29 mars 2008

Régulation

L'administration Bush propose de réformer en profondeur le mode de régulation de l'industrie financière américaine en donnant des pouvoirs accrus à la Réserve fédérale.
Selon un document de 26 pages que s'est procuré vendredi l'Associated Press, ce plan propose de faire de la Fed le premier régulateur de la stabilité du marché en étendant considérablement ses compétences. La banque centrale américaine pourrait désormais examiner non plus seulement les banques commerciales, mais tous les segments de l'industrie des services financiers.

Le plan, qui doit être officiellement dévoilé lundi lors d'un discours du Secrétaire au Trésor Henry Paulson, propose également de consolider l'actuel système de régulation bancaire.
La Fed deviendrait le "régulateur de la stabilité du marché" et disposerait de nouveaux pouvoirs pour rassembler des informations sur une vaste chaîne d'institutions afin que la banque centrale puisse mieux détecter d'éventuels menaces pour l'économie américaine.
Un organisme de régulation serait également chargé de surveiller les institutions financières fonctionnant à l'aide de garanties du gouvernement, tels que les assurances de dépôt pour les banques. Un autre régulateur serait chargé des questions de protection du consommateur.

Le plan prévoit enfin la fermeture de l'Office de supervision économique, chargé de contrôler les institutions économiques, et le transfert de ses fonctions à l'Office du contrôleur de la monnaie, qui régule les banques. La distinction entre les banques et les institutions économiques disparaîtrait également.

Ce plan ne devrait pas manquer d'être décortiqué par le Congrès et le monde de la finance, qui ont par le passé résisté aux précédents plans de réforme des mécanismes de régulation.
Le monde de la finance serait-il arc-bouté sur ses avantages acquis ? Moi qui croyais que le corporatisme était réservé aux syndicalistes obtus !

PP

26 mars 2008

Face, je gagne. Pile, tu perds...

L'actuelle crise financière puise en grande partie son origine dans le système "déraisonnable" des primes aux banquiers qui les pousse à prendre trop de risques, estime le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz dans une interview publiée lundi dans le quotidien britannique The Independent.

"Le système des indemnités a très certainement contribué d'une manière importante à la crise. Il a été conçu pour encourager la prise de risques mais il a encouragé la prise de risques excessifs. En fait, il les paie à faire des paris", a déclaré l'économiste.

"Quand les choses tournent bien, ils s'en tirent avec des primes énormes. Quand les choses tournent mal, comme maintenant, ils ne partagent pas les pertes. Même s'ils perdent leur emploi, ils s'en sortent avec d'importantes sommes d'argent", a-t-il ajouté au quotidien.

Selon l'Independent, les bonus accordés cette année aux banquiers de la City dépasseront les six milliards de livres (7,7 milliards d'euros) en dépit de dépréciations d'actifs bancaires qui s'élèvent jusqu'à présent à plus de 60 milliards de livres (77 milliards d'euros) en raison de la crise du crédit.

"La solution n'est pas tant de plafonner les primes mais de faire en sorte que les pertes soient partagées, tout comme les bénéfices, par exemple bloquer les primes pendant dix ans: s'il y a des pertes la deuxième, la troisième ou la quatrième année, les primes seraient réduites de manière appropriée", a poursuivi l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale.

Le Prix Nobel 2001 a par ailleurs stigmatisé les autorités de régulation financières qui "n'ont pas fait ce qu'elles auraient dû faire". "Les réglementations elles-mêmes n'ont pas suivi les innovations intervenues sur les marchés financiers", a-t-il estimé.

Les marchés financiers ont été "mauvais dans l'évaluation des risques". "Ils n'ont pas compris la nature du risque systémique (et) sous-estimé les corrélations", a jugé M. Stiglitz.

La politique monétaire ne pourra pas à elle seule dénouer la crise, croit M. Stiglitz, qui ajoute: "Il nous faut une plus importante dose de politique budgétaire afin d'empêcher l'économie de dégringoler."

29 janvier 2008

La Fed en a-t-elle assez « sous le pied » ?

La banque centrale américaine (la « Fed ») entame aujourd’hui une réunion de deux jours, suivie de près par les marchés qui espèrent fermement un nouvel assouplissement résolu de la politique monétaire. Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) se réunit mardi et mercredi pour réexaminer le niveau de son taux directeur, qui est pour le moment fixé à 3,50%.

La semaine dernière, la banque centrale américaine avait déjà baissé son principal taux directeur (celui des « Fed Funds ») de 0.75%, le portant donc à 3.5%.
Cette baisse a pour but de rendre moins chères les liquidités et donc de remettre du carburant dans l’économie pour contrecarrer les effets de la crise financière.
Selon Ben Bernanke, le directeur de la Fed, les pertes liées à la crise financière seraient comprises entre « 100 et 500 milliards de dollars ». On peut admirer la précision…
Ce qui est inquiétant, c’est que, lors des précédentes crises (récession en 1992, bulle internet en 2001) la Fed a été contrainte de baisser ses taux de plus de 5%. Or cette fois-ci, le niveau initial des taux était de 5.5% (voir graphique)


La Fed en a-t-elle assez « sous le pied » ?

PP

22 janvier 2008

La Chine s'y met aussi...

Bank of China devrait annoncer de lourdes dépréciations sur ses investissements dans le subprime aux États-Unis, susceptibles de porter l'établissement dans le rouge en 2007, selon le quotidien South China Morning Post.
Citant des sources bancaires chinoises, le quotidien ajoute que la banque doit annoncer ces dépréciations, constituées sur le quatrième trimestre 2007, à l'occasion de la publication de ses résultats annuels en avril.
Un porte-parole de la Bank of China à Pékin a dit que la banque avait ramené la valorisation son portefeuille de valeurs mobilières liées au crédit immobilier à risque (subprime) de 9,65 milliards en août à 7,95 milliards de dollars en septembre.

Le China Business News, un journal semi-officiel, écrit pour sa part lundi qu'un groupe de travail constitué de responsables de plusieurs organismes gouvernementaux a récemment effectué une évaluation des retombées potentielles de la crise du subprime sur les banques chinoises. « Les conclusions qu'ils ont tirées ne sont pas très positives », écrit le journal, sans donner de sources.
De plus en plus de responsables chinois expriment ouvertement leurs craintes face aux retombées de la crise du subprime alors qu'il était de mise auparavant de dire que le pays était largement immunisé.
Zhang Tao, un haut fonctionnaire de la Banque populaire de Chine, a par ailleurs déclaré dimanche qu'une baisse de la consommation aux États-Unis imputable à l'assèchement du crédit résultant de la crise du subprime affecterait fortement les exportations.

Ceux qui nous répètent que la Chine prendra le relai de la croissance mondiale en cas de défaillance des Etats-Unis vont peut-être enfin réviser leur jugement…
En effet, les Etats-Unis constituent encore et toujours la première économie mondiale. Si elle entre en récession, comme c’est de plus en plus probable, les retombées se feront sentit sur l’ensemble de l’économie mondiale.

De plus, les rumeurs sur l’exposition des banques chinoises à la crise du subprime vont sans doute engendrer beaucoup de remous sur les bourses asiatiques, intrinsèquement plus volatiles que les bourses européennes (mardi, la dégringolade a dépassé 5% à Tokyo, 7% à Shanghaï et 8% par moments à Hong Kong). D’autant plus que ces bourses, notamment les bourses chinoises sont vraisemblablement dans une bulle spéculative. Par exemple, PetroChina, première capitalisation boursière mondiale avait vu son cours augmenté de…163 % le jour de son introduction…

Et la France ? Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde nous répètent que grâce au paquet fiscal, l’économie française résiste mieux que les autres. C’est un peu comme le nuage radioactif de Tchernobyl qui s’était arrêté à nos frontières… La crise des subprime met en jeu la santé financière des plus grandes banques mondiales. On peut penser que les banques françaises ne feront pas exception. Le comportement moutonnier des investisseurs est sans surprise… Alors que le raz de marée de la crise financière s’approche, Christine et Nicolas espèrent l’arrêter avec leur pelle et leur seau (le paquet fiscal représente moins de 1% du PIB, distribué en majeure partie à ceux qui n’en avait pas besoin) !!

C’est tout de même paradoxal…Ce sont les mêmes qui nous serinent que l’on est « dans une économie mondialisée, que l’on ne peut pas faire différemment des autres » lorsqu’il s’agit de justifier la flexibilité ou la baisse des impôts… Dès que ça va mal, il semblerait que nous soyons aussi isolés que l’Albanie communiste !!

PP

10 janvier 2008

Plein emploi...

Je vous soumets ce petit graphique glané sur le blog de Paul Krugman (http://krugman.blogs.nytimes.com/).
Les différentes courbes représentent le taux d’emploi (nombre de personnes en emploi sur le total de la population) des 25-54 ans aux Etats-Unis (courbe bleue), dans l’Union Européenne (courbe rouge).
Devinez à quel pays correspond la courbe verte… Et oui ! C’est la France.
Le mythe du plein emploi américain doit donc être relativisé ! Si le taux de chômage est si faible au Etats-Unis c’est qu’un nombre croissant d’américains renoncent à chercher un emploi car ils ne trouvent que des petits boulots.
En ce qui concerne la France, on peut noter la hausse du taux d’emploi entre 1998 et 2002, période de mise en place des…35 heures. La faiblesse relative du taux d’emploi global (incluant les moins de 25 ans et les plus de 54 ans) est largement due à la mise à l’écart des salariés « âgés ».



PP

15 décembre 2007

Face, je gagne. Pile, tu perds...

Pari gagné pour Goldman Sachs.

La banque d'investissement américaine a enregistré un profit annuel record de 11 milliards de dollars, dont 4 milliards tirés d'un défi audacieux - à l'époque - celui d'estimer que les valeurs mobilières adossées à des prêts immobiliers risqués allaient voir leur valeur baisser, selon des informations obtenues par le "Wall Street Journal". En anticipant ainsi la crise du « subprime », Goldman Sachs a amplement compensé les pertes de 1,5 à 2 milliards de dollars accumulées sur les créances immobilières.

Cette orientation à contre-courant, la banque la doit à trois banquiers aux nez creux : Michael Swenson, Josh Birnbaum et Dan Sparks, qui ont su convaincre leur hiérarchie du bien-fondé de leur stratégie.

Bien vu, messieurs. En plus, l'argent n'a pas d'odeur!

Quoiqu'il en soit, cette anecdote prouve que la crise était prévisible et qu'il aurait peut-être été possible d'en limiter les conséquences.

PP

12 décembre 2007

UBS, Citigroup et les autres...

UBS, la première banque helvétique a fait appel lundi à deux investisseurs internationaux pour renflouer son capital, après avoir annoncé une nouvelle dépréciation d'actifs d'environ 10 milliards de dollars (6,8 milliards d'euros) en raison de la crise du « subprime ». Après une première dépréciation de 4,2 milliards de francs suisses publiée en octobre, qui s'est traduite par une perte nette de 830 millions au troisième trimestre, UBS s'attend de nouveau à plonger dans le rouge. L'établissement helvétique table pour le quatrième trimestre sur une perte, « au lieu d'un bénéfice global comme anticipé », et juge « maintenant possible » une perte nette pour l'ensemble de l'exercice.

Quelque 13 milliards seront levés avec l'arrivée de ces deux nouveaux investisseurs. L'Agence d'investissement du gouvernement de Singapour (« Government of Singapore Investment Corporation », GIC) souscrira à hauteur de 11 milliards de francs suisses d'obligations convertibles. Un second investisseur « stratégique du Moyen-Orient », dont le nom n'a pas été révélé, prendra 2 milliards. Selon les rumeurs de marché, cet investisseur serait basé à Abou Dhabi.

« La situation sur le marché du logement et du crédit hypothécaire à risque aux Etats-Unis n'a cessé de se détériorer et nous avons actualisé nos estimations de perte compte tenu des prix actuellement observés sur le marché américain des titres hypothécaires », a affirmé le directeur général Marcel Rohner. Le groupe suisse n'a pas échappé à la perte de valeur des titres adossés aux crédits hypothécaires à risque (« subprime ») qui affecte une grande partie du secteur bancaire mondial depuis l'été. La banque d'affaires américaine Merrill Lynch avait publié fin octobre des résultats amputés par 7,9 milliards de dépréciations d'actifs sur le marché des crédits immobiliers à risque.

La première banque américaine, Citigroup, avait annoncé fin novembre une dépréciation de 3 milliards de dollars au troisième trimestre, suivi de 8 à 11 milliards supplémentaires à prévoir au quatrième trimestre. Citigroup avait également fait appel à des capitaux étrangers, en vendant une part de son capital à Abou Dhabi pour 7,5 milliards. L'investissement sera effectué par l'Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), le fonds d'investissement souverain d'Abou Dhabi, l'un des sept Etats membres des Emirats arabes unis (EAU). L'apport d'argent sera coûteux pour la banque: les titres vendus à l'émirat lui rapporteront un rendement annuel fixe de 11%, payable chaque trimestre.

Cet appel à la rescousse de l'émirat est une nouvelle preuve du poids financier croissant des EAU, qui grâce à leurs recettes pétrolières gonflées par l'envolée des cours du pétrole, multiplient les investissements dans les grandes sociétés et places boursières internationales depuis quelques mois.

Citigroup pourrait encore devoir passer pour 11 milliards de dollars de dépréciations et prévoit une nouvelle vague de suppressions d'emplois, après avoir déjà réduit depuis avril ses effectifs de 5%, soit 17.000 personnes. La banque emploie 320.000 salariés dans le monde. Plus encore que d'autres banques, Citigroup s'est brûlé les doigts sur le marché des titres adossés à des créances obligataires à risques, qui ont perdu l'essentiel de leur valeur à cause des défauts de paiements des ménages américains incapables de rembourser leurs emprunts immobiliers. Selon sa concurrente Goldman Sachs, ses malheurs ne devraient pas s'arrêter là et Citigroup pourrait devoir procéder à 15 milliards de dollars de dépréciations supplémentaires au cours des deux prochains trimestres.

La crise des « subprime » a causé des pertes de l'ordre de 80 milliards aux principales banques américaines, mais aussi aux banques européennes, et certains analystes estiment que ce n'est pas fini.

PP

06 décembre 2007

On gèle aux Etats-Unis !

Les Etats-Unis sont-ils en passe de devenir un pays « archaïque », « dirigiste », « anti-marché » ?

Selon l’agence de presse Reuters, le président américain George W. Bush présentera aujourd’hui un plan de soutien au secteur du crédit immobilier qui permettra le gel pendant cinq ans des taux des emprunts souscrits par de nombreux propriétaires individuels, apprend-on de sources financières. Les modalités définitives du plan sont encore en chantier après que l'American Securitization Forum, un groupe qui représente de gros investisseurs sur le marché hypothécaire, eut présenté mardi soir au Trésor les grandes lignes du dispositif permettant un gel des taux de grande ampleur. Selon les sources, qui ont eu connaissance des modalités du texte, celui-ci s'appliquera aux emprunts immobiliers à risque, dits « subprimes », conclus entre le 1er janvier 2005 et le 31 juillet 2007 et dont les taux sont susceptibles d'être relevés entre le 1er janvier prochain et juin ou juillet 2010.

Quelque 1,8 million de propriétaires américains (sur un total de 3,2 millions de foyers qui, entre 1994 et 2005 ont contracté un emprunt « subprime ») seraient exposés à une revalorisation importante des taux de leur prêt immobilier pour la seule année prochaine, a fait savoir la Réserve fédérale. On craint en haut lieu qu'un demi-million d'emprunteurs soient en danger de perdre leur logement. Tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans.

En 2006, 40% des crédits hypothécaires accordés relevaient de la catégorie « subprime ». Pour maintenir le flux d’affaires dans un marché qui ralentissait, les établissements ont prêté dans des conditions de plus en plus risquées. La plupart de ces prêts sont à taux ajustable, contrairement aux prêts « prime », essentiellement à taux fixes. En outre les prêteurs ont multiplié les ruses pour faire baisser le coût apparent du crédit : 25 % des prêts ne comprenaient pas de remboursement de capital les premières années, dans certains cas les taux annoncés les deux premières années sont excessivement faibles (« teaser rate »),…Une fois la période de promotion passé, la charge de la dette peut exploser du jour au lendemain de 25% ou même 50%.

L'objectif du plan de la Maison Blanche est avant tout de venir en aide aux emprunteurs capables d'honorer leurs échéances aux taux actuels mais qui risquent de se trouver en situation de défaut si le taux de leur emprunt est relevé. Les propriétaires, dont on pense qu'ils présentent un risque de crédit raisonnable mais qui ne peuvent soutenir la dépense de leur prêt à des taux plus élevés, pourraient prétendre à bénéficier d'une procédure accélérée de renégociation de leur prêt, assortie d'un gel des taux d'intérêt pendant cinq ans.

Après le Royaume Uni qui avait volé au secours de la banque Northern Rock en garantissant exceptionnellement l’intégralité des dépôts, voila donc les Etats-Unis qui dérogent à la sacro-sainte règle d’or du marché. Ce n’est d’ailleurs pas première fois, puisque dans les années 80, l’Etat fédéral avait renfloué les caisses d’épargne en faillite (pour un coût total de 150 milliards de dollars pour les contribuables américains).

A priori une telle mesure ne me choque pas. En revanche, je me demande qui prendra en charge le coût de cette mesure. En effet, le gel des taux engendrera un manque à gagner pour les prêteurs, et donc pour les investisseurs qui ont racheté ces prêts par le biais de la « titrisation ». Si le différentiel est pris en charge par l’Etat américain, cela signifiera une nouvelle fois que l’on « socialise les pertes du marché ». Les contribuables paieront (encore) les pots cassés des risques inconsidérés pris par les « créateurs de valeur » et autres as de la finance. En effet, une règle de base veut qu’un taux de rendement élevé soit la contrepartie d’un risque élevé. Les investisseurs qui ont acheté les produits financiers associés aux « subprime » qui affichaient des taux de rendement mirobolants, devaient bien se douter qu’ils prenaient des risques. Aujourd’hui, il se trouve que le risque en question s’est concrétisé, il serait donc logique qu’ils assument leur part de ce risque, qu’ils ont contribué à diffuser largement dans l’économie mondiale. Si ceux qui prennent des risques savent qu’ils n’en paieront pas toutes les conséquences, ils ne peuvent qu’être enclins à en prendre toujours plus. C’est ce que l’on appelle « l’aléa moral ».

PP

15 novembre 2007

Dynasties

Il y a quelques semaines, Christina Kirchner, a été élue présidente de l’Argentine. Elle succède a un certain… Nestor Kirchner qui n’était autre que son mari. Je ne porte bien sûr pas de jugement sur les compétences de Mme Kirchner dont je ne connais pas l’action politique. En revanche je suis tout de même un peu surpris de cette succession familiale (certes après des élections démocratiques) à la tête d’un pays.
De même, aux Etats-Unis, il existe une probabilité non négligeable pour qu’Hillary Clinton soit la candidate démocrate à la présidence, 8 ans après la fin du deuxième mandat de son mari. Si elle est élue, elle succédera à Georges W. Bush qui a lui même pris la suite de son papa.
On assiste en quelque sorte à l’émergence de nouvelles dynasties de dirigeants dans des pays démocratiques. Est-ce vraiment dû au charisme et aux compétences de leurs membres ? Où y-a-t-il d’autres raisons moins avouables ?
On peut noter que l’Argentine est un des pays du monde où les inégalités sont les plus fortes (après le Brésil). En effet, dans ce pays la part du revenu des 20 % les plus pauvres est de moins de 3% dans le total des revenus, contre environ 8 % en France et plus de 9% en Suède. La crise des années 90 a exacerbé les inégalités déjà importantes. Les Etats-Unis sont eux aussi un pays très inégalitaire où la mobilité sociale est beaucoup plus faible que le voudrait le mythe du «rêve américain ». Selon une étude de l’Economic Mobility Project, la mobilité économique (mesurée par l’écart entre les revenus des enfants et ceux de leurs parents au même âge) est 1.5 fois plus forte en Allemagne, 2.5 fois au Canada, en Norvège, en Finlande et 3 fois au Da nemarl (mais seulement 1.2 fois en France).
Quel est le rapport avec le début de mon propos, me direz-vous ?
J’y viens… Dans une société inégalitaire, les plus favorisés ont une capacité d’influencer le peuple que ce soit par un accès aux médias, aux financements… Il en résulte une concentration du pouvoir entre leurs mains et de moindres opportunités pour les moins favorisés pour « mettre le pied dans la porte » et développer d’autres idées.

PP

10 août 2007

Quand l'immobilier va...

Quelques remarques sur la crise qui secoue les marchés financiers depuis quelques jours…

La créativité des établissements de crédit
Tout a commencé fin 2006 avec l’annonce d’un taux anormalement élevé de défaillance de remboursements des crédits immobiliers dits « subprime » aux Etats-Unis. Le marché du crédit « subprime » - par opposition aux crédits « prime », réservés aux clients plus solvables – a explosé aux Etats-Unis ces dernières années. S’il ne représente que 12% du stock total de créances hypothécaires, sa part n’a cessé d’augmenter dans les flux de nouveaux crédits. En 2006, 40% des crédits hypothécaires accordés relevaient de cette catégorie. Pour maintenir le flux d’affaires dans un marché qui ralentissait, les établissements ont prêté dans des conditions de plus en plus risquées. La plupart de ces prêts sont à taux ajustable, contrairement aux prêts « prime », essentiellement à taux fixes. En outre les prêteurs ont multiplié les ruses pour faire baisser le coût apparent du crédit : 25 % des prêts ne comprenaient pas de remboursement de capital les premières années, dans certains cas les taux annoncés les deux premières années sont excessivement faibles (« teaser rate »),…Une fois la période de promotion passé, la charge de la dette peut exploser du jour au lendemain de 25% ou même 50%. De plus, aux Etats-Unis, l’octroi d’un prêt est déterminé avant tout par la qualité de la garantie, c’est-à-dire par la valeur du bien acquis. Ainsi, le lien entre les capacités d’emprunt des ménages et leurs revenus se distend, contrairement à des pays « archaïque » comme la France où les prêts sont accordés en fonction de la solvabilité des ménages.

Les joies de la « société de propriétaires »
Le pire est sans doute à venir : la fin des « périodes de promotionnelle » de deux ans des prêts « subprime » contractés à partir de 2005. Après deux ans de taux artificiellement bas, les conditions sont révisées à la hausse. Certes, les ménages ayant contracté ces prêts espéraient pouvoir les renégocier au bout de deux ans, en pariant notamment sur un maintien des taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas. Ou bien ils auraient revendu leur maison, en encaissant une belle plus-value. De tout cela, il n'est plus question. Du coup, avec la révision des taux, ces ménages, aux finances déjà serrées, devront bientôt débourser entre 250 et 450 dollars de plus chaque mois en moyenne.
Or deux ans après 2005, on arrive aujourd'hui à échéance. Et octobre sera, selon Credit Suisse, le mois qui verra le plus grand nombre de ces prêts révisés à la hausse. Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans.
Que va-t-il se passer ? Sans doute une nouvelle vague de défauts qui engendrera un nouvel afflux de maisons à vendre sur le marché. Or il y aurait déjà 1,7 million de foyers qui pourraient perdre leurs actifs immobiliers faute de pouvoir rembourser un subprime (sur un total de 3,2 de foyers qui, entre 1994 et 2005, en ont contracté un). Actuellement en baisse, les prix de l'immobilier ne pourront que déprimer davantage, d'autant qu'il y a déjà un stock total de 900.000 maisons ne trouvant pas preneur.
Bref, si, pour l'instant, les prix, dans les dix plus grandes villes américaines, ont reculé d'environ 3 % depuis leurs sommets de l'été dernier, ils pourraient, selon les experts, perdre de 15 à 20 % dans les deux ou trois ans à venir...
Georges Bush voulait une société de propriétaires (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) ! A quel prix !

Le château de cartes
Après New Century (spécialiste du « subprime ») en avril, voilà American Home Mortgage qui annonce son dépôt de bilan… Dixième établissement de crédit immobilier aux Etats-Unis, avec 59 milliards de dollars de prêts consentis en 2006, l'entreprise avait pourtant pour particularité de ne pas être spécialisée dans le "subprime". American Home proposait des prêts immobiliers connus aux États-Unis sous le nom de "Alt-A", une catégorie intermédiaire entre le « subprime » et les crédits accordés à des emprunteurs présentant de meilleures garanties, ainsi que des prêts à taux variable. Elle agissait également en tant qu'investisseur sur le marché de la revente de crédits immobiliers et sur celui des obligations foncières.
Et ça ne fait sûrement que commencer ! Les défauts de paiement dans le crédit immobilier sont devenus plus fréquents chez les emprunteurs de la catégorie juste au-dessus du « subprime », déclare l'assureur American International Group.
Les Bourses européennes n’échappent pas aux remous, en réaction à un brusque regain de tension sur les marchés du crédit, qui a obligé la BCE à injecter près de 95 milliards d'euros de liquidités. Ce regain de tension a été provoqué par l'annonce de la fermeture temporaire, par BNP Paribas, de trois fonds impossibles à valoriser du fait de la crise du marché hypothécaire américain puis alimenté par des rumeurs de difficultés, démenties, de la banque allemande WestLB. La convocation par la Bundesbank d'une réunion pour la mise en place d'un pool bancaire visant à renflouer IKB a également joué.
« L'histoire BNP a jeté un froid. Et s'il y a BNP, il va y en avoir d'autres. A quoi se sont ajoutées les rumeurs sur WestLB, la convocation des banques allemandes par la Bundesbank et les annonces de la BCE qui montrent que les autorités monétaires sont inquiètes », commente un professionnel.
« Il n'y a pas encore de panique mais les gens se protègent de partout », ajoute-t-il.
« C'est la course au cash, en dollars comme en euros », constate Nick Parsons, responsable de la stratégie marchés chez nabCapital à Londres. « Les liquidités se tarissent sur le marché et les financements en général deviennent plus difficiles, du coup les investisseurs qui ne peuvent plus compter sur des facilités de crédit cherchent à se financer sur le marché cash. Cela pousse les taux à la hausse sur le marché monétaire. »
Après les banques et les Bourses mondiales, la crise fait aussi chuter les cours du pétrole, en incitant les spéculateurs en quête d'argent frais à liquider leurs positions. De nombreux fonds exposés aux difficultés des subprimes chercheraient en effet à couvrir leurs pertes en liquidant leurs positions sur les marchés des matières premières.
« C'est un effet de contagion: ce qui se passe sur les marchés boursiers et des capitaux a causé un assèchement des liquidités, obligeant plusieurs acteurs comme les hedge funds (fonds spéculatifs) à quitter le marché de l'énergie et à liquider leurs positions », explique John Kilduff, analyste chez MF Global.
C’est rassurant de voir à quel point le calme et la pondération régissent les marchés financiers !!

La libéralisation financière au service de l’instabilité
Comment expliquer une telle contagion de la crise du marché immobilier américain ? Certes l’économie américaine est la plus importante du monde et « lorsque les Etats-Unis s’enrhument, le reste du monde éternue », mais à mon avis cela n’explique pas tout.
Je pense que c’est une nouvelle fois la libéralisation financière qui a joué un rôle majeur dans cette crise.
Aux Etats-Unis, les crédits hypothécaires sont en majorité titrisés : au lieu de rester dans le bilan des banques, ils sont le plus souvent vendus à un organisme financier qui, après les avoir regroupés, émet en contrepartie des titres de dettes négociables sur les marchés financiers. Titriser un emprunt, c’est le transformer en titre de dette, une obligation, que tout investisseur peut acheter ou vendre à tout moment. Le marché des titres hypothécaires est aujourd’hui le plus gros marché obligataire, devant celui des bons du Trésor américain.
Un des avantages de la titrisation est de permettre une meilleure répartition des risques : le risque de défaut des emprunteurs ne repose plus uniquement sur les banques, mais sur une multitude d’investisseurs internationaux.
Le revers de la médaille n’est toutefois pas négligeable : en mutualisant les risques, la titrisation conduit à être moins regardant sur les risques individuels. Mais en sortant des bilans des banques, le risque immobilier n’a pas disparu pour autant. S’il est plus largement réparti, son évaluation est désormais soumise aux changements d’appréciation brutaux des marchés financiers. Quand les défauts se multiplient (comme c’est le cas aujourd’hui), la défiance des investisseurs fait exploser la rémunération demandée et se transmet aux autres marchés financiers.
Ce qui se passe aujourd’hui est une preuve supplémentaire de l’accroissement des risques que fait peser la finance libéralisée et mondialisée sur l’économie mondiale. La course au profit à court terme que se livre les établissements financiers les conduit à prendre des risques mal maîtrisés, se réfugiant derrière des outils « sophistiqués » qui ne font que rendre plus opaque encore le système.
Faudra-t-il attendre l’explosion du système avant de chercher à le réguler ?

PP