22 janvier 2008

La Chine s'y met aussi...

Bank of China devrait annoncer de lourdes dépréciations sur ses investissements dans le subprime aux États-Unis, susceptibles de porter l'établissement dans le rouge en 2007, selon le quotidien South China Morning Post.
Citant des sources bancaires chinoises, le quotidien ajoute que la banque doit annoncer ces dépréciations, constituées sur le quatrième trimestre 2007, à l'occasion de la publication de ses résultats annuels en avril.
Un porte-parole de la Bank of China à Pékin a dit que la banque avait ramené la valorisation son portefeuille de valeurs mobilières liées au crédit immobilier à risque (subprime) de 9,65 milliards en août à 7,95 milliards de dollars en septembre.

Le China Business News, un journal semi-officiel, écrit pour sa part lundi qu'un groupe de travail constitué de responsables de plusieurs organismes gouvernementaux a récemment effectué une évaluation des retombées potentielles de la crise du subprime sur les banques chinoises. « Les conclusions qu'ils ont tirées ne sont pas très positives », écrit le journal, sans donner de sources.
De plus en plus de responsables chinois expriment ouvertement leurs craintes face aux retombées de la crise du subprime alors qu'il était de mise auparavant de dire que le pays était largement immunisé.
Zhang Tao, un haut fonctionnaire de la Banque populaire de Chine, a par ailleurs déclaré dimanche qu'une baisse de la consommation aux États-Unis imputable à l'assèchement du crédit résultant de la crise du subprime affecterait fortement les exportations.

Ceux qui nous répètent que la Chine prendra le relai de la croissance mondiale en cas de défaillance des Etats-Unis vont peut-être enfin réviser leur jugement…
En effet, les Etats-Unis constituent encore et toujours la première économie mondiale. Si elle entre en récession, comme c’est de plus en plus probable, les retombées se feront sentit sur l’ensemble de l’économie mondiale.

De plus, les rumeurs sur l’exposition des banques chinoises à la crise du subprime vont sans doute engendrer beaucoup de remous sur les bourses asiatiques, intrinsèquement plus volatiles que les bourses européennes (mardi, la dégringolade a dépassé 5% à Tokyo, 7% à Shanghaï et 8% par moments à Hong Kong). D’autant plus que ces bourses, notamment les bourses chinoises sont vraisemblablement dans une bulle spéculative. Par exemple, PetroChina, première capitalisation boursière mondiale avait vu son cours augmenté de…163 % le jour de son introduction…

Et la France ? Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde nous répètent que grâce au paquet fiscal, l’économie française résiste mieux que les autres. C’est un peu comme le nuage radioactif de Tchernobyl qui s’était arrêté à nos frontières… La crise des subprime met en jeu la santé financière des plus grandes banques mondiales. On peut penser que les banques françaises ne feront pas exception. Le comportement moutonnier des investisseurs est sans surprise… Alors que le raz de marée de la crise financière s’approche, Christine et Nicolas espèrent l’arrêter avec leur pelle et leur seau (le paquet fiscal représente moins de 1% du PIB, distribué en majeure partie à ceux qui n’en avait pas besoin) !!

C’est tout de même paradoxal…Ce sont les mêmes qui nous serinent que l’on est « dans une économie mondialisée, que l’on ne peut pas faire différemment des autres » lorsqu’il s’agit de justifier la flexibilité ou la baisse des impôts… Dès que ça va mal, il semblerait que nous soyons aussi isolés que l’Albanie communiste !!

PP

11 janvier 2008

Le commerce extérieur de la France (2/2)

Rappel du précédent épisode...

Au mois d’octobre 2007, le déficit commercial s’établit à -3,637 milliards d’euros. Sur les 12 derniers mois, le déficit s’établit à -35,220 milliards d’euros.
Depuis quelque temps, on entend que les déboires de notre économie à l’export seraient dus au niveau élevé de l’euro, notamment par rapport au dollar, ainsi qu’à la facture énergétique.
Sur le Portail des statistiques du commerce extérieur, il est possible d’obtenir l’intégralité des chiffres (importations et exportations) par pays et par secteur d’activité.

Si l’on analyse le solde commercial par région du monde, on s’aperçoit que les deux principaux déficits de la France résultent des échanges avec l’Asie (on s’en doutait), mais ce qui est plus surprenant, c’est que le deuxième plus fort déficit est réalisé avec … l’Europe et donc majoritairement avec des pays dont la monnaie est…l’euro.

Passons à l'analyse par secteur d'activité...

Les activités sont classées en huit grands secteurs :
A - Produits agricoles, sylvicoles et piscicoles
B - Produits des industries agricoles et alimentaires
C - Biens de consommation (habillement, édition, produits pharmaceutiques, meubles, audio, vidéo…)
D - Produits de l'industrie automobile
E - Biens d'équipement (trains, bateaux, avions, équipements mécaniques, machines outils,
F - Biens intermédiaires (verres, céramiques, minerais, textile, papier, produits chimiques, plastique, sidérurgie, produits métalliques, composants électronique…)
G - Produits énergétiques
Z – Divers



Il est à noter que l’énergie (en bleu sur le graphique) représente moins de 20 % du total des importations. Le déficit lié à la facture énergétique pourrait donc être largement compensé par de bonnes performances industrielles. Malheureusement, ce n’est pas le cas…
Les excédents des secteurs agricole (A), agro-alimentaire (B), automobile (D) et des biens d’équipement (E) sont compensés par les déficits des secteurs des biens de consommation (C) et intermédiaires (F).



Les huit grands secteurs sont subdivisés en 67 sous-secteurs plus détaillés.
En 2007, 42 de ces 67 sous-secteurs sont en déficits. Entre 1998 et 2007, 45 de ces sous-secteurs ont vu leur solde se dégrader.

Le tableau suivant présente le volume des exportations en 2007 (en million d’€), ainsi que les soldes commerciaux pour les 15 secteurs les plus importants. Ils constituent en effet 60 % du total des exportations. 7 d’entre eux sont en déficit.



Les plus forts excédents sont le fruit des secteurs de la construction aéronautique (12,8 milliards), des boissons (9 milliards) ainsi que des parfums (7 milliards).
Entre 1998 et 2007, on peut noter la forte dégradation du solde du secteur de l’automobile, ainsi que de la chimie et des produits pétroliers raffinés.
On peut noter que le matériel informatique et les composants électroniques faisaient partie des 15 secteurs les plus exportateurs en 1998. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
En résumé, la France est spécialisée dans l’automobile, la construction aéronautique (Airbus), les boissons (vins & spiritueux), la chimie, les parfums et les produits pharmaceutiques.
Le graphique suivant donne, pour les 15 principaux secteurs, sur l’axe horizontal le solde 2007 et en sur l’axe vertical, l’évolution depuis 1998.


Les secteurs situés dans le quart en haut à droite sont ceux qui sont excédentaires et dont l’excédent a augmenté depuis 1998. Les principaux sont la construction aéronautique, les boissons, les produits pharmaceutiques et les parfums. Ce sont les « fleurons » de l’économie française.
L’annonce par EADS de la délocalisation de la fabrication des Airbus est donc une très mauvaise nouvelle, puisqu’elle remet en cause un des secteurs les plus performants de l’économie française.
Quant au secteur des boissons, il est difficile de le voir comme un secteur vraiment porteur d’avenir. Bien sûr, l’évolution de la demande chinoise sera favorable, mais la portée de ce secteur doit être relativisée. De même que les parfums, autre secteur de « l’art de vivre à la française ». Enfin, les produits pharmaceutiques risquent de connaître des difficultés, car les niveaux d’investissements nécessaires pour le développement de nouvelles molécules deviennent de plus en plus élevés. De plus, l’arrivée en force de nouveaux concurrents (les laboratoires indiens, notamment) risque de chambouler le secteur.
L’automobile, premier secteur de l’exportation a vu son solde se dégrader considérablement depuis 1998.

Au final, on voit que l’explication de l’euro est un peu courte. Les difficultés du commerce extérieur français traduisent les difficultés d’une économie dont la spécialisation a peu évolué depuis 10 ans et qui repose sur quelques secteurs (aéronautique, automobile, boissons, parfums et produits pharmaceutique). Cela se manifeste par une dégradation des échanges avec nos voisins européens qui sont de loin nos premiers partenaires commerciaux.
Travailler plus suffira-t-il à changer la donne ? J’en doute…

PP

07 janvier 2008

Le commerce extérieur de la France (1/2)

Sur les 12 derniers mois, le déficit commercial de la France s’établit à -35,220 milliards d’euros.
Depuis quelque temps, on entend que les déboires de notre économie à l’export seraient dus au niveau élevé de l’euro, notamment par rapport au dollar, ainsi qu’à la facture énergétique.
Sur le Portail des statistiques du commerce extérieur (http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/Portail_defa...), il est possible d’obtenir l’intégralité des chiffres (importations et exportations) par pays et par secteur d’activité.

Essayons de nous y plonger pour tenter d’y voir plus clair…

Avant de commencer, il est bon de préciser trois points :
1) ces chiffres ne concernent que l’industrie civile (plus de 80 % du commerce extérieur, tout de même)
2) les données sont des données brutes, alors que les données habituellement publiées sont corrigées des variations saisonnières. Cela induit des différences, mais les tendances sont les mêmes
3) l’année 2007 est composée des mois de novembre 2006 à octobre 2007. Mais il est peu probable que novembre et décembre 2007 changent la face du monde.

Analyse par région
La première chose à noter est que la France échange surtout avec…l’Europe (plus des deux tiers des importations), suivie de loin par l’Asie et l’Amérique.


Si l’on analyse le solde commercial par région du monde, on s’aperçoit que les deux principaux déficits de la France résultent des échanges avec l’Asie (on s’en doutait), mais ce qui est plus surprenant, c’est que le deuxième plus fort déficit est réalisé avec … l’Europe et donc majoritairement avec des pays dont la monnaie est…l’euro.
Avec les autres régions du monde, le solde est globalement équilibré.

Intéressons-nous maintenant sur l’évolution du solde commercial par région depuis 1998.


On peut noter que la dégradation du solde avec l’Asie est relativement régulière alors que la dégradation des échanges avec l’Europe a connu deux paliers : en 2000, puis en 2005.
Que s’est-il passé avec l’Europe ?
En 2000, le déficit commercial avec la Norvège s’est creusé d’environ 4 milliards d’euros. Qu’achetons-nous à la Norvège ? Du pétrole. Encore aujourd’hui, la Norvège est notre premier fournisseur d’or noir, devant la Russie et l’Arabie Saoudite.
En 2000, le déficit commercial avec l’Allemagne s’est creusé de 3 milliards d’euros, de 1,5 milliards avec la Russie.
En 2005, le déficit commercial s’est accru de 4,5 milliards avec l’Allemagne et…la Belgique. Ces deux pays expliquent à eux deux la majeure partie de l’envolée du déficit commercial avec l’Europe. Autant, les importations en provenance d’Allemagne sont connues (automobiles, électroménager, machine outils,…), autant les importations belges restent pour moi un mystère (peut-être la chimie et la sidérurgie ?).


Suite demain pour l'analyse par secteurs d'activité.

PP

22 août 2007

Au cœur de l’eldorado chinois…

Récemment, nous apprenions que la société Mattel retirait du marché 18 millions de jouets fabriqués en Chine en raison d’une contamination au plomb. Cet évènement au retentissement planétaire met en lumière la face cachée de la mondialisation et du miracle chinois. Il y aurait donc un prix à payer pour la recherche effrénée de la baisse des coûts ?
Au-delà des risques pour les consommateurs occidentaux, des menaces de délocalisation pour les ouvriers des pays industrialisés, ce prix est en grande partie payé par les ouvriers chinois, les véritables soutiers de la mondialisation.
L’organisation China Labour Watch (CLW), basée aux Etats-Unis, milite pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers chinois. Elle a mis en ligne sur son site internet www.chinalaborwatch.org un rapport d’audit sur huit usines de fabrication de jouets de la province de Guangdong. Ces usines travaillent pour Hasbro, Disney, Bandaï, Sega…
Ce rapport contient des informations saisissantes sur les conditions de travail et de vie des ouvriers chinois :
* Licenciement en cas de refus d’heures supplémentaires
* 10 à 14 heures de travail par jour
* Heures supplémentaires non payées
* Un seul jour de repos par mois en période de pointe
* Amendes diverses et variées qui viennent grever le salaire déjà faible
* Pas d’assurance sociale
* Agressions verbales, parfois physiques ou sexuelles
* Dispositifs de sécurité inefficaces, voire inexistants
* Cafétérias et dortoirs insalubres et surpeuplés
* …





Selon CLW, la responsabilité de ces abus n’incombe pas uniquement aux fabricants eux-mêmes. Les prix ridicules payés par les multinationales du jouet en sont la principale raison.
Ces multinationales sont au sommet d’une pyramide à la base de laquelle se trouvent les ouvriers, devant leurs chaînes de production. Ces entreprises ne possèdent pas directement ces usines ; en fait elles sont les donneurs d’ordres de fournisseurs locaux (appartenant à des hommes d’affaires Taïwanais ou de Hong Kong). Pour conserver le niveau modeste de leurs profits, ces sous-traitants n’ont d’autre choix que d’accepter les prix toujours plus bas proposés par les multinationales.
La plupart des multinationales ont recours à des dizaines, voire des centaines de sous-traitants afin de rester un client parmi d’autre. Généralement, la part de chaque multinationale ne dépasse pas 20 % du chiffre d’affaires d’un sous-traitant. Cela leur permet ensuite de décliner toute responsabilité en cas de plainte de la part d’ouvriers.

Autre exemple avec Puma (articles de sport), où les ouvriers des sous-traitants chinois travaillent plus de 16 heures par jour pour un salaire horaire de 23 centimes d’euros. Ainsi, Puma peut se permettre de dépenser 5 euros en publicité pour une paire de chaussures vendue en moyenne 55 euros, alors que la main d’œuvre de fabrication ne représente que 0,85 euros. Ainsi, en une semaine, un ouvrier fabrique suffisamment de chaussures pour payer son salaire de l’année !
Dans son code de conduite et sa charte du « Développement durable », Puma peut se permettre de citer LaoTseu, cela ne lui coûte pas cher ! Il serait préférable de se préoccuper de la durabilité du développement de ses ouvriers.
Que faire alors ? Les ouvriers chinois ne veulent sûrement pas d’un boycott des produits (comme on l’a vu par le passé pour Nike), ils ont trop besoin de leur emploi ! Ils veulent être considérés comme des êtres humains ! Tous simplement ! Et être payés décemment !
Sachant que Puma dégage une marge de 25 euros par paire de chaussures, cette entreprise aurait la possibilité, sans remettre en cause sa pérennité, de faire en sorte que le salaire de ses ouvriers chinois soit doublé, voire triplé !
Puma n’est pas la pire des entreprises, c’est juste un exemple parmi d’autres. Pour d’autres cas concrets, vous pouvez vous référer au site de CLW (rubrique Sweatshops).

Quasi esclavage des ouvriers chinois, pression sur les salaires et les emplois des salariés des pays industrialisés, mise en danger des consommateurs et de l’environnement… cette économie mondiale des « ateliers de la sueur » est l’illustration de la faillite des théories naïves sur les bienfaits de la libéralisation des échanges. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, le « laisser-faire » atteint ses limites et le besoin de régulations efficaces est criant.
PP