crois que ce sera son principal titre de gloire.
Merci enfin à Ségolène Royal et à François Hollande pour leur nouvelle contribution à la « pipolisation » de la vie politique française. Il a fallu qu’ils annoncent (ou qu’ils fassent annoncer par les journalistes) leur rupture le soir même des résultats des élections ! Voilà qui fait avancer la clarification de la ligne du PS et qui contribue au débat ! Malheureusement, je crois que c’est tout ce que ces deux-là peuvent apporter à la politique.
PP
10:05 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Wauquiez, Hollande, Royal, Klarsfeld, Juppé, élections
11 mai 2007
Faire des propositions...
La victoire du candidat de la droite « décomplexée » aux élections présidentielles est le fruit de deux réussites majeures.
La première est sa capacité à faire des propositions concrètes et cohérentes. Ne vous méprenez pas sur mes propos : le fait que ces propositions soient concrètes voire cohérentes ne signifient pas qu’elles sont à mes yeux efficaces ou pertinentes. Si vous avez eu la patience de lire mes précédents messages, vous avez pu vous rendre compte de tout le mal que j’en pense. Pour autant, il est incontestable que ces propositions marquent les esprits :
•Défiscalisation des heures supplémentaires (le fameux « Travailler plus pour gagner plus »)
•Bouclier fiscal ramené à 50¨%
•Possibilité de déduire les intérêts des emprunts immobiliers de l’impôt sur le revenu
•Suppression des droits de succession
•Peines planchers pour les multirécidivistes
•…
Malgré une lecture attentive du programme de Ségolène Royal, je suis dans l’incapacité de citer instantanément une mesure concrète. En matière d’économie par exemple, elle renvoie trop souvent à d’improbables négociations entre les partenaires sociaux, alors que nous savons bien que la négociation n’est pas le fort des « partenaires » sociaux français…
L’autre réussite majeure de Nicolas Sarkozy a été sa capacité à convaincre une partie des classes défavorisées et moyennes que leurs intérêts étaient représentés dans son programme dont les principaux bénéficiaires seront une fois de plus les plus riches.
Faire des propositions concrètes et convaincre de leur bien-fondé : voilà, à mon avis, ce qui fait cruellement défaut à la gauche aujourd’hui.
Quel est le débat qui agite le Parti Socialiste en ce moment? C’est de savoir qui de l’aile droite de la gauche ou de l’aile gauche de la droite du parti doit piloter la « rénovation » ? Cette débauche d’énergie dans des luttes intestines ne fait que retarder encore et une fois de plus la réflexion sur le fond.
Emploi, Protection sociale, Fiscalité, Santé, Education, Recherche, Justice, Logement, Institutions, Europe… autant de sujets sur lequel le Parti Socialiste est inaudible.
Le « Non » au référendum sur le traité constitutionnel, au-delà d’un rejet de la politique de Jacques Chirac, était révélateur des aspirations d’une majorité de citoyens à autre chose...
Autre chose que l’accompagnement social des effets néfastes de la financiarisation de l’économie.
Autre chose que ce « réalisme économique » qui doit nous conduire à accepter les inévitables réformes visant à nous « adapter ».
Plutôt que d’accepter passivement la mutation vers un capitalisme purement actionnarial, dominé par des investisseurs institutionnels (fonds de pension anglo-saxon entre autres) et une oligarchie de grandes banques, n’est-il pas encore temps de proposer autre chose ? L’aveuglement court-termiste des marchés financiers doit-il servir de guide ou d’excuse pour reporter sans cesse le risque vers les salariés les moins qualifiés, sommés d’accepter une flexibilité qu’on leur présente comme le summum de la « modernité » ? N’est-il pas temps de réorienter l’investissement vers la croissance interne des entreprises (génératrice d’investissement dans l’économie réelle), plutôt que vers la croissance externe (via les fusions acquisition, opérations purement financières et souvent suivies de réduction des effectifs) ?
Les sociaux-libéraux ne manquent jamais de caricaturer ces réflexions en prétendant que l’on ne peut pas revenir « au temps de la bougie » ou du Gosplan. Bien sûr, il ne serait pas crédible de prétendre tout changer en un jour, ni même un an…Mais si l’on se dit dès le départ que c’est impossible, il est évident que les chances de réussite sont proches de zéro !
Il n’est pas question de remettre en question l’économie de marché, ou la libre entreprise. Il s’agit de s’interroger sur les modalités de répartition de la richesse, sur le rôle et le financement de la protection sociale, sur le contrôle du capital des entreprises, sur le rôle de l’Etat en tant qu’investisseur, sur le rôle du système bancaire dans le financement des PME…
Un pays n’est pas une simple juxtaposition d’entreprises dont il faudrait à tout prix privilégier la compétitivité, au détriment des salariés.
Un pays ne peut pas licencier certains de ses habitants parce qu’ils ne seraient pas assez productifs, il faut donc accepter l’idée que l’Etat ait un droit de regard sur les mécanismes de répartition de la richesse, sur l’orientation des processus de production…
Il est évident que la « mondialisation » exerce des contraintes importantes sur les politiques nationales. Pour autant, il reste des marges de manœuvres relativement importantes pour peu que l’on ait la volonté politique des les exploiter.
Par exemple :
• Réaffirmer le choix de société visant à un haut niveau de protection sociale. L’aide sociale ne doit plus avoir comme mission première d’assurer un revenu minimum. Sa fonction d’insertion doit désormais l’emporter sur sa fonction caritative.
• Réorienter les allègements de cotisations sociales pour favoriser l’emploi à temps plein (et renchérir le coût du temps partiel contraint) et l’emploi des seniors.
• Réformer la fiscalité pour restaurer un impôt réellement progressif assis sur l’ensemble des revenus (et suppression des niches fiscales)
• Financer l’Assurance-Maladie par l’impôt et non plus par les cotisations sociales (puisque l’assurance maladie est désormais universelle).
• Réformer les cotisations sociales en incluant une taxation de la valeur ajoutée et une part « d’écotaxe »
• Réformer l’indemnisation du chômage en plafonnant l’indemnité maximale au salaire médian (1500 € au lieu de 5200 € aujourd’hui)
• Développer les services à la personne dans le cadre de la prise en charge de la dépendance (en favorisant la mutualisation des emplois pour créer des emplois à temps plein)
• Inciter au recours à des sous-traitants locaux pour les grandes entreprises industrielles
• Inciter au recours à des fournisseurs locaux pour la grande distribution
• Renforcer le rôle et les moyens d’Oseo (structure du Ministère de l’Economie destiné au soutien à l’innovation et au financement des TPE / PME)
• Mobiliser une partie des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignation pour financer le développement des « grosses » PME
• Renforcer la sélectivité des pôles de compétitivité
• Optimiser le fonctionnement des ZEP
• Revaloriser les filières techniques via notamment l’apprentissage
• Instaurer une plus grande sélection à l’entrée de l’université
• Favoriser la recherche fondamentale
• Encourager les partenariats public-privé pour la R&D;
• Augmenter les moyens de la justice pour notamment mieux répondre aux premiers délits des mineurs
• Renforcer le contrôle des dépenses de santé (rendre l’Objectif National des Dépenses de l’Assurance Maladie plus contraignant)
• Réformer le mode de rémunération des professionnels de santé (introduire une dose de capitation en plus de la rémunération à l’acte)
• Encadrer la liberté d’installation des professionnels de santé (pour les inciter à s’installer en fonction des besoins réels)
• Clarifier les responsabilités des collectivités locales et supprimer les départements
• Mettre en place une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans les fonctions publiques (pour redéployer les fonctionnaires là où ils seront les plus utiles)
• Au niveau Européen : lancer le débat sur une harmonisation fiscale vers le haut et sur le rôle d’Ecofin dans la définition d’une politique de change européenne plus réactive
• Au niveau international : lancer le débat sur la régulation de la finance internationale et notamment les marchés des produits dérivés (les swap notamment)
• Au niveau international : réelle implication dans l’aide publique au développement
Cette liste n’est évidemment pas exhaustive, ni même forcément pertinente (je vous laisse le soin d’en juger) ! Mais tout cela peut être fait indépendamment de la « mondialisation ».
PP
17:07 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Royal, Socialiste, Gauche, Mondialisation, Capitalisme, Finance
05 mai 2007
A tous ceux qui ne sont pas enchantés par le programme de Ségolène Royal
S’il on peut regretter que les propositions de Ségolène Royal soient floues, celles de Nicolas Sarkozy ne sont pas beaucoup plus précises quant à leur contenu et leur financement (je viens de relire son programme).
Ce qui est sûr, c’est que Nicolas Sarkozy propose dès juillet 15 milliards d’Euros de baisses d’impôts. Sachant que sa grande mesure d’économie, à savoir le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, permettra au mieux d’économiser un milliard d’Euros par an, les marges de manœuvre seront plutôt étroites. Quant à la réduction de la dette…
Ce qui est sûr aussi, c’est que « travailler plus pour gagner plus », ne permettra pas de répondre aux enjeux majeurs que sont la réduction du chômage et la baisse du temps partiel subi. Au fait, les heures complémentaires (heures supplémentaires des salariés à temps partiel) sont-elles concernées par l’exonération de cotisations prévue ? Si oui, cela sera une incitation forte à la tricherie (embaucher un salarié à temps partiel et lui faire faire des heures complémentaires à hauteur d’un temps plein).
Ce qui est sûr, c'est que le contrat unique ne fera que renforcer la précarité de la majorité des salariés. Le but du contrat unique est de revenir progressivement sur les particularités du droit du travail pour le calquer sur le droit commercial. Compte tenu de la faiblesse des syndicats et du pouvoir de négociation que constitue le chômage de masse des travailleurs peu qualifiés, il est évident que la pression sur les plus faibles va s'accentuer.
Ce qui est sûr, c’est que le bouclier fiscal ramené à 50% permettra aux pus riches de s’affranchir encore plus de la solidarité nationale (en les exonérant de fait de l’ISF).
Ce qui est sûr, c’est que la suppression des droits de succession engendrera une société de rentiers et ne valorisera en aucun la valeur « travail ».
Ce qui est sûr, c’est que la franchise en matière de remboursement des soins, sera l’officialisation d’un système de santé à deux vitesses (ce qui est déjà le cas avec la multiplication des dépassement d’honoraires).
Ce qui est sûr, c’est que « toute aide sociale sera conditionnée par l’exercice d’une activité d’intérêt général ». La vocation première de l’aide sociale doit être de permettre à ceux qui en bénéficie de retrouver une place et une activité économiques génératrices d’une revenu décent. L’exercice d’une activité d’intérêt général est plutôt une sanction déguisée pour dissuader l’allocataire de recourir à l’aide sociale ; il n’y a là aucune volonté de rendre les bénéficiaires plus « employables ».
Ce qui est sûr, c’est que l’instauration de peines plancher pour les récidivistes et la suppression de l’excuse de minorité ne règleront pas les problèmes des violences aux personnes. En effet, un adolescent qui commet des violences gratuites ne le fait pas par calcul rationnel, mais plutôt par manque de maîtrise de soi, et au moment de passer à l’acte, il n’aura sûrement pas en tête la sanction qu’il encoure. Augmenter les peines ne traitent que les conséquences, pour prendre le mal à la source, il faut axer sur la prévention et sur la réponse au premier délit. C’est-à-dire donner plus de moyens à la Justice pour qu’elle soit plus rapide et plus efficace.
Entre deux programmes flous quant à leur contenu et leur financement, je préfère choisir celui qui me paraît le moins dangereux pour l’intérêt général et la cohésion sociale.
Voilà pourquoi, même si ça ne m’enchante pas, je voterai pour Ségolène Royal.
Bon vote…
PP
15:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Royal, élections, programmes


