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26 avril 2008

Vacances...

Complètement rassuré par l'intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, j'ai décidé de prendre une semaine de vacances !

Je plaisante bien sûr...mais pas pour les vacances !!

Rendez-vous le 5 mai.

Et merci encore de me faire l'honneur de lire ma prose!

A bientôt.

PP

24 avril 2008

Un an déjà...

Ce soir, Nicolas Sarkozy va nous expliquer que sa première année à l’Elysée est un succès…

Le paquet fiscal, la rupture du contrat de travail par « consentement mutuel », l’allongement de la durée de cotisation retraite, les franchises médicales, la réforme des allocations familiales, le dégraissage de la fonction publique, la réforme de la carte judiciaire, la réforme des hôpitaux, le RSA trop coûteux, les caisses vides, le « sauvetage » du site de Gandrange, le quota de 25000 expulsions par an, la commission Attali, le plan « Marshall » pour les banlieues, le Grenelle de l’environnement qui fait « pschitt », la suppression annoncée des 35 heures…et puis non finalement, la cacophonie gouvernementale, la « bling-bling » attitude, la promenade dans la neige sur le plateau des Glières, la politique de civilisation, Kadhafi à Paris, « Casse-toi, pauv’con »…

J’en passe et des meilleures…Bon courage aux conseillers en communication pour trouver une logique à tout ça !
François Fillon attend de l’intervention présidentielle une mise en perspective des réformes et une « feuille de route ». C’est quand même surprenant qu’un Premier Ministre doive attendre une émission de télé pour recevoir les directives de son patron ! Il aurait pu au moins lui envoyer un SMS !
Bon enfin, on verra bien…

En attendant ce grand moment de télé, je voudrais revenir sur un des « points forts » du programme de Nicolas Sarkozy : le fameux paquet fiscal. En effet, c’est grâce à lui que le slogan « Travailler plus pour gagner plus » devait devenir réalité. Le paquet fiscal ou loi TEPA (Travail Emploi Pouvoir d’Achat) devait produire un « choc de confiance », puis un « choc de croissance ». Le seul choc que l’on a vu, c’est celui de la courbe des sondages de popularité qui touche le fond !
Contrairement à une présentation un peu caricaturale qui en a été faite, le paquet fiscal n’est pas qu’un cadeau aux « riches ». En revanche, on peut lui reprocher son inefficacité patente et son coût exorbitant : 13 milliards d’€, qui a contribué à vider des caisses « déjà vides ».
Grosso modo, le paquet fiscal se décompose ainsi :
* 6 milliards d’€ pour les exonérations fiscales liées aux heures supplémentaires
* 3,7 milliards d’€ pour les crédits d’impôts sur les intérêts d’emprunts immobiliers
* 2,2 milliards d’€ pour la suppression des droits de succession
* 0,6 milliard d’€ pour le passage de 60 % à 50 % du bouclier fiscal
* 0,4 milliard d’€ pour l’exonération d’ISF liée à l’investissement dans les PME

Heures supplémentaires
L’UMP annonce sur sont site Internet que 4 heures supplémentaires par semaines équivalent à un 13 ème mois. Certes, mais encore faut-il pouvoir les faire, ces 4 heures par semaine. En moyenne, le tiers des salariés qui font des heures supp en effectuent 4…par mois !
Selon une étude de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale, parue début avril, le dispositif coûterait plus cher à l’Etat que le gain de pouvoir d’achat octroyé aux salariés.
De plus, ce dispositif va accentuer les inégalités entre ceux qui font des heures supp et les autres. Il ne contribuera bien évidemment pas à créer des emplois (au contraire) et laisse de coté les retraités, chômeurs et bénéficiaires des minima sociaux…
Plus largement, il repose sur le principe d’une augmentation individuelle du temps de travail, alors qu’il faudrait avoir une vision globale des heures travaillées. Pour augmenter le nombre d’heures travaillées dans l’économie française, on peut faire en sorte que ceux qui ont déjà un emploi travaillent plus ou alors on peut faire le choix d’être plus nombreux à travailler. C’était la logique des 35 heures, qui malgré un certain nombre de défauts n’ont pas « plombé » l’économie française et ont contribué à générer 800 millions d’heures de travail dans l’économie. De plus, leur mise en place a permis de mieux utiliser les équipements industriels par la mise en place de nouvelles organisations du travail. Cette augmentation de la productivité, combinée aux allègements de cotisations sociales ont rendu quasi indolore pour les entreprises le surcoût de salaire de 11%.

Défiscalisation des intérêts d’emprunts
Sans s’adresser vraiment aux « riches », cette mesure vise surtout la moitié des français qui payent l’impôt sur le revenu. Elle permettra à ceux qui étaient déjà solvables d’alléger le coût de leur emprunt. En revanche, elle ne permettra pas aux moins favorisés d’accéder à la propriété.

Suppression des droits de succession
Avant cette mesure, les trois quarts des successions étaient déjà exonérées. Désormais, ce sera 95 %...et les 5% restants bénéficieront d’abattements plus importants. Sachant que l’âge moyen des « bénéficiaires » d’une succession est de 55 ans, on peut douter de la pertinence de l’argument qui consiste à dire que c’est pour aider « les jeunes à s’installer dans la vie ». En revanche, de telles mesures favorisent la perpétuation d’une France de rentiers où les 10 % les plus riches détiennent 46% du patrimoine…

Bouclier fiscal
Les 0,6 milliard d’€ ne correspondent qu’au coût engendré par le passage de 60 % à 50% du « bouclier fiscal ». Le bouclier fiscal, dans son intégralité, coûte en environ 4 milliards par an (à ajouter au paquet fiscal) et malgré les trésors d’imagination déployés par l’UMP et le gouvernement (la fameuse « veuve de l’Ile de Ré »…), il est incontestable que la vocation majeure du bouclier fiscal est de vider l’ISF de sa substance. En effet, le dépassement du seuil des 50 % ne peut en pratique se produire qu’en payant l’ISF.

« Simplification » du barème de l’impôt
N’oublions pas également la « simplification » du barème de l’impôt sur le revenu intervenue fin 2005. Il s’agissait alors de réduire de 7 à 5 le nombre de tranches et de diminuer le taux de chacune, ceci étant à peu près compensé par la suppression de l’abattement de 20% appliqué jusqu’alors sur le revenu déclaré. Sauf que…l’abattement était plafonné à 24 000 €, ce qui correspondait à un revenu déclaré de 129 000 €. Avec la nouvelle formule, un célibataire qui gagne 1 million d’€ par an économise environ 70000 € d’impôt… Et dire que la réforme a été vendue comme bénéficiant principalement aux « classes moyennes ». En fait, sur les 5 milliards que coûte cette « simplification » (à ajouter au paquet fiscal), 90 % bénéficieront aux 5% des contribuables les plus aisés.

Le rôle de l’impôt dans la société
Au total, on en est à plus de 20 milliards d’allègements d’impôts, soit près de la moitié du déficit de l’Etat (41,5 milliards en 2007 sur un déficit public total de 50,5 milliards d’€). Et pour quelles retombées sur la croissance et l’emploi ?
La fiscalité n’est pas qu’une question technique, elle est aussi la traduction de choix de société en matière notamment de solidarité, de redistribution, de résorption des inégalités, de financement des politiques publiques… Ce sont des choix fondamentaux. Malheureusement, c’est aussi un thème où la démagogie est facile : dire que l’on va baisser les impôts permet de se concilier les bonnes grâces de l’opinion publique. Et la classe politique française ne s’en prive pas ! Alors même que la France est un des pays industrialisés ou l’impôt sur le revenu des ménages et des entreprises pèsent le moins lourd ! L’impôt le plus lourd est un impôt sur la consommation : la TVA, qui représente environ 50 % des recettes de l’Etat. C’est aussi l’impôt le plus injuste puisqu’il pèse, en proportion, plus lourd sur les plus pauvres.
En la matière, la vraie rupture serait d’affirmer avec force la nécessité d’une fiscalité réellement progressive, incluant l’ensemble des revenus…

PP

OGM et Marché du travail


Dans une précédente note, j’évoquais l’indignation de Bernard Accoyer (président de l’Assemblée Nationale) qui s’en prenait à ceux qui « veulent une France sans aucun OGM, sans progrès ». Selon lui, on a « rarement vu un lobby, celui des anti-OGM, agir avec autant d’intensité ». Celui qui se présente comme un « scientifique » (on ne rigole pas) oubliait de rappeler les propos édifiants de Jean-François Le Grand (sénateur UMP) : « Certains ont fait main basse sur l’UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques(…) La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale ». A lobby, lobby et demi !
Et ce n’est pas tout, dans le Canard Enchaîné de cette semaine, on apprend qu’un certain nombre de députés ont reçu une lettre (datée du 14 mars) et signée par tous les syndicats de défense des intérêts des semenciers (Monsanto et Limagrain en tête). Cette missive avait pour objectif d’inciter ces députés, choisis pour leur « compréhension du sujet », à proposer des amendements aux petits oignons (génétiquement modifiés). On peut citer l’abandon de « l’obligation faite à l’exploitant d’informer préalablement aux semis, les exploitants des parcelles entourant les cultures OGM ». Sans doute pour favoriser les relations de bon voisinage entre agriculteurs ! Pour les mêmes raisons, la publication de l’emplacement des parcelles OGM est désormais oubliée. Bien sûr, le fait que les amendements proposés par les députés UMP reprennent mot pour mot le texte de la lettre des semenciers n’est que pure coïncidence. C’est bien connu, les grands scientifiques utilisent tous les mêmes mots !

Autre sujet d’énervement (hélas, ils sont nombreux ces temps-ci) : les propos de Laurence Parisot (présidente du Medef) sur la modernisation du marché du travail. Selon elle, le processus « n’en est qu’au début. Il va falloir continuer à s’adapter à la globalisation. » Et quand est-ce qu’on s’arrête ? Au niveau des chinois, des indiens, des philippins…
Concernant l’indemnisation des demandeurs d’emplois : « On sait très bien qu’il y a des abus. La question est de savoir quels sont les procédures, les contrôles et les sanctions qu’on doit mettre en place pour mettre fin à ces abus ? ». Tiens, c’est bizarre, je me pose la même question pour la caisse noire de l’UIMM ! Mais c’est vrai que le Medef n’a rien à voir avec ces gens-là. Le Medef ce sont des patrons bio et l’UIMM, des patrons OGM (Obsédés par le Gros Magot).
Pour augmenter le pourvoir d’achat, il faut « baisser le niveau des prélèvements obligatoires qui est en train d’étouffer la compétitivité des entreprises ». La répétition mécanique de ce discours convenu a quelque chose de pathétique.
Et si c’était le manque d’investissement qui dégradait la compétitivité des entreprises ? Et si c’était le manque de vision de nos « grands » patrons, obsédés par la compétitivité fondée sur les coûts ? Ne pourrait-on pas envisager de s’en sortir par le haut, par la recherche, par l’innovation plutôt que d’essayer de lutter sur leur terrain avec les pays à bas salaire ?

PP

21 avril 2008

Assistés, ne parlez plus la bouche pleine...c'est très impoli!

Ca faisait quelque temps que ça ne m’était pas arrivé… La lecture de la chronique de Claude Imbert dans Midi Libre de dimanche 20 avril m’a fait bouillir, bondir…
Cette chronique, consacrée aux émeutes de la faim, démarre très fort : « Ces pauvres-là n’ont pas, comme nos assistés, la bouche pleine pour crier leur énième rouspétance. »
Tout est dans le choix des mots… Qui sont donc les « assistés » dont il parle ? On peut penser qu’il s’agit des bénéficiaires de minimum sociaux, voire des chômeurs indemnisés… Dans le jargon des ultralibéraux comme Mr Imbert, c’est en général cette frange de la population que l’on désigne par le terme « assistés », avec bien entendu beaucoup de mépris pour ces « fainéants dorlotés par l’Etat-Providence ». Mais, que je sache, il n’y a jamais eu beaucoup de manifestations de RMIstes, ni de chômeurs… Qui sont donc ces « assistés à la bouche pleine » ? Les fonctionnaires, les lycéens, les salariés qui luttent pour leur emploi ou leurs conditions de travail ?
Au fait, Mr Imbert estime-t-il qu’il faudrait couper les vivres a ces « assistés » trop bien nourris ? Pourquoi toujours rester dans l’insinuation ?

Cela fait des décennies que Mr Imbert bougonne, s’impatiente, fulmine, radote contre tous ces « parasites ». Régulièrement, il fait les gros yeux aux français soupçonnés d’être rétifs à la mondialisation et à ses bienfaits, d’être réfractaires au libéralisme « qui marche partout ailleurs » (je cite), bref d’être d’incorrigibles feignasses qu’il faudrait dare-dare remettre eu boulot dans des entreprises débarrassées de tout ce fatras de réglementation qui bride les entrepreneurs.
Lui qui glorifie la prise de risque, quand en a-t-il pris pour la dernière fois ? Bien au chaud dans son bureau, à l’abri de la concurrence dans son petit cénacle de chroniqueurs, il est facile de prôner le démantèlement de la protection sociale pour « s’adapter à la compétition internationale ». Ce dont je rêve, pour ma part, c’est de voir débouler dans la presse française des chroniqueurs chinois, indiens, roumains…qui viendraient marcher sur les plates-bandes de nos bardes de la mondialisation. On verrait alors si la mondialisation est toujours aussi « inévitable ».

Pour revenir à la chronique de dimanche... « La faim, on la savait peu à peu réduite par le progrès humain à des confins désertiques ». Tout de même, plus de 800 millions d’êtres humains souffrent toujours de malnutrition, voire de famine, dont une bonne partie en Asie du Sud-Est…Pour les confins désertiques, on repassera ! Il faudrait penser à refermer l’album d’images d’Epinal !

La crise financière a eu peut-être un effet positif : Mr Imbert réclame désormais « une maîtrise mondiale de la mondialisation.» Que de chemin parcouru ! Alors que jusqu’à présent, sa marque de fabrique était l’éloge « reptilien » (le cerveau reptilien est la source des comportements primitifs qui répondent à des besoins fondamentaux) des bénéfices de la mondialisation et du libéralisme, voilà que Mr Imbert réclame une régulation. On croit rêver !

Attention à ne pas devenir un « assisté » !

PP

18 avril 2008

Sommes-nous des paresseux ?

"Sommes -nous des paresseux ? ... et 30 autres questions sur la France et les Français"
Tel est le titre de l'ouvrage de Guillaume Duval (rédacteur en chef du mensuel Alternatives Economiques), paru aux éditions du Seuil...
Je l'ai déjà évoqué dans une de mes précédentes notes, mais j'en parle à nouveau car je trouve cet ouvrage à la fois concis, documenté et précis sur un grand nombre de thèmes fondamentaux. Il peut être considéré comme un « vade mecum » pour tous ceux qui veulent résister aux sirènes des sophismes de la « pensée » libérale.

Guillaume Duval est en quelque sorte un "anti Jacques Marseille"!

Quelques sujets abordés:
* Les Français sont-ils des paresseux ?
* Les Français sont-ils de moins en moins égaux ?
* Pourqoui y-a-t-il tant de smicards en France ?
* Les immigrés menacent-ils l'identité nationale ?
* Le travail des Français coûte-t-il trop cher ?
* La France va-t-elle devenir un gigantesque parc de loisir ?
*...

Puisque nous parlons bouquins...
J'ai exhumé de mes archives un ouvrage datant de 2002, publié après le fiasco de Lionel Jospin aux élections présidentielles. Il s'intitule "L'adieu au socialisme" (éditions Grasset).
Les thèses développées par les deux auteurs (Gérard Desportes et Laurent Mauduit) sont malheureusement toujours d'actualité. Et notamment la dérive "démocrate" (tendance centre gauche) du PS, ainsi que l'absence de projet cohérent...
A méditer en cette période de préparation du Congrès de novembre...

PP

17 avril 2008

Qui va profiter du bouclier fiscal ?

1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt de 270 000 euros. L’Observatoire des inégalités publie les estimations de l’Assemblée nationale. Une analyse de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

1 000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros profiteront chacun d’une baisse d’impôt sur le revenu de 270 000 euros grâce au nouveau "bouclier fiscal". L’Observatoire des inégalités publie les estimations réalisées par l’Assemblée nationale lors du vote de la loi "en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat" adoptée le premier août dernier (lire le rapport). Désormais en effet, le montant des impôts directs (impôt sur la fortune, impôt sur le revenu et impôts locaux) ne pourra dépasser 50 % des revenus d’un foyer fiscal, contre 60 % auparavant. Coût total de cette mesure pour le contribuable : 810 millions d’euros, à peu de chose près ce que vont rapporter les futures franchises sur les dépenses de santé.

D’après les estimations de l’Assemblée nationale, 234 000 contribuables vont bénéficier des 810 millions d’euros. Le bouclier a été justifié de la façon suivante : il fallait éviter que des ménages aux bas revenus ne soient imposés du seul fait de leur patrimoine. C’est le fameux cas de la veuve de l’Ile de Ré (information largement médiatisée), dont les maigres terres ont pris tellement de valeur qu’elle est soumise à l’impôt sur la fortune...
Parmi ces 234 000 foyers fiscaux, un peu moins de 206 000 déclarent des revenus très faibles (inférieurs à 7 000 euros annuels). Mais les cas de foyers effectivement pauvres et lourdement imposés sont rares, du fait des exonérations et dégrèvements de la taxe d’habitation. Ces cas isolés servent de paravent à des ménages qui déclarent artificiellement des bas revenus parce qu’ils déduisent de leurs ressources des dépenses que les salariés ne peuvent pas comptabiliser (automobile, équipements divers) ou utilisent les niches fiscales. Leur niveau de vie réel n’a pas grand chose à voir avec ce qui est affiché fiscalement.

Quoi qu’il en soit, les 197 000 foyers les plus démunis des bénéficiaires ne vont pas gagner grand chose avec le nouveau bouclier fiscal : 700 euros en moyenne. Le boucler fiscal va surtout favoriser les très haut revenus. Un petit nombre de contribuable va recevoir des montants considérables. 18 000 foyers au revenu annuel supérieur à 41 000 euros vont toucher 31 200 euros de ristourne en moyenne par foyer. Pour eux seuls, le coût pour la collectivité est de 564 millions d’euros au total. Pour les plus gros patrimoines, c’est une vraie aubaine. Ainsi, 1 080 foyers au patrimoine supérieur à 15,5 millions d’euros toucheront plus de 270 000 euros. La collectivité va dépenser 272 millions d’euros pour eux.

On peut tirer plusieurs enseignements de ces données :

* La question des impôts payés par les couches de la population les moins aisées n’est en rien résolue. Hors impôts indirects (comme la TVA), il s’agit principalement d’impôts forfaitaires comme la redevance audiovisuelle ou la taxe d’enlèvement des ordures ménagères, et des impôts locaux dont les bases de calcul - la valeur des biens immobiliers - datent des années 60.

* La maîtrise de la communication est un élément essentiel des politiques publiques de baisse d’impôt. Officiellement, l’impôt sur la fortune n’est pas remis en cause. Comme souvent, on utilise un paravent - la veuve de l’île de Ré - au profit d’autres causes. C’est de la même façon que l’on utilise les intérêts des petits agriculteurs pour défendre ceux des grosses exploitations.

* Lors de la présentation du texte, la ministre de l’économie a reconnu à l’Assemblée nationale la véritable portée du texte : "On entend souvent dire que cette mesure (le bouclier fiscal, ndlr) ne concernerait que la partie la plus riche de la population, mais n’est-ce pas celle qui fait tourner l’économie ?", a-t-elle déclaré. Il faut aider les plus riches parce qu’ils créent la valeur. Les salariés les moins qualifiés qui travaillent souvent dans les conditions les plus pénibles pour les plus bas salaires apprécieront d’apprendre leur faible apport à l’économie.

* Le décalage est considérable entre l’intérêt des mesures et les montants dépensés pour les mettre en œuvre. De la dette publique aux commissariats, en passant par l’école, les besoins sont criants. Le coût de la modification du bouclier fiscal est équivalent à ce que va rapporter la franchise de soins (montant minimum non remboursé) qui portera sur l’ensemble des ménages, quels que soient leurs revenus.

* L’ensemble de ces données sont publiques, mais elles n’ont pas été diffusées. Jusqu’où peut-on aller dans ce sens ? Les baisses d’impôt ont aujourd’hui bonne presse : il en sera peut être différemment quand il faudra les financer avec de nouvelles taxes.

16 avril 2008

Comédie italienne...

Aujourd’hui, sur France Inter, un certain nombre d’émissions et de chroniques étaient consacrées à l’Italie, pour cause d’élections législatives dans ce pays. Nous y reviendrons.
Ainsi, la chronique du comique libéral Jean-Marc Sylvestre était consacrée à une analyse de l’économie italienne. Après avoir souligné les difficultés auxquelles elle est confrontée (croissance faible, chômage élevé…), il a fait les fonds de tiroir pour trouver des points positifs (il avait sans doute prévu de déjeuner dans un restaurant italien et il voulait se faire offrir l’apéritif !). Il nous a donc assené que « l’Italie a un endettement public qui est moins profond que le nôtre ». Or il se trouve que la dette publique italienne représente près de 110 % du PIB alors que la dette française, quant à elle, se situe aux alentours de 65%.
Ensuite, il a évoqué cette « tradition italienne » qu’est le travail au noir (pour sa chronique sur l’Allemagne, il nous prépare une analyse fouillée de la filière « choucroute »). Selon lui, « l’économie souterraine est un marqueur de dynamisme »…comme l’atteste le taux de croissance moyen de 0,9% par an pendant les 6 dernières années. Et puis, c’est vrai, pourquoi s’embarrasser de tout ce fatras inutile que l’on appelle « droit du travail » et qui décourage l’initiative individuelle ?

L’économie italienne est bel et bien malade et les causes sont à chercher d'abord dans son tissu productif. En effet, l’industrie italienne est spécialisée dans des secteurs où les contenus technologiques sont faibles (ameublement, textile, automobile…) et de ce fait, elle est concurrencée par les pays à bas salaires. Depuis son entrée dans l’Euro, elle ne peut plus utiliser l’arme de la dévaluation pour restaurer sa compétitivité. Entre 2000 et 2007, les importations ont augmenté de 50 % et les exportations de…4%. Les parts de marché de l’Italie dans l’économie mondiale sont en train de s’effriter à grande vitesse.
Ce qui est alarmant, c’est que les coûts salariaux unitaires dans l’industrie se sont envolés de 30 % entre 1998 et 2007, alors qu’ils ont plutôt eu tendance à baisser dans les grands pays industrialisés. Malheureusement pour les travailleurs italiens cette envolée n’est pas due à une hausse des salaires (le salaire médian est d'environ 1100 €), mais plutôt à une stagnation de la productivité. L’Italie est le pays européen qui investit le moins en recherche et développement (deux fois moins que la France qui n’est pourtant pas une référence en la matière).

Dans ce contexte de déprime, les italiens ont donc confié à Silvio Berlusconi la charge de former le 61ème gouvernement en …63 ans. Et ce malgré ses précédents échecs.
Allié à la Ligue du Nord, parti d’extrême droite et anti-européen, « Il Cavaliere » a obtenu une large majorité à l’Assemblée et au Sénat. Il a donc les mains libres pour mener à biens ses « réformes ». Il a annoncé la couleur dès aujourd’hui en déclarant qu’il allait lutter contre la « pression bureaucratique, fiscale et judiciaire ».
L’autre point marquant de ce scrutin, c’est la réduction importante du nombre de partis représentés au Parlement italien. Leur nombre est passé de 39 à …4 ! Les communistes, les verts, les démocrates-chrétiens… ont ainsi disparu de l’échiquier politique. Walter Veltroni, patron du nouveau Parti Démocrate et ancien communiste, a contribué à cette disparition en refusant les habituelles alliances avec les communistes et les verts. Le Parti Démocrate est né en octobre 2007 de la fusion des Démocrates de gauche (ex-communistes) et de la Marguerite (ex-démocrates-chrétiens de gauche). Walter Veltroni, ancien maire de Rome, définit son parti comme n'étant « pas de gauche mais réformiste, de centre gauche », plus proche du modèle américain ou de la « troisième voie » blairiste que du socialisme européen : « Un Parti démocrate américain à l'italienne. ».
Il a poussé assez loin l’identification avec le « modèle américain » : son slogan « Si può fare », littéralement « On peut le faire » est presque la traduction littérale du « Yes, we can » (« oui, nous pouvons ») de Barack Obama.

En quelque sorte, Walter Veltroni a inventé le concept de parti politique « franchisé ». Il s’agit de reprendre l’enseigne et la démarche marketing de la « maison mère » ! Le nom même de « Parti démocrate » est inquiétant car cela traduit une sorte d’accord « a minima ». En effet, les mots « socialiste », « travailliste », « communiste » évoquent la volonté de changer la société, alors que « démocrate » signifie simplement que l’on est d’accord sur le principe de « un homme = une voix » et après …advienne que pourra !

Une fois de plus, la gauche a perdu parce qu’elle n’a pas osé affirmer sa différence. La gauche a tout à perdre à vouloir atténuer les clivages, à vouloir placer le débat sur les « valeurs ». Elle ne pourra gagner que si elle réinvestit le concret, que si elle ose à nouveau dire des « gros mots » comme « partage de la valeur ajoutée », que si elle interroge le capitalisme et ses dérives… Elle doit s’affranchir de « l’eau tiède » démocrate, qui ne peut conduire qu’à l’impasse ou à une fuite en avant vers un alignement encore plus flagrant sur les positions de la droite.

PP

14 avril 2008

Environnement, OGM, Monsanto

Total veut bien de la taxe carbone à condition qu’elle « ne tue pas la compétitivité ». Shell menace de stopper ses investissements en Europe si les « droits à polluer » (quotas d’émission de carbone) distribués par l’Union Européenne deviennent payants.
Alors que les entreprises mettent en avant leur « responsabilité environnementale », on s’aperçoit qu’il y a un fossé entre les déclarations d’intention et la pratique. Tant que l’on en reste au niveau des « chartes de bonne conduite », tout va bien, mais dès qu’il s’agit de faire face à ses responsabilités, c’est le bon vieux réflexe du chantage aux emplois qui refait surface. En tant que personnes morales, les entreprises ont une responsabilité face à l’environnement et cette responsabilité a un coût qu’elles ne doivent pas esquiver. Encore une fois, le pire serait de faire supporter l’intégralité des coûts à la collectivité (via l’impôt ou une TVA « environnementale »), alors que les bénéfices seraient, eux, privatisés.

Autre sujet lié à l’environnement : les OGM. Et qui dit « OGM » dit forcément « Monsanto ».
A ce sujet le sénateur (UMP !!) Jean-François Le Grand a tenu des propos édifiants : « Certains ont fait main basse sur l’UMP afin de défendre des intérêts mercantiles, ripolinés pour les rendre sympathiques(…) La force de frappe de Monsanto et des autres semenciers est phénoménale ».
Dimanche 13 avril, dans le journal Aujourd’hui, Bernard Accoyer (président de l’Assemblé Nationale), tente de rétablir la bonne parole. Selon lui, « Depuis qu’il y a des fauchages illégaux(…) Tout l’avenir de notre recherche, de nos médicaments, de la lutte contre la mucoviscidose, contre certaines maladies orphelines ou certains cancers est remis en cause(…) Pendant ce temps-là, les surfaces d’OGM cultivées dans le monde augmentent chaque années de plus de 20%. C’est à ce jour l’une des meilleures solutions pour relever le défi de l’alimentation de l’humanité. » (voir plus bas). Et de fustiger ceux qui « veulent une France sans aucun OGM, sans progrès » ! Il ne faudrait pas pousser beaucoup plus loin cette remarquable finesse dialectique pour rendre responsables les anti-OGM de la faim dans le monde, des maladies orphelines, du cancer…et pourquoi pas la faiblesse de la croissance économique et du pouvoir d’achat ?
Lui qui se targue de lire régulièrement la presse scientifique, il a dû sauter quelques pages !! En effet, je trouve Bernard Accoyer un peu approximatif dans ses raisonnements. Ainsi, je ne vois pas bien le rapport entre le fait d’autoriser la culture du maïs transgénique « MON810 » et la lutte contre les maladies orphelines ! Je demande donc à ce brillant scientifique de bien vouloir éclairer ma lanterne…

Dans son documentaire « Le monde selon Monsanto », Marie-Monique Robin dévoile un certain nombre de pratiques édifiantes de cette société qui se présente volontiers comme « au service des agriculteurs » et qui n’est pas avare en « charte de bonne conduite » et autres engagements qui n’engagent que ceux qui y croient.
Par exemple, on pourrait penser que la mise sur le marché d’une semence OGM fait l’objet de tests sur plusieurs années, à l’image des tests cliniques des médicaments soumis à AMM. Eh bien, il semblerait que non, seuls quelques mois de tests en laboratoire suffisent à « valider » une semence OGM.
De plus, Monsanto a été à plusieurs reprises épinglée pour avoir falsifié des résultats de tests, notamment concernant la toxicité de certains de ses produits.
Monsanto est également spécialiste des pressions sur les politiques. Il semblerait que cela se soit vérifié à nouveau lors du débat français sur les OGM à l’Assemblée Nationale.
Aux Etats-Unis, de nombreux responsables de la FDA (agence fédérale de contrôle sanitaire, dont le rôle en la matière est l’équivalent de l’AFSSA pour les aliments) sont issus de Monsanto et certains on fait l’aller-retour entre Monsanto et l’organisme public…sans bien sûr qu’il y ait conflit d’intérêt !
Si les pressions sur le personnel politique peuvent être « amicales », celles auprès des paysans le sont moins. Monsanto a mis sur pied une sorte de « police des semences », qui contrôle que les paysans pour vérifier qu’il s’approvisionne bien chez Monsanto et ne sont pas tentés de conserver une partie de leur récolte pour la semer la saison suivante. Monsanto organise même la délation en proposant d’appeler un numéro vert (0800-ROUNDUP) pour dénoncer un voisin qui ne respecterait pas la règle.
Les OGM sont censés aider les pays du tiers monde en leur permettant d’atteindre des rendements supérieurs en diminuant la facture de pesticides. Or il se trouve que les résultats ne sont pas conformes aux promesses. Il est tout de même nécessaire d’arroser copieusement de pesticides les plantes supposées être résistantes aux parasites. Dans le documentaire de Marie-Monique Robin, un paysan indien montre une carte constellée, par endroit, de petites têtes de mort. Chaque tête de mort représente un paysan qui s’est suicidé parce qu’il n’arrivait plus à honorer ses factures de semences. Bizarrement, les zones recouvertes de têtes de mort correspondaient aux zones où les paysans utilisaient majoritairement des semences de soja transgéniques…

PP

12 avril 2008

Quelques précisions...

Dans ma note du 25 mars, j'évoquais la possibilité d'émeutes liées à l'explosion du prix des denrées alimentaires.
Voici quelques informations complémentaires:



Je vous rappelle que vous pouvez toujours signer la pétition "Spéculation et crise : ça suffit ! " sur le site www.stop-finance.org (24794 signatures à ce jour).

Enfin, je vous signale la création de l'Idies (Institut pour le Développement de l'Information Economique et Sociale). Lancé à l'initiative de Philippe Frémeaux, directeur de la rédaction d'Alternatives Economique, l’Idies veut rassembler tous les acteurs de la société civile qui considèrent que le développement de la culture économique des Français est une question trop sérieuse pour être laissée uniquement aux autorités politiques et aux grandes entreprises privées. Du travail en perspective !

PP

11 avril 2008

Eau trouble

Je rebondis sur un commentaire de Ju sur ma note du 10 avril :

"Bonjour !
Je lis avec intérêt votre blog. Sur la santé, je suis d'acord avec vous mais malheureusement, avec les déremboursements à tout va, on va finir dans une société américaine. Sur l'eau, avez vous plus de précisions ? de chiffres ?
Quelle serait la meilleure gestion, selon vous ? la régie ?

Merci !"


L'accès à l'eau potable n'est pas une si vieille histoire, même pour les pays industrialisés.
En effet les premiers réseaux dignes de ce nom datent de la fin du XIXème siècle (1850 en Angleterre, 1860 aux Etats-Unis).
En France, la généralisation (très progressive) des réseaux de tout-à-l'égoût date de 1910.
Encore aujourd'hui environ 1,1 milliards d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau potable (particulièrement dans les grandes villes du Sud).

Dans la plupart des pays, les réseaux de distribution et d'aissainissement d'eau ont été pris en main par des régies publiques, si bien qu'aujourd'hui, moins de 7% des réseaux sont privés.A l'exception notable de...la France.
Dès 1853, Lyon puis Nantes et Paris ont confié la gestion de l'eau à la toute nouvelle Compagnie Générale des Eaux devenue depuis Vivendi puis Veolia...
Aujourd'hui, 74% de la population française est alimentée en eau par un opérateur privé.

Dans 19 grandes villes, l'UFC-Que choisir a comparé les prix de l'eau facturé aux consommateurs. A quelques exceptions près, les dérapages les plus importants s'observent dans les villes qui ont choisi de confier le service de l'eau à un opérateur privé. Les taux de marge dépassent 50 % en Ile de France !

Bertrand Delanoë a évoqué la "re-municipalisation" de l'eau pendant la campagne des muncipales.
L'émission "Là bas si j'y suis" sur France Inter (18 et 19 février) a diffusé des témoignages de maires qui ont franchi le pas...malgré les pressions des opérateurs privés. Il semble que l'opération soit bénéfique pour les consommateurs, sans pénaliser l'investissement et l'entretien du réseau.

PP

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