11 janvier 2008
Le commerce extérieur de la France (2/2)
Rappel du précédent épisode...
Au mois d’octobre 2007, le déficit commercial s’établit à -3,637 milliards d’euros. Sur les 12 derniers mois, le déficit s’établit à -35,220 milliards d’euros.
Depuis quelque temps, on entend que les déboires de notre économie à l’export seraient dus au niveau élevé de l’euro, notamment par rapport au dollar, ainsi qu’à la facture énergétique.
Sur le Portail des statistiques du commerce extérieur, il est possible d’obtenir l’intégralité des chiffres (importations et exportations) par pays et par secteur d’activité.
Si l’on analyse le solde commercial par région du monde, on s’aperçoit que les deux principaux déficits de la France résultent des échanges avec l’Asie (on s’en doutait), mais ce qui est plus surprenant, c’est que le deuxième plus fort déficit est réalisé avec … l’Europe et donc majoritairement avec des pays dont la monnaie est…l’euro.
Passons à l'analyse par secteur d'activité...
Les activités sont classées en huit grands secteurs :
A - Produits agricoles, sylvicoles et piscicoles
B - Produits des industries agricoles et alimentaires
C - Biens de consommation (habillement, édition, produits pharmaceutiques, meubles, audio, vidéo…)
D - Produits de l'industrie automobile
E - Biens d'équipement (trains, bateaux, avions, équipements mécaniques, machines outils,
F - Biens intermédiaires (verres, céramiques, minerais, textile, papier, produits chimiques, plastique, sidérurgie, produits métalliques, composants électronique…)
G - Produits énergétiques
Z – Divers
Il est à noter que l’énergie (en bleu sur le graphique) représente moins de 20 % du total des importations. Le déficit lié à la facture énergétique pourrait donc être largement compensé par de bonnes performances industrielles. Malheureusement, ce n’est pas le cas…
Les excédents des secteurs agricole (A), agro-alimentaire (B), automobile (D) et des biens d’équipement (E) sont compensés par les déficits des secteurs des biens de consommation (C) et intermédiaires (F).
Les huit grands secteurs sont subdivisés en 67 sous-secteurs plus détaillés.
En 2007, 42 de ces 67 sous-secteurs sont en déficits. Entre 1998 et 2007, 45 de ces sous-secteurs ont vu leur solde se dégrader.
Le tableau suivant présente le volume des exportations en 2007 (en million d’€), ainsi que les soldes commerciaux pour les 15 secteurs les plus importants. Ils constituent en effet 60 % du total des exportations. 7 d’entre eux sont en déficit.
Les plus forts excédents sont le fruit des secteurs de la construction aéronautique (12,8 milliards), des boissons (9 milliards) ainsi que des parfums (7 milliards).
Entre 1998 et 2007, on peut noter la forte dégradation du solde du secteur de l’automobile, ainsi que de la chimie et des produits pétroliers raffinés.
On peut noter que le matériel informatique et les composants électroniques faisaient partie des 15 secteurs les plus exportateurs en 1998. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
En résumé, la France est spécialisée dans l’automobile, la construction aéronautique (Airbus), les boissons (vins & spiritueux), la chimie, les parfums et les produits pharmaceutiques.
Le graphique suivant donne, pour les 15 principaux secteurs, sur l’axe horizontal le solde 2007 et en sur l’axe vertical, l’évolution depuis 1998.
Les secteurs situés dans le quart en haut à droite sont ceux qui sont excédentaires et dont l’excédent a augmenté depuis 1998. Les principaux sont la construction aéronautique, les boissons, les produits pharmaceutiques et les parfums. Ce sont les « fleurons » de l’économie française.
L’annonce par EADS de la délocalisation de la fabrication des Airbus est donc une très mauvaise nouvelle, puisqu’elle remet en cause un des secteurs les plus performants de l’économie française.
Quant au secteur des boissons, il est difficile de le voir comme un secteur vraiment porteur d’avenir. Bien sûr, l’évolution de la demande chinoise sera favorable, mais la portée de ce secteur doit être relativisée. De même que les parfums, autre secteur de « l’art de vivre à la française ». Enfin, les produits pharmaceutiques risquent de connaître des difficultés, car les niveaux d’investissements nécessaires pour le développement de nouvelles molécules deviennent de plus en plus élevés. De plus, l’arrivée en force de nouveaux concurrents (les laboratoires indiens, notamment) risque de chambouler le secteur.
L’automobile, premier secteur de l’exportation a vu son solde se dégrader considérablement depuis 1998.
Au final, on voit que l’explication de l’euro est un peu courte. Les difficultés du commerce extérieur français traduisent les difficultés d’une économie dont la spécialisation a peu évolué depuis 10 ans et qui repose sur quelques secteurs (aéronautique, automobile, boissons, parfums et produits pharmaceutique). Cela se manifeste par une dégradation des échanges avec nos voisins européens qui sont de loin nos premiers partenaires commerciaux.
Travailler plus suffira-t-il à changer la donne ? J’en doute…
PP
12:32 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : commerce extérieur, déficit commercial, balance commerciale, Chine, Allemagne
07 janvier 2008
Le commerce extérieur de la France (1/2)
Sur les 12 derniers mois, le déficit commercial de la France s’établit à -35,220 milliards d’euros.
Depuis quelque temps, on entend que les déboires de notre économie à l’export seraient dus au niveau élevé de l’euro, notamment par rapport au dollar, ainsi qu’à la facture énergétique.
Sur le Portail des statistiques du commerce extérieur (http://lekiosque.finances.gouv.fr/Appchiffre/Portail_defa...), il est possible d’obtenir l’intégralité des chiffres (importations et exportations) par pays et par secteur d’activité.
Essayons de nous y plonger pour tenter d’y voir plus clair…
Avant de commencer, il est bon de préciser trois points :
1) ces chiffres ne concernent que l’industrie civile (plus de 80 % du commerce extérieur, tout de même)
2) les données sont des données brutes, alors que les données habituellement publiées sont corrigées des variations saisonnières. Cela induit des différences, mais les tendances sont les mêmes
3) l’année 2007 est composée des mois de novembre 2006 à octobre 2007. Mais il est peu probable que novembre et décembre 2007 changent la face du monde.
Analyse par région
La première chose à noter est que la France échange surtout avec…l’Europe (plus des deux tiers des importations), suivie de loin par l’Asie et l’Amérique.
Si l’on analyse le solde commercial par région du monde, on s’aperçoit que les deux principaux déficits de la France résultent des échanges avec l’Asie (on s’en doutait), mais ce qui est plus surprenant, c’est que le deuxième plus fort déficit est réalisé avec … l’Europe et donc majoritairement avec des pays dont la monnaie est…l’euro.
Avec les autres régions du monde, le solde est globalement équilibré.
Intéressons-nous maintenant sur l’évolution du solde commercial par région depuis 1998.
On peut noter que la dégradation du solde avec l’Asie est relativement régulière alors que la dégradation des échanges avec l’Europe a connu deux paliers : en 2000, puis en 2005.
Que s’est-il passé avec l’Europe ?
En 2000, le déficit commercial avec la Norvège s’est creusé d’environ 4 milliards d’euros. Qu’achetons-nous à la Norvège ? Du pétrole. Encore aujourd’hui, la Norvège est notre premier fournisseur d’or noir, devant la Russie et l’Arabie Saoudite.
En 2000, le déficit commercial avec l’Allemagne s’est creusé de 3 milliards d’euros, de 1,5 milliards avec la Russie.
En 2005, le déficit commercial s’est accru de 4,5 milliards avec l’Allemagne et…la Belgique. Ces deux pays expliquent à eux deux la majeure partie de l’envolée du déficit commercial avec l’Europe. Autant, les importations en provenance d’Allemagne sont connues (automobiles, électroménager, machine outils,…), autant les importations belges restent pour moi un mystère (peut-être la chimie et la sidérurgie ?).
Suite demain pour l'analyse par secteurs d'activité.
PP
18:00 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : commerce extérieur, déficit commercial, balance commerciale, Chine, Allemagne
28 décembre 2007
Revers de la médaille...
Les uns gagnent des millions, les autres ont peine à subsister: aux yeux des Allemands les inégalités se creusent dans leur pays, et beaucoup sont décidés à ce que cela change en 2008.
Dans les dernières semaines de l'année, une série d'événements et de statistiques sont venus confirmer l'impression d'une érosion de la classe moyenne allemande au profit d'une société à deux vitesses. Elle a renforcé la détermination de beaucoup, syndicats en tête, à se battre pour une répartition plus juste.
Le patron de Porsche s'est partagé avec ses cinq collègues du comité de direction 113 millions d'euros de rémunération, conduisant plusieurs personnalités politiques dont le président de la République Horst Köhler à appeler au « sens de la mesure ». Au même moment, une étude montrait que les revenus de leur travail suffisaient de moins en moins à assurer à la majorité des Allemands un niveau de vie décent.
Plusieurs morts d'enfants maltraités ou abandonnés sont venus servir de toile de fond à la discussion sur les salaires, mettant en avant le problème de la pauvreté matérielle et morale de certaines familles, et les risques encourus par les enfants.
« Actuellement 3 millions d'enfants vivent dans la pauvreté », soit deux fois plus qu'il y a trois ans, a rappelé la veille de Noël dans un entretien à la radio le porte-parole du comité de lutte contre la pauvreté, Wolfgang Gern. C'est-à-dire que leur foyer dispose de moins de 60% du revenu moyen des foyers allemands.
Pourtant depuis 2006 la croissance économique de l'Allemagne est repartie, le chômage baisse mois après mois, le pays compte actuellement quelque 700.000 de chômeurs de moins qu'à la fin de l'année dernière.
« Le nombre de personnes ayant un emploi est à son plus haut en Allemagne », s'est félicitée la chancelière Angela Merkel dans ses interviews de fin d'année. "Cela veut dire que plus de familles profitent (de la croissance)", a-t-elle déclaré.
Mais justement, la plupart des Allemands n'ont pas l'impression d'en profiter: pour 85% d'entre eux, la répartition des richesses dans le pays n'est pas juste, selon une étude de la fondation Bertelsmann publiée en décembre.
En Allemagne se creuse un "fossé de l'égalité", titrait récemment l'influent hebdomadaire Der Spiegel. Et l'aggravation des inégalités n'est pas seulement de l'ordre du ressenti, l'écart grandit réellement entre les revenus des plus riches -- qui ont crû de 31% ces quinze dernières années -- et ceux des plus pauvres, qui ont chuté de 13% sur la même période, selon des chiffres de l'institut de recherche DIW.
Dans certains secteurs de l'économie, par exemple chez les coiffeurs, des salaires horaires inférieurs à 5 euros ne sont pas rares. Environ 1,7 million de personnes travaillent, et complètent un salaire de misère avec l'aide sociale. Et 17 ans après la Réunification, dans quasiment toutes les branches, le travail est moins payé à l'est.
Dans un pays où il n'y a pas de plancher aux rémunérations, les sociaux-démocrates du SPD ont décidé de faire de l'instauration d'un salaire minimum leur cheval de bataille l'an prochain.
Les syndicats aussi s'affichent combatifs. Après plusieurs années de retenue, et sur fond de hausses des prix, ils veulent que leurs membres profitent de la croissance.
Parmi les premiers à négocier leur convention collective, les 100.000 salariés du secteur de l'acier vont réclamer en janvier des hausses de salaires de 8% parce que "les bilans sont bons, les carnets de commandes pleins et les profits coulent à flots", selon le syndicat IG Metall.
Les employés du service public veulent aussi 8%, ceux du textile 5,5%. Les autres branches devraient aussi faire preuve d'appétit.
Ces revendications qui font grincer des dents le patronat alors que la croissance s'essouffle. Pour la fédération du patronat BDI, les revendications d'IG Metall sont "dures à avaler". Ce qui laisse présager un hiver agité en Allemagne.
Tout ce qui précède illustre parfaitement le résultat des réformes (dites Hartz IV) initiées par le chancelier Schröder. Leur objectif était d'augmenter la flexibilité du marché du travail, de réduire le coût du travail ainsi que l'indemnisation des chômeurs. L'objectif est atteint...mais à quel prix! En parallèle, les entreprises industrielles ont massivement délocalisé leur production en Europe de l'Est, ne conservant sur le territoire allemand que l'assemblage final. Cela a été très bénéfique pour ...la balance commerciale allemande. Mais « un pays ne se réduit pas à une balance commerciale », comme le dit si bien Rama Yade!
Le plus rageant, c'est que ces mesures ont été engagées par la « Gauche ». En effet, Schröder, comme Tony Blair, était un des leaders de la gauche « moderne ». Lui qui disait : « Je ne pense pas, ou plutôt je ne pense plus, qu’il soit souhaitable d’avoir une société sans inégalités. ». Ses souhaits semblent avoir été réalisés au-delà de ses espérances !
Cela confirme que plus on démantèle les « filets de protection », plus on laisse le capitalisme fonctionner librement (dérégulations, libéralisation), plus le profit est accaparé par une minorité, au détriment du reste de la population.
J'espère que ce bel exemple de réussite fera réfléchir notre gauche française, toujours en quête de « refondation » et de « modernisation ». La seule refondation possible, c'est de revenir aux valeurs fondamentales de la gauche: la solidarité et la réduction des inégalités.
PP
14:40 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités, Allemagne
10 août 2007
Déficit commercial : révélateur de difficultés profondes
Sur les six premiers mois de l'année, le déficit commercial de la France s'établit à 15 milliards d'euros contre environ 13 milliards sur la même période de l'an dernier. Pour le seul mois de juin, le déficit est de 3 milliards d'euros, après 3,2 milliards en mai.
Est-ce la faute de « l’Euro fort », comme semble le penser notre OmniPrésident ? L’explication semble un peu courte dans la mesure où près des deux tiers des échanges de la France sont réalisés au sein de l’Union Européenne, donc majoritairement facturés en euros. Avec la même monnaie, l’Allemagne réalise d’ailleurs un excédent commercial de 73 milliards d’euros, disputant toujours à la Chine la place de premier exportateur mondial.
Le déficit commercial de la France avec ces deux pays est d’ailleurs du même ordre de grandeur, soit environ 6 milliards d’Euros.
Allemagne – France : 1 - 0
Les causes du déficit de la France sont à rechercher…en France. L’Allemagne est positionnée sur des secteurs tels que l’automobile haut de gamme, les machines-outils, qu'elle est quasiment la seule à fabriquer. Dans ces secteurs, l'impact de la hausse des prix joue traditionnellement un rôle marginal sur les exportations. Au-delà de cette meilleure spécialisation sectorielle, l’Allemagne a conduit une politique fiscale agressive : hausse de la TVA finançant une baisse des cotisations sociales, baisse importante de l’impôt sur les sociétés… Parallèlement à cela, les entreprises allemandes ont massivement délocalisé leur production vers les pays de l’Est (la valeur ajoutée industrielle a chuté de façon plus importante qu’en France). Par ailleurs, elles ont conduit une politique de rigueur salariale sans précédent, condamnant la demande intérieure à une stagnation contribuant à entretenir la faible croissance de la zone Euro. Cette logique « combative » a, pour l’instant, porté ses fruits, même si des tensions apparaissent : les salariés, qui ont été largement mis à contribution, veulent leur « part du gâteau » et des conflits sociaux sur les salaires pointent leur nez…
Quoiqu’il en soit, l’Allemagne a réussi à grignoter des parts de marchés, principalement au détriment de ses « partenaires » européens, en particulier la France.
Avec l’instauration prochaine de la TVA « sociale » en France, nous assisterons à la poursuite de cette guerre intra-européenne. Cette mesure se propagera dans la zone euro, notamment à des pays comme l'Espagne et l'Italie, qui chercheront ainsi à en contrebalancer les effets. Ce qui se traduira par un jeu à somme nulle, car la majorité des échanges commerciaux des pays de la zone euro ont lieu dans la zone. Il faudra alors repartir pour un tour de piste de « créativité fiscale ». Au final, tous les pays seront perdants…et surtout ceux qui y vivent !
Quelles sont nos priorités ?
Mais revenons au déficit commercial de la France… Au fait que propose le gouvernement ?
Le secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur et sa ministre de tutelle, Christine Lagarde, veulent simplifier les procédures pour les entreprises, soutenir l'innovation, baisser la fiscalité, favoriser le financement des PME et relancer les exportations. Ils présenteront un plan dès septembre.
« Baisser la fiscalité » : le paquet fiscal a déjà coûté 15 milliards d’euros. Où sont les marges de manœuvre ?
« Soutenir l’innovation » : comment ? Les pôles de compétitivité créés par le gouvernement Villepin n’ont bénéficié que de 500 millions d’euros saupoudrés sur 66 pôles.
Depuis des années, la France a décidé, sous prétexte de baisse du coût du travail, de favoriser le développement de l’emploi peu qualifié en y consacrant des milliards d’euros chaque année (notamment par l’intermédiaire des allègements de cotisations sociales). Il ne faut pas ensuite s’étonner de la perte de vitesse de notre économie.
En conclusion, je citerai les propos de Pierre Concialdi (économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales) : « Une frange croissante du patronat devient non performante parce que trop accoutumée à la drogue de la baisse du coût du travail qui a constitué, au-delà des alternances politiques, le socle des politiques publiques. »
PP
10:54 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, euro, Allemagne, déficit commercial
15 mars 2007
Allemagne : la stratégie du moins-disant fiscal
Alors que la France affiche un déficit commercial de 29 milliards d’€ en 2006, l’Allemagne caracole en tête des pays exportateurs (devant la Chine) et annonce un excédent commercial de 162 milliards d’€.
La faute à l’Euro trop fort ? Désolé pas cette fois-ci, puisque l’Allemagne utilise également l’Euro. Il faut donc chercher en France les causes de nos moins bonnes performances par rapport à nos voisins européens.
Tout d’abord, nos exportations sont tributaires de quelques grandes entreprises dans des secteurs tels que l’aéronautique, le spatial, l’automobile et le luxe. Ensuite, les entreprises étrangères installées en France représentent presque la moitié des exportations. En effet, la France a conduit une politique de baisse du coût du travail (allègements de cotisations sociales) qui a engendré un afflux important d’investissements étrangers. Mais aujourd’hui cette stratégie de « compétitivité-coût » atteint ses limites face à la concurrence grandissante de la Chine, des nouveaux membres de l’Union Européenne.
Il reste maintenant à affronter les faiblesses structurelles de l’économie française : peu de PME de taille suffisante pour exporter, recherche et développement limitée, présence inexistante sur les secteurs high-tech… Ce n’est pas en s’acharnant à essayer de retrouver un avantage de compétitivité-coût que la France pourra lutter contre le déficit commercial.
L’Allemagne mise en revanche fortement sur la « compétitivité hors coût » : les entreprises allemandes déposent deux fois plus de brevets que les françaises. Une étude a récemment montré qu’en cas d’appréciation de 10% de l’Euro, les entreprises françaises devraient baisser leurs prix de 3,5% contre seulement 1,5% pour leurs homologues allemandes.
De plus les PME allemandes sont 11% à exporter contre seulement 4% pour les françaises, dont la taille est souvent insuffisante pour aborder les marchés étrangers.
Autre point important : alors que les exportations françaises restent centrées sur l’Union européenne, l’Allemagne surfe sur le décollage des économie d’Asie et de d’Europe de l’Est.
Ainsi l’Allemagne est le 1er partenaire économique de la Russie et le 1er investisseur européen en Chine. Ses exportations vers l’Inde ont augmenté de 34% en 2005.
L’Allemagne aurait-elle trouvé la recette miracle pour tirer son épingle du jeu de la mondialisation ? On serait tenté de le croire si quelques bémols ne venaient pas ternir ce beau tableau. En effet, l’Allemagne a réorganisé au pas de charge son processus de production en délocalisant (notamment en Europe de l’Est) une partie de la production, ne conservant sur son territoire que l’assemblage final. Cela se traduit par une diminution de la valeur ajoutée produite et une destruction de l’emploi industriel (plus forte qu’en France). Cela est peut-être en partie responsable de la faiblesse relative de la demande intérieure allemande, ainsi que du haut niveau de chômage.
Autre facteur de succès de l’économie allemande : une stratégie de « cavalier seul » vis à vis de ses partenaires européens. Cette stratégie s’articule autour de deux points importants : la rigueur salariale et la concurrence fiscale et sociale. En ce qui concerne la rigueur salariale, elle a été sans équivalent en Europe, puisque les augmentations de salaires n’ont pas dépassé 2% par an depuis 2000 (0% en 2005) alors que la moyenne européenne se situe autour de 3,5%. La concurrence fiscale et sociale se manifeste par deux décisions importantes : la hausse de la TVA de 16 à 19% et l’annonce de la baisse du taux d’impôt sur les sociétés de 40 % à 25 % en 2008. La hausse de la TVA, qui s’apparente à une dévaluation supportée intégralement par les consommateurs, sera affectée à la baisse des cotisations sociales patronales.
En effet, dans un contexte européen où les Etats sont privés de toute latitude en matière de politique monétaire et budgétaire, il ne leur reste qu’à trouver des petites « astuces » pour grappiller quelques miettes à leurs voisins. Un peu de dumping fiscal par ci, un peu de baisse des cotisations sociales par là…
Ces stratégies ne sont valables qu’en l’absence de représailles de la part des partenaires. Certes, l’Allemagne a dégainé la première, mais la riposte ne saurait tarder car le président français a souhaité que le taux d’impôt sur les société soit ramené à …20% en dans cinq ans.
Le cercle vicieux du moins-disant fiscal est engagé. Nul besoin d’être visionnaire pour comprendre que ces stratégies ne peuvent aboutir qu’à un appauvrissement global.
Un grand chantier européen consisterait à remettre au centre du projet européen la coopération entre les Etats, par une harmonisation vers le haut des politiques fiscales et sociales. C’est à mon avis le seul moyen de briser le cercle vicieux actuel résultant de la rigidité des institutions européennes en vigueur et de l’absence de vision de nos dirigeants.
Il faudrait aussi sans doute tordre le cou à cette vision réductrice qui assimile un Etat à une juxtaposition d’entreprises et l’intérêt général à la compétitivité de ces entreprises.
PP
08:03 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Allemagne, Europe, compétitivité, exportations


