31 juillet 2008

La Chine ? Trop cher, mon bon monsieur !

Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l'allemand Adidas , juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, déclare son patron dans un entretien publié lundi.

« Les salaires, qui sont fixés par le gouvernement, sont progressivement devenus trop élevés » en Chine, a dit Herbert Hainer à l'hebdomadaire Wirtschaftswoche de lundi. La part de la production de chaussures Adidas en Chine, qui représente pour l'instant la moitié de la production totale de chaussures du groupe bavarois, « va reculer », prédit le patron.

« Nous avons déjà ouvert une première usine en Inde. Des pays comme le Laos, le Cambodge et le Vietnam s'y ajoutent », a-t-il expliqué. « La production va également revenir dans les pays de l'ex-URSS et en Europe de l'est », mais pas en Allemagne, selon lui.

Si besoin était, voilà encore une preuve du besoin de normes sociales au niveau mondial pour éviter cette mise en concurrence des territoires sans cesse renouvelée par les multinationales.

PP

21 juillet 2008

C'est arrivé près de chez moi...

J’habite à Capestang, dans l’Hérault. Dans l’édition du 17 juillet du Midi Libre, nous apprenons qu’une partie du personnel du centre de tri postal de Capestang est en grève depuis samedi 12 juillet, à l’appel des syndicats CGT et SUD. Les employés du Tri Postal de Capestang et de Cazouls les Béziers s’interrogent sur leur avenir depuis l’annonce officielle d’une réorganisation profonde de leur structure. En effet, celle-ci a pour conséquence immédiate de regrouper les locaux de Cazouls sur le site de Capestang.

Les grévistes parlent de « désorganisation des services, du manque de personnel et de moyens » avec pour conséquence, d’après leur observations, « un record d’absentéisme pour maladie, accidents du travail pour cause de mal au dos, tendinites… ». De plus, «le personnel supporte de moins en moins la pression quotidienne de l’encadrement ».
Toujours d’après les grévistes, ils constatent « le non respect des horaires, les RTT qui sont déplacés et les CDD exploités. Concernant les saisonniers, à Capestang, sur 276 heures travaillées en 26 jours, seulement 160 heures ont été payées… ».

Plus globalement, ce mouvement social est symptomatique d’une remise en cause méthodique par le gouvernement des services publics de proximité. A coup de réductions d’effectif arbitraires, de réorganisations à l’emporte-pièce et sous prétexte de « modernisation » ou de « rationalisation », ce travail de sape conduira à terme à de graves dysfonctionnements.

Le Servie Public est un moyen efficace d’assurer l’égalité entre les citoyens que ce soit pour la santé, l’éducation, la sécurité et en l’occurrence…la distribution du courrier ! Que l’on habite en ville ou dans la plus retirée des campagnes, que l’on soit riche ou pauvre, le courrier nous est distribué avec la même régularité et la même fiabilité. Qui oserait prétendre que ce serait la même chose avec une entreprise privée ?

Or, la direction de La Poste envisage de convertir l’établissement public en société anonyme, selon des informations publiées par Le Monde (5 juillet). Comme cela s’est produit avec d’autres services publics, la mise en orbite capitalistique de La Poste aura été précédée d’une profonde transformation de l’entreprise : introduction de techniques de management agressives, précarisation du personnel, dégradation du service et fermeture des bureaux, diversification dans des activités concurrentielles (banque), rétablissement de la profitabilité. Il s’agissait tout à la fois d’offrir à d’éventuels investisseurs un bilan avenant (La Poste a dégagé un résultat net de 943 millions d’euros en 2007) et de pallier l’effet des directives européennes imposant la libéralisation des secteurs les plus rentables de l’activité courrier.

Si l’Etat ne s’est pas encore prononcé sur l’avenir de l’entreprise publique, le président de la République se trouve aux premières loges : au nombre des cabinets de conseil mobilisés par la direction de La Poste pour étudier le dossier, on compte Altedia, fondé en 1992 par M. Raymond Soubie. Lequel conseille aujourd’hui M. Nicolas Sarkozy pour les affaires sociales.

Au moment où le Royaume-Uni n’en finit pas de panser les plaies des privatisations et où la Nouvelle-Zélande renationalise ses chemins de fer, l’idée d’offrir aux marchés un nouveau fleuron des services publics français témoignerait-elle à sa manière d’un nouveau « retard français » ?

Quoiqu’il en soit, nous devons réagir et manifester notre attachement au service public.

PP

19 juillet 2008

Ca gaze pour les actionnaires de GDF Suez !

Les groupes GDF et Suez, dont la fusion a été approuvée mercredi par leurs actionnaires, avaient annoncé la veille que le nouveau groupe allait verser un dividende exceptionnel de 0,80 euro par action sous forme d'un acompte payé dès cette année, après le 31 août.

Ce dividende exceptionnel que GDF Suez versera à ses actionnaires, dont le premier d'entre eux est l'Etat français avec 35,7% du capital, représentera « plus de 600 millions d'€, mais moins de 650 millions », a-t-on appris dans l'entourage de la ministre de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde. Mais n’oublions pas non plus le multimilliardaire belge Albert Frère qui détiendra plus de 5% du nouveau groupe et, à ce titre, recevra donc environ 90 millions d’€.

Ce dividende exceptionnel « s'ajoutera au dividende ordinaire versé en 2009 au titre des résultats de l'exercice 2008, et dont les principes ont déjà été communiqués au marché », avaient-ils aussi précisé. GDF et Suez avaient annoncé en octobre viser pour le nouveau groupe une croissance du dividende par action de 10 à 15% par an en moyenne entre le dividende payé en 2007 et celui payé en 2010, avec « des perspectives de rémunération additionnelle », sous la forme de « dividendes exceptionnels et de rachats d'actions ».

« Cette décision s'inscrit dans le cadre de la politique de rémunération des actionnaires telle que définie préalablement à la fusion effective des groupes Gaz de France et Suez », avaient expliqué mardi les deux groupes. Curieusement ils ont été plus discrets quant à leur politique de rémunération des …salariés !

Dans le même temps on apprend que l'Etat pourrait « ajuster » les tarifs du gaz compte tenu des prix du pétrole. « Il est probable qu'on doive ajuster les tarifs compte tenu de l'évolution du coût de la matière, de la molécule de gaz, et du mode d'indexation », a affirmé Mme Lagarde, interrogée sur l'évolution de ces tarifs au lendemain de la naissance de GDF Suez.
Elle a aussi indiqué que son ministère « réfléchissait à un meilleur mécanisme de tarification qui donne plus de visibilité à l'entreprise et plus de transparence pour les consommateurs ». Ouf ! Nous voilà rassurés.

Pour terminer, la palme de l’hypocrisie et du cynisme revient à Gérard Mestrallet, PDG de Suez et PDG de GDF Suez. En effet, selon lui, la facture de gaz des ménages « ne dépend pas de la fusion » des deux groupes, mais « de nous », consommateurs, et du pétrole…et bien sûr absolument pas de la « politique de rémunération des actionnaires » !

PP

09 mai 2008

Eloge de la concurrence

Dans Les Echos datés du 30 avril, Pascal Salin, professeur à l’université Paris-Dauphine, nous gratifie d’une chronique intitulée « Eloge de la concurrence ». Tout un programme !
J’avais déjà entendu Mr Salin dans l’émission tardive de Frédéric Tadéi sur France 3 (« Ce soir ou jamais », je crois). Il s’était illustré en défendant béatement le libéralisme. Titillé par un des interlocuteurs qui lui demandait un exemple d’un pays où le libéralisme avait été couronné de succès, il avait répondu…l’Estonie. Pourquoi pas le Vatican, pendant qu’on y est ?
Comme disait Pierre Desproges (à propos de Marguerite Duras), il ne « fait pas qu’écrire des conneries, il en dit aussi ».
Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas résister au plaisir de vous livrer quelques passages de cette petite merveille (pour les plus courageux, cliquez ici pour la version intégrale !).

« Devant les craintes que ferait naître une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « réguler » (c'est-à-dire en fait de la réglementer). (…) Mais il faut bien évaluer la portée de ces appels à la modération de la compétition. En effet, la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c'est donc accepter la liberté d'agir ; limiter la concurrence, c'est limiter la liberté. C'est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, à exercer sa liberté dans le respect de la liberté d'autrui.
(…)
« Le respect de la liberté d'entrer sur un marché, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Or un principe n'admet pas de compromis, il ne peut pas être plus ou moins valable. »
(…)
« Lorsqu'on dit que la liberté d'agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu'on ne doit pas limiter par la contrainte l'exercice de cette liberté. Mais il est par ailleurs évident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la liberté d'agir d'un individu ne doit pas porter atteinte à la liberté d'agir des autres.
Il est aujourd'hui à la mode de réclamer une « régulation » de la concurrence, à cause de ses excès supposés et de la responsabilité qu'on lui attribue, à tort, dans l'instabilité économique et financière. »
(…)
« Mais c'est oublier que la meilleure régulation est assurée, précisément, par la liberté et la concurrence, c'est-à-dire un système où les individus adaptent continuellement leurs décisions à celles des autres. »
(…)
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
(…)
« Il est donc absurde - mais aussi immoral - de vouloir confier à quelques personnes la tâche d'imposer aux autres de manière arbitraire des limites à l'exercice de leur liberté. Oui, cela est certain, il n'y a rien de mieux que la concurrence et la liberté d'agir. »


Ouf ! C'est du brutal...
On est plus proche de la lettre au Père Noël ou du poème de Fête des Mères que du Prix Nobel d’économie !
Bon, par où commencer ?

« la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). »
C’est une bien belle théorie…Comment prend-elle en compte les pratiques telles que les ententes entre opérateurs de téléphonie mobile pour les prix des abonnements, entre les banques pour les taux des crédits immobiliers, entre les grandes surfaces pour le partage des zones de chalandises, entre grandes surfaces spécialisées telles Darty et la FNAC pour la fixation des prix... ?
Dans une économie où la concentration s’accélère, il est faux de croire que les consommateurs ont le choix. Les entreprises complexifient à loisir leurs offres pour rendre impossible toute comparaison (avez-vous déjà essayé de comparer des offres d’abonnement téléphonique ?).

« La concurrence est toujours bonne ». Que dire alors de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, qui se solde dans tous les pays par une hausse des tarifs ? Mr Salin semble oublier le concept de « monopole naturel » : pour certaines activités nécessitant de forts investissements (énergie notamment), la théorie économique démontre que l’optimum économique est atteint avec un seul fournisseur.
On peut citer aussi l’exemple risible de l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques qui conduit dans tous les pays à une dégradation de la qualité de services, une augmentation des coûts…et à un déferlement de publicités débiles (118-218).

Pour Mr Salin, « réglementer » semble être un gros mot. Oublie-t-il par exemple que partout dans le monde, il existe des lois pour encadrer la concurrence et ses conséquences ? Même aux Etats-Unis, il existe une loi dite « anti-trust » pour justement rendre possible la concurrence qui, sans cela, serait mise à mal par la constitution d’empires tels que Standard Oil au début du XXème siècle ou…Microsoft aujourd’hui. Avec plus ou moins de succès, puisque les firmes déploient des trésors d’habilité pour contourner ces lois.
Dans une économie où les investissements sont de plus en plus importants, la concurrence libre aboutit à une concentration, à une « prime au plus gros »…donc à l’inverse de la concurrence idéale !! (Voir le rapprochement probable entre Rio Tinto et BHP Billiton qui conduirait à un groupe détenant 70 % de la production de minerais de fer).

« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
Il paraît qu’il existe un système qui s’appelle la démocratie et où les élections permettent de sanctionner les hommes « chargés de contrôler les libertés ». Laisser libre cours à la liberté individuelle de chacun comme le souhaite Mr Salin, c’est en quelque sorte remplacer le citoyen par le consommateur, remplacer le pouvoir des urnes par le pouvoir d’achat…

Pour terminer, deux citations à méditer :
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère » (Henri Lacordaire)
« La vertu est le juste milieu entre deux vices » (Aristote, Éthique à Nicomaque)

PP

20 novembre 2007

Pouvoir(s)

J’ai eu récemment une discussion avec un ami à propos du pouvoir des entreprises…

Je citais le cas de Wal-Mart. J’ai retrouvé un article qui parle de l’impact de Wal-Mart dans le secteur des détergents au Mexique (ça paraît surréaliste a priori mais c’est assez révélateur). Lorsque Wal-Mart est arrivé sur ce créneau, il a imposé à ses fournisseurs des entrepôts centralisés. Une fois le système en place, il a pesé de tout son poids économique pour comprimer les marges de ses fournisseurs : tout produit sans innovation doit voir son prix baisser chaque année. De nombreux fournisseurs ont jeté l’éponge, seuls les plus performants ont pu s’en tirer au prix d’une « rationalisation » des effectifs. L’emploi dans le secteur a baissé de 20 %.Par ailleurs, il est vrai que les prix ont baissé en faveur des consommateurs (de l’ordre de 9%). Au final, le bilan n’est ni tout noir ni tout blanc. Cela illustre toutefois le pouvoir d’une entreprise qui peut remodeler un secteur d’activité dans un pays.
Autre exemple concernant Wal-Mart, au Canada cette fois-ci. Les employés d’un magasin au Canada ont décidé la création d’un syndicat. Réponse de Wal-Mart : on ferme le magasin. Réaction du gouvernement canadien : aucune.
On pourrait aussi parler des grandes banques américaines qui détiennent une part importante du secteur bancaire de pays en développement. Ils ont ainsi la maîtrise du financement de pan entiers de l’économie…ou tout au moins leurs décisions ont des impacts forts sur les entreprises de ces pays.

Du fait de la libéralisation, les entreprises ont la capacité de mettre en concurrence des territoires, en exerçant notamment des chantages à l’emploi… et elles ne s’en privent pas. Depuis des années, on véhicule l’idée qu’un pays est une juxtaposition d’entreprises dont il convient d’optimiser à tout prix la compétitivité. Certains parlent même de « l’entreprise France ». Une entreprise est censée être une organisation visant à organiser la production en optimisant la productivité de sa force de travail, en réduisant les coûts de transaction afin de maximiser le bénéfice. J’ose espérer qu’un pays, c’est un peu plus que cela.
Il est temps que des contrepouvoirs émergent pour imposer des limites à la tentation hégémonique des multinationales. Pour la France, cela ne peut se faire qu’au niveau européen. Or, étant donnée l’orientation libérale de la Commission Européenne, je doute de l’imminence d’un tel retournement. Depuis des années, c’est la politique de la concurrence qui tient lieu de politique économique et sociale. Cela engendre des poussées protectionnistes au sein des différents pays (voir le cas de l’Allemagne avec la protection des industries stratégiques).

PP

12 octobre 2007

Des propositions à considérer...avec précaution

La Commission Attali pour la libération de la croissance rendra ce lundi un rapport d’étape axé principalement sur le pouvoir d’achat. Avant de revenir sur quelques uns des points qui seront évoqués dans ce rapport, il me semble opportun de faire une remarque d’ordre général sur cette Commission.

L’objectif de Jacques Attali est de porter la croissance à 5% par an, c’est-à-dire au niveau de la moyenne mondiale. Or, la moyenne mondiale est tirée vers le haut par des pays comme la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, voire l’Argentine dont la croissance avoisine les 10 % par an. La moyenne mondiale n’est donc pas significative (car résultant de fortes disparités) et ne peut donc pas servir d’objectif. Il est normal que la croissance ralentisse dans les pays développés, notamment du fait de la part prépondérante des services, secteur dans lequel les gains de productivité sont plus faibles que dans l’industrie. Plutôt que de « libérer » la croissance, il serait à mon avis préférable de la « canaliser » vers une répartition moins inégalitaire des richesses produites et vers une plus grande prise en compte de l’impact sur l’environnement. Or, la Commission préconise l’abandon du principe de précaution...

Autre mesure phare : une plus grande concurrence dans le secteur de la distribution (abrogation des lois Royer, Galland, Raffarin et autorisation de la vente à perte) pour augmenter le pouvoir d’achat. A quoi cela va-t-il aboutir ? Une hausse des importations en provenance des pays à bas coûts (Chine notamment) et une pression accentuée sur les PME.
Une croissance pérenne ne peut que résulter d’une amélioration de l’offre française, fondée sur la compétitivité « hors coût » (innovations…).

Dans ses préconisations sur la libéralisation, il semble que la Commission ait abandonné toute remise en cause des professions réglementées : experts-comptables, notaires, huissiers…Nicolas Sarkozy (qui a promis à Jacques Attali : « tout ce que vous proposerez, je le ferai ») n’avait peut-être pas envie de se mettre à dos un public majoritairement acquis à sa cause !?
Quant aux dix villes « modèles », on peut s’interroger sur leur contribution à la croissance, ainsi que sur leur coût, leur financement, leur délai de réalisation…
Bref, au risque de passer pour un réactionnaire conservateur (j’ai l’habitude et j’assume !), je suis sceptique !

PP

18 mai 2007

Galiléo ou les déboires du financement privé...

Galiléo est le nom du projet européen visant à mettre un place un système de navigation par satellite concurrent du GPS américain. Ce système se veut plus précis que son concurrent et surtout il sera destiné en priorité aux applications civiles (transports, gestion de l’environnement,…) contrairement à son homologue américain, piloté par les militaires.
Fondé sur un partenariat public-privé, le financement du projet reposait en partie sur un consortium de huit entreprises privées : EADS, Thales et Alcatel-Lucent (France), Inmarsat PLC (Grande-Bretagne), Finmeccanica (Italie), AENA et Hispasat (Espagne) et l'association des Allemands Deutsche Telekom et German Aerospace Centre. Contrairement à leur engagement initial, ces huit entreprises rechignent maintenant à mettre la main à la poche et demandent des garanties publiques supplémentaires. Pour éviter tout retard supplémentaire au projet (qui a déjà pris 5 ans dans la vue !), la Commission européenne a proposé de prendre en charge l’intégralité du financement de l’infrastructure du projet (une constellation de 30 satellites) sur fonds publics.
Résultat : une facture supplémentaire de 2,5 milliards d’Euros pour les contribuables européens.
"Ce spectaculaire projet européen montre qu'on ne peut pas tout privatiser, l'infrastructure doit être fournie par le public d'une manière ou d'une autre", a déclaré jeudi à Berlin Thomas Enders (EADS), co-président exécutif d'EADS. Un tel aveu peut paraître surprenant dans la bouche d’un patron de grande entreprise, eux d’habitude si prompts à fustiger l’inefficacité de la gestion des fonds publics. Mais attention, voilà la chute :
"Quand l'infrastructure sera construite, alors on pourra discuter de la façon dont le privé le pilotera", a-t-il ajouté en estimant ne pas avoir de responsabilité dans ces problèmes.
Ouf !! Nous sommes soulagés !
La logique est respectée : la collectivisation des risques et la privatisation des bénéfices sont toujours d’actualité. Comment de tels discours peuvent-ils être proférés sans susciter plus de réactions ? Cela reste pour moi un mystère…
Alors que les « grands » patrons passent leur temps à expliquer aux salariés qu’ils doivent prendre des risques, être « modernes », ils sont les premiers à se réfugier derrière la rassurante puissance publique dès que vient leur tour d’assumer des risques. Une fois que le risque est dissipé, ils réclament au nom de « l’efficacité de la concurrence » que des privatisations viennent leur permettre de participer aux bénéfices.
L’efficacité de la concurrence ! Parlons-en ! Un an après la libéralisation du « 12 », les prix des renseignements publics ont doublé, les clients ont fui massivement, provoquant un écroulement du marché de plus de 40% (soit 100 millions d’appel en moins) et 17 des 27 opérateurs ont dû abandonner, épuisés par 250 millions d’Euros de campagnes publicitaires. Pour couronner le tout, depuis quelques mois, les 118 ont rendu leurs tarifs opaques, de façon à rendre toute comparaison impossible. Seule certitude dans ce grand flou : le 12, qui facturait 0,90 Euro l’appel était bien moins cher (et plus efficace !).
Serions-nous allergique à la concurrence ? Rassurons-nous, c’est exactement pareil en Grande Bretagne et en Espagne !
On pourrait multiplier les exemples des effets néfastes de la libéralisation des marchés : l’électricité (Allemagne, Californie…), les transports.
Alors que « l’évaluation des politiques publiques » est le cheval de bataille de tous ceux qui dénient à l’Etat tout rôle dans la vie économique, ces derniers ne parlent jamais de « l’évaluation de la libéralisation ». Pourquoi ? Poser la question c’est un peu y répondre !

PP