09 mai 2008
Eloge de la concurrence
Dans Les Echos datés du 30 avril, Pascal Salin, professeur à l’université Paris-Dauphine, nous gratifie d’une chronique intitulée « Eloge de la concurrence ». Tout un programme !
J’avais déjà entendu Mr Salin dans l’émission tardive de Frédéric Tadéi sur France 3 (« Ce soir ou jamais », je crois). Il s’était illustré en défendant béatement le libéralisme. Titillé par un des interlocuteurs qui lui demandait un exemple d’un pays où le libéralisme avait été couronné de succès, il avait répondu…l’Estonie. Pourquoi pas le Vatican, pendant qu’on y est ?
Comme disait Pierre Desproges (à propos de Marguerite Duras), il ne « fait pas qu’écrire des conneries, il en dit aussi ».
Vous comprendrez donc que je ne pouvais pas résister au plaisir de vous livrer quelques passages de cette petite merveille (pour les plus courageux, cliquez ici pour la version intégrale !).
« Devant les craintes que ferait naître une concurrence « excessive », on demande alors de la limiter, de la « réguler » (c'est-à-dire en fait de la réglementer). (…) Mais il faut bien évaluer la portée de ces appels à la modération de la compétition. En effet, la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). Accepter la concurrence, c'est donc accepter la liberté d'agir ; limiter la concurrence, c'est limiter la liberté. C'est la raison pour laquelle, je pense que, par principe, « la concurrence est toujours bonne » : elle consiste, pour chacun, à exercer sa liberté dans le respect de la liberté d'autrui.
(…)
« Le respect de la liberté d'entrer sur un marché, pour un producteur comme pour un consommateur, est un principe absolu de nature morale. Or un principe n'admet pas de compromis, il ne peut pas être plus ou moins valable. »
(…)
« Lorsqu'on dit que la liberté d'agir ne doit pas rencontrer de limites, cela signifie qu'on ne doit pas limiter par la contrainte l'exercice de cette liberté. Mais il est par ailleurs évident que ce dernier rencontre une limite naturelle : la liberté d'agir d'un individu ne doit pas porter atteinte à la liberté d'agir des autres.
Il est aujourd'hui à la mode de réclamer une « régulation » de la concurrence, à cause de ses excès supposés et de la responsabilité qu'on lui attribue, à tort, dans l'instabilité économique et financière. »
(…)
« Mais c'est oublier que la meilleure régulation est assurée, précisément, par la liberté et la concurrence, c'est-à-dire un système où les individus adaptent continuellement leurs décisions à celles des autres. »
(…)
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
(…)
« Il est donc absurde - mais aussi immoral - de vouloir confier à quelques personnes la tâche d'imposer aux autres de manière arbitraire des limites à l'exercice de leur liberté. Oui, cela est certain, il n'y a rien de mieux que la concurrence et la liberté d'agir. »
Ouf ! C'est du brutal...
On est plus proche de la lettre au Père Noël ou du poème de Fête des Mères que du Prix Nobel d’économie !
Bon, par où commencer ?
« la concurrence prévaut sur un marché dans la mesure où tous les producteurs sont libres de proposer leurs produits et où, par ailleurs, tous les consommateurs sont libres de les acheter (ou de les refuser). »
C’est une bien belle théorie…Comment prend-elle en compte les pratiques telles que les ententes entre opérateurs de téléphonie mobile pour les prix des abonnements, entre les banques pour les taux des crédits immobiliers, entre les grandes surfaces pour le partage des zones de chalandises, entre grandes surfaces spécialisées telles Darty et la FNAC pour la fixation des prix... ?
Dans une économie où la concentration s’accélère, il est faux de croire que les consommateurs ont le choix. Les entreprises complexifient à loisir leurs offres pour rendre impossible toute comparaison (avez-vous déjà essayé de comparer des offres d’abonnement téléphonique ?).
« La concurrence est toujours bonne ». Que dire alors de l’ouverture à la concurrence des marchés de l’énergie, qui se solde dans tous les pays par une hausse des tarifs ? Mr Salin semble oublier le concept de « monopole naturel » : pour certaines activités nécessitant de forts investissements (énergie notamment), la théorie économique démontre que l’optimum économique est atteint avec un seul fournisseur.
On peut citer aussi l’exemple risible de l’ouverture à la concurrence des renseignements téléphoniques qui conduit dans tous les pays à une dégradation de la qualité de services, une augmentation des coûts…et à un déferlement de publicités débiles (118-218).
Pour Mr Salin, « réglementer » semble être un gros mot. Oublie-t-il par exemple que partout dans le monde, il existe des lois pour encadrer la concurrence et ses conséquences ? Même aux Etats-Unis, il existe une loi dite « anti-trust » pour justement rendre possible la concurrence qui, sans cela, serait mise à mal par la constitution d’empires tels que Standard Oil au début du XXème siècle ou…Microsoft aujourd’hui. Avec plus ou moins de succès, puisque les firmes déploient des trésors d’habilité pour contourner ces lois.
Dans une économie où les investissements sont de plus en plus importants, la concurrence libre aboutit à une concentration, à une « prime au plus gros »…donc à l’inverse de la concurrence idéale !! (Voir le rapprochement probable entre Rio Tinto et BHP Billiton qui conduirait à un groupe détenant 70 % de la production de minerais de fer).
« Comment peut-on manquer de logique au point de prétendre que des hommes libres risquent d'abuser de leur liberté et de supposer par ailleurs que ces autres hommes chargés de les contrôler ne risquent absolument pas d'abuser de leur propre liberté ? »
Il paraît qu’il existe un système qui s’appelle la démocratie et où les élections permettent de sanctionner les hommes « chargés de contrôler les libertés ». Laisser libre cours à la liberté individuelle de chacun comme le souhaite Mr Salin, c’est en quelque sorte remplacer le citoyen par le consommateur, remplacer le pouvoir des urnes par le pouvoir d’achat…
Pour terminer, deux citations à méditer :
« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère » (Henri Lacordaire)
« La vertu est le juste milieu entre deux vices » (Aristote, Éthique à Nicomaque)
PP
09:45 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Concurrence
21 avril 2008
Assistés, ne parlez plus la bouche pleine...c'est très impoli!
Ca faisait quelque temps que ça ne m’était pas arrivé… La lecture de la chronique de Claude Imbert dans Midi Libre de dimanche 20 avril m’a fait bouillir, bondir…
Cette chronique, consacrée aux émeutes de la faim, démarre très fort : « Ces pauvres-là n’ont pas, comme nos assistés, la bouche pleine pour crier leur énième rouspétance. »
Tout est dans le choix des mots… Qui sont donc les « assistés » dont il parle ? On peut penser qu’il s’agit des bénéficiaires de minimum sociaux, voire des chômeurs indemnisés… Dans le jargon des ultralibéraux comme Mr Imbert, c’est en général cette frange de la population que l’on désigne par le terme « assistés », avec bien entendu beaucoup de mépris pour ces « fainéants dorlotés par l’Etat-Providence ». Mais, que je sache, il n’y a jamais eu beaucoup de manifestations de RMIstes, ni de chômeurs… Qui sont donc ces « assistés à la bouche pleine » ? Les fonctionnaires, les lycéens, les salariés qui luttent pour leur emploi ou leurs conditions de travail ?
Au fait, Mr Imbert estime-t-il qu’il faudrait couper les vivres a ces « assistés » trop bien nourris ? Pourquoi toujours rester dans l’insinuation ?
Cela fait des décennies que Mr Imbert bougonne, s’impatiente, fulmine, radote contre tous ces « parasites ». Régulièrement, il fait les gros yeux aux français soupçonnés d’être rétifs à la mondialisation et à ses bienfaits, d’être réfractaires au libéralisme « qui marche partout ailleurs » (je cite), bref d’être d’incorrigibles feignasses qu’il faudrait dare-dare remettre eu boulot dans des entreprises débarrassées de tout ce fatras de réglementation qui bride les entrepreneurs.
Lui qui glorifie la prise de risque, quand en a-t-il pris pour la dernière fois ? Bien au chaud dans son bureau, à l’abri de la concurrence dans son petit cénacle de chroniqueurs, il est facile de prôner le démantèlement de la protection sociale pour « s’adapter à la compétition internationale ». Ce dont je rêve, pour ma part, c’est de voir débouler dans la presse française des chroniqueurs chinois, indiens, roumains…qui viendraient marcher sur les plates-bandes de nos bardes de la mondialisation. On verrait alors si la mondialisation est toujours aussi « inévitable ».
Pour revenir à la chronique de dimanche... « La faim, on la savait peu à peu réduite par le progrès humain à des confins désertiques ». Tout de même, plus de 800 millions d’êtres humains souffrent toujours de malnutrition, voire de famine, dont une bonne partie en Asie du Sud-Est…Pour les confins désertiques, on repassera ! Il faudrait penser à refermer l’album d’images d’Epinal !
La crise financière a eu peut-être un effet positif : Mr Imbert réclame désormais « une maîtrise mondiale de la mondialisation.» Que de chemin parcouru ! Alors que jusqu’à présent, sa marque de fabrique était l’éloge « reptilien » (le cerveau reptilien est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux) des bénéfices de la mondialisation et du libéralisme, voilà que Mr Imbert réclame une régulation. On croit rêver !
Attention à ne pas devenir un « assisté » !
PP
12:20 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Crise
09 avril 2008
Chevaliers blancs
La semaine dernière, les bourses mondiales ont « rebondi », grâce notamment aux valeurs bancaires. Pourquoi un tel revirement par rapport à la morosité qui prévalait jusqu’alors ?
En grande partie parce qu’UBS (1ère banque Suisse) et Lehman Brothers (Etats-U7nis) ont réussi leur recapitalisation. Les investisseurs « veulent croire » (toujours la bonne vieille méthode Coué !) à la fin du tunnel sur les marchés boursiers. Toutefois, on peut penser que ce rebond n’est que le résultat de spéculations à court terme. En effet, même si la visibilité est un peu meilleure, le ménage n’a pas encore été fait dans les comptes. Ainsi UBS serait encore exposée à hauteur d’environ 80 milliards de dollars.
Pourtant, cette même UBS a été capable de lever 28 milliards de francs suisses en quelques semaines.
Mais d’où viennent donc ces 28 milliards ? Qui est prêt à injecter de telles sommes dans une banque en difficulté ? Il s’agit du fonds d’investissement GIC de Singapour et d’un investisseur du Moyen-Orient.
En l’espace de quelques semaines, près de 80 milliards de dollars ont été mobilisés en provenance de fonds souverains d’Abu Dhabi, d’Arabie Saoudite, du Koweït, de Chine et de Singapour. Plusieurs fleurons de la finance mondiale ont été « sauvés » : Citigroup, UBS, Morgan Stanley, Merrill Lynch, Bear Sterns…
Les fonds souverains sont des fonds d’investissement gérés par des Etats et destinés à faire fructifier les montants colossaux issus de la vente du pétrole (pour les pays du Moyen Orient et même pour…la Norvège) ou des réserves de change (pour les pays d’Asie).
On peut se réjouir, comme le font les marchés financiers, de cet apport d’argent frais par ceux qui sont considérés comme des « chevaliers blancs ». On peut aussi s’interroger sur les conséquences de cette vaste redistribution des cartes au sein de la finance mondiale. Ces fonds souverains (qui représentent 3000 milliards de dollars) vont-ils longtemps rester des actionnaires « passifs » ou seront-ils le bras armé de leurs Etats de tutelle pour appuyer des pressions politiques ?
Quoiqu’il en soit le versement de dividendes liés à ces prises de participation vont se traduire dans les années qui viennent par des transferts financiers importants vers le Moyen Orient et l’Asie.
PP
07:14 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
28 mars 2008
Spéculation et crise ça suffit
« Spéculation et crise ça suffit », tel est le titre d’une pétition initiée par un groupe d’économistes européens, parmi lesquels Frédéric Lordon (dont vous pouvez retrouver les références de quelques ouvrages dans la liste se trouvant à droite de l’écran).
L’objectif de cette pétition est l’abrogation de l’article 56 du Traité européen. Cet article dit la chose suivante :
« Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. »
Plus largement, il s’agit de faire de la reprise en main de la sphère financière une priorité politique. En effet, la crise actuelle démontre une nouvelle fois l’incapacité de ce système à s’autoréguler autrement que par des cycles bulles / krach délétères pour l’économie réelle.
Il s’agit d’aller au-delà des habituelles déclarations de circonstance sur l’éthique, la morale et la transparence. Ainsi, après leur entrevue, Mrs Sarkozy et Brown ont réclamé davantage de transparence des marchés financiers et dans ce cadre ont appelé les banques à révéler « rapidement et totalement l'ampleur de leurs pertes et notamment de trouver les moyens d'obtenir une plus grande certitude sur la valorisation des actifs complexes ».
C’est comme si c’était fait !
On peut citer aussi les longues tirades de Mme Parisot qui, la main sur le cœur et la larme à l’œil, n’a pas de mots assez durs pour fustiger ceux qui manquent d’éthique et de morale.
Tant que l’on ne remet pas en cause les structures, l’éthique, la morale et la transparence auront à peu près autant d’effets que l’aromathérapie pour soigner un cancer généralisé en phase terminale.
Il faut faire preuve d’une naïveté sans borne (ou d’une hypocrisie sans limite) pour croire qu’une régulation reposant sur la bonne volonté des acteurs puisse être suffisante, alors même que ces acteurs sont soumis à de colossales incitations à prendre des risques.
En effet, la concurrence que se livrent les opérateurs (banques, fonds d’investissement…) pour capter les liquidités se traduit par une course effrénée au rendement. Le système des « bonus » (primes faramineuses indexées sur les résultats) pour les gestionnaires les incitent à prendre également un maximum de risques (voir note du 26 mars sur ce blog) sans avoir à en assumer les conséquences.
Comme le souligne Patrick Artus (directeur des études de la Caisse des Dépôts, a priori peu enclin aux sympathies bolchéviques) dans son ouvrage « Le capitalisme est en train de s’autodétruire », les acteurs financiers sont soumis au « court-termisme » et au « mimétisme rationnel » qui fait que tout le monde fait les mêmes choix d’investissement au même moment, de peur faire moins bien que la moyenne. Selon lui, ces comportements découragent les investissements sur le long terme, nécessaire à la croissance voire à la survie du capitalisme.
Tout ce monde vit dans la certitude que, en cas de pépin, les banques centrales et les Etats viendront à leur secours. Se sachant « assurés », ils prennent leurs risques sans souci du lendemain : c’est l’aléa moral. Quand tout va bien, ils n’ont pas mots assez durs pour critiquer l’Etat (« obèse », « dépensier », « inefficace »…), mais dès que ça sent le roussi, ils vont, comme un seul homme, pleurnicher pour qu’on les aide. Quand ça va mieux, ils repartent comme si de rien n’était !
Si vous en avez assez de tout ça, je vous invite à signer la pétition « Spéculation et crise ça suffit » sur le site www.stop-finance.org (le site n’était pas accessible aujourd’hui, soyez persévérant !). Tout ne changera pas du jour au lendemain, mais il faut inlassablement accumuler les grains de sables pour espérer faire avancer ce chantier vital pour l’avenir.
PP
15:00 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme, Crise
26 janvier 2008
Généralités...
La Société Générale était considérée, jusqu’à aujourd’hui, comme une des banques les plus performantes et les plus innovantes du monde (notamment sur les produits dérivés).
Que penser alors de l’histoire de ce trader qui a lui fait perdre 5 milliards d’Euros ?
S’agit-il d’agissements frauduleux d’un individu isolé ou du résultat d’une stratégie d’investissements spéculatifs qui aurait mal tourné ? Dans l’un ou l’autre cas, les questions soulevées sont très graves.
Si nous supposons que la perte colossale est le fruit d’un trader isolé, cela signifie que les systèmes de contrôles internes de la Société Générale sont très largement déficients. Il n’y a pas de raisons pour que ceux des autres banques soient foncièrement meilleurs. C’est d’ailleurs un des problèmes des grandes structures, qu’elles soient publiques ou privées : plus la structure est compliquée, plus cela de latitude à ceux qui veulent profiter des failles su système à des fins personnels. La taille d’une entreprise permet de générer des économies d’échelle, mais elle engendre une plus grande complexité. Plus une structure est complexe, plus elle est difficile à piloter et à contrôler.
Pour ma part, j’ai du mal à croire à un acte isolé. En effet, ce trader (qui apparemment n’était pas un foudre de guerre !) aurait pris des positions sur les produits dérivés à hauteur de…50 milliards d’euros. Sur ce type de marché, il faut fournir une garantie en « cash » d’au moins 1% de la position prise. Ce qui veut dire que le trader aurait dû « sortir » environ 500 millions d’Euros… Je pense qu’il n’est, dans cette affaire, qu’un bouc-émissaire. Ce qui est en cause, c’est la déréglementation et la libéralisation des marchés financiers.
Autrefois, les banques étaient spécialisées sur un métier de base et il était beaucoup plus facile de surveiller l'activité des employés. Le problème, c'est que les banques sont devenues des supermarchés: elles veulent faire tous les métiers à la fois, banque de détail, banque d'affaires, courtage, et les dirigeants ne comprennent pas ce qui se passe dans leurs salles de marché.
Pour arriver à contrôler efficacement les transactions, il faudrait des investissements gigantesques dont les banques n'ont pas les moyens…et surtout pas la volonté.
La finance n’est pas une activité néfaste en soit. En effet, son rôle originel est de recycler l’épargne des uns pour la prêter aux autres afin de la transformer en investissement. La finance a également pour vocation initiale de gérer les risques. Elle devrait donc contribuer à la croissance économique. Sauf que…elle a pris une importance démesurée par rapport à l’économie réelle et elle s’est mise à « tourner sur elle-même », engendrant bulles et krach successifs.
Malgré la sophistication des technologies et des produits financiers, les marchés financiers restent le lieu de l’expression brutale des passions humaines les plus basiques : la peur, la cupidité, l’euphorie, l’envie, la panique… Même si la technologie a évolué, derrière les écrans des ordinateurs il y a des hommes dont la capacité d’assimilation de l’information n’a pas fondamentalement changé depuis des siècles… Par exemple, une des premières bulles spéculatives connues concernait les …bulbes de tulipes aux Pays-Bas au 15ème siècle… Mais lorsque la bulle a éclaté, l’impact s’est surtout fait sentir…aux Pays-bas. Aujourd’hui lorsqu’une bulle éclate, cela rejaillit sur l’ensemble de l’économie mondiale…
PP
14:32 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
23 janvier 2008
Et maintenant ?
Alors que les marchés financiers font une nouvelle fois la preuve éclatante de leur inefficacité, aucune voix ne s’élève pour réclamer leur stricte régulation. Tout au plus entend-on les sempiternelles pleurnicheries au sujet du « manque de transparence et de la mauvaise gouvernance ».
Pourtant les Etats sont (temporairement) en position de force. En effet, c’est vers eux que l’on se tourne pour prendre en charge la casse (voir le plan de relance aux Etats-Unis). En plus, les « marchés » ont le toupet d’affirmer que les mesures annoncées pour remédier aux conséquences de leur rapacité et de leur myopie sont insuffisantes et de trop faible ampleur !
Va-t-on une fois de plus se contenter de corriger les symptômes sans s’attaquer aux racines du mal ?
Va-t-on laisser la prochaine bulle se former ?
Va-t-on continuer à confier le pilotage de l’économie mondiale à cette entité décérébrée que l’on nomme « marchés financiers » ?
PP
08:01 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
26 décembre 2007
Age du fer, Capitalisme et Marché
L'industrie sidérurgique chinoise, la plus importante du monde, s'inquiète beaucoup d'un éventuel rapprochement entre les deux géants miniers BHP Billiton et Rio Tinto, qui aboutirait à « un monopole encore plus fort » dans le minerai de fer.
« C'est déjà concentré à l'excès. Si BHP réussit à acheter Rio Tinto, cela aboutira à une situation monopolistique. Pour la sidérurgie mondiale, cette fusion n'est pas une bonne chose », dixit un responsable de la fédération chinoise du fer et de l'acier.
La moitié du fer extrait par BHP va aux entreprises sidérurgiques chinoises. BHP, Rio et le brésilien CVRD contrôlent environ 70% du minerai de fer que la Chine achète.
L'entité issue d'une fusion entre BHP et Rio contrôlerait 60% du minerai de fer importé par le Japon et des analystes nippons estiment que cela pèserait sur les profits des sidérurgistes de l'archipel.
Pour l’anecdote, Rio Tinto a finalisé le rachat du canadien Alcan il y a quelques mois à peine. Alcan avait lui-même racheté le français Péchiney il y a quelques années.
Cette histoire est à méditer par tous ceux qui font rimer « capitalisme » avec « économie de marché », voire « marché » avec « démocratie » pour les plus audacieux !
En effet, on voit bien ici que le capitalisme (la propriété privée des moyens de production) peut conduire à une économie centralisée (j’allais dire « planifiée »). En effet, lorsqu’un seul acteur détient 60 à 70 % d’un marché, on ne peut plus parler d’économie de marché. On est dans le cadre d’une économie quasiment planifiée, dans la mesure où c’est le fournisseur unique qui va déterminer les quantités… et les prix.
Le marché n’est donc pas indissociable du capitalisme. On peut très bien envisager le capitalisme dans un univers centralisé, planifié par quelques grandes entreprises. Le contrôle du marché pourrait même être le but ultime d’un capitalisme libre de tout contrôle. En effet, quoi de mieux qu’un monopole pour maximiser la rente ?
Paradoxalement, ce sont les pouvoirs publics qui doivent être garants du marché, en empêchant la constitution de monopoles privés. Si des monopoles doivent exister, ils doivent être publics. En effet, dans ce cas la rente de monopole revient à la collectivité et n’est pas accaparée par des intérêts privés. Mais dans ce cas, quelle institution a la légitimité et le pouvoir nécessaires pour contrecarre le projet de BHP Billiton ?
PP
15:16 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
23 décembre 2007
Monopoly...
La crise financière qui se déroule depuis l’été donnera peut-être le coup d’envoi d’une recomposition majeure du capitalisme mondial.
En effet, on assiste à la montée en puissance des fonds « souverains », c’est-à-dire de fonds d’investissement contrôlés par les Etats.
Ainsi le fonds d’investissement de Singapour (GIC) a pris une part non négligeable du capital de la première banque suisse, UBS. Abou Dhabi a mis un pied dans Citigroup, première banque américaine, via la structure ADIA (Abou Dhabi Investment Authority).
La banque d'investissement américaine Merrill Lynch négocie avec Temasek, société publique de Singapour,l'injection de plusieurs milliards de dollars dans ses comptes, selon l'édition électronique du Wall Street Journal.
Un fonds du Qatar a mis 20 milliards de dollars sur la table pour racheter la chaîne d’hypermarchés Sainsbury, avant de jeter l’éponge en raison du durcissement des ocnditions de crédit.
La Chine a créé en septembre 2007 un fonds d’investissement doté de 300 milliards de dollars. De quoi racheter largement Microsoft ou EDF, ou la Société générale, BNP Paribas, le Crédit Agricole et AXA réunis ! Ce fond a d’ailleurs injecté 5 milliards de dollars dans la banque américaine Morgan Stanley.
La Russie dispose elle aussi d’un fonds, doté de 110 milliards de dollars.
Même s’ils sont relativement petits par rapport aux fonds de pension, les fonds souverains disposent de plus de 2500 milliards de dollars.
Pour les pays du Golfe et la Russie, ces ressources proviennent du pétrole. Pour les pays d’Asie, elles résultent des excédents commerciaux accumulés par ces pays.
Jusqu’à présent, ces fonds étaient investis dans des placements de « pères de famille », comme les bons du Trésor américain. Désormais, ces fonds se verraient bien investir dans des grosses sociétés mondialisées aux rendements plus intéressants.
Evidement, cela suscite des interrogations dans les pays occidentaux, qui voient d’un mauvais œil l’arrivée de ces investisseurs d’un genre nouveau. Ainsi l’Allemagne a annoncé une loi visant à contrôler scrupuleusement les « investisseurs étrangers ». Aux Etats-Unis, même les plus libéraux sont près à réguler ce type d’investissements…
Et ce n’est pas tout…Le danger pourrait bientôt venir des multinationales russes, chinoise, indiennes…On connaît Mittal. On va bientôt découvrir Gazprom (première capitalisation boursière européenne, sixième mondiale), Huawei, Tata, Lenovo, Ranbaxy, Infosys, Mahindra, Severstal…
En 2003, les acquisitions de firmes de pays émergents dans les économies occidentales totalisaient 13 milliards de dollars. En 2007, ce chiffre dépassera 130 milliards…
Comment les Etats pourront-ils gérer ces mutations profondes qui n’en sont qu’à leur début ?
N’y a-t-il pas des risques de tensions entre les nouvelles puissances économiques et les « vieux » Etats industrialisés, sur fonds de montée du protectionnisme ?
PP
11:22 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Mondialisation, Libéralisation, Capitalisme
12 juin 2007
Jallate…la parfaite illustration des dérives du capitalisme.
Le cas de l’entreprise Jallate (fabricant de chaussures de sécurité, basé dans le Gard) illustre à lui seul bon nombre des dérives actuelles du capitalisme. Cette entreprise est contrainte de délocaliser son activité en Tunisie, laissant plus de 200 personnes sur le carreau. Pourquoi ? Parce que les actionnaires jugent la rentabilité insuffisante ! Qui sont ces actionnaires ? Les banques américaines Bank of America et Goldman Sachs, ainsi qu’un fonds de pension dont j’ai oublié le nom…
Le récent suicide de son créateur, Pierre Jallate, illustre la fin d’une sorte de patrons : ceux qui côtoyaient leurs salariés. Tout n’était pas rose bien sûr, mais , moyennant un rapport de force (grève,…), il était possible de « s’arranger ». Aujourd’hui, pas d’arrangement possible avec les « moines-soldats » de la finance. Une entreprise, c’est une ligne dans un portefeuille d’actifs financiers. Lorsque la rentabilité n’est plus dans les normes, la ligne s’affiche en rouge et il faut prendre des mesures…
Si, par malheur, nous avons l’outrecuidance d’émettre la moindre critique à l’égard des dérives illustrées par le cas « Jallate », on nous rétorquera immanquablement, un brin amusé, un brin horrifié, que notre vision est archaïque, qu’il est impossible de remettre en cause l’économie de marché.
Selon moi, cette réaction mécanique est due à une confusion entre économie de marché et capitalisme. Ces deux notions sont souvent complémentaires, mais elles ne doivent pas être confondues.
Marché et capitalisme
Le marché est un outil, un processus visant à assurer l’ajustement des prix et des quantités en confrontant l’offre et la demande. Une économie de marché est donc une économie où la formation des prix, la détermination des quantités à produire se fait en confrontant l’offre et la demande. On peut lui opposer des systèmes dits planifiés où cet ajustement est réalisé par une instance centrale.
Le capitalisme est un système économique et social, fondé sur la propriété privée du capital investi dans les moyens de production et d’échange. On peut lui opposer le socialisme, où la propriété est alors collective.
Le marché n’est pas réductible au capitalisme. Le plan n’est pas le monopole du socialisme. On peut ainsi imaginer une économie capitaliste quasi intégralement planifiée par une ou plusieurs grandes entreprises monopolistes extrêmement intégrées. On peut aussi imaginer une économie socialiste faite de la confrontation d’entreprises autogérées sur un marché concurrentiel.
Les possibilités sont donc plus nombreuses, les choix plus ouverts que ce que les libéraux veulent bien nous faire croire. Il est possible de mener une réflexion hors des sentiers balisés d’un capitalisme actionnarial obsédé par le court terme adossé à un marché dérégulé. Une réflexion qui intégrerait le rôle de l’Etat, notamment dans le financement des entreprises et dans la production de biens publics (eau, énergie,…)… Une réflexion qui mettrait l’accent sur le contrôle des marchés financiers…
Le capitalisme actionnarial
En effet, la forme actuelle du capitalisme - le « capitalisme actionnarial » ou « capitalisme de marché financier » - n’est pas aussi immuable qu’on le proclame. Les marchés financiers avaient été fortement muselés après la crise de 1929. Cela n’a d’ailleurs pas empêché la forte croissance des Trente Glorieuses. Ce n’est que depuis les années 1980 qu’ils ont repris l’ascendant sur l’économie. L’emprise grandissante des marchés financiers sur la vie économique est le résultat de décisions politiques, notamment en matière de libéralisation et de dérégulation des marchés financiers (en France, ces mesures ont été prises en 1986, par un gouvernement…de gauche). Ces décisions devaient conduire à une allocation optimale des capitaux, cela n’a fait qu’accroitre l’instabilité des marchés, la recherche acharnée du profit à court terme au détriment de l’investissement productif.
L’entreprise type du XXème siècle était une entreprise industrielle, dont le développement était fondé sur la croissance interne, elle-même obtenu en réinvestissant dans l’activité une part importante des profits. Aujourd’hui, la tendance est à la croissance externe, obtenue grâce aux fusions-acquisitions (qui font les gros titres de la presse économique, un « record » chassant l’autre). Ces processus s’accompagnent d’une stagnation de l’investissement productif et d’une réduction des emplois pour cause de « synergies » (gains obtenus supprimant les doublons entre les entités ainsi rapprochées). Les entreprises sont vues comme des actifs financiers que l’ont s’échange entre investisseurs comme dans un grand Monopoly international. Qui sont donc ces investisseurs « nouvelle génération »? En majorité, il s’agit de banques ou d’investisseurs institutionnels (fonds de pension, assurances…).
Pour maximiser la rentabilité des investissements (satisfaire la fameuse règle d’or des 15% sur capital investi), ces investisseurs n’hésitent pas à faire pression sur les entreprises pour qu’elles délocalisent.
Cette ponction de la finance sur l’économie n’est pas viable à long terme. D’autant plus que ces acteurs de la finance mondialisée ne font que peu de cas de la cohésion sociale des territoires (pays, régions,…) sur lesquels ils investissent. Ces territoires n’ont d’autre solution que de se livrer à une concurrence fiscale et sociale, baptisée souvent pudiquement « politique d’attractivité ». Il s’agit notamment de créer un environnement favorable pour le capital en réduisant l’inflation et en limitant la dépense publique, jugée inefficace et source de prélèvements futurs pesant sur « l’offre ».
Les vertus supposées du marché
La pensée dominante voudrait aussi nous persuader qu’en laissant faire les lois du marché (confrontation de l’offre et de la demande), on atteindra un équilibre général (équilibre de tous les marchés). Le théorème de Sonnenschein démontre que cela n’est pas vrai, sauf à recourir à des hypothèses irréalistes telles que la concurrence parfaite. Ainsi, la dérégulation des marchés, loin d’aboutir à la concurrence parfaite, abouti à la constitution d’oligopoles, voire de monopoles privés de plus en plus internationaux. Certaines études tendent même à démontrer que pour des industries fortement capitalistiques, l’oligopole ou le monopole sont les configurations les plus propices à l’innovation. Sans parler des monopoles naturels que constituent les entreprises de réseau (énergie, transport…).
A titre d’exemple, certes anecdotique mais à mon avis très révélateur, on peut citer la libéralisation des renseignements téléphoniques. Un an après le « bon en avant », le marché a baissé de 40% en volume. 17 des 27 opérateurs ont mis la clé sous la porte, épuisés par 250 millions d’Euros de dépenses publicitaires. Les tarifs sont illisibles ; seule certitude le « vieux 12 » était moins cher ! Rassurons-nous c’est la même chose en Grande-Bretagne et en Espagne !
On pourrait citer le cas du marché de l’énergie en Californie, ou en Allemagne…
Cette croyance affichée (purement idéologique) dans les vertus régulatrices du marché n’est qu’un prétexte visant à légitimer des politiques libérales de réformes dites « structurelles ».
Ce sont ces mêmes pseudo-lois scientifiques que l’on voudrait imposer au marché du travail. La concurrence parfaite sur le marché du travail passant par la remise en cause du salaire minimum, la plus grande souplesse dans les possibilités de licenciement… On en voit les prémices en France avec le contrat unique. Chercher l’origine du chômage exclusivement dans les imperfections du marché du travail, c’est oublier que le marché du travail est dépendant du marché des biens. Le chômage peut être lié à une insuffisance de demande de biens. Ces deux marchés sont interdépendants car le salaire, prix du travail, est aussi la base de la demande de biens.
Est-ce sans espoir ?
Capitalisme actionnarial et marchés dérégulés sont les deux hémisphères du cerveau malade de l’économie de ce début du XXIème siècle.
Pourquoi des investisseurs privés s’arrogeraient-ils le monopole de la répartition des richesses, au détriment des Etats ? Ils n’ont aucune légitimité démocratique pour décider de l’avenir des territoires et des individus qui les peuplent.
Il n’est pas impossible d’envisager un contrôle des marchés financiers, puisque c’est le cas en Chine et ça n’empêche pas la vigueur de l’économie chinoise. Cela ne signifie pas, bien sûr, que la Chine soit un modèle à suivre en tous points (conditions de travail, droits des salariés,…) !!
Contrairement à ce que veut nous faire croire le chœur des « évangélistes du marché », il est possible d’imaginer des solutions intermédiaires et crédibles entre l’économie planifiée et le capitalisme de marché dans sa version actuelle.
Tout ce que l’on nous présente comme le résultat d’une intangible contrainte extérieure à laquelle il faut « s’adapter » n’est que la conséquence de décisions politiques (libéralisations, privatisations, dérégulations…) prises depuis les années 1980 sous la pression des « évangélistes du marché ». Qu’il est long le chemin parcouru depuis les années 1970, lorsqu’un président américain, républicain de surcroît, disait « maintenant, nous sommes tous des keynésiens » !
Que faire ? Utiliser les mêmes armes : celles des idées !
Réfuter les analyses automatiques, débitées hors de tout contrôle de l’intellect, de ceux qui dénigrent systématiquement le rôle de l’Etat, les partisans de « l’Etat minimal » recentré sur ses fonctions régaliennes. Ceux-là mêmes qui dévalorisent systématiquement les entreprises publiques, oubliant les Enron, WorldCom, Parmalat, Alcatel, Vivendi… Je les mets d’ailleurs au défit de prouver scientifiquement qu’une entreprise privée est systématiquement mieux gérée et plus efficace qu’une entreprise publique.
Rappeler que tout ce qu’on nous présente comme inéluctable n’est que le résultat d’un rapport de force qu’il est encore possible d’inverser. Ce que la politique a fait, elle peut le défaire.
Lutter pied à pied contre la pédagogie de la soumission qui veut nous convaincre que l’on ne peut rien changer à l’état actuel des choses.
PP
15:30 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme, marché, dérégulation, finance, mondialisation, Etat
14 mai 2007
Et le gouvernement d'entreprise?
par Pierre-Yves Gomez (professeur à l'EM Lyon)
chronique parue dans Alternatives Economiques n° 258 (mai 2007)
De nombreux thèmes ont été abordés durant la campagne électorale, mais pratiquement pas celui du gouvernement des entreprises. La question est pourtant hautement politique: il s'agit de savoir selon quelles règles et à travers quelles institutions le pouvoir légitime peut être exercé dans les entreprises, notamment celles qui sont cotées en Bourse, dont les choix stratégiques déterminent l'emploi et l'avenir de millions de citoyens. Or, ces questions n'ont été discutées dans aucun des programmes des principaux candidats.
Etrange monde où l'on se bat volontiers pour des détails de la vie collective, mais où l'on ne se préoccupe pas des systèmes permettant de sélectionner et de contrôler ceux qui décident des choix économiques majeurs pour le pays. Il fut un temps où les questions de la propriété privée ou collective des moyens de production, de l'auto¬gestion ou de la liberté d'entreprendre, des nationalisations ou des privatisations, étaient au cœur des débats publics. L'absence de tels débats vide le politique d'une grande partie de son contenu pratique.
Il semble que l'on se soit résolu à l'idée que le gouvernement des entreprises obéit à des normes et à des lois qui lui sont propres et n'entrent pas dans les attributions du citoyen. Pourtant, dans tous les pays, y compris le nôtre, l'Etat a beaucoup légiféré sur le sujet dans la période récente. Et les différents lobbies ont été très actifs pour influer sur les règles du jeu. Pourquoi donc cette absence de discussion publique, dans une période qui pourtant s'y prêterait?
Probablement parce que la question est politiquement trop sensible. A travers leur épargne, de nombreux citoyens - environ la moitié des électeurs - sont devenus, sans forcément le savoir, actionnaires des grandes entreprises cotées. Un sacré paradoxe: jamais, dans l'histoire du capitalisme, autant de personnes n'ont été associées au capital des entreprises, et jamais le débat public sur le gouvernement de ces entreprises n'a été aussi soigneusement évité. Mettre en évidence ce paradoxe, c'est probablement aussi l'expliquer. C'est toujours au nom des intérêts des actionnaires qu'on légitime les choix économiques des entreprises: licenciements, restructurations, délocalisations ... Des choix qui heurtent nombre de citoyens en tant que salariés. Mais ils sont eux-mêmes souvent ces ac¬tionnaires, lorsqu'ils sont épargnants. Les temps ne sont probablement pas encore mûrs pour aborder de front cette contradiction sous l'angle du gouvernement des entreprises. A travers les règles de représenta¬tion des différentes parties prenantes aux instances de direction, de distribution des dividendes, de rémunération des dirigeants, etc. En attendant, parlons d'autre chose ...
pour en savoir plus: www.ifge.eu, le site de l'Institut français de gouvernement des entreprises (IFGE) et http://forum. ifge.eu, le forum de l'IFGE sur l'élection présidentielle.
15:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : entreprises, actionnaires, gouvernement, capitalisme


