21 avril 2008

Assistés, ne parlez plus la bouche pleine...c'est très impoli!

Ca faisait quelque temps que ça ne m’était pas arrivé… La lecture de la chronique de Claude Imbert dans Midi Libre de dimanche 20 avril m’a fait bouillir, bondir…
Cette chronique, consacrée aux émeutes de la faim, démarre très fort : « Ces pauvres-là n’ont pas, comme nos assistés, la bouche pleine pour crier leur énième rouspétance. »
Tout est dans le choix des mots… Qui sont donc les « assistés » dont il parle ? On peut penser qu’il s’agit des bénéficiaires de minimum sociaux, voire des chômeurs indemnisés… Dans le jargon des ultralibéraux comme Mr Imbert, c’est en général cette frange de la population que l’on désigne par le terme « assistés », avec bien entendu beaucoup de mépris pour ces « fainéants dorlotés par l’Etat-Providence ». Mais, que je sache, il n’y a jamais eu beaucoup de manifestations de RMIstes, ni de chômeurs… Qui sont donc ces « assistés à la bouche pleine » ? Les fonctionnaires, les lycéens, les salariés qui luttent pour leur emploi ou leurs conditions de travail ?
Au fait, Mr Imbert estime-t-il qu’il faudrait couper les vivres a ces « assistés » trop bien nourris ? Pourquoi toujours rester dans l’insinuation ?

Cela fait des décennies que Mr Imbert bougonne, s’impatiente, fulmine, radote contre tous ces « parasites ». Régulièrement, il fait les gros yeux aux français soupçonnés d’être rétifs à la mondialisation et à ses bienfaits, d’être réfractaires au libéralisme « qui marche partout ailleurs » (je cite), bref d’être d’incorrigibles feignasses qu’il faudrait dare-dare remettre eu boulot dans des entreprises débarrassées de tout ce fatras de réglementation qui bride les entrepreneurs.
Lui qui glorifie la prise de risque, quand en a-t-il pris pour la dernière fois ? Bien au chaud dans son bureau, à l’abri de la concurrence dans son petit cénacle de chroniqueurs, il est facile de prôner le démantèlement de la protection sociale pour « s’adapter à la compétition internationale ». Ce dont je rêve, pour ma part, c’est de voir débouler dans la presse française des chroniqueurs chinois, indiens, roumains…qui viendraient marcher sur les plates-bandes de nos bardes de la mondialisation. On verrait alors si la mondialisation est toujours aussi « inévitable ».

Pour revenir à la chronique de dimanche... « La faim, on la savait peu à peu réduite par le progrès humain à des confins désertiques ». Tout de même, plus de 800 millions d’êtres humains souffrent toujours de malnutrition, voire de famine, dont une bonne partie en Asie du Sud-Est…Pour les confins désertiques, on repassera ! Il faudrait penser à refermer l’album d’images d’Epinal !

La crise financière a eu peut-être un effet positif : Mr Imbert réclame désormais « une maîtrise mondiale de la mondialisation.» Que de chemin parcouru ! Alors que jusqu’à présent, sa marque de fabrique était l’éloge « reptilien » (le cerveau reptilien est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux) des bénéfices de la mondialisation et du libéralisme, voilà que Mr Imbert réclame une régulation. On croit rêver !

Attention à ne pas devenir un « assisté » !

PP

29 mars 2008

Régulation

L'administration Bush propose de réformer en profondeur le mode de régulation de l'industrie financière américaine en donnant des pouvoirs accrus à la Réserve fédérale.
Selon un document de 26 pages que s'est procuré vendredi l'Associated Press, ce plan propose de faire de la Fed le premier régulateur de la stabilité du marché en étendant considérablement ses compétences. La banque centrale américaine pourrait désormais examiner non plus seulement les banques commerciales, mais tous les segments de l'industrie des services financiers.

Le plan, qui doit être officiellement dévoilé lundi lors d'un discours du Secrétaire au Trésor Henry Paulson, propose également de consolider l'actuel système de régulation bancaire.
La Fed deviendrait le "régulateur de la stabilité du marché" et disposerait de nouveaux pouvoirs pour rassembler des informations sur une vaste chaîne d'institutions afin que la banque centrale puisse mieux détecter d'éventuels menaces pour l'économie américaine.
Un organisme de régulation serait également chargé de surveiller les institutions financières fonctionnant à l'aide de garanties du gouvernement, tels que les assurances de dépôt pour les banques. Un autre régulateur serait chargé des questions de protection du consommateur.

Le plan prévoit enfin la fermeture de l'Office de supervision économique, chargé de contrôler les institutions économiques, et le transfert de ses fonctions à l'Office du contrôleur de la monnaie, qui régule les banques. La distinction entre les banques et les institutions économiques disparaîtrait également.

Ce plan ne devrait pas manquer d'être décortiqué par le Congrès et le monde de la finance, qui ont par le passé résisté aux précédents plans de réforme des mécanismes de régulation.
Le monde de la finance serait-il arc-bouté sur ses avantages acquis ? Moi qui croyais que le corporatisme était réservé aux syndicalistes obtus !

PP

28 mars 2008

Spéculation et crise ça suffit

« Spéculation et crise ça suffit », tel est le titre d’une pétition initiée par un groupe d’économistes européens, parmi lesquels Frédéric Lordon (dont vous pouvez retrouver les références de quelques ouvrages dans la liste se trouvant à droite de l’écran).

L’objectif de cette pétition est l’abrogation de l’article 56 du Traité européen. Cet article dit la chose suivante :
« Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. »
Plus largement, il s’agit de faire de la reprise en main de la sphère financière une priorité politique. En effet, la crise actuelle démontre une nouvelle fois l’incapacité de ce système à s’autoréguler autrement que par des cycles bulles / krach délétères pour l’économie réelle.

Il s’agit d’aller au-delà des habituelles déclarations de circonstance sur l’éthique, la morale et la transparence. Ainsi, après leur entrevue, Mrs Sarkozy et Brown ont réclamé davantage de transparence des marchés financiers et dans ce cadre ont appelé les banques à révéler « rapidement et totalement l'ampleur de leurs pertes et notamment de trouver les moyens d'obtenir une plus grande certitude sur la valorisation des actifs complexes ».
C’est comme si c’était fait !
On peut citer aussi les longues tirades de Mme Parisot qui, la main sur le cœur et la larme à l’œil, n’a pas de mots assez durs pour fustiger ceux qui manquent d’éthique et de morale.

Tant que l’on ne remet pas en cause les structures, l’éthique, la morale et la transparence auront à peu près autant d’effets que l’aromathérapie pour soigner un cancer généralisé en phase terminale.
Il faut faire preuve d’une naïveté sans borne (ou d’une hypocrisie sans limite) pour croire qu’une régulation reposant sur la bonne volonté des acteurs puisse être suffisante, alors même que ces acteurs sont soumis à de colossales incitations à prendre des risques.
En effet, la concurrence que se livrent les opérateurs (banques, fonds d’investissement…) pour capter les liquidités se traduit par une course effrénée au rendement. Le système des « bonus » (primes faramineuses indexées sur les résultats) pour les gestionnaires les incitent à prendre également un maximum de risques (voir note du 26 mars sur ce blog) sans avoir à en assumer les conséquences.

Comme le souligne Patrick Artus (directeur des études de la Caisse des Dépôts, a priori peu enclin aux sympathies bolchéviques) dans son ouvrage « Le capitalisme est en train de s’autodétruire », les acteurs financiers sont soumis au « court-termisme » et au « mimétisme rationnel » qui fait que tout le monde fait les mêmes choix d’investissement au même moment, de peur faire moins bien que la moyenne. Selon lui, ces comportements découragent les investissements sur le long terme, nécessaire à la croissance voire à la survie du capitalisme.

Tout ce monde vit dans la certitude que, en cas de pépin, les banques centrales et les Etats viendront à leur secours. Se sachant « assurés », ils prennent leurs risques sans souci du lendemain : c’est l’aléa moral. Quand tout va bien, ils n’ont pas mots assez durs pour critiquer l’Etat (« obèse », « dépensier », « inefficace »…), mais dès que ça sent le roussi, ils vont, comme un seul homme, pleurnicher pour qu’on les aide. Quand ça va mieux, ils repartent comme si de rien n’était !

Si vous en avez assez de tout ça, je vous invite à signer la pétition « Spéculation et crise ça suffit » sur le site www.stop-finance.org (le site n’était pas accessible aujourd’hui, soyez persévérant !). Tout ne changera pas du jour au lendemain, mais il faut inlassablement accumuler les grains de sables pour espérer faire avancer ce chantier vital pour l’avenir.

PP

26 mars 2008

Face, je gagne. Pile, tu perds...

L'actuelle crise financière puise en grande partie son origine dans le système "déraisonnable" des primes aux banquiers qui les pousse à prendre trop de risques, estime le prix Nobel d'économie américain Joseph Stiglitz dans une interview publiée lundi dans le quotidien britannique The Independent.

"Le système des indemnités a très certainement contribué d'une manière importante à la crise. Il a été conçu pour encourager la prise de risques mais il a encouragé la prise de risques excessifs. En fait, il les paie à faire des paris", a déclaré l'économiste.

"Quand les choses tournent bien, ils s'en tirent avec des primes énormes. Quand les choses tournent mal, comme maintenant, ils ne partagent pas les pertes. Même s'ils perdent leur emploi, ils s'en sortent avec d'importantes sommes d'argent", a-t-il ajouté au quotidien.

Selon l'Independent, les bonus accordés cette année aux banquiers de la City dépasseront les six milliards de livres (7,7 milliards d'euros) en dépit de dépréciations d'actifs bancaires qui s'élèvent jusqu'à présent à plus de 60 milliards de livres (77 milliards d'euros) en raison de la crise du crédit.

"La solution n'est pas tant de plafonner les primes mais de faire en sorte que les pertes soient partagées, tout comme les bénéfices, par exemple bloquer les primes pendant dix ans: s'il y a des pertes la deuxième, la troisième ou la quatrième année, les primes seraient réduites de manière appropriée", a poursuivi l'ancien économiste en chef de la Banque mondiale.

Le Prix Nobel 2001 a par ailleurs stigmatisé les autorités de régulation financières qui "n'ont pas fait ce qu'elles auraient dû faire". "Les réglementations elles-mêmes n'ont pas suivi les innovations intervenues sur les marchés financiers", a-t-il estimé.

Les marchés financiers ont été "mauvais dans l'évaluation des risques". "Ils n'ont pas compris la nature du risque systémique (et) sous-estimé les corrélations", a jugé M. Stiglitz.

La politique monétaire ne pourra pas à elle seule dénouer la crise, croit M. Stiglitz, qui ajoute: "Il nous faut une plus importante dose de politique budgétaire afin d'empêcher l'économie de dégringoler."

20 février 2008

Actualité

Vous l’aurez constaté, la mise à jour de ce blog est assez aléatoire ces temps-ci…
En ce moment, je suis pas mal occupé avec la campagne des municipales.
J’ai laissé un peu de côté les questions économiques et politiques nationales pour me concentrer sur les finances locales, le plan local d’urbanisme, les problématiques d’assainissement, de logement… Quoiqu’il en soit, c’est vraiment une expérience passionnante et enrichissante…

Pour autant, je ne suis pas devenu complètement hermétique à l’actualité. Je vous livre, un peu en vrac, les points qui ont retenu mon attention ces derniers jours :

Ségolène Royal, François Bayrou et Dominique de Villepin ont signé (aves d’autres) l’appel à la « vigilance républicaine » (face aux dérives sarkoziennes) lancée par le magazine Marianne. Je ne serais pas surpris si ces trois-là nous lançait d’ici quelque temps une sorte de «grosse koalition » à l’allemande.

Les revendications sur les salaires se multiplient : dans la grande distribution, ça n’a rien de surprenant. En revanche, ce qui est plus étonnant, c’est que l’on assiste à des mouvements dans des entreprises comme L’Oréal et même je crois chez un grand assureur (Axa ?).
En 2008, les entreprises du CAC 40 vont verser plus de 30 milliards d’€ à leurs actionnaires, soit plus du tiers de leurs bénéfices… Même si l’on nous répète que ces entreprises font « une grande partie de leur bénéfice à l’étranger », elles doivent bien disposer d’une marge de manœuvre pour augmenter leurs salariés en France. D’autant plus que l’argument ne tient pas pour la grande distribution, qui réalise une part importante de ses bénéfices en France…
Que propose les « grands » patrons : généraliser la rémunération variable (intéressement, …). Sous prétexte qu’eux y seraient soumis, il faudrait que l’ensemble des salariés fasse de même. Sauf que…les situations ne sont pas tout à fait les mêmes. En effet, les patrons ont une part de fixe qui s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros, ce qui permet de faire face au quotidien ! Pour pouvoir faire des projets, se projeter dans l’avenir, un salarié a besoin de pouvoir compter sur une rémunération stable et récurrent et non pas sur d’hypothétiques « bonus ».

Alors qu’il a promis des millions d’euros pour le site ArcelorMittal de Gandrange, Nicolas Sarkozy a répondu aux salariés de l’usine Kléber de Toul (eux aussi menacés de licenciement) que « ce n’est pas à l’Etat de se substituer à la direction de l’entreprise ». C’est beau une politique industrielle en marche !!

En ce moment, tout le monde tire sur Daniel Bouton, le PDG de la Société Générale. Il est vrai que c’est assez croustillant de voir celui qui a pondu des rapports sur la « gouvernance d’entreprises » englué à ce point dans une affaire où les procédures internes de contrôle ont fait preuve d’une inefficacité manifeste (à moins que ce ne soit une volonté délibérée de spéculer)… Il est un autre patron qui sévit depuis des années et dont on ne vante pas assez les mérites : Serge Tchuruk. Entre 2000 et 2007, la valeur de l’action Alcatel a été divisée par 21 et en 2007, cette entreprise a perdu 3,7 milliards d’€.

Christine Lagarde a reconnu ces jours-ci que « l’Europe sera aussi touchée par la crise. » Quelle clairvoyance ! Bientôt, elle va reconnaître qu’il y a eu un choc pétrolier en 1973 !

PP

29 janvier 2008

La Fed en a-t-elle assez « sous le pied » ?

La banque centrale américaine (la « Fed ») entame aujourd’hui une réunion de deux jours, suivie de près par les marchés qui espèrent fermement un nouvel assouplissement résolu de la politique monétaire. Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) se réunit mardi et mercredi pour réexaminer le niveau de son taux directeur, qui est pour le moment fixé à 3,50%.

La semaine dernière, la banque centrale américaine avait déjà baissé son principal taux directeur (celui des « Fed Funds ») de 0.75%, le portant donc à 3.5%.
Cette baisse a pour but de rendre moins chères les liquidités et donc de remettre du carburant dans l’économie pour contrecarrer les effets de la crise financière.
Selon Ben Bernanke, le directeur de la Fed, les pertes liées à la crise financière seraient comprises entre « 100 et 500 milliards de dollars ». On peut admirer la précision…
Ce qui est inquiétant, c’est que, lors des précédentes crises (récession en 1992, bulle internet en 2001) la Fed a été contrainte de baisser ses taux de plus de 5%. Or cette fois-ci, le niveau initial des taux était de 5.5% (voir graphique)


La Fed en a-t-elle assez « sous le pied » ?

PP

22 janvier 2008

La Chine s'y met aussi...

Bank of China devrait annoncer de lourdes dépréciations sur ses investissements dans le subprime aux États-Unis, susceptibles de porter l'établissement dans le rouge en 2007, selon le quotidien South China Morning Post.
Citant des sources bancaires chinoises, le quotidien ajoute que la banque doit annoncer ces dépréciations, constituées sur le quatrième trimestre 2007, à l'occasion de la publication de ses résultats annuels en avril.
Un porte-parole de la Bank of China à Pékin a dit que la banque avait ramené la valorisation son portefeuille de valeurs mobilières liées au crédit immobilier à risque (subprime) de 9,65 milliards en août à 7,95 milliards de dollars en septembre.

Le China Business News, un journal semi-officiel, écrit pour sa part lundi qu'un groupe de travail constitué de responsables de plusieurs organismes gouvernementaux a récemment effectué une évaluation des retombées potentielles de la crise du subprime sur les banques chinoises. « Les conclusions qu'ils ont tirées ne sont pas très positives », écrit le journal, sans donner de sources.
De plus en plus de responsables chinois expriment ouvertement leurs craintes face aux retombées de la crise du subprime alors qu'il était de mise auparavant de dire que le pays était largement immunisé.
Zhang Tao, un haut fonctionnaire de la Banque populaire de Chine, a par ailleurs déclaré dimanche qu'une baisse de la consommation aux États-Unis imputable à l'assèchement du crédit résultant de la crise du subprime affecterait fortement les exportations.

Ceux qui nous répètent que la Chine prendra le relai de la croissance mondiale en cas de défaillance des Etats-Unis vont peut-être enfin réviser leur jugement…
En effet, les Etats-Unis constituent encore et toujours la première économie mondiale. Si elle entre en récession, comme c’est de plus en plus probable, les retombées se feront sentit sur l’ensemble de l’économie mondiale.

De plus, les rumeurs sur l’exposition des banques chinoises à la crise du subprime vont sans doute engendrer beaucoup de remous sur les bourses asiatiques, intrinsèquement plus volatiles que les bourses européennes (mardi, la dégringolade a dépassé 5% à Tokyo, 7% à Shanghaï et 8% par moments à Hong Kong). D’autant plus que ces bourses, notamment les bourses chinoises sont vraisemblablement dans une bulle spéculative. Par exemple, PetroChina, première capitalisation boursière mondiale avait vu son cours augmenté de…163 % le jour de son introduction…

Et la France ? Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde nous répètent que grâce au paquet fiscal, l’économie française résiste mieux que les autres. C’est un peu comme le nuage radioactif de Tchernobyl qui s’était arrêté à nos frontières… La crise des subprime met en jeu la santé financière des plus grandes banques mondiales. On peut penser que les banques françaises ne feront pas exception. Le comportement moutonnier des investisseurs est sans surprise… Alors que le raz de marée de la crise financière s’approche, Christine et Nicolas espèrent l’arrêter avec leur pelle et leur seau (le paquet fiscal représente moins de 1% du PIB, distribué en majeure partie à ceux qui n’en avait pas besoin) !!

C’est tout de même paradoxal…Ce sont les mêmes qui nous serinent que l’on est « dans une économie mondialisée, que l’on ne peut pas faire différemment des autres » lorsqu’il s’agit de justifier la flexibilité ou la baisse des impôts… Dès que ça va mal, il semblerait que nous soyons aussi isolés que l’Albanie communiste !!

PP

21 août 2007

Crise et aléa moral

La crise financière actuelle donne une belle illustration de deux des principaux travers du fonctionnement des marchés financiers : le comportement grégaire et l’aléa moral.

Comportement grégaire et aléa moral
Le comportement grégaire des acteurs des marché financiers les conduit à se comporter comme ceux qui, pensent-ils, sont mieux informés qu’eux. En d’autres termes et pour résumer : « Tout le monde fait la même chose en même temps ». Lorsque l’optimisme est de rigueur, cela conduit à la formation de bulles. En revanche, dès que le temps se gâte, c’est la spirale de la chute qui s’enclenche. Aujourd’hui, nous sommes précisément dans cette situation. Le retour de « l’aversion généralisée au risque » entraîne des ventes de tous types d’actifs, ce qui cause la crise de liquidités que nous connaissons actuellement.

C’est là qu’intervient l’aléa moral. En injectant plus de 250 milliards d’euros dans les marchés, la Banque Centrale Européenne (BCE) a pu donner l’impression de voler au secours des fautifs, de ceux qui ont pris des risques excessifs. C’est la définition même de l’aléa moral : Les investisseurs ayant la certitude qu'en cas de crise grave, les banques centrales viendront à la rescousse, ils prendront encore plus de risques inconsidérés, augmentant encore la probabilité d'une crise spéculative.
Ainsi, suite à la déroute du fonds d'investissement américain LTCM (en 1998), la Réserve Fédérale Américaine (Fed) avait baissé ses taux. Depuis, les investisseurs spéculatifs n'ont cessé de monter en puissance, encourageant encore la volatilité et les risques de crise sur le marché. De même, les liquidités injectées par la Fed suite à la crise internet et à l’affaire Enron (2001-2002) ont probablement contribué largement à la naissance d’une bulle immobilière, puis à une bulle du crédit et à celle du « subprime ».
On peut noter au passage que Nicolas Sarkozy, avec son sens désormais coutumier du contretemps (contresens ?!) économique, a été l’un des rares dirigeants politiques à adresser un satisfecit aux autorités monétaires (BCE), qui « sont intervenues pour apporter de la liquidité quand elle était nécessaire ».

La crise : mode de régulation de la finance mondialisée ?
La plupart des analystes financiers se réjouissent presque de la crise. Pour eux, elle serait un moyen de purger la bulle et donnerait à nouveau un potentiel de hausse aux actions. Ce sont les mêmes qui, il y a quelques semaines, affirmaient que les fondamentaux étaient sains et que les performances allaient durer au moins un an …
J’ai entendu l’autre jour une interview d’Elie Cohen (économiste et directeur de recherche au CNRS) qui affirmait qui les crises économiques étaient un mode de régulation de la finance. On assiste donc depuis dix ans à ces formations périodiques de bulles qui grossissent puis éclatent : il y a eu la crise asiatique (1997), la crise russe (1998), la crise internet et l’affaire Enron (2002)…et aujourd’hui les « subprime ». C'est une forme de régulation car cela permet d'atterrir et de voir qu'on ne peut fabriquer de la croissance artificielle grâce à ces mécanismes. Mais l'innovation financière repart de plus belle…Selon lui, il faut donc « s’habituer » à ce mode de régulation.
La logique de la finance imprègne à ce point le cortex des « experts » qu’ils ne trouvent d’autres solutions que de « s’habituer » à ses errements. Alors que dans d’autres domaines (marché du travail, protection sociale,…), ils n’ont que le mot « réforme » à la bouche, dès que l’on aborde la finance, ils font preuve d’un conservatisme à peine imaginable ! Il est vrai qu’il est plus facile de « s’habituer » que de chercher des solutions pour réguler tout ce beau monde !
Si la finance n’était qu’un monde virtuel, nous pourrions laisser ses acteurs se débrouiller avec leurs difficultés, puisqu’ils s’y sont engagés de leur plein gré (pour la plupart !). Malheureusement, il est fort probable qu’il y aura un impact sur l’économie réelle. En vrac, on peut craindre un ralentissement de la croissance mondiale, une baisse du pouvoir d’achat des ménages (notamment américains), des restrictions brutales du crédit suite à l’assèchement des liquidités…
Au final, ceux qui risquent d’être les plus durement pénalisés sont, comme toujours, les plus fragiles : les ménages « moyens » et les PME.
Il faut s’y « habituer » !

PP