17 avril 2008
Qui va profiter du bouclier fiscal ?
1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros. L’Observatoire des inégalités publie les estimations de l’Assemblée nationale. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.
1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt sur le revenu de 270 000 euros grâce au nouveau "bouclier fiscal". L’Observatoire des inégalités publie les estimations réalisées par l’Assemblée nationale lors du vote de la loi "en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat" adoptée le premier août dernier (lire le rapport). Désormais en effet, le montant des impôts directs (impôt sur la fortune, impôt sur le revenu et impôts locaux) ne pourra dépasser 50 % des revenus d’un foyer fiscal, contre 60 % auparavant. Coût total de cette mesure pour le contribuable : 810 millions d’euros, à peu de chose près ce que vont rapporter les futures franchises sur les dépenses de santé.
D’après les estimations de l’Assemblée nationale, 234 000 contribuables vont bénéficier des 810 millions d’euros. Le bouclier a été justifié de la façon suivante : il fallait éviter que des ménages aux bas revenus ne soient imposés du seul fait de leur patrimoine. C’est le fameux cas de la veuve de l’Ile de Ré (information largement médiatisée), dont les maigres terres ont pris tellement de valeur qu’elle est soumise à l’impôt sur la fortune...
Parmi ces 234 000 foyers fiscaux, un peu moins de 206 000 déclarent des revenus très faibles (inférieurs à 7 000 euros annuels). Mais les cas de foyers effectivement pauvres et lourdement imposés sont rares, du fait des exonérations et dégrèvements de la taxe d’habitation. Ces cas isolés servent de paravent à des ménages qui déclarent artificiellement des bas revenus parce qu’ils déduisent de leurs ressources des dépenses que les salariés ne peuvent pas comptabiliser (automobile, équipements divers) ou utilisent les niches fiscales. Leur niveau de vie réel n’a pas grand chose à voir avec ce qui est affiché fiscalement.
Quoi qu’il en soit, les 197 000 foyers les plus démunis des bénéficiaires ne vont pas gagner grand chose avec le nouveau bouclier fiscal : 700 euros en moyenne. Le boucler fiscal va surtout favoriser les très haut revenus. Un petit nombre de contribuable va recevoir des montants considérables. 18 000 foyers au revenu annuel supérieur à 41 000 euros vont toucher 31 200 euros de ristourne en moyenne par foyer. Pour eux seuls, le coût pour la collectivité est de 564 millions d’euros au total. Pour les plus gros patrimoines, c’est une vraie aubaine. Ainsi, 1 080 foyers au patrimoine supérieur à 15,5 millions d’euros toucheront plus de 270 000 euros. La collectivité va dépenser 272 millions d’euros pour eux.
On peut tirer plusieurs enseignements de ces données :
* La question des impôts payés par les couches de la population les moins aisées n’est en rien résolue. Hors impôts indirects (comme la TVA), il s’agit principalement d’impôts forfaitaires comme la redevance audiovisuelle ou la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, et des impôts locaux dont les bases de calcul - la valeur des biens immobiliers - datent des années 60.
* La maîtrise de la communication est un élément essentiel des politiques publiques de baisse d’impôt. Officiellement, l’impôt sur la fortune n’est pas remis en cause. Comme souvent, on utilise un paravent - la veuve de l’île de Ré - au profit d’autres causes. C’est de la même façon que l’on utilise les intérêts des petits agriculteurs pour défendre ceux des grosses exploitations.
* Lors de la présentation du texte, la ministre de l’économie a reconnu à l’Assemblée nationale la véritable portée du texte : "On entend souvent dire que cette mesure (le bouclier fiscal, ndlr) ne concernerait que la partie la plus riche de la population, mais n’est-ce pas celle qui fait tourner l’économie ?", a-t-elle déclaré. Il faut aider les plus riches parce qu’ils créent la valeur. Les salariés les moins qualifiés qui travaillent souvent dans les conditions les plus pénibles pour les plus bas salaires apprécieront d’apprendre leur faible apport à l’économie.
* Le décalage est considérable entre l’intérêt des mesures et les montants dépensés pour les mettre en œuvre. De la dette publique aux commissariats, en passant par l’école, les besoins sont criants. Le coût de la modification du bouclier fiscal est équivalent à ce que va rapporter la franchise de soins (montant minimum non remboursé) qui portera sur l’ensemble des ménages, quels que soient leurs revenus.
* L’ensemble de ces données sont publiques, mais elles n’ont pas été diffusées. Jusqu’où peut-on aller dans ce sens ? Les baisses d’impôt ont aujourd’hui bonne presse : il en sera peut être différemment quand il faudra les financer avec de nouvelles taxes.
09:59 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : impôts, fiscalité, TVA, bouclier fiscal, inégalités
10 avril 2008
Modernité et Social
Selon Jean-Marc Sylvestre (inamovible chroniqueur libéral de France Inter), le fait que la majorité des créations d’emplois se fasse dans les services est un « marqueur de modernité pour l’économie française ». Est-ce bien sûr ? En 2007, 300 000 emplois ont été créés en France, dont 113 000 dans le secteur des services à la personne. Or, dans ce secteur d’activité, la durée moyenne de travail est de…10 heures par semaine. Ce temps partiel, souvent subi, s’accompagne d’horaires fractionnés et flexibles. Pas de quoi parler de « marqueur de modernité » ! Dans une société où la dépendance des personnes âgées va devenir très bientôt une question lancinante, il serait temps de penser à organiser les activités de services à la personne, en facilitant la formation des salariés, en mettant en place des structures leur permettant de gérer leur temps de travail… Ce serait peut-être ça, la vraie modernité !
Nicolas Sarkozy a sans doute condamné le RSA, lors de son discours sur la politique sociale à Cahors. Il sera en effet « calibré en fonction des possibilités financières ». Et comme les caisses sont vides… J’ai déjà fait part sur ce blog de toutes les réserves que suscitait pour moi le concept du RSA.
Un sondage réalisé auprès de 1000 RMIstes (par TNS Sofres) indique que 25% d’entre eux travaillent sans pouvoir sortir du RMI et surtout que seulement 8% d’entre eux sont favorables à un dispositif du type « RSA ».
Abandonner le RSA ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour lutter contre la pauvreté, mais plutôt explorer d’autres pistes et notamment la formation professionnelle et la lutte contre les petits boulots.
En ce moment, on assiste, autant au gouvernement qu’à l’UMP, à un tir groupé sur les « politiques sociales ». Elles seraient coûteuses et inefficaces. Il est vrai qu’en période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables la majeure partie des efforts d’ajustement. Mais pourtant, il ne faut pas oublier que les « politiques sociales » constituent de véritables stabilisateurs pour l’économie en maintenant partiellement le pouvoir d’achat de ceux qui sont en difficulté. Si l’on coupe le robinet, le risque est grand de voir faiblir la consommation des ménages, principal moteur de la croissance.
Il ne faut pas oublier que si les prélèvements obligatoires représentent plus de 50 % du PIB, cet argent n’est pas brûlé par l’Etat comme voudraient le faire croire les libéraux. Il est, pour au moins la moitié, redistribué directement aux ménages (allocations, remboursement des soins…). Et le reste est utilisé pour faire fonctionner les services publics : éducation, police, justice…
Jérôme Chartier, responsable des questions économiques à l’UMP, a affirmé sur France Inter que « 1€ dépensés dans le privé est 3 fois plus productif qu’1 € dépensé dans le public ». Pourquoi pas 10 fois ? 20 fois ? Il est très facile d’asséner des propos invérifiables.
Si nous prenons l’exemple de la gestion de l’eau, plusieurs études ont montré que la gestion municipale (donc publique) conduisait à des tarifs inférieurs à la gestion privée.
Selon l’OCDE (organisme pas franchement réputé pour son penchant bolchévique) aux Etats-Unis, où le système de santé est essentiellement privé, la santé coûte plus de 6000 dollars par personne…contre environ 3300 pour la France. Et pourtant l’espérance vie est supérieure en France !
Je pense qu’il aurait été « 3 fois plus productif » pour le débat que Mr Chartier se taise.
PP
09:05 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités, impôts
25 novembre 2007
S'adapter au réel
Eriger « l’adaptation au réel » comme principe directeur de la politique me paraît pour le moins hasardeux. La boîte à outils de ceux qui prônent est souvent pauvre et se réduit à « l’alignement sur la moyenne des autres grands pays industrialisés ». François Fillon en est un fervent adepte. Si c’était un art martial, il serait ceinture noire !
L’alignement sur la « moyenne des pays industrialisés » revient en fait à s’aligner sur le moins-disant. En effet, prenons l’exemple classique du taux d’imposition des sociétés. On considère trois pays (A, B et C) dont les taux sont respectivement de 15%, 25% et 35% ce qui revient à une moyenne de 25%.
* Etape 1 : le pays C s’aligne sur la moyenne soit 25%, cette dernière passe alors à 21,67%
* Etape 2 : les pays B et C s’alignent sur la nouvelle moyenne, elle passe alors à 19,44%
* Etape 3 : le pays A commence à se sentir menacé, il passe à 12 %, la moyenne passe alors à 14,48%
* Etape 4 : les pays B et C s’alignent sur cette nouvelle moyenne et le taux moyen passe à 13,65%
* Etape 5 : les pays A,B et C sont tous à 12%.
Aucun pays n’en tire réellement avantage, sauf pendant la brève période où il a baissé ses taux plus que ses voisins. Finalement, tous sont perdants puisque leurs ressources se sont amoindries.
Cela vous paraît théorique ? Cette année encore, l’étude annuelle de KPMG fait apparaître une baisse du taux moyen de l’impôt sur les sociétés qui s’abaisse à 24,2 % dans l’Union Européenne, contre 25,8 % avant l’an passé (et 38 % en 1993). L’Espagne et les Pays-Bas ont réduit significativement leur taux. Pour 2008, les taux moyens devraient encore baisser compte tenu des annonces faites en Espagne, au Royaume-Uni, en Chine et en Allemagne.
Dans le même temps et selon le même principe, on assiste à une convergence à la hausse des taux de TVA. En gros, on taxe ceux qui ne peuvent pas se "délocaliser" !
PP
15:00 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : impôts, Europe, fiscalité, TVA
09 octobre 2007
Perte des valeurs...
Selon une étude récemment parue dans la Revue internationale du travail, les salaires des 10 % des salariés les mieux payés ont progressé nettement plus vite que le salaire médian (le salaire tel que la moitié des salariés gagne moins, à ne pas confondre avec le salaire moyen) dans la plupart des pays industrialisés. Depuis 1980, cet écart s’est creusé de plus de 10 points voire de 15 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie… En Europe seules la Finlande, la Suède…et la France sont épargnées par ce creusement des écarts entre les mieux payés et les autres.
Une littérature foisonnante sur le sujet nous explique tout cela est due aux mutations du marché du travail qui font que la demande pour le travail très qualifié est en expansion. La hausse de la demande entraîne donc une hausse des prix, en l’occurrence les salaires des plus qualifiés. C’est la bonne vieille loi de l’offre et de la demande, nous dirait Jacques Marseille ! Sauf que l’offre de travail qualifié a elle aussi augmenté, ce qui contrecarre l’effet de la demande. De plus l’explication précédente ne nous dit pourquoi les salaires des 10 % les plus riches augmente plus vite que les autres, ce qui se traduit par un creusement de l’écart.
On peut envisager deux explications moins « mécaniques » que la loi de l’offre et de la demande : la « perte des valeurs » et « l’effet Zidane ».
La perte des valeurs
La « perte des valeurs » est habituellement associée aux « assistés », pour qui la valeur travail n’a plus de sens. Mais la « perte des valeurs » atteint aussi une fraction des salariés les mieux payés. Jusque dans les années 1980, il existait une sorte de code salarial, un ensemble de normes tacites qui constituaient une sorte de code de bonne conduite. Au-delà d’un certain plafond, les salaires paraissaient indécents, à la fois pour l’employeur et pour le salarié.
Ainsi, au début du XXème siècle, le milliardaire Rockfeller estimait qu’un patron ne devait pas être payé plus de 30 fois le salaire de ses ouvriers (aujourd’hui, c’est plutôt 500 fois dans les grandes entreprises). Mais, lorsque cette norme est transgressée par un nombre croissant d’individus, elle cesse de devenir une norme .
Joseph Stiglitz analyse très bien ce phénomène dans un ses ouvrages :
« Ce que l’on considère comme acceptable est influencé par ce que font les autres, par ce qu’ils jugent, eux, acceptable… Si les PDG sont normalement payés dix fois plus qu’un salarié ordinaire, on peut accepter qu’un PDG exceptionnel se fasse payer quinze fois plus, mais pas cent fois plus. Aux Etats-Unis, dans les années 1990, il n’y avait pas de limites ; tout était devenu acceptable…On valait ce qu’on parvenait à se faire payer. Point final. »
L’effet Zidane
L’effet Zidane, ou effet Pavarotti, traduit l’importance grandissante des « superstars » quelque soit le domaine. Les entreprises sont prêtes à débourser des sommes importantes pour se payer « le » spécialiste. Ce phénomène est perceptible dans la finance, notamment. Bien sûr, cela ne touche qu’une infime minorité de salariés, mais leurs rémunérations hors de toute mesure contribue à faire grandir l’écart avec les salariés « moyens ».
Ces effets sont d’autant plus dommageables que les salariés concernés ont tendance à attribuer à leurs seuls mérites l’énormité de leur rémunération…et à s’affranchir de la solidarité nationale en s’exilant vers des pays plus cléments fiscalement.
Encore et toujours la perte des valeurs !
PP
12:38 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : impôts, inégalités, travail, revenus, salaire
04 octobre 2007
Qu'auriez-vous fait ?
Qu'auriez-vous fait des presque 14 milliards d'Euros du paquet fiscal ?
Réfléchissez et effectuez des simulations sur le site Baisses d'impôts.
La fiscalité est le révélateur des valeurs et des objectifs de la société.
PP
10:05 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : impôts
28 septembre 2007
Histoire belge
La possibilité d’une scission de la Belgique, évoquée ces derniers temps, est d’autant plus inquiétante que ce cas n’est pas unique en Europe. On peut citer la séparation de la République tchèque et de la Slovaquie. On peut aussi évoquer les velléités récurrentes de certains italiens du nord de laisser leurs compatriotes du sud se débrouiller seuls. Comme pour les Flamands et les Wallons, il s’agit de « riches » qui en en ont assez de payer pour les « pauvres ». La Wallonie est une région dont la situation économique est plutôt délicate : son PIB est inférieur à la moyenne des régions européennes, le déclin industriel a entraîné une hausse du chômage (30 % par endroit). La Flandre, elle, s’en sort plutôt bien.
Ces tensions peuvent amener à se poser la question suivante : « Qu’est-ce qui fait que l’on est français, belge,.. ? ». Qu’est-ce qui fait qu’une société, composée d’individus et de groupes différents, ne se désagrège pas ? Ce mécanisme complexe est appelé « lien social », c’est-à-dire l’ensemble des relations, des normes et des valeurs communes qui lient les individus les uns aux autres, les rendent solidaires et assurent la cohésion sociale.
Or la montée de l’exclusion et des inégalités menace la cohésion sociale.
Pour les plus défavorisés, le danger est de perdre progressivement les liens qu’ils entretiennent avec le reste de la société, pour ne plus exprimer que colère et révolte. En même temps, les revenus des catégories les plus favorisées s’élèvent. Ces couches aisées se coupent de plus en plus physiquement du reste de la population (centres-villes / banlieues).
L’accroissement des inégalités fait donc peser de lourdes menaces sur la cohésion sociale. D’une part elles engendrent des frustrations, sources de tensions, voire de violences de la part de ceux qui s’estiment lésés. D’autre part, elles renforcent le pouvoir d’une minorité de plus en plus riche qui peut imposer ses points de vue, grâce à son accès aux médias, au pouvoir,… bref à tous les leviers de l’influence. C’est en cela qu’une société inégalitaire fonctionne moins bien qu’une société plus égalitaire . Il est donc impératif de corriger les inégalités, notamment par une fiscalité plus progressive (mon propos n’est bien sûr pas de dire que tout le monde doit gagner pareil). Malheureusement, ce n’est pas la tendance actuelle : afin d’attirer chez eux les plus aisés, la plupart des pays ont tendance à baisser les impôts sur le revenu et le patrimoine, au détriment des impôts liés à la consommation (TVA).
Certains économistes expliquent les difficultés de cohésion sociale par d’autres schémas. Au XIXème siècle, on pensait que les « grandes nations » valaient mieux que les petites car elles bénéficiaient d’un grand marché intérieur, et donc d’une économie plus forte. Les unités allemandes et italiennes se sont constituées sur ce modèle. En la matière, la référence demeure les Etats-Unis, qui grâce à un protectionnisme farouche, ont permis à leur entreprises d’acquérir sur leur marché intérieur la taille critique nécessaire pour aller s’attaquer au monde entier. Or, cette idée selon laquelle il vaut mieux un grand marché intérieur qu’un petit se dissout à l’heure où le marché mondial offre à chacun le plus grand marché possible. Une petite nation n’est plus obligée aujourd’hui de perdre les bénéfices d’un grand marché pour se constituer politiquement. En effet, les grandes nations, constituée de populations différentes, doivent faire des efforts importants de redistribution qui pénalisent les finances publiques, alourdissent la dette publique…Les petites nations, plus homogènes, ne s’exposent pas ce risque. Il est donc tentant pour des régions qui réussissent économiquement de vouloir s’affranchir du fardeau de régions plus défavorisées.
Quoiqu’il en soit, il est nécessaire de repenser les mécanismes de solidarité à la fois internes aux Etats, mais aussi inter-Etats. A quand le début de « l’Europe sociale » ?
PP
11:23 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Europe, mondialisation, fiscalité, inégalités, impôts, exclusion, cohésion sociale
26 septembre 2007
TVA sociale : le retour ?!
Un groupe de travail (un de plus), piloté par un député UMP, a planché sur le financement de la protection sociale. Lorsque je vous aurai dit que Jacques Marseille faisait partie du lot, vous serez définitivement rassuré sur la teneur des préconisations de ces experts.
Il s’agirait en fait, non pas d’alléger les cotisations patronales (comme prévu dans le projet initial de TVA sociale), mais de réduire de 3,15 points les charges salariales (je ne vois pas où le progrès). Cela permettrait de « dégager 14 milliards de pouvoir d’achat pour les salariés ». Ces 14 milliards seraient financés par…une hausse de 1,4 points de la TVA ! Surprise !
Rien de nouveau sous le soleil, donc…Ah si ! Il ne s’agit plus de TVA « sociale », mais de TVA « pouvoir d’achat »…Sans commentaire…
Pour le prochain groupe de réflexion, voici quelques idées de noms pour mieux faire passer la TVA sociale auprès du public :
* Mais où donc passé la TVA sociale ?
* On a retrouvé la TVA sociale.
* La TVA sociale au clair de lune
* La TVA sociale fait du ski
* La TVA sociale contre-attaque
* Le retour de la TVA sociale
Quoiqu’il en soit, même si le titre est vendeur, je doute que le scénario soit à la hauteur…
Plus sérieusement, le rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, publié lundi, indique que les dispositifs d'exonérations de charges en faveur de l'emploi devraient atteindre le total impressionnant de 31,75 milliards d'euros en 2008 (+ 13 %), après 28 milliards cette année et 24 milliards en 2006. Cette nouvelle poussée est liée aux allégements sur les heures supplémentaires, qui représenteront un peu plus de 4 milliards l'an prochain.
Il faut rappeler que ces allègements sont compensés presqu’intégralement par l’Etat, donc…par les impôts (et donc la TVA).
PP
14:50 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Protection sociale, impôts, TVA
11 septembre 2007
Mots Croisés
J’ai regardé hier soir l’émission de rentrée de Mots Croisés sur France 2. Cette émission, consacrée initialement au pouvoir d’achat, été quelque peu chamboulée par l’annonce de la réforme des régimes spéciaux de retraite.
Elle nous a donné l’occasion de voir un grand numéro de Laurent Wauquiez (porte-parole du gouvernement, le saviez-vous ?). Lui qui commence toutes ces phrases par « Y en a marre de la politique à l’ancienne » nous a en effet gratifié d’une sortie que n’aurait pas renié le plus réactionnaire des sénateurs RPR. En gros, il s’est ému du sort d’un maçon de 60 ans, usé par son dur labeur, alors que le conducteur de TGV, lui, peut prendre sa retraite à 50 ou 55 ans. Bien sûr, loin de lui l’idée « d’opposer certaines catégories de français aux autres »…mais en le faisant quand même. Si c’est la politique « moderne », je ne vois pas où est le progrès.
Quoiqu’il en soit, la stratégie du « mouvement perpétuel » de Sarkozy a encore porté ses fruits, puisque l’attention est détournée des sujets majeurs : la perte de compétitivité de l’économie française, le décrochage en matière de recherche et d’éducation, l’injustice des réformes fiscales passées et à venir… On s’est focalisé sur le sujet du moment : la réforme des régimes spéciaux, qui, bien que non négligeable n’est sans doute pas la priorité absolue du moment. Il n’y que Jacques Marseille, décidément en grande forme après les vacances, pour trouver « insupportables » ces privilèges, alors que le bouclier fiscal à 50 % et les baisses d’impôts pour les plus riches lui paraissant absolument « incontournables ».
Jacques Marseille et le bouclier fiscal…
Selon lui, d’après les simulations du Trésor Public, le bouclier fiscal profiterait aux 1000 foyers fiscaux les plus riches et à 194 000 foyers « pauvres ». Je demande à voir !
Le cabinet de conseil en gestion de patrimoine Thesaurus, a identifié pour les echos.fr quatre profils type de famille. Pour chacune d'elle, il a calculé le montant des sommes, qui suite à l'application du bouclier fiscal, pouvaient leur être restituées :
* Profil 1 : la réforme est sans conséquence. Célibataire, 35 ans, environ 70.000 euros de revenus par an et 400.000 euros de patrimoine.
* Profil 2 : la réforme est sans conséquence. Couple marié, 40 ans, revenus d'environ 250.000 euros et patrimoine de 4.400.000 euros.
* Profil 3 : une économie d'impôt de 29.286 euros. Couple marié, 60 ans. Revenus d'environ 350.000 euros (50.000 euros de retraite et 300.000 euros de retraits sur des contrats d'assurance-vie) et patrimoine de 10.000.000 euros (dont 7 millions en assurance-vie ; 1,5 million d'immobilier et 1,5 million d'euros au titre des résidences principale et secondaire).
* Profil 4 : une économie d'impôt de 70.753 euros. Couple marié, 60 ans. Revenus d'environ 350.000 euros (50.000 euros de retraite et 300.000 euros de revenus fonciers) et patrimoine de 10.000.000 euros (dont 7 millions d'immobilier ; 1,5 millions en assurance-vie capitalisation et 1,5 million d'euros au titre des résidences principale et secondaire).
On voit donc qu’un foyer ayant un revenu de 250 000 € par an n’est pas concerné par la mesure. 250 000 € par an, cela fait plus de 20 000 € par mois, soit plus de 10 fois le salaire moyen ! Il faudrait revoir la notion de ménages « pauvres ».
En fait, les simulations faites par le Trésor Public mettent en scène un jeune travailleur indépendant ayant réalisé un déficit, un ménage dont l’un est salarié et l’autre artisan (ayant réalisé un déficit), un salarié à très faibles revenus payant des taxes foncières exorbitantes… Des situations assez « exotiques », vous en conviendrez !
Retour au pouvoir d’achat
Le très remuant Nicolas Bouzou (chaque fois qu’il parlait, on aurait dit qu’il était assis sur une punaise !), étoile montante des économistes « télévisuels », nous a fait le numéro classique sur la nécessité de travailler plus pour produire plus de richesse. Cela justifie, selon lui, la mesure du gouvernement en faveur des heures supplémentaires. On peut lui objecter que ce qui compte c’est le nombre d’heures totales travaillées dans le pays, il y a donc un autre moyen de « travailler plus » : faire en sorte que plus de gens travaillent plutôt que de subventionner le travail de ceux qui sont déjà en poste. D’autant plus qu’il fort peu probable que les mesures prises engendrent une augmentation importante des heures supplémentaires.
Laurent Wauqiez, qui a bien appris sa leçon, nous a répété à plusieurs reprises qu’un salarié au SMIC qui effectue 4 heures supplémentaires par semaine gagnerait 2000 € de plus par an. 4 heures supplémentaires par semaine, cela fait à peu près 180 heures par an. Or le nombre moyen effectué par an et par salarié (pour ceux qui en font) est de…55 heures.
Comme toujours dans ce genre de débat, le dynamisme de l’économie allemande a été cité en exemple. Jacques Marseille nous a alors gratifié d’une saillie fulgurante : « En Allemagne, il y a la TVA sociale et le bouclier fiscal à 50 % ! ». Celui-là, il faudrait le mettre sous une cloche de verre et l’exposer dans un musée comme mètre-étalon de l’incompétence absolue ! En effet, l’économie allemande se redresse depuis maintenant quelques années alors que la TVA sociale n’est en place que depuis début 2007. Quant au bouclier fiscal, je ne vois pas en quoi il favorise la croissance. Au fait, la réorganisation à marche forcée des entreprises allemandes n’aurait-elle rien à voir ? Les délocalisations massives vers les pays de l’Est, pour se concentrer sur l’assemblage final, seraient-elles pures coïncidences ? Prendre appui sur l’exemple allemand pour parler du pouvoir d’achat n’est peut-être pas une si bonne idée. En effet, si les entreprises allemandes ont reconstitué leurs profits, c’est au prix d’une rigueur salariale sans équivalent en Europe, qui contribue largement à l’atonie de la demande intérieure allemande, voire européenne. Cette rigueur salariale est d’ailleurs en train de causer d’importantes tensions sociales en Allemagne.
Nicolas Bouzou a réaffirmé la nécessité de fiscaliser le financement de la protection sociale à l’aide de la TVA sociale, pour faire baisser le coût du travail. Il oublie que la protection sociale est, pour environ un tiers, déjà financée par l’impôt via la CSG. S’il n’est pas illogique de financer la protection sociale par l’impôt, encore faut-il que cet impôt soit juste et progressif … c’est-à-dire l’inverse de la TVA ! Ainsi, au Danemark, l’impôt sur le revenu est beaucoup plus élevé qu’en France (de même que la TVA d’ailleurs).
Pour finir en beauté, une petite « Marseillerie »…
Selon Jacques Marseille, l’indice des prix calculé par l’INSEE est inefficace car il traduit l’évolution d’un panier moyen qui diffère des achats de chaque foyer. Sans blague !? C’est le problème de toute moyenne (salaire moyen, …). Que faire ? Calculer un indice des prix par famille ? Si l’on veut faire des analyses macroéconomiques, il faut bien raisonner sur des chiffres moyens, tout en connaissant leurs imperfections et en cherchant à les améliorer.
Franchement, quand on regarde ce genre de débat, on n’a qu’une envie : rester en vacances !
PP
15:32 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Protection sociale, Impôts, TVA sociale, Wauquiez, Jacques Marseille, Nicolas Bouzou, Pouvoir d'achat
30 août 2007
Rions un peu...
Les observateurs de la vie politique ne manquent pas de s’interroger sur l’inexistence de nos ministres, à commencer par le premier d’entre eux.
Il faut dire que, dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est pour dire des c….. des choses qu’ils regrettent par la suite.
Voici un petit florilège (non exhaustif) des interventions remarquables de ceux qui sont censés nous gouverner.
A tout seigneur (enfin presque), tout honneur …François Fillon, lors de sa récente intervention sur TF1, a affirmé que l’Espagne regrettait d’avoir régularisé un grand nombre de sans-papiers. Le premier ministre espagnol José-Luis Zapatero l’a sommé de rectifier ses propos, en affirmant que l’Espagne ne regrettait rien… Ambiance.
Bernard Kouchner, après son voyage en Irak, s’est exprimé dans la presse en faveur du remplacement du premier ministre irakien Al-Maliki. Il a dû s’excuser le lendemain, tout en prétextant que l’on avait mal interprété ses propos. Heureusement que depuis l’affaire libyenne, il commence à avoir l’habitude des explications emberlificotées.
Christine Lagarde a affirmé que la crise financière n’impacterait pas les prévisions de croissance de 2,5%. Quelques jours plus tard, elle a affirmé avec la même certitude qu’elle ne …savait pas si la croissance atteindrait les 2,5 %.
Le député UMP Gilles Carrez a, quant à lui, une méthode infaillible pour atteindre l’objectif fixé. Il l’a dit dans La Tribune du 24/08 : « Il nous faut croiser les doigts pour que la France enregistre l’an prochain 2,5% de croissance. ». On pouvait s’attendre, de la part du rapporteur du Budget à l’Assemblée, à des propositions de subtils ajustements macroéconomiques…Tout ça, c’est bon pour les archaïques, les intellectuels. L’UMP préconise des moyens beaucoup plus « modernes ». Croiser les doigts, fermer les yeux, serrer les fesses, toucher une patte de lapin… les moyens de relancer la croissance ne manquent pas ! Il faudra en parler à Jacques Attali, cela lui donnera sans doute des idées pour sa commission chargée d’identifier les freins à la croissance.
Quant au député Hervé Mariton (UMP bien sûr), toujours dans La Tribune du 24/08, il se veut rassurant à propos du Budget 2008: « Il n’y a pas le feu, mais les marges sont consommées ». En cent jours ! Bravo Mr le Président. Bien entendu, le bricolage en catastrophe de « l’impôt plancher » n’a rien à voir avec ce dramatique constat !
PP
09:00 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Fillon, Kouchner, Largarde, Croissance, Impôts
12 juillet 2007
Inégalités...
Les réformes fiscales menées par les gouvernements Villepin et Fillon s’attaquent en priorité aux trois principaux impôts progressifs : l’impôt sur le revenu, les droits de succession et l’impôt sur la fortune. Par exemple, la « simplification » du barème de l’impôt sur le revenu (réduction du nombre de tranches, suppression de l’abattement de 20%) va coûter 5 milliard d’Euros à la collectivité dont 4,5 vont profiter aux 5% les plus riches.
Le raisonnement sous-jacent est en apparence solide : la baisse des prélèvements progressif devrait encourager l’activité et l’investissement, et engendrer au final des recettes fiscales plus importantes. Ce raisonnement n’est pas nouveau, puisqu’il a été appliqué par … Ronald Reagan dans les années 1980, avec un résultat catastrophique. En effet, les finances publiques américaines ont enregistré des déficits abyssaux ! Pour ma part, je pense que les mêmes causes produisent les mêmes effets…
Les hérauts de la modernité s’inspirant de techniques éculés des années 1980, cela pourrait être prétexte à une franche rigolade ! Malheureusement, on rit jaune lorsqu’on se rend compte que leurs « bricolages » vont amputer le financement de politiques publiques.
Les politiques publiques ont un rôle majeur à jouer dans la réduction des inégalités, donc le maintien de la cohésion sociale. Contrairement au raisonnement des libéraux, le développement des inégalités n’est pas source de motivation pour les plus pauvres. Il contribue plutôt à la rupture du contrat social, au chacun pour soi et à la montée des tension sociales.
Quelques chiffres qui traduisent la réalité des inégalités en France :
* Les 30 % des ménages les plus aisés reçoivent 52% du total des revenus, alors que les 30% les plus pauvres n’en perçoivent que 13%.
* Les 10 % des ménages les plus aisés reçoivent 25% du total des revenus, mais possèdent 46 % du patrimoine des ménages.
* Le taux de pauvreté (défini comme la part de la population vivant avec moins de la moitié du revenu médian) est certes passé de 12 % en 1970 à 6% aujourd’hui, mais il faut souligner qu’il est stable depuis 1990.
* En 2006, Porsche a vendu 2.7 fois plus de voitures chez nous qu’en 2000, tandis que Mercedes avait progressé de 35% et BMW de 29% dans un marché automobile pourtant en recul de 6%.
* Entre 1977 et 2003, la probabilité qu’un fils de cadre occupe une position sociale supérieure à celle d’un fils d’ouvrier est passée de 74% à 78 %
* Seuls 10% des fils d’ouvriers occupent une profession intellectuelle supérieure.
* 23 % des enfants d’ouvrier sont en surpoids contre 9,8 % chez les enfants de cadres.
* 8,5 % des enfants d’ouvrier ont au moins deux dents cariées non soignées contre 0,5% chez les enfants de cadres.
15:38 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : impôts, inégalités


