15.12.2007
Face, je gagne. Pile, tu perds...
Pari gagné pour Goldman Sachs.
La banque d'investissement américaine a enregistré un profit annuel record de 11 milliards de dollars, dont 4 milliards tirés d'un défi audacieux - à l'époque - celui d'estimer que les valeurs mobilières adossées à des prêts immobiliers risqués allaient voir leur valeur baisser, selon des informations obtenues par le "Wall Street Journal". En anticipant ainsi la crise du « subprime », Goldman Sachs a amplement compensé les pertes de 1,5 à 2 milliards de dollars accumulées sur les créances immobilières.
Cette orientation à contre-courant, la banque la doit à trois banquiers aux nez creux : Michael Swenson, Josh Birnbaum et Dan Sparks, qui ont su convaincre leur hiérarchie du bien-fondé de leur stratégie.
Bien vu, messieurs. En plus, l'argent n'a pas d'odeur!
Quoiqu'il en soit, cette anecdote prouve que la crise était prévisible et qu'il aurait peut-être été possible d'en limiter les conséquences.
PP
14:40 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Immobilier, Etats-Unis, Crédit
12.12.2007
UBS, Citigroup et les autres...
UBS, la première banque helvétique a fait appel lundi à deux investisseurs internationaux pour renflouer son capital, après avoir annoncé une nouvelle dépréciation d'actifs d'environ 10 milliards de dollars (6,8 milliards d'euros) en raison de la crise du « subprime ». Après une première dépréciation de 4,2 milliards de francs suisses publiée en octobre, qui s'est traduite par une perte nette de 830 millions au troisième trimestre, UBS s'attend de nouveau à plonger dans le rouge. L'établissement helvétique table pour le quatrième trimestre sur une perte, « au lieu d'un bénéfice global comme anticipé », et juge « maintenant possible » une perte nette pour l'ensemble de l'exercice.
Quelque 13 milliards seront levés avec l'arrivée de ces deux nouveaux investisseurs. L'Agence d'investissement du gouvernement de Singapour (« Government of Singapore Investment Corporation », GIC) souscrira à hauteur de 11 milliards de francs suisses d'obligations convertibles. Un second investisseur « stratégique du Moyen-Orient », dont le nom n'a pas été révélé, prendra 2 milliards. Selon les rumeurs de marché, cet investisseur serait basé à Abou Dhabi.
« La situation sur le marché du logement et du crédit hypothécaire à risque aux Etats-Unis n'a cessé de se détériorer et nous avons actualisé nos estimations de perte compte tenu des prix actuellement observés sur le marché américain des titres hypothécaires », a affirmé le directeur général Marcel Rohner. Le groupe suisse n'a pas échappé à la perte de valeur des titres adossés aux crédits hypothécaires à risque (« subprime ») qui affecte une grande partie du secteur bancaire mondial depuis l'été. La banque d'affaires américaine Merrill Lynch avait publié fin octobre des résultats amputés par 7,9 milliards de dépréciations d'actifs sur le marché des crédits immobiliers à risque.
La première banque américaine, Citigroup, avait annoncé fin novembre une dépréciation de 3 milliards de dollars au troisième trimestre, suivi de 8 à 11 milliards supplémentaires à prévoir au quatrième trimestre. Citigroup avait également fait appel à des capitaux étrangers, en vendant une part de son capital à Abou Dhabi pour 7,5 milliards. L'investissement sera effectué par l'Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), le fonds d'investissement souverain d'Abou Dhabi, l'un des sept Etats membres des Emirats arabes unis (EAU). L'apport d'argent sera coûteux pour la banque: les titres vendus à l'émirat lui rapporteront un rendement annuel fixe de 11%, payable chaque trimestre.
Cet appel à la rescousse de l'émirat est une nouvelle preuve du poids financier croissant des EAU, qui grâce à leurs recettes pétrolières gonflées par l'envolée des cours du pétrole, multiplient les investissements dans les grandes sociétés et places boursières internationales depuis quelques mois.
Citigroup pourrait encore devoir passer pour 11 milliards de dollars de dépréciations et prévoit une nouvelle vague de suppressions d'emplois, après avoir déjà réduit depuis avril ses effectifs de 5%, soit 17.000 personnes. La banque emploie 320.000 salariés dans le monde. Plus encore que d'autres banques, Citigroup s'est brûlé les doigts sur le marché des titres adossés à des créances obligataires à risques, qui ont perdu l'essentiel de leur valeur à cause des défauts de paiements des ménages américains incapables de rembourser leurs emprunts immobiliers. Selon sa concurrente Goldman Sachs, ses malheurs ne devraient pas s'arrêter là et Citigroup pourrait devoir procéder à 15 milliards de dollars de dépréciations supplémentaires au cours des deux prochains trimestres.
La crise des « subprime » a causé des pertes de l'ordre de 80 milliards aux principales banques américaines, mais aussi aux banques européennes, et certains analystes estiment que ce n'est pas fini.
PP
06:39 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Immobilier, Etats-Unis, Crédit
10.08.2007
Quand l'immobilier va...
Quelques remarques sur la crise qui secoue les marchés financiers depuis quelques jours…
La créativité des établissements de crédit
Tout a commencé fin 2006 avec l’annonce d’un taux anormalement élevé de défaillance de remboursements des crédits immobiliers dits « subprime » aux Etats-Unis. Le marché du crédit « subprime » - par opposition aux crédits « prime », réservés aux clients plus solvables – a explosé aux Etats-Unis ces dernières années. S’il ne représente que 12% du stock total de créances hypothécaires, sa part n’a cessé d’augmenter dans les flux de nouveaux crédits. En 2006, 40% des crédits hypothécaires accordés relevaient de cette catégorie. Pour maintenir le flux d’affaires dans un marché qui ralentissait, les établissements ont prêté dans des conditions de plus en plus risquées. La plupart de ces prêts sont à taux ajustable, contrairement aux prêts « prime », essentiellement à taux fixes. En outre les prêteurs ont multiplié les ruses pour faire baisser le coût apparent du crédit : 25 % des prêts ne comprenaient pas de remboursement de capital les premières années, dans certains cas les taux annoncés les deux premières années sont excessivement faibles (« teaser rate »),…Une fois la période de promotion passé, la charge de la dette peut exploser du jour au lendemain de 25% ou même 50%. De plus, aux Etats-Unis, l’octroi d’un prêt est déterminé avant tout par la qualité de la garantie, c’est-à-dire par la valeur du bien acquis. Ainsi, le lien entre les capacités d’emprunt des ménages et leurs revenus se distend, contrairement à des pays « archaïque » comme la France où les prêts sont accordés en fonction de la solvabilité des ménages.
Les joies de la « société de propriétaires »
Le pire est sans doute à venir : la fin des « périodes de promotionnelle » de deux ans des prêts « subprime » contractés à partir de 2005. Après deux ans de taux artificiellement bas, les conditions sont révisées à la hausse. Certes, les ménages ayant contracté ces prêts espéraient pouvoir les renégocier au bout de deux ans, en pariant notamment sur un maintien des taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas. Ou bien ils auraient revendu leur maison, en encaissant une belle plus-value. De tout cela, il n'est plus question. Du coup, avec la révision des taux, ces ménages, aux finances déjà serrées, devront bientôt débourser entre 250 et 450 dollars de plus chaque mois en moyenne.
Or deux ans après 2005, on arrive aujourd'hui à échéance. Et octobre sera, selon Credit Suisse, le mois qui verra le plus grand nombre de ces prêts révisés à la hausse. Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans.
Que va-t-il se passer ? Sans doute une nouvelle vague de défauts qui engendrera un nouvel afflux de maisons à vendre sur le marché. Or il y aurait déjà 1,7 million de foyers qui pourraient perdre leurs actifs immobiliers faute de pouvoir rembourser un subprime (sur un total de 3,2 de foyers qui, entre 1994 et 2005, en ont contracté un). Actuellement en baisse, les prix de l'immobilier ne pourront que déprimer davantage, d'autant qu'il y a déjà un stock total de 900.000 maisons ne trouvant pas preneur.
Bref, si, pour l'instant, les prix, dans les dix plus grandes villes américaines, ont reculé d'environ 3 % depuis leurs sommets de l'été dernier, ils pourraient, selon les experts, perdre de 15 à 20 % dans les deux ou trois ans à venir...
Georges Bush voulait une société de propriétaires (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) ! A quel prix !
Le château de cartes
Après New Century (spécialiste du « subprime ») en avril, voilà American Home Mortgage qui annonce son dépôt de bilan… Dixième établissement de crédit immobilier aux Etats-Unis, avec 59 milliards de dollars de prêts consentis en 2006, l'entreprise avait pourtant pour particularité de ne pas être spécialisée dans le "subprime". American Home proposait des prêts immobiliers connus aux États-Unis sous le nom de "Alt-A", une catégorie intermédiaire entre le « subprime » et les crédits accordés à des emprunteurs présentant de meilleures garanties, ainsi que des prêts à taux variable. Elle agissait également en tant qu'investisseur sur le marché de la revente de crédits immobiliers et sur celui des obligations foncières.
Et ça ne fait sûrement que commencer ! Les défauts de paiement dans le crédit immobilier sont devenus plus fréquents chez les emprunteurs de la catégorie juste au-dessus du « subprime », déclare l'assureur American International Group.
Les Bourses européennes n’échappent pas aux remous, en réaction à un brusque regain de tension sur les marchés du crédit, qui a obligé la BCE à injecter près de 95 milliards d'euros de liquidités. Ce regain de tension a été provoqué par l'annonce de la fermeture temporaire, par BNP Paribas, de trois fonds impossibles à valoriser du fait de la crise du marché hypothécaire américain puis alimenté par des rumeurs de difficultés, démenties, de la banque allemande WestLB. La convocation par la Bundesbank d'une réunion pour la mise en place d'un pool bancaire visant à renflouer IKB a également joué.
« L'histoire BNP a jeté un froid. Et s'il y a BNP, il va y en avoir d'autres. A quoi se sont ajoutées les rumeurs sur WestLB, la convocation des banques allemandes par la Bundesbank et les annonces de la BCE qui montrent que les autorités monétaires sont inquiètes », commente un professionnel.
« Il n'y a pas encore de panique mais les gens se protègent de partout », ajoute-t-il.
« C'est la course au cash, en dollars comme en euros », constate Nick Parsons, responsable de la stratégie marchés chez nabCapital à Londres. « Les liquidités se tarissent sur le marché et les financements en général deviennent plus difficiles, du coup les investisseurs qui ne peuvent plus compter sur des facilités de crédit cherchent à se financer sur le marché cash. Cela pousse les taux à la hausse sur le marché monétaire. »
Après les banques et les Bourses mondiales, la crise fait aussi chuter les cours du pétrole, en incitant les spéculateurs en quête d'argent frais à liquider leurs positions. De nombreux fonds exposés aux difficultés des subprimes chercheraient en effet à couvrir leurs pertes en liquidant leurs positions sur les marchés des matières premières.
« C'est un effet de contagion: ce qui se passe sur les marchés boursiers et des capitaux a causé un assèchement des liquidités, obligeant plusieurs acteurs comme les hedge funds (fonds spéculatifs) à quitter le marché de l'énergie et à liquider leurs positions », explique John Kilduff, analyste chez MF Global.
C’est rassurant de voir à quel point le calme et la pondération régissent les marchés financiers !!
La libéralisation financière au service de l’instabilité
Comment expliquer une telle contagion de la crise du marché immobilier américain ? Certes l’économie américaine est la plus importante du monde et « lorsque les Etats-Unis s’enrhument, le reste du monde éternue », mais à mon avis cela n’explique pas tout.
Je pense que c’est une nouvelle fois la libéralisation financière qui a joué un rôle majeur dans cette crise.
Aux Etats-Unis, les crédits hypothécaires sont en majorité titrisés : au lieu de rester dans le bilan des banques, ils sont le plus souvent vendus à un organisme financier qui, après les avoir regroupés, émet en contrepartie des titres de dettes négociables sur les marchés financiers. Titriser un emprunt, c’est le transformer en titre de dette, une obligation, que tout investisseur peut acheter ou vendre à tout moment. Le marché des titres hypothécaires est aujourd’hui le plus gros marché obligataire, devant celui des bons du Trésor américain.
Un des avantages de la titrisation est de permettre une meilleure répartition des risques : le risque de défaut des emprunteurs ne repose plus uniquement sur les banques, mais sur une multitude d’investisseurs internationaux.
Le revers de la médaille n’est toutefois pas négligeable : en mutualisant les risques, la titrisation conduit à être moins regardant sur les risques individuels. Mais en sortant des bilans des banques, le risque immobilier n’a pas disparu pour autant. S’il est plus largement réparti, son évaluation est désormais soumise aux changements d’appréciation brutaux des marchés financiers. Quand les défauts se multiplient (comme c’est le cas aujourd’hui), la défiance des investisseurs fait exploser la rémunération demandée et se transmet aux autres marchés financiers.
Ce qui se passe aujourd’hui est une preuve supplémentaire de l’accroissement des risques que fait peser la finance libéralisée et mondialisée sur l’économie mondiale. La course au profit à court terme que se livre les établissements financiers les conduit à prendre des risques mal maîtrisés, se réfugiant derrière des outils « sophistiqués » qui ne font que rendre plus opaque encore le système.
Faudra-t-il attendre l’explosion du système avant de chercher à le réguler ?
PP
14:53 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Immobilier, Etats-Unis, Crédit


