24 avril 2008
OGM et Marché du travail
Dans une précédente note, j’évoquais l’indignation de Bernard Accoyer (président de l’Assemblée Nationale) qui s’en prenait à ceux qui « veulent une France sans aucun OGM, sans progrès ». Selon lui, on a « rarement vu un lobby, celui des anti-OGM, agir avec autant d’intensité ». Celui qui se présente comme un « scientifique » (on ne rigole pas) oubliait de rappeler les propos édifiants de Jean-François Le Grand (sénateur UMP) : « Certains ont fait main basse sur l’UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques(…) La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale ». A lobby, lobby et demi !
Et ce n’est pas tout, dans le Canard Enchaîné de cette semaine, on apprend qu’un certain nombre de députés ont reçu une lettre (datée du 14 mars) et signée par tous les syndicats de défense des intérêts des semenciers (Monsanto et Limagrain en tête). Cette missive avait pour objectif d’inciter ces députés, choisis pour leur « compréhension du sujet », à proposer des amendements aux petits oignons (génétiquement modifiés). On peut citer l’abandon de « l’obligation faite à l’exploitant d’informer préalablement aux semis, les exploitants des parcelles entourant les cultures OGM ». Sans doute pour favoriser les relations de bon voisinage entre agriculteurs ! Pour les mêmes raisons, la publication de l’emplacement des parcelles OGM est désormais oubliée. Bien sûr, le fait que les amendements proposés par les députés UMP reprennent mot pour mot le texte de la lettre des semenciers n’est que pure coïncidence. C’est bien connu, les grands scientifiques utilisent tous les mêmes mots !
Autre sujet d’énervement (hélas, ils sont nombreux ces temps-ci) : les propos de Laurence Parisot (présidente du Medef) sur la modernisation du marché du travail. Selon elle, le processus « n’en est qu’au début. Il va falloir continuer à s’adapter à la globalisation. » Et quand est-ce qu’on s’arrête ? Au niveau des chinois, des indiens, des philippins…
Concernant l’indemnisation des demandeurs d’emplois : « On sait très bien qu’il y a des abus. La question est de savoir quels sont les procédures, les contrôles et les sanctions qu’on doit mettre en place pour mettre fin à ces abus ? ». Tiens, c’est bizarre, je me pose la même question pour la caisse noire de l’UIMM ! Mais c’est vrai que le Medef n’a rien à voir avec ces gens-là. Le Medef ce sont des patrons bio et l’UIMM, des patrons OGM (Obsédés par le Gros Magot).
Pour augmenter le pourvoir d’achat, il faut « baisser le niveau des prélèvements obligatoires qui est en train d’étouffer la compétitivité des entreprises ». La répétition mécanique de ce discours convenu a quelque chose de pathétique.
Et si c’était le manque d’investissement qui dégradait la compétitivité des entreprises ? Et si c’était le manque de vision de nos « grands » patrons, obsédés par la compétitivité fondée sur les coûts ? Ne pourrait-on pas envisager de s’en sortir par le haut, par la recherche, par l’innovation plutôt que d’essayer de lutter sur leur terrain avec les pays à bas salaire ?
PP
00:33 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : OGM, Environnement, Monsanto, Accoyer, emploi, libéralisation, mondialisation
14 avril 2008
Environnement, OGM, Monsanto
Total veut bien de la taxe carbone à condition qu’elle « ne tue pas la compétitivité ». Shell menace de stopper ses investissements en Europe si les « droits à polluer » (quotas d’émission de carbone) distribués par l’Union Européenne deviennent payants.
Alors que les entreprises mettent en avant leur « responsabilité environnementale », on s’aperçoit qu’il y a un fossé entre les déclarations d’intention et la pratique. Tant que l’on en reste au niveau des « chartes de bonne conduite », tout va bien, mais dès qu’il s’agit de faire face à ses responsabilités, c’est le bon vieux réflexe du chantage aux emplois qui refait surface. En tant que personnes morales, les entreprises ont une responsabilité face à l’environnement et cette responsabilité a un coût qu’elles ne doivent pas esquiver. Encore une fois, le pire serait de faire supporter l’intégralité des coûts à la collectivité (via l’impôt ou une TVA « environnementale »), alors que les bénéfices seraient, eux, privatisés.
Autre sujet lié à l’environnement : les OGM. Et qui dit « OGM » dit forcément « Monsanto ».
A ce sujet le sénateur (UMP !!) Jean-François Le Grand a tenu des propos édifiants : « Certains ont fait main basse sur l’UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques(…) La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale ».
Dimanche 13 avril, dans le journal Aujourd’hui, Bernard Accoyer (président de l’Assemblé Nationale), tente de rétablir la bonne parole. Selon lui, « Depuis qu’il y a des fauchages illégaux(…) Tout l’avenir de notre recherche, de nos médicaments, de la lutte contre la mucoviscidose, contre certaines maladies orphelines ou certains cancers est remis en cause(…) Pendant ce temps-là, les surfaces d’OGM cultivées dans le monde augmentent chaque années de plus de 20%. C’est à ce jour l’une des meilleures solutions pour relever le défi de l’alimentation de l’humanité. » (voir plus bas). Et de fustiger ceux qui « veulent une France sans aucun OGM, sans progrès » ! Il ne faudrait pas pousser beaucoup plus loin cette remarquable finesse dialectique pour rendre responsables les anti-OGM de la faim dans le monde, des maladies orphelines, du cancer…et pourquoi pas la faiblesse de la croissance économique et du pouvoir d’achat ?
Lui qui se targue de lire régulièrement la presse scientifique, il a dû sauter quelques pages !! En effet, je trouve Bernard Accoyer un peu approximatif dans ses raisonnements. Ainsi, je ne vois pas bien le rapport entre le fait d’autoriser la culture du maïs transgénique « MON810 » et la lutte contre les maladies orphelines ! Je demande donc à ce brillant scientifique de bien vouloir éclairer ma lanterne…
Dans son documentaire « Le monde selon Monsanto », Marie-Monique Robin dévoile un certain nombre de pratiques édifiantes de cette société qui se présente volontiers comme « au service des agriculteurs » et qui n’est pas avare en « charte de bonne conduite » et autres engagements qui n’engagent que ceux qui y croient.
Par exemple, on pourrait penser que la mise sur le marché d’une semence OGM fait l’objet de tests sur plusieurs années, à l’image des tests cliniques des médicaments soumis à AMM. Eh bien, il semblerait que non, seuls quelques mois de tests en laboratoire suffisent à « valider » une semence OGM.
De plus, Monsanto a été à plusieurs reprises épinglée pour avoir falsifié des résultats de tests, notamment concernant la toxicité de certains de ses produits.
Monsanto est également spécialiste des pressions sur les politiques. Il semblerait que cela se soit vérifié à nouveau lors du débat français sur les OGM à l’Assemblée Nationale.
Aux Etats-Unis, de nombreux responsables de la FDA (agence fédérale de contrôle sanitaire, dont le rôle en la matière est l’équivalent de l’AFSSA pour les aliments) sont issus de Monsanto et certains on fait l’aller-retour entre Monsanto et l’organisme public…sans bien sûr qu’il y ait conflit d’intérêt !
Si les pressions sur le personnel politique peuvent être « amicales », celles auprès des paysans le sont moins. Monsanto a mis sur pied une sorte de « police des semences », qui contrôle que les paysans pour vérifier qu’il s’approvisionne bien chez Monsanto et ne sont pas tentés de conserver une partie de leur récolte pour la semer la saison suivante. Monsanto organise même la délation en proposant d’appeler un numéro vert (0800-ROUNDUP) pour dénoncer un voisin qui ne respecterait pas la règle.
Les OGM sont censés aider les pays du tiers monde en leur permettant d’atteindre des rendements supérieurs en diminuant la facture de pesticides. Or il se trouve que les résultats ne sont pas conformes aux promesses. Il est tout de même nécessaire d’arroser copieusement de pesticides les plantes supposées être résistantes aux parasites. Dans le documentaire de Marie-Monique Robin, un paysan indien montre une carte constellée, par endroit, de petites têtes de mort. Chaque tête de mort représente un paysan qui s’est suicidé parce qu’il n’arrivait plus à honorer ses factures de semences. Bizarrement, les zones recouvertes de têtes de mort correspondaient aux zones où les paysans utilisaient majoritairement des semences de soja transgéniques…
PP
09:55 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : OGM, Environnement, Monsanto, Accoyer
25 mars 2008
Le blé a les dents acérées
Précision à destination des moins de 20 ans et des fans de Didier Barbelivien : le titre de cette note est une référence à la chanson "Argent trop cher" de Téléphone.
Il n’y a pas que le baril de pétrole qui augmente...
Depuis octobre 2006, le prix du blé a presque doublé sur le marché de référence de Chicago, avec les répercussions que l’on sait sur le prix de certaines denrées alimentaires (pain, pâtes…).
Les raisons invoquées ? Le climat et les chinois (quand quelques chose ne va pas, c’est toujours un peu de leur faute).
Le climat parce que la sécheresse induit de mauvaises récoltes, donc une baisse de l’offre, donc une hausse des prix (un raisonnement que ne renierait pas Jean-Marc Sylvestre !)
Les chinois, parce que leur habitudes alimentaires changent. Alignant leur mode de vie sur celui des occidentaux, ils ont tendance à remplacer le riz par le blé. La demande augmente, donc les prix augmentent (Jean-Marc Sylvestre, sors de ce corps !).
Donc tout est simple…
Sauf que…on oublie un facteur au moins aussi important que les deux autres : les biocarburants, ou plutôt les agro-carburants. Le gouvernement français veut qu’au moins 7% des carburants soient des agro-carburants (diester, éthanol). Pour cela, il a accordé plus de 1 milliard d’Euros d’aides aux agriculteurs pour les inciter à produire des agro-carburants. La plupart des gouvernements européens font de même et les Etats-Unis ne s'en privent pas non plus.
Alors qu’on mange de plus en plus de céréales, on en réserve une part croissante pour …nos voitures ! L’impact ne se retrouve pas seulement sur le prix du pain, mais aussi sur celui des produits laitiers, car les éleveurs abandonnent la production laitière et se convertissent aux agro-carburants.
Pour produire l’équivalent d’un « plein » d’un 4x4, il faut une quantité de céréales qui suffirait à nourrir un être humain pendant un an… La compétition pour les céréales entre les 800 millions d'automobilistes qui veulent maintenir leur mobilité et les 2 milliards d'humains les plus pauvres qui cherchent simplement à survivre est en train d'atteindre un point critique. La hausse des prix alimentaires pourrait conduire à des émeutes urbaines de la faim dans de nombreux pays à bas revenus comme l'Indonésie, l'Egypte, l'Algérie, le Nigeria ou le Mexique…
De plus, les agro-carburants ne pas si « bio » que ça, si on prend en compte les quantités d’eau, de pesticides et d’engrais nécessaires à leur production…
A défaut de remplir nos assiettes, les grands céréaliers se remplissent les poches, c’est déjà ça.
PP
10:00 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Biocarburants, Environnement, Céréales
26 octobre 2007
Sujets d'actualité
Borloo & Grenelle
Hier ou avant hier, j’ai vu Jean-Louis Borloo au journal télévisé de France 2. Il nous présentait les efforts réalisés dans son Ministère pour la préservation de l’environnement. Il était pathétique, en train de s’émerveiller devant des ampoules à basse consommation, ou en simulant une colère en voyant une fenêtre mal isolée…
Plus sérieusement, en conclusion du Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy s’est prononcé en faveur d’une « taxe carbone ». Il s’est toutefois empressé de botter en touche en la conditionnant à une remise à plat intégrale de notre fiscalité et à une réflexion au niveau européen…Ce n’est donc pas pour demain, d’autant plus que les entreprises ne sont pas favorables à une taxe qui pénaliserait leur compétitivité. Il est donc fort probable que cette taxe soit supportée intégralement pas les consommateurs.
Puisque l’on parle de remise à plat de notre fiscalité, il serait peut-être intéressant de remettre en cause sur des exonérations peu favorables à l’environnement : exonération de TIPP sur le kérosène, possibilité d’utiliser du fioul domestique comme carburant dans l’agriculture ou le BTP…Coût : environ 4 milliards d’€ pour le budget de l’Etat.
Le moratoire (provisoire) sur les OGM a été unanimement salué, mais il a été obtenu en échange de concessions sur le développement des agro-carburants et l’abandon d’un objectif chiffré sur la diminution de l’emploi des pesticides. Le bénéfice pour l’environnement des agro-carburants est pourtant (et de plus en plus) largement contesté : augmentation des prix des matières premières alimentaires, accroissement de la consommation de pesticides, déforestation,…
Nathalie Kosciusko-Morizet (Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie), a déclaré ce matin sur France-Inter que «elle était heureuse après la réussite du Grenelle de l’environnement». Je pense ma part que cela ne fait que commencer. Le plus difficile reste à faire : passer des déclarations aux réalisations…et surtout au chiffrage du coût de ce catalogue de mesures…
Internes
Après quelques jours de grèves, les internes en médecine ont gagné ! C’est est fini avec l’encadrement de la liberté d’installation. Désormais, il n’est plus question de déconventionner ceux qui s’installent dans des zones où la démographie médicale est déjà trop élevée. Le gouvernement propose désormais des « incitations », en d’autres termes encore des cadeaux à une profession qui en déjà beaucoup reçus. Nicolas Sarkozy, si prompt d’habitude à dénoncer les corporatismes et les privilèges (par exemple les régimes spéciaux), s’est plié une fois de plus aux désidératas des médecins.
Il faudra bien jour qu’un jour les médecins comprennent qu’ils sont des fonctionnaires. Leurs études sont financées par la collectivité, leur rémunération est financée par nos cotisations sociales. Que cela leur plaise ou non, ils font partie du Service Public. A ce titre, ils doivent intégrer les contraintes que cela implique, notamment en terme de qualité de service sur l’ensemble du territoire.
Nouveau Centre
Après avoir copieusement servi la soupe à l’UMP, le Nouveau Centre s’attendait à un coup de pouce pour faire bouillir la marmite ! Les députés du Nouveaux Centres souhaitaient en effet faire adopter une modification de la loi de financement des partis politiques. Aujourd’hui, pour prétendre à un financement public, un parti doit avoir recueilli au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions. Or la Nouveau Centre n’avait pas satisfait ce critère lors des dernières législatives. Pourtant Hervé Morin n’avait pas ménagé ses efforts en présentant aux législatives, sous l’étiquette Nouveau Centre, sa femme, sa fille, son gendre, son chauffeur, …le beau-frère de son cousin, le cousin de son beau-frère…Un peu plus et Hervé Morin, propriétaire de chevaux, se serait pris pour l’empereur romain Caligula qui voulait nommer son cheval sénateur !
Même les députés UMP se sont rendus compte de l’inconvenance, voire de l’immoralité de cette demande de leurs alliés. La discussion du projet a donc été reportée sine die.
Le Nouveau Centre, ne souhaitait rien d’autre qu’un aménagement rétroactif de la loi pour son propre confort. Quand la médiocrité politique s’allie avec la cupidité…
PP
14:35 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Borloo, Grenelle, environnement, Nouveau Centre, internes, médecins, protection sociale


