25 mars 2008

Le blé a les dents acérées

Précision à destination des moins de 20 ans et des fans de Didier Barbelivien : le titre de cette note est une référence à la chanson "Argent trop cher" de Téléphone.

Il n’y a pas que le baril de pétrole qui augmente...

Depuis octobre 2006, le prix du blé a presque doublé sur le marché de référence de Chicago, avec les répercussions que l’on sait sur le prix de certaines denrées alimentaires (pain, pâtes…).
Les raisons invoquées ? Le climat et les chinois (quand quelques chose ne va pas, c’est toujours un peu de leur faute).

Le climat parce que la sécheresse induit de mauvaises récoltes, donc une baisse de l’offre, donc une hausse des prix (un raisonnement que ne renierait pas Jean-Marc Sylvestre !)
Les chinois, parce que leur habitudes alimentaires changent. Alignant leur mode de vie sur celui des occidentaux, ils ont tendance à remplacer le riz par le blé. La demande augmente, donc les prix augmentent (Jean-Marc Sylvestre, sors de ce corps !).
Donc tout est simple…

Sauf que…on oublie un facteur au moins aussi important que les deux autres : les biocarburants, ou plutôt les agro-carburants. Le gouvernement français veut qu’au moins 7% des carburants soient des agro-carburants (diester, éthanol). Pour cela, il a accordé plus de 1 milliard d’Euros d’aides aux agriculteurs pour les inciter à produire des agro-carburants. La plupart des gouvernements européens font de même et les Etats-Unis ne s'en privent pas non plus.

Alors qu’on mange de plus en plus de céréales, on en réserve une part croissante pour …nos voitures ! L’impact ne se retrouve pas seulement sur le prix du pain, mais aussi sur celui des produits laitiers, car les éleveurs abandonnent la production laitière et se convertissent aux agro-carburants.

Pour produire l’équivalent d’un « plein » d’un 4x4, il faut une quantité de céréales qui suffirait à nourrir un être humain pendant un an… La compétition pour les céréales entre les 800 millions d'automobilistes qui veulent maintenir leur mobilité et les 2 milliards d'humains les plus pauvres qui cherchent simplement à survivre est en train d'atteindre un point critique. La hausse des prix alimentaires pourrait conduire à des émeutes urbaines de la faim dans de nombreux pays à bas revenus comme l'Indonésie, l'Egypte, l'Algérie, le Nigeria ou le Mexique…

De plus, les agro-carburants ne pas si « bio » que ça, si on prend en compte les quantités d’eau, de pesticides et d’engrais nécessaires à leur production…

A défaut de remplir nos assiettes, les grands céréaliers se remplissent les poches, c’est déjà ça.

PP