06 juin 2008

L'économie des régions

Pour faire suite à ma note du 20 mai sur l’économie des territoires, voici quelques informations complémentaires issues de l’Observatoires des inégalités (www.inegalites.fr).

Les inégalités régionales de revenus


L’Ile-de-France et son pourtour, L’Alsace Lorraine, une partie de Rhône Alpes et des départements de l’Ouest sont les territoires où les revenus sont les plus élevés en France...
Les régions françaises où le niveau de vie médian (la moitié touche moins, l’autre moitié davantage) est le plus élevé sont l’Ile-de-France et de son pourtour, la région Centre, la Normandie, auxquels il faut ajouter notamment l’Alsace Lorraine, une partie de Rhône-Alpes, ainsi que des départements de l’ouest.
Il s’agit des zones qui ont le mieux profité de l’essor des services et subi un choc relativement moindre avec la désindustrialisation. Fréquemment des territoires où le niveau de chômage est le plus faible. On remarque les départements pourvus d’une métropole active à université, cadres et technologies avancées (Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse ainsi que Dijon et Tours par exemple)
Les régions où le revenu médian est le plus faible se situent essentiellement au Nord et au Sud de la France. Pour partie du fait des conséquences du déclin industriel, mais aussi, dans certains départements ruraux du sud-ouest et du Massif central notamment, d’un faible développement de l’emploi en général. Une partie de ces territoires ont aussi de fortes charges de retraités (moitié méridionale du pays), qui contribuent à tirer les revenus vers le bas.

Une pauvreté inégalement répartie

La pauvreté varie en France selon les départements de 6% à près de 19%. Elle est plus forte au nord et au sud de la France.
La pauvreté touche plus particulièrement les départements du nord et ceux de l’extrême sud de la France où l’on compte entre 15 % et 19 % de pauvres*. L’Ile-de-France, l’Alsace, la Savoie et la Haute-Savoie ont un taux inférieur à la moyenne nationale (de 6% à 9,5 %).
La pauvreté ne concerne pas les mêmes catégories de la population suivant les territoires. Dans le Nord, la pauvreté se concentre d’abord dans les grandes agglomérations. Dans les zones urbaines, les familles nombreuses sont les plus touchées, en Languedoc-Roussillon et en Corse, ce sont plus souvent des familles monoparentales. En Aveyron, Lozère, Cantal, Creuse ou Gers, où le taux de pauvreté est proche de 13 %, les zones rurales sont les plus marquées et ce sont le plus souvent les personnes âgées, et non les actifs, qui vivent sous le seuil de pauvreté.
* Avec un seuil de pauvreté fixé à 60 % du revenu médian. Le revenu médian est celui qui sépare les ménages en deux, la moitié étant située au-dessus, l’autre au-dessous.

29 mai 2007

Qui ne travaille pas ne mangera pas

Extrait d’un article de Denis Clerc intitulé « Quelle protection sociale en économie mondialisée ? », paru dans la revue L’Economie politique (n°34 – Avril 2007 – p 37 et suivantes)

La contrainte du workfare est visible. Celle de l'incitation l'est moins, c'est son avantage. Elle consiste, chacun l'a compris, à assurer une aide sociale si faible que, pour ne pas mourir de faim, n'importe quel emploi est désirable. Elle est recommandée par l'OCDE et appliquée (plus ou moins discrètement) dans à peu près tous les pays, mais avec une insistance particulière dans les pays anglo-saxons (Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Irlande). Elle consiste à créer un écart important entre les revenus issus de l'aide sociale et ceux issus de l'emploi, de sorte que les personnes concernées soient incitées à retourner à l'emploi. Comme, en règle générale, les mêmes pays pratiquent un salaire minimum faible, voire très faible, cela implique un niveau d'aide sociale extrêmement faible: absence ou faiblesse des aides au logement, absence ou faiblesse des aides à la famille, absence ou faiblesse des minima sociaux. L'incitation en question relève donc de la faim qui fait sortir le loup du bois.
C'est évidemment ce « modèle» que nombre de libéraux ont en tête lorsqu'ils accusent la politique sociale française de ne pas suffisamment inciter à la recherche d'emploi. Ainsi - un exemple parmi des centaines d'autres - Georges de Ménil estime que « plutôt que de faciliter leur intégration, les minima sociaux dont bénéficient mes personnes qui sont capables de travailler les encouragent à abandonner le marché [du travail] et les enferment dans une trappe de pauvreté». Pour une personne seule, le RMI est aujourd'hui de 440 euros par mois (moins un forfait-logement si la personne est éligible à l'allocation logement ou est propriétaire de son logement). Son attribution s'accompagne en outre de la couverture maladie universelle (CMU), de l'exonération de la taxe d'habitation et de diverses aides locales, très variables d'une agglomération à l'autre. Supposons que le tout représente un équivalent revenu mensuel de 600 euros, ce qui est plutôt une fourchette haute. Travailler au salaire minimum se traduit par un salaire net de 1 000 euros et d'une prime pour l'emploi de 80 euros: l'écart avec le RMI et ses « avantages» annexes est donc conséquent. D'autant plus conséquent que, à ce salaire net, il convient d'ajouter des avantages sociaux dérivés (retraite, chômage, formation, évolution salariale en général plus rapide que celle des minima sociaux) qui, pour être étalés dans le temps, n'en constituent pas moins, sur le long terme, un statut bien supérieur à celui fourni par l'aide sociale. La preuve, si l'on ose dire, c'est que très rares sont les salariés à temps complet (c'est-à-dire toute l'année et à temps plein) payés au Smic qui se retrouvent dans des ménages dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Pour être dans ce cas, il faut avoir une famille nombreuse et un conjoint lui-même sans revenu. Ainsi, le Smic, dès lors qu'il est associé à un emploi à temps complet, met ceux qui le perçoivent à l'abri de la pauvreté.

En réalité, si les libéraux pointent du doigt le niveau « désincitatif» de l'aide sociale, c'est parce que leur référence implicite pour le retour à l'emploi est l'emploi à temps incomplet: soit un temps partiel (il suffit de travailler moins de 25 heures hebdomadaires au Smic pour qu'une personne seule dispose d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté monétaire, lequel est fixé à moitié du revenu médian), soit un emploi temporaire entrecoupé de périodes de chômage même brèves (il suffit de cinq mois de chômage dans l'année pour qu'une personne seule, quand elle est payée au Smic, tombe en dessous du seuil de pauvreté). Or, les emplois qui sont proposés aux allocataires de minima sociaux sont presque toujours des emplois à temps partiel et temporaires. Les emplois aidés - qu'il s'agisse des anciens CI-RMA, des « contrats d'avenir» ou des « contrats d'accompagnement dans l'emploi» - sont presque toujours inférieurs à 25 heures hebdomadaires et sont, par définition, temporaires. De ce fait, il s'agit presque toujours d'emplois paupérisants. Ce qui « désincite » au retour à l'emploi, c'est la qualité médiocre des emplois proposés, ce n'est pas le niveau des aides sociales.

14 avril 2007

Les bons chiffres...(3/4)

Suite des commentaires sur le dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».

SMIC, Salaire
D’un côté JM reproche aux allègements de cotisation sociales sur les bas salaires de tirer les rémunérations vers le bas, de l’autre il milite pour une baisse du coût du travail peu qualifié et notamment pour que l’influence du SMIC sur le coût du travail soit « maîtrisée ». Cette apparente schizophrénie masque sans doute son envie de dire qu’il faut baisser le SMIC.
On dirait également qu’il s’émerveille que le pouvoir d’achat d’une heure payée au salaire minimum aux Etats-Unis ait baissé depuis les années 60.
JM fait partie de ses libéraux béats qui croient que le SMIC est une entrave au bon fonctionnement du marché du travail, qu’il remet en cause la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande qui assure mécaniquement le plein emploi. C’est oublier que le travail n’est pas une marchandise comme les autres dont il convient sans cesse de baisser le coût.

Pauvreté
JM s’étonne de la vague « compassionnelle qui submerge la France », alors que le taux de pauvreté (fraction de la population gagnant moins de 50% du revenu médian) est passé de 12 % en 1970 à 6,3% en 2003. Cette baisse est certes significative, mais le taux de pauvreté ne baisse quasiment plus depuis 1990, soit presque 20 ans de « surplace ». De plus, cette analyse ne tient compte que du niveau du revenu et pas du pouvoir d’achat, ce qui pourrait encore assombrir le tableau…

Inégalités
« Alors que les Français ont le sentiment que les inégalités se sont accrues au cours des vingt dernières années, toutes les statistiques démontrent le contraire. » A l’appui de ses propos, JM nous propose de nous intéresser au rapport entre les revenus des 10 % les mieux payés et ceux des 10 % les moins payés. Ce ratio, de l’ordre de 3, est relativement constant depuis 1975, ce qui tendrait à prouver qu’il n’y a pas de dérive entre les mieux lotis des Français et les autres.
Ces statistiques ne s’intéressent qu’aux seuls salariés à temps complet. Cela ne permet pas de prendre en compte les inégalités dues au travail à temps partiel, en forte augmentation depuis les années 1990.
De plus, s’intéresser aux 10 % « les plus riches » n’est pas forcément assez précis (pour faire partie de ces 10 %, il faut gagner environ 3000 € par mois), il faudra peut-être s’intéresser aux 1%, voire aux 0,5% les plus riches.
Il faudrait également, dans la mesure des inégalités, intégrer les revenus du patrimoine, les stocks options… De même, selon que l’on soit propriétaire ou locataire, la situation n’est pas tout à fait la même.

Grève
Alors qu’on nous serine que la France serait un pays bloqué par la rigidité se syndicats, capables de « prendre en otage » la population, il se trouve que le nombre de jours de grèves est de 37 par an pour 1000 habitants. Contre 218 … au Danemark.
Le fameux « modèle danois » s’accompagne donc d’une forte conflictualité. Cette forte conflictualité permet vraisemblablement de contrebalancer la grande flexibilité du marché du travail et de permettre ainsi aux salariés de faire valoir leur pouvoir de négociation. Il est bon de rappeler que le taux de syndicalisation dans les pays scandinaves est de l’ordre de 80 %.
Tenter de dupliquer un tel modèle en France, où le taux de syndicalisation est de l’ordre de 8%, risque fort de transformer la « flex-sécurité » en « flex-flexibilité ».

PME
« Sept ans après leur création, les entreprises françaises ne parviennent à accroître leurs effectifs que de 7% en moyenne, contre 22% en Allemagne et… 126% aux Etats-Unis. »
Plutôt que de voir dans ses chiffres une nouvelle justification de la baisse des cotisations sociales, il faudrait peut-être s’intéresser aux mécanismes de soutien aux entreprises mis en place dans ces pays. Aux Etats-Unis (le soi-disant pays du libéralisme à l’état pur) , par exemple, 23 % des marchés publics sont réservés aux PME…américaines.
La loi permettant de créer une entreprise avec un capital de 1 € (grâce à une loi initiée par le gouvernement Raffarin), n’a vraisemblablement pas favorisé la création de projet pérennes.

PP