03 avril 2008
Crise? Quelle crise?
Si certains d’entre vous sont inquiets à l’évocation d’un « plan de rigueur », sachez que pour d’autres la « rigueur » n’est pas à l’ordre du jour.Qui sont ces heureux élus ? Les actionnaires des entreprises du CAC 40.
En 2007, sur les 100 milliards d’€ de bénéfices réalisés par ces 40 entreprises, environ 57 milliards ont été « rendus » aux actionnaires que ce soit sous forme de dividendes (pour environ 38 milliards) ou de rachat d’actions (pour environ 19 milliards).
Alors que les dividendes n’ont progressé « que » de 21%, le montant des rachats d’actions a été multiplié par près de 2,5 entre 2006 et 2007.
Arcelor Mittal, BNP Paribas, Axa, Sanofi Aventis, Total, Société Générale, Accor et Suez ont réalisé près des trois quarts du montant total des rachats d’action.
Par exemple, Accor a racheté en 2007 pour 8.5% de son capital soit 1,24 milliards d’€.
Quelques chiffres (Dividendes + Rachats d’action)
* Total : 6 milliards d’€
* BNP Paribas : 5 milliards d’€
* Axa : 4,3 milliards d’€
* Sanofi Aventis : 4 milliards d’€
* Mittal Arcelor : 3,8 milliards d’€
Le rachat d’action consiste, pour une entreprise cotée, à racheter ses propres actions. Les conséquences sont, en règle générale, une hausse du cours (moins d’actions sont en circulation) et une hausse des dividendes par action (les dividendes sont à partager entre un nombre plus restreint d’actionnaires).
C’est aussi un aveu d’impuissance, puisque cela signifie que l’entreprise n’a rien de mieux à faire avec son argent (investir, par exemple !). Ainsi en 1975, l’investissement net (une fois décompté le renouvellement de l’existant) représentait en moyenne 6,5% de la valeur ajoutée, alors qu’en 2005 ce chiffre est tombé à 4,3%.
Cette tendance est-elle tenable à long terme ? La survie du capitalisme est fondée sur l’investissement qui permet de développer la production et donc les profits futurs. L’approche actuelle se résume à une recherche effrénée du profit à court-terme, sans autre but que ce profit lui-même.
PP
10:49 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, inégalités, économie, dividendes
20 février 2008
Actualité
Vous l’aurez constaté, la mise à jour de ce blog est assez aléatoire ces temps-ci…
En ce moment, je suis pas mal occupé avec la campagne des municipales.
J’ai laissé un peu de côté les questions économiques et politiques nationales pour me concentrer sur les finances locales, le plan local d’urbanisme, les problématiques d’assainissement, de logement… Quoiqu’il en soit, c’est vraiment une expérience passionnante et enrichissante…
Pour autant, je ne suis pas devenu complètement hermétique à l’actualité. Je vous livre, un peu en vrac, les points qui ont retenu mon attention ces derniers jours :
Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique de Villepin ont signé (aves d’autres) l’appel à la « vigilance républicaine » (face aux dérives sarkoziennes) lancée par le magazine Marianne. Je ne serais pas surpris si ces trois-là nous lançait d’ici quelque temps une sorte de «grosse koalition » à l’allemande.
Les revendications sur les salaires se multiplient : dans la grande distribution, ça n’a rien de surprenant. En revanche, ce qui est plus étonnant, c’est que l’on assiste à des mouvements dans des entreprises comme L’Oréal et même je crois chez un grand assureur (Axa ?).
En 2008, les entreprises du CAC 40 vont verser plus de 30 milliards d’€ à leurs actionnaires, soit plus du tiers de leurs bénéfices… Même si l’on nous répète que ces entreprises font « une grande partie de leur bénéfice à l’étranger », elles doivent bien disposer d’une marge de manœuvre pour augmenter leurs salariés en France. D’autant plus que l’argument ne tient pas pour la grande distribution, qui réalise une part importante de ses bénéfices en France…
Que propose les « grands » patrons : généraliser la rémunération variable (intéressement, …). Sous prétexte qu’eux y seraient soumis, il faudrait que l’ensemble des salariés fasse de même. Sauf que…les situations ne sont pas tout à fait les mêmes. En effet, les patrons ont une part de fixe qui s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros, ce qui permet de faire face au quotidien ! Pour pouvoir faire des projets, se projeter dans l’avenir, un salarié a besoin de pouvoir compter sur une rémunération stable et récurrent et non pas sur d’hypothétiques « bonus ».
Alors qu’il a promis des millions d’euros pour le site ArcelorMittal de Gandrange, Nicolas Sarkozy a répondu aux salariés de l’usine Kléber de Toul (eux aussi menacés de licenciement) que « ce n’est pas à l’Etat de se substituer à la direction de l’entreprise ». C’est beau une politique industrielle en marche !!
En ce moment, tout le monde tire sur Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale. Il est vrai que c’est assez croustillant de voir celui qui a pondu des rapports sur la « gouvernance d’entreprises » englué à ce point dans une affaire où les procédures internes de contrôle ont fait preuve d’une inefficacité manifeste (à moins que ce ne soit une volonté délibérée de spéculer)… Il est un autre patron qui sévit depuis des années et dont on ne vante pas assez les mérites : Serge Tchuruk. Entre 2000 et 2007, la valeur de l’action Alcatel a été divisée par 21 et en 2007, cette entreprise a perdu 3,7 milliards d’€.
Christine Lagarde a reconnu ces jours-ci que « l’Europe sera aussi touchée par la crise. » Quelle clairvoyance ! Bientôt, elle va reconnaître qu’il y a eu un choc pétrolier en 1973 !
PP
13:35 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, salaires, crise
21 janvier 2008
Flexibilité, Précarité...
La semaine dernière, j’écoutais une émission sur France Inter qui faisait un tour d’Europe des « réformes » du marché du travail. Notamment en Allemagne, en Italie et en Grande-Bretagne…
Dans tous ces pays, les réformes ont consisté à introduire plus de flexibilité. Et partout cela s’est accompagné d’une montée de la précarité. Bien sûr, on peut toujours taxer les journalistes de France Inter d’être d’incorrigibles gauchistes…
En Italie, par exemple, un contrat baptisé « contrat d’objectif » permet d’embaucher un salarié pour réaliser une tâche précise (un nombre de pièces à produire par exemple). Une fois que la tâche est accomplie, hop, dehors.
En Allemagne, du fait du durcissement de l’indemnisation du chômage, les « mini jobs » de 15 heures par semaine se sont largement développés.... Jusqu’à présent, en Allemagne, il n’y avait pas de salaire minimal, si bien que l’on pouvait voir des salaires de l’ordre de 4€ de l’heure dans certains activités (en France, le SMIC est à environ 8,5 € brut / heure)…
En Grande Bretagne, le travail à temps partiel est quasiment devenu la norme…
Là où ça semble à peu près tenir la route, c’est dans les pays scandinaves. Mais, dans ces pays, la partie « sécurité » de la flexsécurité n’est pas un vain mot. Un salarié touche environ 90 % de son dernier salaire (mais le montant maximal est plafonné à un niveau raisonnable pour ne pas favoriser les hauts revenus, contrairement à la France) et peut prétendre à 6 mois de formation pris en charge par l’équivalent des ASSEDIC. Il n’y a pas de secret, il faut y mettre les moyens…
L’émission Capital proposait dimanche un reportage sur les grandes surfaces en Allemagne. Il semblerait que les prix soient plus bas en Allemagne qu’en France, du fait notamment du développement du « hard-discount » (Aldi…). Cela militerait en faveur de la « libération » de la concurrence en France. Sauf que…les grandes surfaces allemandes, notamment les hard-discounter, ont tendance à considérer le personnel comme la variable d’ajustement pour maintenir leur marge : effectifs réduits, intérim, conditions salariales…
Tirer systématiquement les prix vers le bas n’est peut-être pas la solution miracle…
Il faudrait en parler à Roselyne Bachelot, qui veut autoriser la vente libre d’un plus grand nombre de médicaments (non remboursés, bien sûr) afin que la concurrence fasse baisser les prix. Après la « Halle aux chaussures » et la « Halle aux vêtements », la « Halle aux médicaments » ?!
PP
17:55 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, salaires, flexisécurité
09 janvier 2008
SarkoShow
Il est loin le temps où Nicolas Sarkozy disait qu’il voulait 3% de croissance et qu’il irait chercher cette croissance « avec les dents »… C’était le 14 octobre 2007 mais en Sarkozye, royaume de l’instant présent, c’est une éternité. Lors de sa dernière conférence de presse, il a annoncé qu’ « il faut changer notre instrument de mesure de la croissance ». Il s’est aperçu qu’il ne suffit pas d’avoir les dents longues et la langue bien pendue pour susciter la croissance. Pour guérir de la fièvre, rien de tel que de casser le thermomètre !
Il va nous expliquer qu’il faut aller « au-delà » de la seule croissance des richesses. Pour cela, il a confié une mission de réflexion (une de plus) à deux économistes de renommée mondiale pour leurs travaux sur les inégalités : Amyarta Sen et Joseph Stiglitz. Et si ces économistes proposaient d’inclure plusieurs indicateurs complémentaires : la hausse du travail précaire (2/3 des créations d’emplois) et des inégalités, la baisse du taux de scolarisation des enfants (le taux de scolarisation à 18 ans a chuté de 85% à 79,5% en dix ans), l’influence grandissante du milieu social sur la réussite scolaire…En ces temps d’évaluation, pas sûr que Sarkozy ait une bonne note !
Toujours lors de sa conférence de presse, il a ajouté : « Réduire le débat politique français à la seule question du pouvoir d'achat, c'est absurde, d'autant plus absurde que j'étais le seul à en parler ». Décidément le gag de l’arroseur arrosé, ça fait toujours rire.
Petite question : Qui a dit « Je veux être le Président du pouvoir d’achat » ? Un certain Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale. En mai 2007…carrément la préhistoire…
PP
19:35 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, croissance
08 janvier 2008
SarkoShow
Lors de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy a prétendu mettre fin à l’hypocrisie en disant toute la vérité sur sa vie privée et ses vacances de nabab. Il se veut en rupture avec ses prédécesseurs, surtout François Mitterrand d’ailleurs. Ainsi, pour lui, la rupture, ce n’est pas de rompre avec des pratiques douteuses, c’est de les afficher au grand jour ! En effet, on se doute bien que les hommes politiques côtoient les chefs des grandes entreprises et bénéficient parfois de leurs largesses. Au lieu de remettre ces pratiques en cause, Nicolas Sarkozy les institutionnalise en prétendant vouloir « briser les tabous » vis-à-vis de l’argent et de la réussite. Sa réussite personnelle est incontestable ! Il est désormais seul maître à bord de la vie politique française…mais c’est une autre histoire.
Je ne sais pas s’il est très subtil, pour quelqu’un qui est censé être le président de tous les français, d’adopter un comportement de « nouveau riche ». Alors que les inégalités s’accroissent, que les salaires stagnent, on est en droit d’attendre un peu plus de discrétion. En effet dans un pays où les chances de promotion sociale sont de plus en plus faibles, l’ostentation des riches et des puissants est plus une source de frustration que d’émulation pour le reste de la population. Le président devrait plutôt afficher sa solidarité avec le plus grand nombre en s’appliquant les préceptes de « l’Etat modeste ».
Il a également rappelé qu’en matière économique et sociale, il souhaitait « mettre en œuvre les réformes qui ont marché partout ailleurs ». De quels pays parle-t-il ? De l’Allemagne où les syndicats réclament des hausses de salaires de 8%, sur fond de montée de la précarité ? Des Etats-Unis où les deux tiers des ménages de la classe moyenne sont dans l’insécurité économique et où le gouvernement envisage d’augmenter la durée de l’indemnisation du chômage pour faire face à la crise économique qui s’annonce ?
Encore une fois, aveuglé par son dogmatisme, il est en décalage avec la conjoncture économique.
Il veut également « moraliser le capitalisme financier ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Le capitalisme n’a pas besoin de moralisation, mais de régulation, de contrôles, de règles précises. La morale n’a rien à voir là-dedans.
Au détour d’une question, il a également annoncé que 2008 serait l’année de la fin des 35 heures… Il confirme donc l’initiative de François Fillon qui a demandé aux partenaires sociaux de réfléchir à la possibilité de négocier la durée du travail entreprise par entreprise. C’est donc la fin de la durée légale qui est programmée. C’est donc aussi la fin des heures supplémentaires…et donc d’une des mesures phares de son programme sur le pouvoir d’achat.
Enfin, il envisage de modifier le cahier des charges des chaînes publiques pour qu’elles n’aient plus recours à la publicité. Aujourd’hui la publicité représente environ 40% du budget des chaînes publiques. Comment vont-elles surmonter une telle baisse de leurs revenus ? Les principales bénéficiaires de cette mesure seront les chaînes privées (TF1 et M6) dont le cours des actions a bondi dès aujourd’hui. Au fait, il paraît que Martin Bouygues a pour projet de vendre TF1…mais ça n’a sûrement rien à voir.
PP
22:39 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp
21 décembre 2007
Actualité
Quelques réactions à des sujets d’actualité…
Le divorce par consentement mutuel pourrait se faire devant notaire, c’est tout du moins une piste de travail évoquée par le gouvernement. Il était vraiment urgent de donner une nouvelle rente de situation à une profession déjà largement privilégiée !
Extrait de l’enquête de l’Express sur les revenus des professions libérales :
« Le secteur juridique confirme la tendance… et le grand écart. Quand un notaire émarge à plus de 20 000 € par mois, une avocate ou une commissaire aux comptes à temps plein (deux professions féminines à plus de 80%) tablent sur un revenu quatre fois inférieur.»
Mais ce qui est encore plus grave, c’est ce début de privatisation de la justice. En effet, ce qui contribue à l’indépendance et l’impartialité de la justice, c’est que l’on ne paye pas le juge, contrairement à ce qui se passera pour un notaire. Les divorcés seront des « clients » du notaire…Cela change tout.
De plus, il semblerait que le Medef veuille étendre cette procédure à la rupture du contrat de travail, avec sa notion de « séparation à l’amiable ». Le notaire remplacerait les prud’hommes…
Les villes de Lyon et de Bordeaux ont renégocié les contrats qui les lient avec les sociétés concessionnaires des services de l’eau (Veolia pour Lyon et Lyonnaise des eaux pour Bordeaux). Lyon a fait baisser de 16 % le prix de son eau.
Selon une enquête d’UFC-Que choisir, les marges de ses sociétés atteignaient 33,8% à Bordeaux et 47,8% à Lyon. A Paris, Bertrand Delanoë s’est engagé (s’il est réélu) à retirer la gestion de l’eau à Suez et Veolia pour créer un « service public de l’eau ». Le taux de marge est de près de 38 %. Que dire alors de Marseille où le taux de marge est de 56 % ?
C’est beau la « délégation de service public » !
Christine Large s’est félicitée du bon démarrage des heures supplémentaires défiscalisées… 20 millions d’heures auraient été déclarée en octobre 2007. Coût de l’opération pour les caisses de l’Etat : 75 millions d’€… Au fait, Mme Lagarde a été dans l’impossibilité de préciser si ce nombre d’heures était supérieur à celui d’octobre 2006. Mais ça marche…puisqu’on nous le dit !
Enfin, je ne résiste pas à l’envie d’évoquer le voyage de Nicolas Sarkozy au Saint-Siège. Dans ses bagages, il avait emmené…non, pas Carla Bruni, mais Jean-Marie Bigard. Je me pose une question : qui a payé le voyage de ce haut représentant de la culture française ? Je n’ai aucune envie de sponsoriser (avec mes impôts) l’homme du « lâcher de salopes » pour qu’il aille « baiser l’anneau du Pape » (tiens, ça pourrait lui faire un bon début de sketch !).
PP
13:14 Publié dans Actualités , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp, notaires, avocats, service public, eau
20 décembre 2007
Temps de travail
Depuis quelques mois, on nous serine que nous ne travaillons pas assez et que c’est la cause de tous nos maux. On veut même nous faire travailler le dimanche. Il paraît que l’ouverture des magasins le dimanche pourrait redynamiser l’économie. Je voudrais bien savoir sur quelles études s’appuient ceux qui prétendent cela. En effet, si j’ai 100 € à dépenser, que je les dépense le vendredi, le samedi ou le dimanche ne changera rien à ma dépense finale.
Mais au fait est-ce bien vrai que nous travaillons moins que les autres ? La Commission Européenne vient de publier un rapport intitulé «L'emploi en Europe».
Dans ce volumineux rapport (disponible sur le site internet de la Commission Européenne), on peut trouver des informations intéressantes (Chapitre 3). Notamment la durée moyenne hebdomadaire du travail pour les salariés à temps plein.
En France, entre 2002 et 2006, la durée moyenne hebdomadaire des salariés à temps plein est passé de 38,9 heures à 41 heures ( pour 41.1 heures en Italie, 41.7 heures en Allemagne et 42.2 en Espagne)
Le rapport souligne d’ailleurs cette évolution :
« Moreover, the average full-time weekly hours of work have increased in Germany, Italy and Spain, albeit marginally, and more substantially in France since 2002. »
Et si on regarde la moyenne des durées hebdomadaires en tenant compte de l’emploi à temps partiel, on obtient le résultat suivant (en 2006) :
* Allemagne : 35.6 heures
* Royaume Uni : 36.9 heures
* France : 38.1 heures
Etonnant, non ?
Le problème n’est donc pas la durée individuelle du travail. Le vrai problème, c’est que nous ne sommes pas assez nombreux à travailler. Augmenter la durée individuelle du travail de ceux qui ont déjà un emploi ne pourra donc pas régler les problèmes de l’économie française. La mesure du « travailler plus » doit être le nombre total d’heures travaillées et non le nombre d’heure par personne.
Malheureusement Nicolas Sarkozy, aveuglé par ses croyances libérales et individualistes, ne peut concevoir des solutions globales.
Il faut créer les conditions, par la politique industrielle, d’une relance de l’investissement, de la recherche… Il faut aussi étudier la question du partage des gains de productivité. En effet, seuls les gains de productivité (gagner plus en travaillant un peu moins) peuvent améliorer significativement le pouvoir d’achat. Affirmer que c’est uniquement en travaillant plus que l’on peut gagner plus revient à dire que les gains de productivité n’existent plus. Dans une économie fondée sur les services, ils sont plus faibles que dans l’industrie mais ils existent toujours. Cela milite aussi pour une ré-industrialisation de l’économie.
PP
09:52 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, temps de travail
13 décembre 2007
L’UMP fait des provisions…
Depuis quelques jours, j’ai entendu à plusieurs reprises des membres de l’UMP dire dans les médias que le rachat de RTT n’engendrerait aucun surcoût pour les entreprises, dans la mesure où elles ont provisionné les montants correspondants. Jean-François Copé l’affirmé sur Canal + (Le Grand Journal du 12 décembre 2007) et Jérôme Chartier (député UMP) l’a confirmé sur France Inter (Le téléphone sonne du 13 décembre 2007). Leurs propos sous-entendent que les entreprises auraient mis « de côté » de l’argent pour faire face au paiement des jours de RTT.
Une provision est une écriture comptable destinée à matérialiser dans les comptes un coût probable (voire certain) dans le futur. Il s’agit d’une convention comptable, la provision ne fait pas l’objet d’une quelconque mise en réserve de la somme correspondante. Les entreprises provisionnent notamment les indemnités liées aux congés payés et aux RTT. Lorsque le salarié prend ses congés ou sa RTT, l’entreprise annule la provision (par le biais d’une « reprise de provision ») et constate le paiement de l’indemnité correspondante. Cette indemnité vient en lieu et place du salaire pour la période correspondante.
Prenons l’exemple d’un salarié payé 1500 € par mois (pour 20 jours, soit 75 € par jour) et qui prend 2 jours de RTT dans le mois. Son salaire sera de 18 x 75 = 1350 € plus 2 x 75 = 150 € d’indemnité de RTT, soit un paiement de 1500 €. L’entreprise a dû prélever 1500 € sur sa trésorerie. Elle a annulé la provision de 150 € qu’elle avait passé et inscrit dans ses comptes l’indemnité de RTT correspondante.
Supposons maintenant que notre salarié souhaite « monétiser » sa RTT. Il travaillera donc 20 jours et touchera donc un salaire de 1500 €. De plus, il se fera payer ses deux jours de RTT pour 150 €. L’entreprise devra donc payer les 1500 € de salaire, ainsi que les 150 € pour les RTT « monétisées ». Au final, l’entreprise devra donc décaisser 150 € de plus. Que cette somme ait été provisionnée ou non ne change rien à la trésorerie de l’entreprise : elle sera amputée de 150 € supplémentaire !
Au final, il s’agira bien d’un surcoût pour l’entreprise. Il est donc probable qu’elle y regardera à deux fois avant de « monétiser » les RTT. N’en déplaise aux grands gestionnaires de l’UMP…qui sont bien approvisionné en mauvaise foi.
PP
13:49 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pouvoir d'achat, salaire, RTT
11 décembre 2007
Actualité
Quelques réactions sur divers sujets…
Tout d’abord, un récent sondage indique que 67 % des français estiment que le rachat des RTT est une bonne idée. En revanche, seuls 49 % estiment que ce sera efficace. Donc cela signifie que près de 20 % pensent que c’est une bonne idée…mais qu’elle ne sera pas efficace. En matière d’économie, j’ai du mal à imaginer une « bonne idée » qui ne serait pas « efficace ». A moins que certains jugent que tout ce qui contribue à « assouplir » la loi soit une bonne idée…même si ce n’est pas efficace. C’est toujours bon à prendre. Dogmatisme, quand tu nous tiens…
Dimanche, sur Canal+, j’ai entendu Ségolène Royal se plaindre une nouvelle fois des propos sexistes quelle doit enduré de la part de ses « camarades » socialistes. Il est vrai qu’elle fait toujours preuve de la plus grande classe dans ses propos. Par exemple, lorsqu’elle fustige les atermoiements des François Bayrou, le comparant « à un amoureux qui craint la panne », elle est vraiment irréprochable ! Si un homme s’était hasardé à faire des commentaires de cet ordre sur sa tentative de « racollage » (oups, ça m’a échappé) des électeurs centristes, que n’aurait-on pas entendu ! Par égard pour mes lectrices féminines (je sais qu’il y en a), je préfère ne pas préciser plus avant ce que m’inspire cette grande dame de la politique.
Rions un peu… Luc Châtel (secrétaire d’Etat à la Consommation) continue toujours à faire le service après-vente de sa loi sur…on ne sait pas trop quoi, au fait ! Il a annoncé qu’elle permettrait de « rendre 200 € à chaque français ». Admettons, cela signifie en comptant large environ 12 milliards d’€. A peu près l’équivalent des réductions d’impôts sur le revenu et des droits de successions…Sauf que ces dernières mesures ne concernent pas « tous les français », mais plutôt les 10 % les plus riches… Sauf que les gains de la loi Châtel sont aléatoires alors que les réductions d’impôts sont acquises. De plus les réductions d’impôts sont ciblées, alors que la loi Châtel ne sera au mieux qu’un saupoudrage, n’entraînant que des effets marginaux.
Enfin un ministre du gouvernement qui parle vrai : « La France ne se réduit pas à une balance commerciale ». Merci Mlle Rama Yade , voilà qui est bien parlé ! Toutefois, je pense que l’indignation de la secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme faisait partie d’un jeu de rôle (même si elle n’est pas complètement feinte). A elle, le rôle de la gentille idéaliste, à Sarkozy celui du réaliste qui va « chercher des contrats pour les ouvriers français ». Il semblerait que Mlle Yade ait un peu surjoué son rôle, ce qui lui a valu les remontrance du metteur en scène !
Enfin, j’ai essayé de me documenter sur le plan Bush d’aide au secteur immobilier américain (notamment le gel des taux pendant cinq ans) dont j’ai parlé dans une précédente note. Je me suis alors aperçu que quasiment tous les sites que j’ai consulté (Nouvel Obs, Le Monde, l’Expresse, la Tribune, l’Expansion, les Echos, des sites en Suisse et au Canada) reprenaient au mot près la même dépêche de l’agence Reuters. Pas un commentaire, pas un mot d’analyse…Rien. La pluralité de l’information est en marche…
PP
15:57 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, Royal
03 décembre 2007
Feux de paille...
Commentaires sur l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy (suite et fin).
Interrogé par Arlette Chabot sur les démêlés judicaires de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), il a coupé court en disant qu’il ne commentait pas les affaires judiciaires en cours…C’est bizarre, il a pourtant passé 20 minutes au début de son intervention télévisée à promettre la cour d’assise à ceux qui avaient tirés sur des policiers. Il y a quelques années, il avait annoncé l’arrestation de l’assassin du préfet Erignac. Il n’allait pas s’encombrer de précautions oratoires comme « assassin présumé » ! A part ça, il ne commente pas les affaires judiciaires… Mais il est vrai que DGS trimbalait des valises remplies de billets, ça doit impressionner notre président !!
Bref, j’en viens maintenant à ses propositions sur le pouvoir d’achat. Alors que son intervention était censée traiter majoritairement de ce sujet, il n’y a consacré qu’environ 10 minutes sur 55. C’est dire si sa boîte à outils économique est bien remplie…
Il a martelé qu’il avait une vision « globale et cohérente » de ce qu’il voulait faire. Je n’en doute pas, mais je préférais que ce soit « efficace et partagé par tous ». Derrière la cohérence de sa vision se profile une société libérale dans le pire sens du terme. Il veut privilégier le contrat par rapport à la loi (par exemple pour remettre en cause les 35 heures). Il oublie que bien souvent c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime.
Derrière le « travailler plus pour gagner plus », il y a la vision que c’est l’accomplissement des intérêts particuliers (guidés par la main invisible du marché, sans doute) qui contribue à l’intérêt général.
Ce n’est pas en distribuant ponctuellement du pouvoir d’achat que l’on pourra relancer la croissance. Au mieux on dopera les importations, notamment en provenance de Chine. La faiblesse du pouvoir d’achat est la conséquence des politiques structurelles de baisse de coût du travail menées depuis 20 ans (la France compte aujourd’hui environ 15% de smicards). La faiblesse du pouvoir d’achat est une conséquence et non une cause. Pour relancer le pouvoir d’achat, il faudrait agir en profondeur sur la structure économique : formation, investissement, spécialisation dans des secteurs en développement…Passer du « travailler plus » au « travailler tous » et au « travailler mieux ».
« Les heures supp., il y en a 900 millions (par an) » nous a-t-il dit . Oui, mais sur une total de plus de 38…milliards d’heures travaillées par an. Les heures supp. représentent donc environ 2% du total des heures travaillées. De plus, elles ne concernent qu’environ 35% des salariés, pour environ 55 heures par an et par personne ! Cela relativise la portée de sa « révolution ».
Nicolas Sarkozy n’a pas compris que « travailler plus », ça doit vouloir dire « être plus nombreux à travailler ».
En favorisant les heures supp., on fait le choix de « privilégier » ceux qui ont un emploi à temps plein au détriment des chômeurs, des temps partiels…En effet, il est probable que les heures supp. se substituent aux nouvelles embauches, voire à l’interim. Cela risque d’accentuer encore la dualité du marché du travail. Le mécanisme des heures supp. repose sur l’hypothèse forte que les heures supp. vont s’ajouter au travail existant et non s’y substituer. Rien n’est moins sûr…Les heures supp. qui ajoutent vraiment du travail au travail existant sont le fruit de la croissance, pas sa cause. Ce qui crée l’emploi, ce n’est pas le désir des gens de travailler, c’est la croissance économique.
Patrick Poivre d’Arvor a timidement essayé de faire valoir que la mise en place de la détaxation des heures supp. était « une usine à gaz ». « On y reviendra » a coupé Nicolas Sarkozy…Quand ? Un expert comptable m’a récemment dit que « c’était pire que les 35 heures au niveau de la mise en œuvre !! ».
Nicolas Sarkozy a également proposé de débloquer par anticipation la participation. « Ca fait 12 milliards, quand même ! ». Certes mais la participation ne concerne au mieux que la moitié des salariés qui travaillent dans des entreprises de plus de 50 salariés, soit à peu près 10 millions de personnes (ça fait donc 1200 € par personnes). De plus, 12 milliards, cela représente 1,2% du revenu disponible total des français ! Il n’est même pas sûr que l’intégralité de cette somme soit utilisée pour consommer, il y a de fortes chances pour qu’elle soit réinvestie. Enfin, cette solution est un « fusil à un coup », elle ne pourra pas être reconduite systématiquement. Encore un feu de paille !
« Je ne fais pas de cadeaux aux riches » s’est défendu Nicolas Sarkozy, questionné sur le paquet fiscal. Peut-être que le paquet fiscal n’est pas exclusivement destiné aux riches, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est couteux et inefficace. Il n’a sûrement pas suscité de « choc de confiance » (voir l’indice du moral des ménages publiés ces derniers jours par l’INSEE).
Mais, au fait, est-ce si sûr qu’il n’y a pas de cadeaux aux « riches ». On pourrait parler du bouclier fiscal, qui n’a d’autre but que de supprimer l’ISF sans le dire. Mais je préfère parler de la réforme de l’impôt sur le revenu, passée largement sous silence. Cette « simplification » du barème se traduit par une réduction d’un montant global de 5 milliards d’Euros. L’objectif affiché est de faire baisser les impôts des classes moyennes, or les 4/5ème des réductions vont profiter aux 10% les plus riches…
Quant aux droits de successions, nous avons eu droit au refrain sur le « pauvre ouvrier qui doit pouvoir laisser quelque chose à ses enfants après une vie de dur labeur ». Je suis d’accord. Mais aujourd’hui, les trois quarts des 540 000 successions annuelles sont déjà exonérées de droits (la moitié d’entre elles portent sur moins de 55000 euros). On peut penser que notre « pauvre ouvrier » fait partie du lot ! En 2008, 95 % des successions seront totalement exonérées. On peut être certains que les nouveaux bénéficiaires ne seront vraisemblablement pas tous de « pauvres ouvriers ».
Enfin, son idée d’indexer les loyers sur les prix et non sur l’indice du coût à la construction (ICC) traduit sa connaissance plus qu’approximative des dossiers. En effet, depuis 2006, les loyers sont indexés sur l’indice de révision des loyers (IRL) dans lequel l’ICC ne compte que pour 20% et l’indice des prix pour… 60% !! Sans commentaire…
PP
13:05 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp


