23 novembre 2007
Rions un peu...
En ces temps difficiles, je vous propose de vous détendre un peu grâce aux facéties du plus grand comique de droite de sa génération. J’ai nommé …Non ! Pas Jean-Marie Bigard ! Je veux bien sûr parler de l’impayable, de l’immense, du grandiose…Jacques Marseille. L’inusable expert économique qui écume les plateaux de télévision a encore sévi dans l’émission « C dans l’air » du 20 novembre, sur France 5. Il doit avoir un rond de serviette à son nom à France 5, car il est présent dans au moins la moitié des numéros de cette émission (j’exagère peut-être un peu mais ça me paraît tellement long quand il parle !).
Enfin, quoiqu’il en soit, le thème de l’émission gravitait autour de la fonction publique. Il pouvait donc nous chanter son habituel refrain sur la fonction publique archaïque, inefficace, bastion de privilégiés dont il faut bien entendu réduire les effectifs.
Il en fait d’ailleurs une véritable une fixation. Il s’est lancé dans un véritable délire…
Je cite à peu près de mémoire : « En France, il y a environ 5 millions de fonctionnaires c’est-à-dire presque un quart de la population active. Et si l’on compte les enfants de fonctionnaires, les femmes de fonctionnaires, les parents des fonctionnaires…tous les français sont un peu des fonctionnaires ! ».
L’animateur de l’émission, Yves Calvi, a coupé court en disant, avec une mine mi-amusée mi-estomaquée : « Ah !Ah !Ah !Il en voit partout ! ».
Mais je crois bien avoir vu une lueur d’épouvante dans son regard. Il s’attendait sans doute à voir, comme dans le film « L’Exorciste », la tête de Jacques Marseille pivoter à 360°, de la bave verte sortir de sa bouche et l’entendre dire d’une voix d’outre-tombe : « Ta mère est fonctionnaire en enfer ! ».
Il ne devait pas être tout à fait dans son état normal…Il faut dire que l’on venait d’apprendre que Nicolas Sarkozy avait tenu des propos conciliants envers les cheminots. Il en avait presque les larmes aux yeux !
Ce qui est rassurant, c’est qu’il est toujours aussi à l’aise avec les chiffres ! Selon lui « 1% d’augmentation des fonctionnaires, ça fait 9 milliards d’euros ». Donc, cela signifie que la masse salariale des fonctionnaires est de… 900 milliards d’euros soit plus de la moitié du PIB de la France. Ce qui voudrait dire que la totalité des prélèvements obligatoires (et même un peu plus !!) est destinée à payer les fonctionnaires. Mais c’est vrai que si l’on compte les enfants des fonctionnaires, leurs parents, leurs cousins, leurs boulangers, leurs coiffeurs, leurs dentistes…alors oui peut-être ! Plus sérieusement, si l’on compte les trois fonctions publiques (de l’Etat, territoriale et hospitalière) il y a environ 5 millions de fonctionnaires. Si leur masse salariale était bien de 900 milliards d'€, cela voudrait dire que chaque fonctionnaire gagne en moyenne 180 000 € par an (soit 15 000 € par mois). Et après on s’étonne que 75 % des jeunes veulent devenir fonctionnaire ? En fait la masse salariale des fonctionnaires doit tourner autour de 180 milliards d’€. Ce n’est pas négligeable, certes… mais c’est 5 fois moins que le chiffre de notre ami Marseille !!
En ce qui concerne le chiffrage du coût de la grève pour l’économie, il a cité le chiffre de 400 millions d’euros pas jour (chiffre de la ministre de l’économie) soit 2,8 milliards d’euros pour une semaine de grève. Admettons…Mais là où il devient grandiose, c’est dans la conclusion : « Ces 2,8 milliards, ils auraient pu être consacrés à l’université, à la recherche… ». On aurait pu aussi régler le problème de la faim dans le monde…Salauds de grévistes ! Je sais que les impôts sont « écrasants » en France, mais je doute que ces 2,8 milliards aient atterris intégralement dans la poche de l’Etat. Dans le coût de la grève, il y a aussi du manque à gagner pour des entreprises privées !!
Je crois qu’il est temps de concocter un régime spécial à Jacques Marseille pour qu’il parte à la retraite tout de suite (je suis même prêt à cotiser !). Visiblement, la pénibilité de son travail est telle qu’il est épuisé psychologiquement. Il est temps qu’il jouisse d’un repos bien mérité (surtout pour nous !).
D’autant plus, qu’en tant que professeur à la Sorbonne, il est lui-même…fonctionnaire. Ca en ferait donc un de moins !
PP
11:49 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Jacques Marseille, fonctionnaires
11 septembre 2007
Mots Croisés
J’ai regardé hier soir l’émission de rentrée de Mots Croisés sur France 2. Cette émission, consacrée initialement au pouvoir d’achat, été quelque peu chamboulée par l’annonce de la réforme des régimes spéciaux de retraite.
Elle nous a donné l’occasion de voir un grand numéro de Laurent Wauquiez (porte-parole du gouvernement, le saviez-vous ?). Lui qui commence toutes ces phrases par « Y en a marre de la politique à l’ancienne » nous a en effet gratifié d’une sortie que n’aurait pas renié le plus réactionnaire des sénateurs RPR. En gros, il s’est ému du sort d’un maçon de 60 ans, usé par son dur labeur, alors que le conducteur de TGV, lui, peut prendre sa retraite à 50 ou 55 ans. Bien sûr, loin de lui l’idée « d’opposer certaines catégories de français aux autres »…mais en le faisant quand même. Si c’est la politique « moderne », je ne vois pas où est le progrès.
Quoiqu’il en soit, la stratégie du « mouvement perpétuel » de Sarkozy a encore porté ses fruits, puisque l’attention est détournée des sujets majeurs : la perte de compétitivité de l’économie française, le décrochage en matière de recherche et d’éducation, l’injustice des réformes fiscales passées et à venir… On s’est focalisé sur le sujet du moment : la réforme des régimes spéciaux, qui, bien que non négligeable n’est sans doute pas la priorité absolue du moment. Il n’y que Jacques Marseille, décidément en grande forme après les vacances, pour trouver « insupportables » ces privilèges, alors que le bouclier fiscal à 50 % et les baisses d’impôts pour les plus riches lui paraissant absolument « incontournables ».
Jacques Marseille et le bouclier fiscal…
Selon lui, d’après les simulations du Trésor Public, le bouclier fiscal profiterait aux 1000 foyers fiscaux les plus riches et à 194 000 foyers « pauvres ». Je demande à voir !
Le cabinet de conseil en gestion de patrimoine Thesaurus, a identifié pour les echos.fr quatre profils type de famille. Pour chacune d'elle, il a calculé le montant des sommes, qui suite à l'application du bouclier fiscal, pouvaient leur être restituées :
* Profil 1 : la réforme est sans conséquence. Célibataire, 35 ans, environ 70.000 euros de revenus par an et 400.000 euros de patrimoine.
* Profil 2 : la réforme est sans conséquence. Couple marié, 40 ans, revenus d'environ 250.000 euros et patrimoine de 4.400.000 euros.
* Profil 3 : une économie d'impôt de 29.286 euros. Couple marié, 60 ans. Revenus d'environ 350.000 euros (50.000 euros de retraite et 300.000 euros de retraits sur des contrats d'assurance-vie) et patrimoine de 10.000.000 euros (dont 7 millions en assurance-vie ; 1,5 million d'immobilier et 1,5 million d'euros au titre des résidences principale et secondaire).
* Profil 4 : une économie d'impôt de 70.753 euros. Couple marié, 60 ans. Revenus d'environ 350.000 euros (50.000 euros de retraite et 300.000 euros de revenus fonciers) et patrimoine de 10.000.000 euros (dont 7 millions d'immobilier ; 1,5 millions en assurance-vie capitalisation et 1,5 million d'euros au titre des résidences principale et secondaire).
On voit donc qu’un foyer ayant un revenu de 250 000 € par an n’est pas concerné par la mesure. 250 000 € par an, cela fait plus de 20 000 € par mois, soit plus de 10 fois le salaire moyen ! Il faudrait revoir la notion de ménages « pauvres ».
En fait, les simulations faites par le Trésor Public mettent en scène un jeune travailleur indépendant ayant réalisé un déficit, un ménage dont l’un est salarié et l’autre artisan (ayant réalisé un déficit), un salarié à très faibles revenus payant des taxes foncières exorbitantes… Des situations assez « exotiques », vous en conviendrez !
Retour au pouvoir d’achat
Le très remuant Nicolas Bouzou (chaque fois qu’il parlait, on aurait dit qu’il était assis sur une punaise !), étoile montante des économistes « télévisuels », nous a fait le numéro classique sur la nécessité de travailler plus pour produire plus de richesse. Cela justifie, selon lui, la mesure du gouvernement en faveur des heures supplémentaires. On peut lui objecter que ce qui compte c’est le nombre d’heures totales travaillées dans le pays, il y a donc un autre moyen de « travailler plus » : faire en sorte que plus de gens travaillent plutôt que de subventionner le travail de ceux qui sont déjà en poste. D’autant plus qu’il fort peu probable que les mesures prises engendrent une augmentation importante des heures supplémentaires.
Laurent Wauqiez, qui a bien appris sa leçon, nous a répété à plusieurs reprises qu’un salarié au SMIC qui effectue 4 heures supplémentaires par semaine gagnerait 2000 € de plus par an. 4 heures supplémentaires par semaine, cela fait à peu près 180 heures par an. Or le nombre moyen effectué par an et par salarié (pour ceux qui en font) est de…55 heures.
Comme toujours dans ce genre de débat, le dynamisme de l’économie allemande a été cité en exemple. Jacques Marseille nous a alors gratifié d’une saillie fulgurante : « En Allemagne, il y a la TVA sociale et le bouclier fiscal à 50 % ! ». Celui-là, il faudrait le mettre sous une cloche de verre et l’exposer dans un musée comme mètre-étalon de l’incompétence absolue ! En effet, l’économie allemande se redresse depuis maintenant quelques années alors que la TVA sociale n’est en place que depuis début 2007. Quant au bouclier fiscal, je ne vois pas en quoi il favorise la croissance. Au fait, la réorganisation à marche forcée des entreprises allemandes n’aurait-elle rien à voir ? Les délocalisations massives vers les pays de l’Est, pour se concentrer sur l’assemblage final, seraient-elles pures coïncidences ? Prendre appui sur l’exemple allemand pour parler du pouvoir d’achat n’est peut-être pas une si bonne idée. En effet, si les entreprises allemandes ont reconstitué leurs profits, c’est au prix d’une rigueur salariale sans équivalent en Europe, qui contribue largement à l’atonie de la demande intérieure allemande, voire européenne. Cette rigueur salariale est d’ailleurs en train de causer d’importantes tensions sociales en Allemagne.
Nicolas Bouzou a réaffirmé la nécessité de fiscaliser le financement de la protection sociale à l’aide de la TVA sociale, pour faire baisser le coût du travail. Il oublie que la protection sociale est, pour environ un tiers, déjà financée par l’impôt via la CSG. S’il n’est pas illogique de financer la protection sociale par l’impôt, encore faut-il que cet impôt soit juste et progressif … c’est-à-dire l’inverse de la TVA ! Ainsi, au Danemark, l’impôt sur le revenu est beaucoup plus élevé qu’en France (de même que la TVA d’ailleurs).
Pour finir en beauté, une petite « Marseillerie »…
Selon Jacques Marseille, l’indice des prix calculé par l’INSEE est inefficace car il traduit l’évolution d’un panier moyen qui diffère des achats de chaque foyer. Sans blague !? C’est le problème de toute moyenne (salaire moyen, …). Que faire ? Calculer un indice des prix par famille ? Si l’on veut faire des analyses macroéconomiques, il faut bien raisonner sur des chiffres moyens, tout en connaissant leurs imperfections et en cherchant à les améliorer.
Franchement, quand on regarde ce genre de débat, on n’a qu’une envie : rester en vacances !
PP
15:32 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Protection sociale, Impôts, TVA sociale, Wauquiez, Jacques Marseille, Nicolas Bouzou, Pouvoir d'achat


