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06 mai 2008

Manuel Valls, franchement réformiste...

Dans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.

Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…

Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.

Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).

Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.

Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).

Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.

PP

Commentaires

Bravo Pierre, je vois que les vacances ne t'ont pas émoussé, bien au contraire, tu pètes une sacrée forme ! Manuel nous la joue "gauche moderne", réaliste et pragmatique, bien dans la mouvance de la pensée unique. Nos hommes politiques ne débattent plus, ils disent la bible. Si l'on n'est pas d'accord avec eux, c'est que l'on a mal compris leur leçon ou qu'ils ont fait preuve d'un déficit de communication, d'un manque de pédagogie... et autres expressions farfelues destinées à nous tromper. Le problème, c'est que nous ne sommes plus dupes.
Encore bravo pour ton blog que je viens lire à peu près tous les jours !

Ecrit par : patrick | 06 mai 2008

Pourquoi pas appeler le PS : le parti de la gauche libérale nous serions plus dans le vrai?
Quant à Rocard (l'ami) c'est l'homme des forfaits hôteliers qui font que même les malades qui sont dans un état comateux doivent payer leurs barquettes de mixture fabriquée on ne sait où...
Nous avons eu 14 années de règne socialiste qui ont permis de continuer la casse sociale par les amis politiques de droite avec une aisance remarquable, car sans réel mouvement de contestation permettant de ramener les choses à leur juste valeur.
Il est vrai que cette grande famille devrait se rassembler et créer une sorte de parti ultra libéraliste, tant de droite comme de gauche on a du mal à discerner les différences, et quand différence il y a, elle est complémentaire...
Quoi qu'il en soit tous ces gens auront des comptes à rendre pour entraîner depuis des année, et étape par étape, notre pays vers une dérive sociale aux graves conséquences.
Pour terminer, il m'apparaît, du moins je le pense, que les hommes sont évalués pour leurs actes et non par l'étiquette qu'ils veulent bien arborer. En l'état il y a beaucoup à écrire tant les fruits de la politique engagée par les libéraux de gauche comme de droite sont de plus en plus amers.

Ecrit par : de l'Ansac | 08 mai 2008

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