« 2008-04-26 | Page d'accueil | 2008-05-07 »

06 mai 2008

Manuel Valls, franchement réformiste...

Dans un entretien accordé au journal Le Parisien, Manuel Valls (député PS) appelle de ses vœux une gauche « franchement réformiste». Il est très incisif sur les retraites : « Aujourd’hui, on vit plus longtemps en meilleure santé…Sous certaines conditions – travail des seniors, augmentation des petites retraites, pénibilité – cotiser et travailler plus longtemps est donc inévitable. Dire le contraire, c’est mentir. »

Non, Mr Valls, ne vous en déplaise, dire le contraire c’est ne pas être d’accord avec vous et avec tous les partisans de la « seule politique possible ». Quelle drôle de conception du débat que de disqualifier d’emblée ceux qui n’ont pas le même avis que vous ! La démocratie, c’est la confrontation des opinions, ce n’est pas la confiscation du débat par ceux qui savent ou du moins qui prétendent savoir ! Cette façon de faire, d’ailleurs très en vogue parmi les « modernes » s’apparente tout simplement au totalitarisme.

Mr Valls, la gauche « moderne » que vous appelez de vos vœux a échoué partout. Il suffit par exemple de regarder les résultats des élections locales au Royaume Uni où le parti travailliste arrive en 3ème position avec seulement 24% des suffrages. On peut aussi se tourner vers l’Allemagne où la gauche « franchement réformiste » est contrainte de gouverner avec les conservateurs du CDU. Et l’Italie, où le moderne Veltroni a été battu par le dinosaure Berlusconi, malgré ses multiples casseroles et son incompétence avérée…

Pour revenir à la problématique des retraites, certes on vit plus longtemps, mais un ouvrier a une espérance de vie inférieure d’environ 6 ans à celle d’un cadre. On vit plus longtemps mais la France est un des pays européens où les risques de handicap majeurs après 65 ans sont les plus élevés. On vit plus longtemps, mais l’âge moyen de la retraite est toujours de 58,8 ans.
De plus, la réforme de 2003 était fondée sur des prévisions démographiques qui ont été largement modifiées depuis. On devait, selon les projections initiales, passer d’un ratio de 2,2 actifs pour un inactifs de plus de 60 ans à 1,1 actif pour un inactif en 2050. On devrait finalement aboutir à 1,4. Ce qui, selon l’OFCE, divise par deux le surcoût lié au financement des retraites. Cela change profondément la donne…
Et puis, tant que le chômage est élevé, il n’est pas absurde de continuer à faire partir en priorité les salariés les plus âgés pour laisser la place aux jeunes.

Mr Valls, comme vous le répétez mécaniquement à longueur d’interview, « l’Etat Providence traverse une crise », mais ce n’est pas en bricolant des économies de bouts de chandelles que l’on réglera le problème. La solution passe une politique économique et industrielle ambitieuse, favorisant l’innovation et l’investissement, associée à une fiscalité plus juste (donc visant à réduire les inégalités).

Car ce qui mine la France, c’est le chômage et les inégalités.

Le chômage est lié à la spécialisation « milieu de gamme » de l’économie française, qui n’a pas su prendre suffisamment le virage des nouvelles technologies. Il est vrai que les politiques de l’emploi ont privilégié la création d’emplois faiblement qualifiés, notamment dans les services, qui ne favorisent pas l’innovation et la croissance. Quoiqu’on en dise, l’avenir d’une économie, c’est l’industrie.
Quant aux inégalités, leur augmentation est issue des réformes fiscales qui ont contribué à diminuer l’impôt des plus riches (réforme de 2005/2006 notamment et bouclier fiscal) et à privilégier une France de « rentiers » (diminution des droits de successions, faiblesse de l’impôt sur les revenus du patrimoine).

Même si pour vous, Mr Valls, le socialisme est « vidé de sa substance », il a toujours sa raison d’être. Il a pour vocation de proposer un modèle de société fondé sur une répartition plus juste des richesses, en partant du principe que la force d’une société se juge à celle de ses éléments les plus faibles. Dans les moments difficiles, il est tentant de faire supporter aux plus fragiles la majeure partie des efforts (franchises médicales, contrôle des chômeurs, allongements de la durée de cotisation…). La « substance » du socialisme, c’est justement de s’opposer à cette tendance naturelle et de s’attacher à renouer les liens du contrat social pour éviter l’émergence d’une société « duale », où les très riches cohabitent (mal) avec les très pauvres, en cherchant par tous les moyens à s’affranchir de la plus élémentaire solidarité.

PP

Marché du travail

De retour après une semaine de vacances, il faut se rendre à l’évidence : la situation économique du pays ne s’est pas améliorée !! Pas étonnant que le moral des français soit au plus bas depuis 1995, d’après les derniers chiffres publiés par l’Insee.
En parcourant rapidement la presse ces derniers jours, j’ai été frappé par la multiplication des annonces de suppressions d’emplois, principalement dans l’industrie. Deux « fleurons » de l’industrie française sont notamment en difficulté : DMC (textile) a annoncé la suppression de 1100 emplois et Duralex (qui fabriquait les fameux verres incassables) va sans doute cesser son activité… On peut aussi citer les grèves chez l’Oréal, Coca Cola…
Bref, dans ces conditions, il est logique que l’industrie française ait détruit 42 000 emplois en 2007, ce qui porte le total de la réduction des effectifs industriels à 435 000 depuis 2001.Ce qui relativise l’enthousiasme de Christine Lagarde qui s’extasiait sur les « 300 000 créations d’emplois » de l’économie française en 2007. En effet, les emplois créés sont majoritairement des emplois de services, souvent de mauvaise qualité (temps partiel, durée déterminée…).
Il n'est donc pas surprenant que le chômage ne baisse plus depuis le début de l’année. En mars, le nombre de demandeurs a augmenté de 8200 (+0,4 %). Cette hausse est due, entre autre, à des fins de CDD, ce qui prouve bien la faible qualité des emplois créés.
Une autre raison majeure de la remontée du chômage est la décrue de l’emploi intérimaire. Au fait n’y aurait-il pas un lien avec le développement des heures supplémentaires détaxées ? Sans être un économiste de premier plan, il peut paraître logique que, dans un contexte de faible croissance, le recours aux heures supplémentaire est un substitut à l’embauche ou à l’intérim !
D’autant plus qu’il semblerait que ces fameuses heures supplémentaires coûtent plus cher aux contribuables qu’elle n’apporte aux salariés. En effet, l’Etat doit compenser le manque à gagner des organismes de Sécurité Sociale, « s’asseoir » sur l’impôt sur le revenu et l’arrêt des embauches induit une hausse des allocations chômages (pour en savoir plus...)

Pas étonnant que, dans un marché du travail dégradé, les entreprises cherchent à profiter de la situation pour faire valoir leurs exigences. Ainsi, chez Peugeot Motocycles, les salariés ont été contraints de renoncer à 11 jours de RTT en échange du maintien de la production sur les sites de Mandeure (j’ai grandi dans cette ville du Doubs !) et de Dannemarie. La CGC reconnaît avoir « le couteau sous la gorge », mais le « deal » devrait permettre de maintenir les 1050 emplois français. C’est donc ça le fameux dialogue social moderne que réclame le Medef !?
En Allemagne, Siemens avait imposé à ses salariés le passage de 35 à 40 heures sans hausse de salaire…mais au bout de deux ans, cela n’avait pas empêché la suppression de milliers d’emplois.
Autre exemple emblématique de la remise en cause de la RTT : en 2004, l’usine Bosch de Vénissieux avait obtenu de ses salariés la suppression de 6 jours de RTT sur 20.
Dans le journal télévisé de 20 heures du 30 avril 2008 sur France 2, Françoise Laborde a présenté un reportage sur cette usine en déclarant : « Les salariés de Bosch Vénissieux sont plutôt satisfaits du retour aux 39 heures ». Dans le reportage, deux salariés se sont exprimés. La première était plutôt résignée : « Faut faire avec ». Le second, quant à lui, était carrément amer : « Ils ont joué, ils ont gagné ! »…en parlant de la direction.
C’est sans doute la fameuse « pudeur des ouvriers » (comme dirait Nicolas Sarkozy inspiré par Henri Guaino) qui les conduit à modérer leur enthousiasme !

PP